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LES 21 CONCILES
OECUMENIQUES
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LE CONCILE DE CHALCEDOINE

8 octobre - 1er novembre 451
(Un bref résumé)

concile de Chalcédoine


PLAN DE L'EXPOSE
I) LE CONTEXTE HISTORIQUE
1) Introduction
2) Les raisons du concile
3) Le déroulement du concile

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE
(+ l'impact du concile)

III) PISTES DE MEDITATION
1) Le monophysisme
2) Le 28ème canon



LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :

(Pour l'époque et les thèmes des conciles, cliquez ici)


I) Concile
de
Nicée






II) Concile
de
Constantinople






III) Concile
d'Ephèse






IV) Concile
de
Chalcédoine






V) Concile
de
Constantinople II






VI) Concile
de
Constantinople III






VII) Concile
de
Nicée II






VIII) Concile
de
Constantinople IV






IX) Concile
de
Constance






X) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence






XI) Concile
de
Latran V






XII) Concile
de
Trente






XIII) Concile
de
Vatican I



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I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Introduction :Jésus Christ

Ce concile peut à juste dire être considéré comme la suite des 2 conciles précédents. En quelque sorte, le concile de Chalcédoine est "l'enfant" des conciles de Constantinople et d'Ephèse. Et ce pour deux raisons :

  • tout d'abord, le concile de Chalcédoine est le prolongement, comme nous le verrons, du concile d'Ephèse. Il est en effet l'autre grand concile à s'être attaqué à la double nature du Christ (nature divine et nature humaine).
  • ensuite, ce concile a précisé la pensée et la logique du concile de Constantinople par rapport aux prétentions de Constantinople à devenir l'égal de Rome.
En fait, Chalcédoine est avant tout un concile de clarification des 2 points qui viennent d'être mentionnés, mais, attention, ce serait une grave erreur de penser pour autant que ce concile ne revêt pas la même importance que d'autres conciles simplement parce qu'il clarifie plus qu'il n'innove. Comme nous allons le constater, son rôle a été fondamental dans le développement de la pensée chrétienne.

2) Les raisons du concile :

A) Le monophysisme :  une définition
Cette hérésie, prévisible au demeurant, est très certainement l'élément qui justifia la convocation de ce concile et lui donna par la même occasion sa caractéristique principale de clarification, comme il a été dit plus haut.
Mais quand est-il au juste ?
La nature humaine absorbée par la nature divine, à la manière d'un océan absorbant une goutte d'eau
 
D'une certaine manière, le monophysisme tire son origine du nestorianisme, hérésie condamnée au concile d'Ephèse. En effet, le nestorianisme avait suscité et suscitait encore bien des réactions hostiles, à un point tel que ses adversaires les plus virulents tombèrent dans l'hérésie inverse ! Soucieux de concilier la nature divine et la nature humaine du Christ, ils en vinrent à soutenir qu'il y avait en Jésus Christ une nature (physis) unique (monos) : le monophysisme était né...Il suffit d'une formule poétique pour embraser les esprits : des monophysites commencèrent à prétendre que la nature divine du Christ avait absorbé sa nature humaine comme une goutte de miel se dilue dans la mer.
La crise monophysite fut donc bien un contrecoup de la crise nestorienne ; réagissant en sens opposé à la théorie de Nestorius qui voyait deux natures complètement distinctes et séparées dans le Christ, le monophysisme, par son propagateur le plus zélé Eutychès, soutint que les deux natures du Christ étaient au contraire si unies que sa nature humaine s'était fondue dans sa nature divine, d'où la formule poétique du miel qui se dilue dans la mer. En fait, cette nouvelle hérésie pouvait aussi être vue comme une exagération de la tendance théologique qui s'était toujours manifestée à l'Ecole d'Alexandrie, tout comme d'ailleurs le Nestorianisme avait été une déformation extrémiste de la pensée théologique de l'Ecole d'Antioche.
 →  voir le concile d'Ephèse pour davantage d'informations sur ces deux Ecoles : les raisons du concile, A. Nestorianisme
Enfin, on pourrait dire que par sa négation, de fait, de l'humanité de Jésus Christ, le monophysisme est non seulement l'hérésie opposée du nestorianisme, mais aussi de l'arianisme, qui, elle, niait la divinité de Jésus.
B) Les événements historiques :  les turbulences pré-conciliaires
FlavienSous l'impulsion d'Eutychès, l'hérésie gagne du terrain, d'autant que Dioscore, évêque d'Alexandrie (cf. Ecole d'Alexandrie) s'est engagé sans réserve aux côtés d'Eutychès. Fort de ce soutien, ce dernier n'hésite pas à se montrer intransigeant face à toute tentative de conciliation de l'évêque de Constantinople, Flavien, qui se voit donc contraintLéon le Grand de l'excommunier en 448 lors d'un synode de l'église de Constantinople. Malgré cette condamnation de 448, Eutychès ne désarme pas, bien au contraire, il entretient une agitation constante et fait appel à l'empereur d'Orient, Théodose II, et au pape Léon 1er. Cette initiative obtient même le soutien de Dioscore, qui va jusqu'à demander à l'empereur la convocation d'un concile. Théodose II, qui était favorable à Eutychès, n'hésitera pas longtemps pour agréer cette demande. Dans ces conditions, il était évident que le but de ce concile serait d'entériner la doctrine monophysite.
Le brigandage d'Ephèse :
La convocation de ce concile fut fixée à l'année 449, il se tiendrait à Ephèse. C'est précisément à ce moment que se situe un événement important, soulignant le rôle de l'évêque de Rome : le pape alerté par l'évêque de Constantinople Flavien, ne se contenta pas de désigner comme à l'ordinaire des légats chargés de le représenter au concile ; il prit position sur le fond de l'affaire dans une lettre restée célèbre sous le nom de Tome à Flavien. Il y réfutait Eutychès par cette formule clé : L'union ne supprime nullement la différence des natures; au contraire, celles-ci restent sauves et se rencontrent en une seule personne, ou hypostase.
Pulchérie
Ce second concile d'Ephèse fut conduit par Dioscore, avec l'appui de l'empereur Théodose II, dans des conditions telles qu'il est encore désigné par l'expression 'brigandage d'Ephèse' pour le différencier notamment du concile oecuménique d'Ephèse de 431, qui lui est reconnu par l'Eglise. C'est à au pape Léon 1er que l'on doit l'utilisation de cette expression lorsqu'il écrivit à l'impératrice Pulchérie.
Brigandage en effet quand on sait que l'opposition au monophysisme ne put s'y faire entendre. Le vieux Flavien fut molesté, et déposé, les légats pontificaux furent empêchés de lire la lettre de Léon 1er (cf.Tome à Flavien). Finalement, l'objectif de ce pseudo concile fut atteint puisque Eutychès se retrouva réhabilité et son rival Flavien déposé de son siège d'évêque de Constantinople.

3) Le déroulement du concile :

MarcienA la mort de l'empereur Théodose II, qui avait rejeté toutes les protestations et en particulier celles du pape Léon 1er, le contexte redevint nettement plus favorable au rétablissement de l'orthodoxie. C'est ainsi que le pape obtint du nouvel empereur Marcien la convocation d'un nouveau concile, régulier cette fois-ci ; ce concile se tiendrait en l'église Sainte-Euphémie à Chalcédoine en Asie Mineure en 451, cela devait être le 4ème concile oecuménique.
Le concile fut présidé tantôt par les légats pontificaux, tantôt par les commissaires impériaux, tantôt par Marcien lui-même. 350 évêques environ y participèrent, dont 5 occidentaux (les légats pontificaux).

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE :

  • Le monophysisme :
    Le concile condamne sans ambiguïté le monophysisme. Dioscore d'Alexandrie est déposé, Eutychès et Nestorius sont à nouveau condamnés. Le concile adopte la définition formulée par le pape dans le 'Tome à Flavien', cette définition devient même la référence doctrinale :
    un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Monogame (ou Monogène), sans confusion, sans mutation, sans division, sans séparation, la différence des natures n'étant nullement supprimée par l'union, mais plutôt les propriétés de chacune étant sauvegardées et réunies en une seule personne et une seule hypostase.
    Il y a donc bien deux natures dans le Christ et leur union n'a pas supprimé leur différence. Personne unique, le Christ est doué d'une double nature, humaine et divine. Il est par là affirmé que le Christ est complet quant à la divinité et complet quant à l'humanité, donc consubstantiel (= de même nature) au Père aux hommes.
    Ainsi se trouvait complété et développé, par rapport à la personne du Christ, le symbole (ou credo) de Nicée-Constantinople.
    affirmation du rôle du pape comme garant de la foi
    Enfin, il est utile, ici encore, d'insister sur l'importance qu'a revêtu l'intervention papale. Cette intervention fut doublement importante : sur le fond, d'abord, par sa contribution décisive à la formulation du contenu de la foi catholique concernant la personne du Christ ; sur le principe ensuite, en ce qu'elle manifesta avec éclat le rôle de l'évêque de Rome en tant que garant de l'unité et de la fidélité de la foi de l'Eglise. Or les papes, jusqu'à ce concile, n'avaient pas joué de rôle majeur dans les grands conciles oecuméniques, tous convoqués par l'empereur (Nicée 325, Constantinople 381, Ephèse 431 et le pseudo concile d'Ephèse de 449)
  • Constantinople
    Le 28ème canon :

    Paradoxalement, après avoir accordé tant de poids à l'intervention du pape, ce même concile de Chalcédoine, mais cette fois-ci sans l'accord des légats du pape, accorde au siège épiscopal de Constantinople, par son 28ème canon, une situation équivalente à celle du siège épiscopal de Rome. La raison invoquée est que Constantinople devait être considérée comme la 'Nouvelle Rome', de par son statut de capitale impériale. Ce canon en réalité place sur un pied d'égalité Rome et Constantinople, ce faisant il complète et explicite finalement ce que le concile de Constantinople de 381 avait déjà suggéré plus ou moins ouvertement dans son 3ème canon. De plus, le patriarcat d'Antioche se vit amputé d'une partie de ses diocèses, attribués à Constantinople et à un nouveau patriarcat érigé à Jérusalem ; le patriarcat d'Alexandrie était enfin humilié par la déposition de Dioscore, déposition qui dans les faits privait Alexandrie de son prestige de championne de l'orthodoxie.
    Ces dispositions, il faut bien le dire, visaient, en fin de compte, à accroître le pouvoir de Constantinople au détriment de ses rivales.
    Inutile de dire que Léon 1er refusa d'approuver ce 28ème canon. Il entendait par là défendre les droits des patriarcats d'Alexandrie et d'Antioche, frustrés de leur ancienne dignité, en même temps qu'il préservait les droits de Rome.
    Quelles sont donc les raisons profondes de cette décision ?
    L'explication réside dans le texte du 28ème canon lui-même, écoutons plutôt :
    Les Pères, en effet, ont accordé justement au siège de l'ancienne Rome ses privilèges, parce que cette ville est la ville impériale. Pour le même motif, les cent-cinquante très pieux évêques ont accordé des privilèges égaux au très saint siège de la nouvelle Rome, jugeant avec raison que la ville qui est honorée de la présence de l'empereur et du sénat, et qui jouit, des mêmes privilèges que l'ancienne ville impériale, Rome, est grande aussi comme elle dans les affaires ecclésiastiques, étant la seconde après elle.
    Il est évident, à la lecture du texte ci-dessus (voir notamment les expressions en gras), que le canon de Chalcédoine liait les privilèges de Rome ou de Constantinople à la prééminence politique de ces deux cités impériales. La raison première de ce canon est par conséquent éminemment politique. Constantinople tirait en effet sa fierté d'être non seulement une ville chrétienne, mais une ville qui ne concevait pas l'Eglise sans l'Empire.
    L'élévation progressive de Constantinople résulte donc de l'union étroite de l'Empire et de l'Eglise, du rôle politique éminent de la ville choisie par Constantin comme capitale et de la survie de l'Empire romain d'Orient (= l'Empire Byzantin), alors que l'Occident s'effondrait sous les coups des Barbares. De plus, l'autorité particulière de Constantinople peut s'expliquer par le fait que les conciles reconnus comme oecuméniques pendant le premier millénaire se sont tous tenus sur le territoire oriental de l'Empire, à Constantinople même ou dans son voisinage immédiat : Nicée, Ephèse, Chalcédoine. Cela signifie qu'une part importante de l'épiscopat oriental siégeait à ces conciles et que ses décisions ont été acceptées par l'Eglise universelle ou bien approuvées par les papes, sinon en totalité, au moins pour l'essentiel de leurs canons disciplinaires, et surtout en ce qui concerne les définitions doctrinales. Il n'est pas étonnant qu'au vu de ces circonstances politiques et religieuses, les évêques orientaux du concile de Chalcédoine aient opté pour l'égalité entre Rome et Constantinople.
    Damase 1erA ces raisons, on peut objecter que la prééminence de Rome sur les autres églises, à commencer par Constantinople, ne vient pas d'abord de sa qualité de ville impériale. Les principaux arguments en faveur d'une primauté romaine ont bien été résumés par le pape Damase 1er à l'issue du concile de Constantinople, quand, dans son opposition au 3ème canon, il affirmait que la prééminence romaine ne reposait pas sur des raisons politiques, mais bien sur des raisons spirituelles : l'Eglise de Rome, contrairement à Constantinople, était d'origine apostolique, puisqu'elle tirait son origine des deux plus grands apôtres : Pierre et Paul. Toute capitale d'Empire qu'elle était, Constantinople, la nouvelle Rome, ne pouvait donc prétendre égaler Rome, d'autant que l'Eglise de Constantinople n'avait été fondée par aucun apôtre.
L'impact du concile :
  1. par rapport au monophysisme :

    Evêques jacobites
    Malgré la condamnation sans ambiguïté de cette hérésie par le concile de Chalcédoine, cette doctrine continuera de se propager, de nouveaux rebondissements attendent l'Eglise d'Orient. En effet, à la manière de ce qui s'est passé pour l'arianisme et pour le nestorianisme, le monophysisme aura 'la dent dure'.

    prêtres arméniens
    Le succès de cette hérésie tire son origine pour une grande part de la maladresse politique et religieuse dont le concile fit preuve par rapport au patriarcat d'Alexandrie, qui voyant son patriarche déposé et déporté, se sentit humilié. Par réaction, plus que par conviction théologique profonde, ce patriarcat préféra faire sécession en restant fidèle à la doctrine monophysite ; c'est d'ailleurs là l'origine de l'Eglise copte égyptienne, qui existe toujours aujourd'hui. Quant à l'Eglise de Syrie, suite à l'amputation d'une partie des diocèses du patriarcat d'Antioche (voir plus haut 'le 28ème canon'), elle fit, elle aussi, partiellement sécession pour devenir bientôt l'Eglise appelée jacobite. L'une et l'autre seront imitées plus tard par l'Eglise d'Arménie. Toutes ces scissions issues du monophysisme ont perduré jusqu'à nos jours. Il est à noter qu'à l'époque actuelle ces églises sont plus attachées à leur autonomie qu'à une stricte conception monophysite de la foi, ce qui confirme l'idée que ces séparations s'opérèrent plus pour des raisons de fierté ou de politique que pour des convictions théologique profondes. En outre, chacune de ces 5 églises a vu, au cours de son histoire, une fraction plus ou moins importante des ses fidèles rejoindre l'unité romaine (cf. catholiques coptes, syriens, syromalankars, arméniens).

    moines coptes
    Les empereurs de Byzance chercheront bien, avec l'énergie du désespoir, à reconstituer l'unité religieuse de l'Empire ainsi brisée. Ils en viendront même pour cela à deux reprises à des compromis théologiques, simples faux-fuyants ; il en résultera chaque fois une rupture entre l'Eglise d'Orient et le siège romain qui, pour temporaire qu'elle fût, n'en aggravera pas moins des relations déjà difficiles par ailleurs.
    (pour les compromis en question, voir notamment le concile de Constantinople III)
  2. par rapport au 28ème canon :
    L'opposition du pape à ce canon ne produisit pas de résultat. Loin de revenir en arrière, dès la deuxième moitié du Vème siècle, le patriarche de Constantinople se fait appelé couramment archevêque de Constantinople, la nouvelle Rome, et patriarche oecuménique.
    La chute de l'Empire romain d'Occident sous les coups des Barbares en 476 ne fit que conforter Constantinople dans son opinion que Rome n'était plus désormais qu'une sorte de capitale honoraire du monde chrétien. Ces prétentions de Constantinople à devenir la nouvelle Rome ne pouvaient bien sûr qu'engendrer un profond malaise dans les relations entre l'Orient et l'Occident. Ainsi, les rapports entre Rome et Byzance (= Constantinople) allaient être de plus en plus caractérisés par la crispation : crispation du pape, parfois trop jaloux de son autorité qu'il veut universelle, et, crispation des orientaux qui s'accrochent à une autonomie parfois forcenée. Ces crispations aboutiront finalement au fameux schisme de 1054, toujours en vigueur, malgré les efforts entrepris depuis en vue d'une réconciliation entre Orientaux orthodoxes et Occidentaux catholiques (voir ci-contre le concile de Bâle, Ferrare, Florence, Rome).

III) PISTES DE MEDITATION DANS LE CADRE DE L'OFFICE DES COMPLIES:

  • Le monophysisme :

    Les implications du refus du monophysisme recoupent bien sûr celles du refus du Nestorianisme, comme cela est bien expliqué dans l'exposé du concile d'Ephèse.
     →  voir le concile d'Ephèse pour davantage d'informations sur ces implications : PISTE DE MEDITATION POUR LES COMPLIES : Le Nestorianisme
    Mais, la condamnation de l'hérésie monophysite souligne un aspect de l'amour de Dieu qui lui est tout à fait propre. Certes, ce rejet du monophysisme, tout comme le rejet du nestorianisme, met en évidence l'amour absolu de Dieu, mais sous un angle différent. En effet, alors que le nestorianisme sous-entendait que Dieu n'aimait pas assez l'homme pour ne plus faire qu'un avec sa nature en Jésus Christ (voir concile d'Ephèse, comme indiqué plus haut), le monophysisme, lui, remet en cause le respect que Dieu montre à l'homme et à sa nature propre. Ainsi, dire comme la doctrine d'Eutychès que la nature divine a absorbé la nature humaine en la personne de Jésus Christ, c'est en fin de compte dénigrer la nature humaine et affirmer comme les religions inspirées du Bouddhisme et de l'Hindouisme que l'homme un jour se fondra en la divinité et perdra son identité au profit de ce grand océan divin qu'est le Nirvana. Dieu nous promet-il une relation si dépersonnalisante ? Certes, non ! C'est ce que déclare haut et fort le concile de Chalcédoine à travers le pape Léon le Grand (voir plus haut). Dieu en Jésus Christ s'est uni à l'homme et à sa nature pour ne faire plus qu'un, mais dans le respect de notre identité, à la manière d'un homme et d'une femme qui s'unissent pour ne plus faire qu'un dans l'acte d'amour, tout en conservant leur identité et leur conscience. Oui, Dieu respecte notre liberté, notre sensibilité, il ne nous écrasera ni ne nous absorbera. C'est face à face en notre âme et conscience que nous nous unirons à Dieu, à l'image de l'union du Verbe divin à la nature humaine en la personne de Jésus Christ. A cet égard, 2 passages bibliques sont particulièrement éclairants ; tout d'abord, le fameux passage de Job, où Job dit cette parole ô combien inspirée : Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant...c'est dans ma chair (= ma personnalité) que je contemplerai Dieu (Job 19, 25.26b). Ensuite, le Christ lui même nous donne une piste quand il affirme Les archanges : Gabriel, Michaël et Raphaëlqu'au Paradis, nous serons comme des Anges (Matthieu 22, 30). A ce que je sache les anges sont des personnes douées de liberté, puisque les démons, Satan en tête, ont eu la liberté de rejeter Dieu. Nous connaissons d'ailleurs le nom de certains anges (Raphaël, Michel, Gabriel), preuve s'il en est, que les anges ont bien une personnalité, justifiant l'emploi d'un nom PROPRE. N'en doutons pas, c'est dans le respect de nos personnes que Dieu veut s'unir à nous. Le concile de Chalcédoine par son refus du monophysisme ne dit pas autre chose. Autre conséquence de cette reconnaissance de notre liberté par Dieu, le respect que nous devons à chaque être humain, à l'image de ce que Dieu fait lui-même.
    Enfin, dire que Jésus est aussi pleinement homme, c'est montrer quel amour Dieu a pour nous, il a, en Jésus Christ, voulu véritablement partager notre condition, nos soucis, nos fatigues, nos découragements, etc... Oui, Dieu n'a pas triché, il a accepté en Jésus Christ nos faiblesses et nos limitations, avec toutes les conséquences que cela implique, le respect absolu de notre liberté si souvent mal utilisée étant la première conséquence de toutes. A ceci, certains objecteront que Jésus fit des miracles, certes, mais avec le soutien de notre liberté et de notre foi. Il était fatigué, il avouait d'ailleurs ne pas tout savoir, à l'image des hommes (Matthieu 24, 33-36). Quelles implications pour nous dans le quotidien ?
    Jésus est notre ami, il nous réconforteD'abord, Jésus est notre ami, il peut être notre confident, il a connu et connaît nos problèmes par expérience (cf. Hébreux 4, 11-15 + 5, 7-9). Il veut se faire proche et nous respecte. Nous pouvons donc faire confiance à sa direction, il ne nous écrasera jamais, il tient compte de nos limites, il nous connaît bien, alors, même si la route est dure, croyons toujours que Dieu en son Fils ne nous éprouve pas gratuitement (cf. 1 Corinthiens 10, 13). Il y a donc toujours un sens à ce que nous traversons.
    Deuxièmement, ce respect de Dieu pour notre nature et notre liberté, tel que nous le voyons dans la définition orthodoxe de l'union des deux natures divine et humaine en Jésus Christ, doit nous apprendre la patience, tout simplement parce qu'elle donne un sens aux 'lenteurs de Dieu' à agir. Ah, si seulement Dieu pouvait agir tout de suite, exaucer nos prières immédiatement. Oui, mais...Si Dieu acceptait d'utiliser sa puissance sans retenue, sans tenir compte de nos réticences inhérentes à notre liberté de dire non, alors, nous aurions un Dieu qui nous absorbe, qui nous écrase. Dans ce cas, en Jésus Christ le divin aurait avalé l'humain, pauvres de nous, nous n'existerions même plus ! Bien sûr, cela ne veut pas dire que Dieu n'agit pas, ou n'exauce pas nos prières, mais, il le fait dans le temps. Le résultat en est plus profond puisqu'il obtient l'assentiment plein et entier de l'homme libre. Que vaudrait en effet, le 'oui' d'une personne aimée s'il était obtenu sous la contrainte ! Patience donc, Dieu exauce nos prières, il agit pour nous, pour nos frères, mais dans le respect de nos libertés. Les barrières érigées par nos 'non' dits plus ou moins librement tomberont avec le temps, le temps que nos consciences ou celles des autres soient enfin éclairées dans le respect de nos libertés ; Dieu y travaille discrètement dans le secret de nos coeurs libres.
    En conclusion, disons que voir seulement Dieu en Jésus Christ, à l'image des monophysites, c'est admettre que le témoignage et la vie de Jésus Christ sont hors de portée des humains : la vie ordinaire des hommes n'est plus le lieu possible de la rencontre avec Dieu et la religion devient soumission à un Dieu lointain : il n'y a plus de liberté pour l'homme.
    Oui, c'est tout ça l'enseignement du concile de Chalcédoine !!! Ses implications sont énormes pour notre conception de la foi et de l'action de Dieu...
  • Le 28ème canon :

    Pour avoir des pistes sur les implications de ce canon sur la vie de l'Eglise et sur nos vies, consultez la méditation sur le 3ème canon du concile de Constantinople en cliquant ici. Les remarques qui ont été faites pour le 3ème canon du concile de Constantinople s'appliquent tout à fait au 28ème canon du concile de Chalcédoine, dans la mesure où ce 28ème canon n'est que la suite logique du 3ème canon de Constantinople.
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