LES 12,13 et 14 JUILLET |
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| La prise de la Bastille allait donner à
Camille Desmoulins une popularité soudaine; la table du jardin du Palais-Royal, sur
laquelle il allait monter, devait être comme le piédestal de sa renommée. Le
Palais-Royal était le foyer ardent, le coeur même du Paris de 89. Tous se coudoyaient
autour de l'arbre de Cracovie. Là où Diderot conversait jadis avec le neveu de Rameau,
Saint-Huruge discutait maintenant avec Fournier, l'Américain, et la foule, bouillante,
formait autour de tout personnage porteur d'un renseignement quelconque un de ces groupes
nerveux qu'on voit grossir aux jours d'orage. Lorsque Paris apprit que Necker était congédié et exilé, le courroux fut grand. Au Palais-Royal, la fièvre redoubla. Cette journée du dimanche 12 juillet devait coûter cher à la royauté. |
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| Camille Desmoulins, irrité et résolu, se faisant le
porte-voix de tous, monte sur une table, et, dans ce moment d'enthousiasme, domptant son
léger bégayement d'habitude: " Citoyens, s'écrie-t-il, vous savez que la nation
entière avait demandé que Necker lui fût conservé ? ... J'arrive de Versailles...
Necker est renvoyé ! Ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthélemy de patriotes. Ce
soir, tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champs-de-Mars pour nous
égorger... Il n'y a pas un moment à perdre ! Nous n'avons qu'une ressource, c'est de
courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître !" Ce jeune homme aux cheveux noirs pétillant de vie, cet inconnu de la veille, entrant ainsi dans l'histoire par une improvisation bouillante, exprimait avec sa véhémence ardente tout ce que ressentaient de colère les six mille citoyens qui l'entouraient. L'outrage était pour tous, mais un seul poussait le cri et protestait au nom de la nation entière. " Quelles couleurs voulez-vous pour nous rallier ? continuait Desmoulins. Voulez-vous le vert, couleur de l'espérance, ou le bleu de Cincinnatus, couleur de la liberté d'Amérique et de la démocratie ? " La foule répond: " Le vert ! le vert ! Des cocardes vertes !" Et cette révolution commence comme débute le printemps.
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![]() C.Desmoulins: l'appel à la Révolution. |
| Camille attache, le premier, un ruban vert
à son chapeau. Les arbres du jardin, dépouillés de leurs feuilles, fournissent des
cocardes aux citoyens électrisés. C'est une pluie de verdure sous les branches des
tilleuls. Camille, animé, brillant, toujours debout, dominant cette foule qui l'acclame,
tire de dessous son habit deux pistolets, qu'il montre au peuple et s'écrie: " Amis,
la police est ici ! Elle m'observe, elle m'espionne. Eh bien ! oui, c'est moi qui appelle
mes frères à la liberté ! Mais je ne tomberai pas vivant entre ses mains ! Que tous les
bons citoyens m'imitent ! Aux armes !" L'étincelle avait jailli. Elle venait de tomber de cette table de café que le citoyen Beaubourg, qui hissa dessus Desmoulins, appellera la table magique. La foule, maintenant, suit Camille, qui traverse le jardin; elle lui fait escorte, il l'entraîne, et ce flot humain ira où le conduira ce jeune homme de 29 ans, qui, le ruban vert au chapeau, incarne maintenant - et incarnera pour l'avenir - la Révolution et l'espérance. Camille parcourt les boulevards, traînant après lui un torrent grossissant de curieux. La nuit vient. La grande ville, gardée par des divisions de soldats du guet, des gardes françaises et des corps de bourgeois armés, s'endort à demi au bruit des coups de feu tirés par intervalles. On entend partout des bruits lugubres. |
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| Le lundi matin, 13 juillet, Paris fourmille
d'hommes armés de bâtons et de fusils, de piques, de sabres, de pistolets. En quelques
heures, les Electeurs, assemblés à l'Hôtel de ville, créent un corps de milice
bourgeoise de 78000 hommes, en 16 légions, commandé par le marquis de la Salle et le
chevalier de Saudray. C'est cette milice qui devint la garde nationale. Très vite, les citoyens se font inscrire sur la liste des "soldats de la patrie" et se décorent de la cocarde verte que Camille Desmoulins vient d'inventer, comme s'il était le poète de la Révolution. Bientôt, car elle rappelle les couleurs du comte d'Artois, cette cocarde sera remplacée par des cocardes ou des rubans rouge et bleu , couleur de la ville. |
![]() Palais-Royal: C.Desmoulins appelle aux armes. |
| Le 14 juillet, la Bastille tomba ( voir
Page Révolution: la prise de la Bastille). Le soir de cette terrible journée, Louis XVI
se contentait d'écrire sur le Journal où il notait ses impressions
quotidiennes, ce mot étrange, incroyable, impossible, qu'on trouve inscrit à la date du
14 juillet : Rien. Rien, lorsque tout était commencé. Camille Desmoulins, dans ces journées tumultueuses, avait eu la fièvre, comme Paris. Il avait donné le signal de la tempête; on le vit, marchant, l'épée nue, tout joyeux du triomphe populaire, et il était sur la brèche de la Bastille à côté de ceux qui arboraient le pavillon des gardes françaises. Il raconte que le soir, la patrouille de gardes françaises dont il faisait partie rencontra, un peu avant minuit, un détachement de hussards qui entrait par la porte Saint-Jacques. - Qui vive ? s'écria le gendarme qui commandait la patrouille. L'officier de hussards répondit: France ! Nation française ! La France, voilà ce qui venait de naître: la France nouvelle, éprise de libertés, ivre d'espérance, demandant sa régénération à la démocratie; la France, cette chose qui s'incarnait la veille dans le Roi et qui désormais allait être composée de la nation tout entière groupée sous la drapeau tricolore, né dans le feu du combat, et ses vierges couleurs toutes saturées déjà de l'odeur de poudre ! |
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