NAISSANCE ET EDUCATION.

Une vue de la ville de Guise, au pied du fort ( 1908 ?)
Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins est né à Guise le 2 mars 1760. La Picardie, terre puissante où la plante humaine pousse, pour ainsi dire, plus vigoureuse et plus emplie de sève qu'ailleurs, compte les hommes de combat par dizaines: c'est la patrie de Condorcet, qui naquit à Ribemont; de Babeuf, le rêveur égalitaire, fils de Saint-Quentin; du vieux Calvin, des Saint-Simon, des Guise, et pour remonter plus haut, du prêcheur de croisades, l'illuminé et ardent Pierre l'Ermite. Dans cette famille Desmoulins, le chef même de la maison, M.Desmoulins, lieutenant général général au bailliage de Guise, offre justement un exemple d'une calme raison opposée à l'humeur embrasée et à l'ardeur picarde. C'était un homme grave et laborieux, fort estimé de ses compatriotes. Il avait entrepris une Encyclopédie du Droit qui ne devait jamais voir le jour, et dont les manuscrits ont été dispersés. M.Desmoulins n'était pas riche. Sa femme Madeleine Godard, du village de Wiège, lui avait cependant apporté une petite dot qui servait en partie à l'éducation des enfants nés de cette union. Les deux époux eurent sept enfants, tous nés à Guise. - Camille, l'aîné. - Henriette-Emeri-Angélique Desmoulins, 1761-1770; - Marie-Elisabeth-Emilie-Toussaint Desmoulins, mariée en première noce à M.Morcy, et en secondes à M.Lagrange. Née en 1762, elle vivait encore en 1837. - Armand-Joseph-Louis-Domithille Desmoulins, dit Du Bucquoy, fief que son père possédait sur le territoire d'Audigny, né en 1765, soldat depuis 1787 au 11è régiment, ci-devant Royal-Roussillon, cavalerie. Il fut tué dans la Vendée en 1793 - Anne-Clotilde-Pélagie-Marie Desmoulins, Mme Lemoine, née en 1767. - Lazare-Nicolas-Norbert Desmoulins, dit du Sémery, fief appartenant à son père et situé sur le territoire de Puisieux. Né en 1769, soldat depuis 1790 au 10è bataillon de Chasseurs, ci-devant de Gévaudan. Prisonnier en 1793 au siège de Maëstricht. La famille ne recevant plus de ses nouvelles l'avait cru tué à l'ennemi. Il vivait encore le 6 mai 1807. - Clément-Louis-Nicolas Desmoulins, né en 1770, encore vivant le 6 pluviôse an XXII. Camille était le plus âgé des fils de M.Desmoulins et celui qui, par son intelligence, par le feu de ses yeux noirs ardents, par la précocité de ses réparties et l'éveil de son esprit, donnait à ses parents le plus d'espoir. Le malheur était que l'éducation complète à cette époque coûtait cher. Jamais, sans le concours d'un parent éloigné, la famille Desmoulins n'eût pu faire de Camille le lettré, l'érudit étonnant qu'il devint. M. de Viefville des Essarts, ancien avocat au Parlement de parisien, plus tard député du Vermandois aux Etats Généraux, obtint pour le jeune Camille une bourse au collège Louis-Le-Grand. Là, dans ce vieux lycée où son souvenir survit encore, Camille Desmoulins étudia avec une ardeur superbe, se livrant tout entier, corps et âme, à cette antiquité qu'il devait toujours chérir. Dans ce collège où il se trouvait avec plusieurs compatriotes, - Lesur ( de Guise), le futur auteur de l'Annuaire, entre autres, - Camille avait rencontré un adolescent de son âge, boursier comme lui. Celui-là s'appelait Maximilien Robespierre. On s'imagine les causeries juvéniles de ces deux enfants, les chocs de sentiments de ces deux caractères opposés, l'un ardent et exalté, l'autre méditatif et sévère. Laborieux, passionné pour la science, Camille avait brillamment achevé ses études. Il quitta le collège Louis-Le-Grand avec une certaine émotion, commença son droit aussitôt, et bachelier en septembre 1784, licencié en mars 1785, il prêta serment, cette même année, comme avocat au Parlement de Paris. Il avait alors 25 ans. Il y a peu de traces des débuts de Camille au barreau. Il n'était point né orateur. Admirablement doué comme écrivain, d'une instantanéité de pensée et d'expression étonnante, hardi, aiguisé, primesautier, il était à la tribune bientôt décontenancé et médiocre. Il bégayait. Ce n'était point le bégayement ordinaire, l'infirmité désagréable: c'était plutôt le balbutiement de l'homme troublé qui cherche à se remettre de son émotion; au début de la phrase, et comme mise en train, il laissait échapper des hon, hon multipliés ( Monsieur Hon, c'était le nom que Lucile lui donnait). Il ne plaida donc que rarement et sans éclat. Il avait d'ailleurs le feu sacré de l'écrivain.
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![]() Maison natale de Camille à Guise.
Guise - Portail de l'église St-Pierre.
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