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interview parue dans Blah Blah Thema d'avril 1998
où le lecteur apprend que la chanteuse aime les chansons tristes
interview parue dans Presto de novembre 1998 (numero 22)
où le lecteur apprend que la chanteuse a des origines russes
interview en anglais
où le lecteur apprend que la chanteuse vient d'une performing family
interview trouvée sur internet
où le lecteur apprend qu'en Californie, les lois sur la scolarité sont très strictes






Blah blah Thema avril 98

Il y a des rencontres qui peuvent provoquer des miracles. Prenons le cas de la jeune chanteuse Lhasa de Sela et de son guitariste Yves Desrosiers : en 1991, le couple commence à composer. Quelques années plus tard, le projet abouti à la sortie d'un disque, La Llorona, qui séduit l'auditeur par ses mélodies tristes et son ambiance mélancolique. Lhasa s'explique sur son parcours et son travail.

Quels ont été vos débuts ?

J'habitais avec ma famille dans un autobus qui était itinérant entre les Etats-Unis et le Mexique. Ma mère s'occupait de nous en donnant des cours, et mon père travaillait. Nous n'avions pas la télévision, donc nous lisions beaucoup. On faisait des spectacles pour nos parents, et c'est comme cela qu'on a tous un peu pris goût à la scène, au spectacle.

Dans quels pays avez-vous voyagé ?

Principalement au Mexique et aux Etats-Unis. Je ne suis allé au Canada qu'à l'âge de 18 ans.

Pourquoi vous êtes-vous installée au Québec ?

J'étais venue rendre visite à mes trois sœurs qui étaient alors à l'Ecole du Cirque là-bas, puis elles sont parties travailler dans des cirques, et moi je suis restée. J'avais rencontré mon guitariste, qui est devenu compositeur de mes chansons, ainsi que le réalisateur de l'album.

Vous attachez beaucoup d'importance à la musique dramatique. Je crois que votre mère aimait beaucoup cela lorsque vous étiez jeune. Cela a-t-il été une influence importante pour vous ?

Oui, absolument. j'aimais beaucoup cette musique, c'était celle qui m'attirait le plus, les chansons les plus tristes : que ce soit la musique tzigane ou la musique arabe, qui me hantaient beaucoup.

C'est la musique mexicaine qui vous interesse le plus. Pourquoi cet attrait ?

Je pense qu'on a souvent en tête un côté très caricatural de la musique mexicaine, comme les mariachis. J'ai pourtant un grand respect et de l'amour pour cette musique dans son ensemble. Il y a des personnes qui ne partagent pas ce respect, parce

qu'elles n'ont pas perçu l'art de cette musique.

Je crois que vos véritables débuts se sont effectués en 1991. Avez-vous, depuis cette année, donné des concerts, tourné dans des festivals ?

On a commencé à travailler dans des bars à Montréal. C'était une très bonne école. Puis on a commencé lentement à faire des festivals, à tourner un peu en dehors de Montréal, et à partir du moment où l'album est sorti, on est allé plus loin dans la promotion et les tournées.

A quel moment avez-vous décidé d'enregistrer un disque ?

Cela s'est passé naturellement. Depuis des années, on faisait des concerts, on écrivait nos propres compositions. Yves avait déja travaillé avec une maison de disques, Audiogram. Il a alors parlé avec le directeur de cette société, et lui a demandé s'il était interessé. Ce dernier a dit oui, et c'est comme ça que cela a commencé. Mais l'ensemble a pris beaucoup de temps.

L'an dernier, vous avez fait la scène du Lilith Fair à Montréal et Toronto (festival itinérant uniquement consacré

à des artistes féminines). Pensez-vous que ce soit une initiative importante ?

Oui. J'aime beaucoup ce genre d'initiative, car cela permet de rencontrer d'autres artistes. C'est un reès grand événement. J'aime aussi joué dans de grandes salles, pour l'énergie que l'on y trouve. Mais je préfère les événements un peu plu petits, qui se déroulent dans de petites salles, parce qu'on ressent plus la personnalité de l'artiste, et le caractère intime du public. Je pense que ma musique se prête davantage à ces ambiances intimes.

Vous avez souvent l'occasion de faire des concerts, des tournées. Est-ce que vous êtes déjà entrée en contact avec les communautés latines, que ce soit au Canada ou aux Etats-Unis ?

Oui, bien sûr. J'ai d'ailleurs plus souvent l'impression de rentrer en contact avec des individus, plutôt qu'avec la communauté latine elle-même. J'aime que cela se déroule ainsi. Ce sont des gens qui ont été touchés par cette musique, pas parce qu'elle est chantée dans leur langue, mais parce qu'elle leur parle personnellement. Ce n'est pas de la musique nationale. C'est beaucoup plus personnel, et cela parle

plus aux personnes elles-mêmes qu'à un groupe.

Pourquoi avoir sorti cet album ? Est-ce que cela correspondait à un projet particulier ?

Oui, j'ai effectivement voulu reporter les chansons que j'interprétais sur scène sur un album, mais également aller plus loin avec cette idée en tête. En fait, le "concept" de la Llorona, c'était de me situer par rapport à des chansons très tristes. Je ne sais pas ce qui va se dessiner la prochaine fois : quelle ambiance ou quel personnage. En tout cas, ce disque correspond à ce

que j'avais envie d'exprimer à ce moment-là.

Ses influences...

Je partage beaucoup d'influences avec mon guitariste : Tom Waits par exemple, mais aussi Bratsch et Chavela Vargas, qui est en quelque sorte mon Edith Piaf, et que j'ai écouté sans arrêt pendant des années.c'est une interprète mexicaine comme il n'existe pas beaucoup, qui réussit à allier expressivité et vérité. Dans les musiques plus actuelles, j'aime beaucoup ce que font Bashung ou Arthur H, mais aussi Radiohead et

d'autres groupes pop...Dans le domaine de la musique classique, j'aime Chopin et Beethoven, mais cela dépend évidemment beaucoup de l'interprète.


Interview : Hervé Guilleminot

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Presto avril 98

C'est avec un bon trois-quarts d'heure de retard que nous déboulons dans le café où devait avoir lieu l'interview avant le Forum Fnac de LHASA... J'avoue j'ai confondu deux marques de bière locales (c'est pas notre rédac'chef bien aimé qui commettrait une telle bévue !) et donc inverti les deux troquets du centre ville qui portent leur nom ! Tout le monde est là depuis un bon petit bout de temps et la petite LHASA dort à poings fermés sur la table, elle est visiblement exténuée mais se prête sans rechigner, mais sans exubérance non plus, au jeu des questions réponses...

Peux-tu te présenter un peu, on sait déjà que tu es d'origine mexicano-américaine et que tu avais des ancêtres espagnols et arabes...

Oui, russes aussi...

Tu écoutes toutes sortes de musiques ?

J'ai des coups de cœur, mon dernier c'était Björk ; j'ai dû être la dernière à la découvrir ! J'aime aussi beaucoup Bashung et Arthur H, du Classique, Arno, Taraf de Haidouks, de la musique Turque... Ce sont des coups de cœur, j'attends le prochain !

On écoutait de tout chez tes parents ?

Quand j'étais petite, on n'avait ni la radio ni la télé à la maison ; alors on écoutait ce que les gens ramenaient, ce qui nous tombait dessus...

Et tu parles trois langues ?

Français, espagnol et anglais ...

Ton père est écrivain, je crois...

Son nom c'est Alex Sela, il n'est pas encore publié mais ça ne va pas tarder...

Dans tes chansons il y a une atmosphère très pesante de douleur et de tristesse...

C'est la tristesse liée à l'amour... Comme dans la chanson française, Brel, Piaf, tout ça...

Tes styles musicaux oscillent entre boléro, milonga, tango, chansons traditionnelles sud américaines...

Il y a aussi une très vieille chanson andalouse, Los Peces, c'est une très vieille chanson gitane, la plus vieille peut-être. Les autres reprises sont des chansons traditionnelles péruviennes et il y a aussi une berceuse argentine...

Comment a été accueilli un album tout en espagnol au Canada ?

On est plutôt vus comme des excentriques là-bas ; je n'ai pas de contacts avec la scène musicale québécoise...

Comment est-ce que ça fonctionne au niveau du respect des quotas ?

Au Canada on ne passe pas sur les radios commerciales et ici en Fance on a été bien accueilli par Radio Latina, France Inter et les radios libres...

Et ailleurs ?

On ne sais pas encore... L'album sort aux USA la semaine prochaine...

Tu ne composes qu'en espagnol, pourtant tu parles parfaitement français et anglais, tu vas continuer dans la même veine ?

Je viens de finir deux chansons en français...

Elles parlent des mêmes thèmes ?

Elles parlent du sens de la culpabilité et des rapports entre l'artiste et le public...

Tu aimerais qu'on te propose des collaborations sur des disques de techno ou de trip-hop ?

Oui, ça permettrait de briser la

mélancolie, j'ai envie de faire des choses plus dansantes parfois... Si ça arrive très spontanément j'accepterai, mais pas pour des raisons commerciales...

Vous avez quelle formation sur scène ?

Pour les showcases dans la Fnac on n'est qu'à deux, c'est bien aussi. Pour les concerts de la tournée on sera à cinq : Yves et moi, avec un accordéoniste, un percussionniste et un bassiste. On a réorchestré les morceaux depuis deux mois avec l'arrivée des percus.

Et ton guitariste, Yves, j'ai été surpris de voir que c'était un musicien de Jean

Leloup, alors que c'est quelqu'un au style très subtil et très acoustique, tu peux nous en parler un peu ?

C'est quelqu'un de très original, il s'intéresse à toutes les musiques... Il me comprend bien... Je ne lis pas la musique, je lui amène des idées. J'ai commencé à me produire sur scène et à jouer avec un guitariste à 18 ans à Montréal, beaucoup de reprises de chansons traditionnelles et puis de plus en plus de compos...

Tu écoutes d'autres chanteuses, du flamenco par exemple ?

Oui ! Carmen Linares, elle a une voix magnifique... J'écoute une chose à la

fois, j'aime Fairuz aussi, Oum Kalsoum... J'ai rencontré les gens de K's Choice, on a joué ensemble, c'était très bien...

Tu connais Thierry Robin ou Bernardo Sandoval ?

Bernardo Sandoval, oui, on ajoué après lui à Manosque, je n'ai pas vu le concert mais je vais écouter le disque, c'est notre ingénieur du son qui l'a...

Le peu du mini-concert acoustique de LHASA que nous sommes parvenus à capter depuis le couloir menant à un forum Fnac hyper-bondé nous a mis l'eau à la bouche : émotion et performance instrumentale et vocale s'entremêlent à merveille pour libérer une musique inspirée qui semble venue du fond des âges et parler à l'âme sans détours et sans ambages.


Interview : Brother Friction
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Lhasa The Magnetism of Melancholy

Lhasa de Sela is a 25-year-old Montreal-based Mexican-American singer, painter and sculptor who sings melancholy, heartfelt songs that transcend their jazz or traditional Mexican roots, become transporting excursions into mythical history. Her remarkable debut album, La Llorona, takes its name from an Aztec legend of a woman who avenges her children by seducing men with her sad melodies, drawing them to the river where her kiss turns them to stone. Lhasa's siren songs have less tragic outcomes, yet her melodies are no less compelling.
Your songs are often sad, even tragic. How do you balance that in performance?

You can't feel light unless there's a shadow, or shadow unless there's light. If you have a show that's all shadow, at a certain point it becomes monotone — even passion can become monotone if there's just passion. Over the years as we started putting more humour and irony in the show, I realised it put the whole thing into relief.

Was it difficult to take your art from a private place to a public place ?

I was never intimidated by performance, the goal was always to

perform — I come from a performing family. [Her mother was an actor, and three of her sisters perform with a circus in Europe.] It was always somehow very clear and obvious to me that I had to be on stage – that that was the battlefield. Being on stage is like climbing a mountain or going in search of the Grail, or some mystical heroic act you would do to find the meaning or essence of life, an intensity of experience. I take very seriously the fact that people got dressed, left their houses and are sitting there waiting for you to do something. But I'm not there to help anyone forget, or distract anyone. If you look at very poor cultures, where people have very difficult lives, music has two roles: to help them get out all their frustrations in dance and craziness; and to make them all stop and pause and share a common sadness or a fullness of feeling. That's as much an emotional release as the crazy songs are, but in a very different way. We're making music to remember, which is where the melancholy side of it comes in. I never wanted to distract or entertain, as much as I felt an urgent need to communicate, to cross barriers of language and go for the heart.

A lot of people have drawn a parallel between you and the La Llorona figure. Do you cast yourself in the temptress or siren role ?

There are a number of things I feel connected to : one is the feeling of

danger. My father said to me once, "if it's not about life and death, I'm not interested" and I really feel that way too. I'm not here to waste time on distraction and entertainment. I don't think it's good for the performer to be too comfortable and secure, and I don't think it's good for the audience either, because then what's the point ? They go to all this effort, and they sit and listen and say "how nice" and go home. What happened ? Nothing. The element of danger is a necessity for me. I like the idea that what's dangerous about La Llorona is the sad songs – the seductiveness of sadness. I've always been very seduced by sadness – the magnetism of melancholy. Every time you want to delve a little bit – I think songwriting is always aboutlucidity – and when you open your eyes, you see all kinds of amazing, complex, marvellous, and painful things that happen all around you. You don't have to live a particularly tragic life, you just have to open your eyes. It's everywhere.
Interview : James Keast
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Viva Lhasa

C'est un des chocs musicaux de ce printemps. A 26 ans, cette jeune américano-mexicaine absolument inclassable sort un album mélancolique, de toute beauté, hanté de légendes aztèques et d'accents tziganes. Rencontre...

Parlez-nous de votre enfance sur les routes...

On vivait tous dans un bus, à naviguer entre l'Amérique et le Mexique. Mes parents partageaient un rêve, un idéal : trouver une alternative à ce que la société leur proposait. Vivre sur la route était un grand bonheur, quelque chose de très plein. L'horreur, pour moi, fut d'être obligé d'aller à l'école, à huit ans, lorsque nous étions en Californie, où les lois sont très strictes sur la scolarité. Sinon, c'était le paradis.

Vous avez commencé à chanter dans le bus ?

Depuis toujours, oui. Puis j'ai pris des

cours de chant. Petit à petit, j'ai découvert que ce qui m'intéressait, c'était de chanter en espagnol, une langue qui vient du corps, des tripes. Et j'ai trouvé mon chemin. Avant, j'avais fait beaucoup de jazz, mais c'était juste à cause de Billie Holiday. Dans le fond, je n'aimais pas le jazz.

Votre album évoque une vieille légende aztèque, la Llorona. Vous aimez les légendes ?

Beaucoup. J'aime les histoires courtes et universelles, les contes, les paraboles. Les vieux mythes parlent tous d'amour et de mort, les deux seuls thèmes vraiment importants. Mes chansons sont comme ça, bien sûr. La légende de la Llorona, une femme

mélancolique qui séduit les hommes en chantant, puis les transforme en pierre, m'a toujours fascinée. Plus généralement, j'aime exprimer des émotions fortes. En Amérique du nord, il est mal vu de montrer de la tristesse ou de la mélancolie, alors que dans d'autres pays se sont des sentiments passagers que l'on accepte d'exprimer. C'est ce qui me rapproche de la musique tzigane, par exemple.

On peut parler de world music à votre sujet ?

Je ne sais pas. Mes parents écoutaient des musiques venues du monde entier, de l'Afrique à l'Europe en passant par l'Asie. Des musiques de toutes les époques. Je ne me suis jamais posé

d'autres questions...

La pochette de votre disque est un de vos tableaux. Que vous apporte la peinture ?

Le silence. La solitude. La méditation. Peindre, c'est se mettre hors du temps et se laisser guider par son instinct. Avec ce tableau, je voulais que les gens qui le regardent se sentent impliqués. C'est la même chose avec ma musique.

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