Rêve d'un soir d'orage

(Un rêve qu'elle a, un jour d'orage, lui inspire cette page étrange)

Un soir d'été accablée de chaleur je me trouvais dans le bosquet à la maison, je ne pouvais pas me soutenir. Je me serais laissée aller si chaquarbre ne mavait servi dappui. jarrivai donc à mon piano. il faisait nuit. tout à fait nuit. je cherchai en tatonnant mon clavier. voyons me dis-je il faut que je touche un air bien gai. javais beau faire aller mes doigts bien vite, mon piano ne rendait que des sons étouffés et plaintifs. des coups éloignés de tonnerre augmentais encore les sons lugubres que je faisais sortir de mes doigts.

de tems en tems le ciel était en feu, enfin accablée de someil je m'endormis et mes doigts étaient toujours sur le piano. Je dormis longtemp je faisais des songes délicieux, je rêvais que je voyais une pluie de fleurs sous mes pieds, je vis un nuage se former. Je me sentis soulever. enfin ce nuage m'enleva bien haut, mais bien plus haut que l'imagination peut se former. Je me trouvais bien heureuse couchée sur un nuage, ah quel plaisir !

alors je vis le séjour de l'éternel, il n'y avait point ce que l'on m'avait dit que l'on voyait, de l'or, des rubis, des démons, il n'y avait rien de tout ce que l'homme désire tant sur la terre et qu'il espère trouver un jour dans le ciel, je vis un miroir , je nomme ainsi ce que j'ai vu car on ne mena (sic) point appris le nom, je vis un miroir il était blanc, d'un bleud celeste il représentait des choses que je ne puis dire puisqu'elles sont absolument étrangères à tout ce que nous voyons, mais j'étais heureuse en contemplant ce qui se présentait à mes yeux, j'approchai, je touchai ce miroir, je sentis une sensation que je n'avais jamais éprouvée, mon âme semblait s'exaler, je croyais que jalais en être séparée, oh moment délicieux plein de jouissance que vous avez peu duré, je me suis réveillée quand j'étais si heureuse, au bleu du nuage, je me trouve la tête sur le piano et la pluie et le tonnerre allaient toujours leur train.

16 juillet 188 ( sic )

 

Prière à Dieu

Etre des êtres, être indéfinissable ! toi que toute la terre adore. Toi ma seule consolation. Dieu puissant, reçois l'offrande d'un coeur qui n'aime que toi ; éclaire mon âme ; apprrends-moi à te connaître. Hélas ! quel mortel a ce bonheur ? Apprends-moi à connaître l'erreur, que je ne tombe pas dans l'abîme affreux qui l'environne. O mon Dieu ! pourquoi abandonnes-tu tes créatures ? Regarde-les d'un oeil favorable. Hélas ! que puis-je faire, moi, faible mortelle ? Entends-tu ma voix dans l'immensité que tu occupes ? Pénètre-t-elle jusqu'à toi ? ....Pardonne ce doute ; c'est le seul qui sortira de mon coeur. Etre céleste, éclaire mon esprit !

Je hais le monde... Est-ce un mal ? ... Pourquoi souffres-tu qu'il soit si méchant ? Peux-tu laisser ton plus bel ouvrage imparfait ? O mon Dieu ! quand volerai-je dans ton sein ? quand pourrai-je lever une humble paupière sur toi ? Quand pourrai-je en contemplant ta gloire, me prosterner à tes pieds, les arroser de mes larmes et te demander le pardon que tu m'auras déjà accordé ? Remplie de toi, sans cesse, je pense à toi.

Es-tu un esprit ? es-tu une flamme ? Ah ! qu'elle paroisse cette flamme et me consume ! Viens avec moi ; ne me quitte plus ... Vois, mon esprit s'égare ... Sais-je ce que je suis ? Mon Dieu, je ne connais pas quel ressort me fait agir . Est-ce une partie de toi ? Oh ! non, je serais parfaite. Tous les jours, je demande qui tu es . Tout le monde me le dit et personne ne le sait...  Qu'est-ce que le soleil ? C'est du feu. Hélas ! je le sais bien, mais qu'est-ce que le feu ? On n'en sait rien . Je t'adore sans te comprendre ; je te prie sans te connaître, tu es dans mon coeur, je te sens et ne puis te deviner. Tu es le secret de la nature, et c'est un secret qu'on ne pourra découvrir.

A toi, je puis parler. Tu es au-dessus de ce que l'homme appelle offense. Ce mot pour toi n'est rien. On ne peut point t'offenser . Ouvre les yeux de l'univers. Mon Dieu ! nous sommes tous aveugles. fais-nous voir ce jour pur qui t'environne. Fais encore un miracle. Fais-toi connaître . Mais non, c'est en vain que je t'implore. Je ne suis pas digne de tes bienfaits. Il nous faudra donc ramper éternellement !

Ce bonheur que l'on cherche, où le trouver ? L'homme s'éblouit. Alors, quand il s'oublie, il croit être heureux. Non, il n'y a point de bonheur sur la terre. En vain nous courons après ; ce n'est qu'une chimère.

Quand le monde n'existera plus ... Mais pourra-t-il s'anéantir ? ... On dit qu'il n'y aura plus rien ... rien ... Quel tableau ! Quoi ! rien ? rien du tout ... Je m'y perds. Le soleil perdra donc sa clarté ; il ne luira plus ! Que deviendra-t-il ? Comment fera-t-il pour n'être rien ? Mon Dieu ! ta puissance est bien grande ; c'est à toi qu'il faut tout abandonner. Il faut donc t'aimer, te servir, et se taire.

( copié sur l'original par M.Matton - de Vervins - )

 

La violette

Etant allée me promener le premier jour de printemps, je descendis dans un vallon rempli de saules qui n'étoient pas encore verts, hélas ! Je détournai mes yeux de ces tristes arbres dépouillés de leurs feuilles, et ne m'occupai qu'à chercher dans l'herbe naissante la première fleur de la plus belle saison. Je marchai longtemps pour rien trouver ; cependant, de si loin que ma vue pouvait s'étendre, j'aperçus une violette ! une seule violette ! Oh ! qu'elle étoit belle ! Je vole aussitôt, et vais pour la cueillir, mais quelle fut ma surprise ! Cette humble fleur s'agita et sembloit vouloir se retirer de dessous mes doigts ! Craignant de me tromper, j'avançai la main. Alors une voix aussi douce que son parfum se fit entendre. Que fais-tu, Lucile, me dit-elle, pourquoi m'arracher ? Hélas ! laisse-moi vivre encore, personne ici ne me foule sous ses pieds, dans peu tu en trouveras mille plus belles que moi ; dans un bouquet je serai confondue , et je n'en augmenterai pas le volume ; je t'en conjure, laisse-moi finir mes jours ici. Attendrie d'un si touchant langage : Ne crains rien, lui dis-je, aimable fleur ; non, je ne serai jamais assez cruelle pour te détruire, laisse-moi seulement te respirer.

Alors, elle souleva sa tête odorante, et ses feuilles s'entrouvrirent ... Emue jusqu'aux larmes, j'en laissai tomber une dans son calice. Elle me dit : Tes larmes raniment mes forces ; je vivrai plus qu'une autre. - Eh bien, lui dis-je, je viendrai tous les jours, j'umecterai (sic), soir et matin, tes feuilles d'une eau douce et pure ... - Oui, viens, me dit-elle, mais viens toujours seule. Je le lui promis, et j'allai tous les jours la cultiver et respirer son caressant parfum.

Hélas ! je ne verrai plus mon amie. Ma charmante violette, un soir ... en vain je soutenois sa tige mourante, en vain pour la ranimer je lui jetai légèrement quelques gouttes d'eau ; sa dernière heure étoit venue ... Je ne retournerai plus dans ce vallon, mais je penserai toujours à ma douce violette.                                                                                                                                                                                   

 

Retour le Roman de Camille