Le tiers état |
| " Qu'est-ce que le tiers état ? - Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent ? - Rien", constatait Sieyès au débit de la Révolution. Troisième des grands ordres du royaume sous l'Ancien Régime (après le clergé et la noblesse) le Tiers était en effet composé de la très grande majorité des Français puisqu'il englobait tous les roturiers non ecclésiastiques. En fait, il comprend des classes sociales extrêmement variées: des bourgeois (eux-mêmes très diversifiés) souvent fortunés, actifs, influents, ambitieux; plus bas dans l'échelle, les boutiquiers, artisans ou ouvriers, parfois aisés, parfois misérables; enfin, les paysans, au nombre d'environ 20 millions ( sur un chiffre total de 24 millions), dont les conditions d'existence variaient selon qu'ils étaient propriétaires fonciers, fermiers, métayers, domestiques de ferme et même serfs ( le servage, aboli dans le domaine royal, subsistait dans quelques rares provinces). |
| Le Tiers se plaignait surtout de supporter
la quasi-totalité des impôts (taille, capitation, vingtième, gabelle), les ordres
privilégiés s'en trouvant exemptés. Les paysans devaient, en outre, la dîme au curé,
la corvée et le cens au seigneur. Les classes libérales nourrissaient d'autres griefs.
Les bourgeois cultivés, enrichis dans les affaires, s'indignaient d'être tenus à
l'écart des grandes charges de l'Etat. Conscients de leur propre valeur, ils
n'acceptaient plus d'être traités en inférieurs par la noblesse et voulaient participer
aux affaires politiques. En août 1788, le pays apprit la décision du roi de convoquer les états généraux pour le printemps suivant. Selon une tradition séculaire, les électeurs étaient invités à exposer par écrit leurs revendications et leurs voeux dans des "cahiers de doléances", chaque ordre présentant un cahier par bailliage. Pour le Tiers, qui votait au suffrage indirect, chaque cahier devait résumer les revendications exprimées dans les cahiers des paroisses ou des corporations. Mais les électeurs, qui n'étaient pas toujours capables de rédiger eux-mêmes leurs textes, demandèrent souvent l'aide du curé ou d'une personnalité d'une région. Parfois, ils se bornèrent à recopier un modèle établi à l'avance. On compta, au total, près de 50 000 cahiers. De grandes divergences s'y faisaient sentir; cependant, dans l'ensemble, le ton était mesuré et les témoignages de fidélité à la monarchie abondaient. La grosse majorité des électeurs réclamait l'égalité devant l'impôt, l'abolition des droits déodaux et des abus de justice, la suppression de la censure et surtout une Constitution qui définirait les droits des Français et garantirait les libertés individuelles. Nul ne souhaitait alors des transformations révolutionnaires.
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