CAHIER DE LA COMMUNAUTE DE CHAILLEVOIS
( cité dans sa forme et son orthographe)
| La communauté de Chaillevois est composée d'environt deux cent personnes, père,
mère, enfants et petits enfants. La plupart des abitants n'ont aucune propriété; seux
qui an onte cé cy peux de chose qu'il n'ent faut point parlé; ils sonte presque tout
vigneront, cè à dire qu'il cultive presque tout à la vigne comme mercenaire; un
vigneront peut cultivé un arpent de vigne tout oplus, on luy païe pour la culture d'une
arpent de vigne de cent verges la somme de cinquante livres, an outre cinq livres pour
l'entretien, jusqu'à la vandange, après la principal culture et cinq livres pour refouir
après la vendange, somme totale soixante livres.
Le vigneron et occupé à cè cultures depuis le 15 février jusqu'à la mi-novembre, neuf mois de lanné, il est vrai que celuy qui est capable de faire la moisson peut la faire dans cet interval; s'il est bon ouvrier, sa moisson lui vaut une quarantaine de franc; s'il trouve occasion de faire quelque journé dans les autres trois mois cè cy peut de chose que céla ne méritte point d'entrer en conte; il est évident par cette expossé que tout le gain d'un vigneront ce réduit environ cent franc par an; en supposant que la femme gagne moitié, ce qu'on ne peut pourtant pas suppossé si elle a plusieurs enfans, le gain sera porté à cent cinquante livres; avec cette modique somme il faut ce logé, ce nourire, sabiller insi que ce enfants. La nourriture ordinaire et du pain trampé dans de lau salée que ce n'est pas la peine de dire qu'on n'y mest du beurre; pour de la chaire on n'ent mange le jour du mardy gras, le jour des Pasques et le jour de la fette patron; lors qu'on va au préssoire pour le maître et lors qu'on va au noces. On peut aussy mangé quelque fois de fevres et des aricot lorsque le maître n'empèche pas d'en maitre dans cè vigne. Les frais du Roy en taille capitation ce montre à six livres non compry le frais de corvé; pour celui qui n'a absolument rien, il fait qu'il paie une livre de sel quatorze à quinze sols selon le nombre d'enfans. Il an faudra an un une livres chaque semaine an autre une livres par quinzaine an un plus an autre moins; ce prix énorme et cause que plusieurs ne peuvent pas même mangé est qu'on apèle de la soupe; que si par maleur les mary ou la femme et quelquefois l'un et l'autre a contractée l'abitude d'usé du tabac, ce n'est qu'en se refusant le pain et an refusant au enfans qu'on peut en avoire un onces de tant en tant, un pauvre vigneront vien tils malade outre son bien cesse, sy il apele un chirurgien, ce chirurgien, pour un voiage, une petite seigné, une méchante médecine, lui demandera plus qu'il ne gangnes dans une sémaine, s'il est asigné de la part de quel'qun pour dettes ou pour quel autre sujet, un huissier lui fera payé plus qu'il ne gangnes dans deux sémaine, une santance pour le mondre objet possible le réuinera de fons en comble, ce les plus gran fléaux que céluy de la justice. S'il dépouilles une piesse de vin, il n'est lui est point libre d'en vandre une bouteille en détaille, et il faut qu'il meurt de fin en antandant qu'il trouve à vandre en gros, et alors il faut donner sept ou huit franc à la ferme. Voilà comment le petit peuple et heureux sous les mélieurs des Roy, au milieu d'une nation convante comme la plus généreuse de toute les nations, dans un siècle où on ne parle que d'humanité et de bien fésances, et cépendant cè ce petit peuple qui est la portion la plus précieusse de la nations, puique cè celle qui travaille le plus, le sort de jens de travaille est a peut près le même partout, ils onte apeine du pain à mangé, et de laux aboire et de la paille pour ce couché et un réduit pour ce logé. Leur état est pire que celuy des sauvages de l'Amérique. Si les Roy savoient ce que valent trois sols, et qu'il y a des millions d'abitants dans son royaume qui, en travaillant depuis le matin jusqu'au soir, non pas trois sols pour vivre, car enfin cela et évident d'après les calculle qu'on vien de faire. Telles sontes les doléances des abitants de Chaillevois. Dieu veule qu'il touche le entrailles de Sa Majesté et des Etats Généraux qui vont être asemblé pour opérée à la régénération dela France. En foy de quoy nous avons signé: Joseph Flamant; Balidoux; Flamant; Aubin; Druet; Joseph Payen.
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