| Quels ont été vos débuts ? J'habitais avec ma famille dans un autobus qui était itinérant entre les Etats-Unis et le Mexique. Ma mère s'occupait de nous en donnant des cours, et mon père travaillait. Nous n'avions pas la télévision, donc nous lisions beaucoup. On faisait des spectacles pour nos parents, et c'est comme cela qu'on a tous un peu pris goût à la scène, au spectacle.
Dans quels pays avez-vous voyagé ? Principalement au Mexique et aux Etats-Unis. Je ne suis allé au Canada qu'à l'âge de 18 ans. |
Pourquoi vous êtes-vous installée au Québec ? J'étais venue rendre visite à mes trois surs qui étaient alors à l'Ecole du Cirque là-bas, puis elles sont parties travailler dans des cirques, et moi je suis restée. J'avais rencontré mon guitariste, qui est devenu compositeur de mes chansons, ainsi que le réalisateur de l'album. Vous attachez beaucoup d'importance à la musique dramatique. Je crois que votre mère aimait beaucoup cela lorsque vous étiez jeune. Cela a-t-il été une influence importante pour vous ? |
Oui, absolument. j'aimais beaucoup cette musique, c'était celle qui m'attirait le plus, les chansons les plus tristes : que ce soit la musique tzigane ou la musique arabe, qui me hantaient beaucoup.
C'est la musique mexicaine qui vous interesse le plus. Pourquoi cet attrait ? Je pense qu'on a souvent en tête un côté très caricatural de la musique mexicaine, comme les mariachis. J'ai pourtant un grand respect et de l'amour pour cette musique dans son ensemble. Il y a des personnes qui ne partagent pas ce respect, parce |
qu'elles n'ont pas perçu l'art de cette musique. Je crois que vos véritables débuts se sont effectués en 1991. Avez-vous, depuis cette année, donné des concerts, tourné dans des festivals ? On a commencé à travailler dans des bars à Montréal. C'était une très bonne école. Puis on a commencé lentement à faire des festivals, à tourner un peu en dehors de Montréal, et à partir du moment où l'album est sorti, on est allé plus loin dans la promotion et les tournées. |
A quel moment avez-vous décidé d'enregistrer un disque ?
Cela s'est passé naturellement. Depuis des années, on faisait des concerts, on écrivait nos propres compositions. Yves avait déja travaillé avec une maison de disques, Audiogram. Il a alors parlé avec le directeur de cette société, et lui a demandé s'il était interessé. Ce dernier a dit oui, et c'est comme ça que cela a commencé. Mais l'ensemble a pris beaucoup de temps.
L'an dernier, vous avez fait la scène du Lilith Fair à Montréal et Toronto (festival itinérant uniquement consacré |
à des artistes féminines). Pensez-vous que ce soit une initiative importante ?
Oui. J'aime beaucoup ce genre d'initiative, car cela permet de rencontrer d'autres artistes. C'est un reès grand événement. J'aime aussi joué dans de grandes salles, pour l'énergie que l'on y trouve. Mais je préfère les événements un peu plu petits, qui se déroulent dans de petites salles, parce qu'on ressent plus la personnalité de l'artiste, et le caractère intime du public. Je pense que ma musique se prête davantage à ces ambiances intimes. |
Vous avez souvent l'occasion de faire des concerts, des tournées. Est-ce que vous êtes déjà entrée en contact avec les communautés latines, que ce soit au Canada ou aux Etats-Unis ? Oui, bien sûr. J'ai d'ailleurs plus souvent l'impression de rentrer en contact avec
des individus, plutôt qu'avec la communauté latine elle-même. J'aime que cela se déroule ainsi. Ce sont des gens qui ont été touchés par cette musique, pas parce qu'elle est chantée dans leur langue, mais parce qu'elle leur parle personnellement. Ce n'est pas de la musique nationale. C'est beaucoup plus personnel, et cela parle |
plus aux personnes elles-mêmes qu'à un groupe.
Pourquoi avoir sorti cet album ? Est-ce que cela correspondait à un projet particulier ? Oui, j'ai effectivement voulu reporter les chansons que j'interprétais sur scène sur un album, mais également aller plus loin avec cette idée en tête. En fait, le "concept" de la Llorona, c'était de me situer par rapport à des chansons très tristes. Je ne sais pas ce qui va se dessiner la prochaine fois : quelle ambiance ou quel personnage. En tout cas, ce disque correspond à ce |
que j'avais envie d'exprimer à ce moment-là. Ses influences...Je partage beaucoup d'influences avec mon guitariste : Tom Waits par exemple, mais aussi Bratsch et Chavela Vargas, qui est en quelque sorte mon Edith Piaf, et que j'ai écouté sans arrêt pendant des années.c'est une interprète mexicaine comme il n'existe pas beaucoup, qui réussit à allier expressivité et vérité. Dans les musiques plus actuelles, j'aime beaucoup ce que font Bashung ou Arthur H, mais aussi Radiohead et |
d'autres groupes pop...Dans le domaine de la musique classique, j'aime Chopin et Beethoven, mais cela dépend évidemment beaucoup de l'interprète.
Interview : Hervé Guilleminot |