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LE PROCES |
| Nulle voix ne s'élevait donc en faveur de Camille ? Ses anciens amis étaient-ils muets, ses parents inactifs ? Non. Legendre avait essayé, à la Convention, de réclamer en faveur de Danton et de ses amis. Il demandait que les députés arrêtés fussent traduits à la barre de l'Assemblée. | |
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Mais c'était
sur les bancs du Tribunal révolutionnaire que Robespierre,
Saint-Just, Billaud et Couthon voulaient traîner les
indulgents. Le discours de Legendre fut couvert par des murmures.
Et Saint-Just va parler ; il semble qu'un archange de la mort se dresse à la tribune et, au milieu du silence, fasse entendre des paroles de deuil. Dès les premiers mots, Saint-Just est terrible et va droit au but : " La République est dans le peuple, et non point dans la renommée de quelques personnages ! " Il accuse tour à tour Hérault, qu'il appelle un conspirateur, Danton qu'il accuse de lâcheté, Camille à qui il prête des vices honteux, Fabre d'Eglantine qu'il présente habilement comme le chef de la faction. Pourquoi ? Parce que Fabre est accusé de faux et qu'il est nécessaire de flétrir ces hommes, à qui on ne veut pas se contenter de donner la mort, mais encore le déshonneur. Il s'adresse à ses collègues arrêtés comme s'ils étaient là pour lui répondre :
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"Faux ami, dit-il à Danton, tu disais,
il y a deux jours, du mal de Desmoulins, instrument que tu as perdu ! " |
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Nous ne savons rien de
comparable à la perfidie de ce rapport de Saint-Just. Tout ce dont on
accuse les Dantonistes, conspiration avec Dumouriez, complicité avec
d'Orléans, royalisme et corruption, était faux, mais présenté par
Saint-Just avec une habileté sinistre et une conviction féroce et
inébranlable. Cet homme croyait accomplir un devoir. C'était au nom d'on
ne sait quel idéal de vertu surhumaine, inaccessible aux mortels qui ont
la faiblesse d'avoir un coeur que Saint-Just demandait à la Convention
d'immoler les Dantonistes. La Convention accueillit le rapport de Saint-Just par des applaudissements unanimes et multipliés. Elle continuait à trembler. Et Couthon, célébrant sa docilité, s'écriait : " La Convention va, comme les armées, au pas de charge." Mais moins de quatre mois après, c'était contre Couthon et ses amis que le pas de charge était sonné. Cependant, Lucile courait Paris , essayait de parvenir, pour l'attendrir, jusqu'à Robespierre. |
| Elle voulait
entraîner avec elle, chez les Duplay, Madame Danton. Robespierre fut
invisible. Elle lui écrivit alors : " Camille a vu naître ton
orgueil.... Mais il a reculé devant l'idée d'accuser un ami de
collège, un compagnon de ses travaux. Cette main qui a pressé la tienne, a
quitté la plume avant le temps, lorsqu'elle ne pouvait plus la tenir pour
tracer son éloge. Et toi, tu l'envoies à la mort ! Tu as donc compris son
silence !" Elle errait autour du Luxembourg, s'efforçait d'apercevoir Camille et de lui faire des signes. Elle voudrait, de loin, par gestes, lui parler. Elle essayera de le sauver, et pour le sauver elle donnera sa vie. Touchante figure de femme, que cette héroïne de l'amour conjugal, ainsi résolue à suivre son époux jusque dans la mort ! |
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| L'instruction ou le
semblant d'instruction contre les accusés était prête d'ailleurs. Un
dénonciateur anonyme assure que "Lacroix et Danton, pendant qu'ils
étaient à Bruxelles, envoyèrent en France une voiture chargée de linge
appartenant à la gouvernante des Pays-Bas, et qui valait des sommes
considérables, environ deux ou trois cent mille livres". Les témoins de cette note non signée ne seront jamais entendus. Fouquier et Herman s'empressait de réunir contre les accusés tous les témoignages qui pouvaient les accabler. Fouquier donne une longue liste des pièces accusatrices à rechercher, à coordonner, à grouper de manière à en former comme un faisceau d'instruments de morts. On va rechercher, dans le passé, tout ce que Danton a dit, tout ce que Desmoulins a écrit, tout ce que Hérault a pensé. La liste est longue; il faut à l'accusateur public : |
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- L'extrait des délibérations de l'Assemblée électorale du
département de Paris, qui nomma Danton administrateur du département; |
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On voit par ce
simple document quel art avait Fouquier pour grouper les chefs
d'accusation les plus disparates et pour donner une portée coupable à des
actes ou à des paroles auxquels les accusés n'avaient aucune part.
Vainement pouvait-on faire appel à la conscience des Fouquier-Tinville
et des Herman, à des sentiments de dignité et de droit qu'ils ne
connaissaient pas ? Une voix autorisée allait cependant se faire entendre aux oreilles de Fouquier-Tinville. Le père de Camille Desmoulins, ce respectueux serviteur de la loi, que nous avons vu dans son intègre amour de la justice et de la mansuétude, conjurer son fils de modérer son ardeur révolutionnaire, le vieux légiste de Guise sortit de son silence et de son ombre pour envoyer une prière à celui qui demandait la vie de son enfant. Lettre touchante et noble, où l'honnête homme ne s'abaisse pas jusqu'à la supplication ou la flatterie, où, tout au contraire, il conserve devant l'accusateur l'attitude digne et fière d'un père qui réclame justice sans demander grâce. Ce n'est pas lui qui, ayant à prier Fouquier, l'appellera "mon cher parent" , comme Fouquier appelait Camille. Magistrat, il parle à un magistrat, grave et le coeur brisé. Cette magnifique lettre a dormi inconnue jusqu'ici dans les papiers du tribunal, et elle servira désormais à compléter la figure austère et vénérable de M. Desmoulins le père : |
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"Au citoien Fouquier de Thinville, accusateur public. Citoien compatriote, Camille
Desmoulin ( c'est mon fils), je te parle d'après ma conviction intime,
est un républicain pure, un republicain par sentiment, par principes,
et, pour ainsi dire, par instinct : Il était républicain dans l'ame et
par goût avant le quatorze juillet mil sept cent quatre vingt neuf, il
l'a été depuis constamment par effet. Est-il vraisemblable, n'est-il pas même absurde de croire qu'il ait changé d'opinion, qu'il ait renoncé à son caractère, à ses affections pour la liberté, pour la souveraineté du peuple, à son système de son coeur, au moment où son voeu bien connu et bien prononcé avait les plus brillants succès ; au moment où il avait combattu et vaincu la cabale des "Brissot" ; au moment où il démasquait Hébert et ses adhérents, auteur de la plus profonde conjuration ; au moment où il devait croire la Révolution achevée ou prête à l'être, et sa république établie par nos victoires et nos triomphes sur ses ennemis tant du dedans que du dehors ? Ces invraisemblances ne suffisaient-elles pas pour écarter de mon fils jusqu'à l'ombre de soupçon, et cependant il est dans les horreurs d'une accusation aussi grave que je la crois calomnieuse.
Enchaîné dans mon cabinet par mes infirmités, je suis le dernier ici à
apprendre par le soin qu'on prend à me le cacher cet événement bien fait
pour alarmer le plus franc patriote. Salut et fraternité de la part de ton compatriote et concitoien Desmoulins, celui qui jusqu'ici s'est honoré d'être le père de Camille comme du premier et du plus inébranlable républicain. Desmoulins. " |
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| On ne peut résister à citer, comme antithèse cruelle à cette lettre, celle-ci, adressée deux ans auparavant à Camille par l'accusateur public Fouquier , qui, moins fier que M. Desmoulins le père, appuie sur ces mots : mon cher parent. Camille était, en effet , son cousin éloigné: | |
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"20 août 1792. Jusqu'à la journée mémorable du 10 de ce mois, mon cher
parent, la qualité de patriote a été non seulement un titre d'exclusion
à toute place, mais même un motif de persécution : vous en fournissez
vous-même l'exemple. Le temps est enfin arrivé, il faut l'espérer aussi,
où le patriotisme vrai doit triompher et l'emporter sur l'aristocratie;
c'est un crime d'en douter d'après les ministres patriotes que
l'Assemblée nationale vient de nous donner. Fouquier, homme de loi." |
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