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LES 21 CONCILES
OECUMENIQUES
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LE CONCILE DE CONSTANTINOPLE II

4 ou 5 mai - 2 juin 553
(Un bref résumé)
L'empereur Justinien
PLAN DE L'EXPOSE
I) LE CONTEXTE HISTORIQUE
1) Introduction
2) Les raisons du concile
3) Le déroulement du concile

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE
(+ l'impact du concile)

III) PISTES DE MEDITATION
1) Le césaro-papisme
2) Le Nestorianisme
3) L'origénisme
- subordination ou non dans la Trinité
- la matière et l'éternité
- l'âme et le corps
- l'enfer



LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :

(Pour l'époque et les thèmes des conciles, cliquez ici)


I) Concile
de
Nicée






II) Concile
de
Constantinople






III) Concile
d'Ephèse






IV) Concile
de
Chalcédoine






V) Concile
de
Constantinople II






VI) Concile
de
Constantinople III






VII) Concile
de
Nicée II






VIII) Concile
de
Constantinople IV






IX) Concile
de
Constance






X) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence






XI) Concile
de
Latran V






XII) Concile
de
Trente






XIII) Concile
de
Vatican I



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I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Introduction :

La foi allant son chemin dans l'ordinaire de la vie de l'EgliseCe concile tranche singulièrement avec les quatre précédents. En effet, les quatre conciles Nicée, Constantinople I, Ephèse et Chalcédoine sont à juste titre considérés comme les conciles fondateurs de l'Eglise en terme de doctrine. En revanche, le concile de Constantinople II paraît, en comparaison, bien pâle, pâle en premier lieu du fait de la 'pauvreté' des décisions prises, notamment au niveau théologique. D'ailleurs, la raison même de la convocation du concile est révélatrice, puisqu'elle n'est motivée par aucun élément nouveau. Ce concile ne fut en fait convoqué que par rapport à des débats théologiques qui avaient déjà été traités par les conciles d'Ephèse et de Chalcédoine.
En définitive, ce concile marque, sur le plan théologique, une ère nouvelle dans l'Eglise : les débats ou décisions prises auront désormais une importance plus ou moins relative, dans la mesure où les conciles n'aborderont plus réellement des points fondamentaux tels que la Trinité et la nature de Dieu, l'Esprit Saint, ou bien encore, la nature divine et humaine du Christ.

2) Les raisons du concile :

A) L'empereur Justinien :
L'empereur JustinienJustinien, comme tous les empereurs Byzantins depuis Constantin le Grand - premier empereur romain sympathisant du christianisme - n'imaginait pas qu'il puisse rester en dehors des affaires de l'Eglise, d'où sa volonté d'être perçu comme le défenseur de l'unité de l'Eglise. Ce désir amena Justinien à élargir sa vaste oeuvre de législation au domaine religieux. C'est ainsi qu'il se fixa comme but de rétablir l'unité religieuse en luttant contre les païens, les juifs et les hérétiques, tout un programme !
Dans la préface du Code législatif, dit Code justinien, on peut donc, assez logiquement, lire :
Les empereurs n'ont rien de plus à coeur que l'honnêteté des clercs et la vérité des dogmes.
Justinien aimait s'entourer d'évêques et de moines avec lesquels il s'entretenait de théologie.
L'impératrice ThéodoraMais, Théodora, moins éblouie que Justinien par le mirage de l'Occident, comprenait bien que les provinces orientales représentaient la force de l'empire, c'est d'ailleurs ce qui explique sa volonté d'user de son influence en faveur des monophysites, toujours bien présents et influents en Orient. Elle les protégeait et poussait l'empereur à faire des concessions dans l'espoir de les réconcilier avec l'Eglise. Ainsi, poussé par Théodora, séduit à son tour par une politique d'union, Justinien imposa, en 533, une profession de foi susceptible de satisfaire les monophysites ; il passait sous silence le concile de Chalcédoine où les deux natures du Christ - humaine et divine - avaient pourtant été clairement définies en opposition au monophysisme.
C'est dans ce contexte politique assez mouvementé que va naître, dix ans plus tard, une affaire qui justifiera la convocation d'un concile oecuménique par l'empereur Justinien.

B) L'affaire des 'Trois Chapitres'
En 543-544, dans la droite ligne de la profession de foi imposée par Justinien en 533, ce même Justinien promulgue un nouvel édit où les Trois Chapitres sont condamnés.
Les écrits regroupés sous le titre de Trois Chapitres sont en fait un montage de passages ou chapitres qui avaient été composés par des auteurs du Vème siècle que l'on suspectait de Nestorianisme. Ces auteurs étaient Théodore de Mopsueste, maître de Nestorius, Théodore(t) de Cyr, ami de Nestorius, et Ibas d'Edesse, leur disciple. Ces trois évêques étaient morts un siècle auparavant dans la communion de l'Eglise, il faut le préciser.
St Cyrille d'Alexandrie
Dans ce montage de textes, il s'agissait en fait de faire ressortir chez ces auteurs leur hostilité à St Cyrille d'Alexandrie, grand ennemi des Nestoriens. Bien que St Cyrille, docteur de l'Eglise, ne proférât jamais de doctrine qui auraient pu laisser penser, de près ou de loin, qu'il était à l'origine directe de l'hérésie contraire au Nestorianisme : le monophysisme, il était tenu en grande estime par les monophysites, dont certains reconnaissaient même en lui leur inspirateur ! Cette vénération d'un grand nombre de monophysites pour St Cyrille venait sans doute de l'opposition claire et nette que celui-ci manifesta à Nestorius, honni des monophysites. Leur haine pour Nestorius n'était d'ailleurs guère surprenante puisque ils élaborèrent leur doctrine précisément en réaction aux idées défendues par ce dernier.
Théodore de Mopsueste, Théodore de Cyr et Ibas d'Edesse avait déjà été condamnés lors du 'brigandage d'Ephèse' (449), mais, et c'est là le problème, ils furent réhabilités au concile de Chalcédoine (551), concile détesté des monophysites, quoique reconnu 'oecuménique', c'est à dire accepté par tous les membres de l'Eglise universelle. En réalité, condamner ces trois auteurs, surtout en rapport avec des écrits comme les Trois Chapitres, dont le montage fut précisément concocté pour mettre l'accent sur le côté anti-monophysite des auteurs, équivalait à réhabiliter plus ou moins clairement le monophysisme, en contradiction flagrante avec le concile oecuménique de Chalcédoine !

Les réactions
En Orient même, l'épiscopat accepta l'édit de Justinien sur les Trois Chapitres, mais sans enthousiasme et à condition que le pape y souscrivît aussi. Cette position des évêques orientaux mit Justinien dans l'obligation d'obtenir l'approbation du pape. Or, en Occident, la contestation se fit virulente face à ce que les évêques occidentaux, le pape en tête, considéraient comme un désaveu implicite du concile de Chalcédoine.
Au vu de cette forte résistance, Justinien choisit la force et fit enlever, puis séquestrer, le pape Vigile. Cette séquestration à Constantinople dura en tout et pour tout 7 ans ! Mais la venue forcée de Vigile ne régla pas tout. Il fut certes contraint de céder à la volonté de l'empereur en condamnant les Trois Chapitres, mais, devant la vague de protestation des évêques occidentaux, La Basilique de Saints-Pierre-et-Paulil n'hésita pas à se rétracter dès qu'il apprit le décès de Théodora. Il dut ensuite se réfugier dans la Basilique de Saints-Pierre-et-Paul, où il fut presque arraché de l'autel. Il passa alors le Bosphore pour se réfugier à Chalcédoine. Dans cette ville, le pape s'opposa ouvertement dans son encyclique du 5 février 552 au second édit que l'empereur avait publié en juin 552 pour confirmer l'édit de 544, celui-là même qui avait condamné les Trois Chapitres. Pour finir, Vigile fut ramené à Constantinople, et là, il se vit forcer de céder à nouveau, sans donner toutefois pleine et entière satisfaction à Justinien.
Conscient des remous causés par cette affaire des Trois Chapitres, Justinien prit le parti de pousser jusqu'au bout la logique de l'interventionnisme impérial, que l'on appelle césaro-papisme en raison de la volonté de l'empereur d'assumer en matière religieuse le rôle normalement dévolu au pape. Cet interventionnisme se traduisit, en l'occurrence, par la convocation, sur les ordres de Justinien, du 5ème concile oecuménique, qui devait se tenir à Constantinople.

3) Le déroulement du concile :

Istanboul by night
Constantinople correspond à l'actuelle Istanboul
Ce concile de Constantinople se tint en 553 dans le palais impérial. 168 évêques répondirent à la convocation de l'empereur. La dizaine d'évêques occidentaux qui y était présente était favorable aux édits de Justinien, il faut dire que ces évêques avaient été soigneusement choisis par les agents impériaux. Autant dire que le concile ne fut pas représentatif de l'Eglise en son entier.

Quant à Vigile, prévoyant la condamnation des Trois Chapitres, il refusa de paraître au concile. Il fut même déposé le 26 mai, sans être excommunié toutefois.

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE :

  • Le concile, sans surprise, décide de condamner les Trois Chapitres et leurs auteurs. Mais, parallèlement, le concile souligne l'autorité du concile précédent, c'est à dire : le concile de Chalcédoine. Dans la même logique, l'autorité et le charisme dont le pape Léon le Grand fit preuve lors du concile de Chalcédoine sont approuvés et ainsi confirmés. Le concile, dans la droite ligne de sa condamnation des Trois Chapitres, publie alors quatorze anathèmes qui veulent donner le coup de grâce à la doctrine nestorienne.
  • L'origénisme :
    Origène

    Le concile en profite également pour rejeter et condamner l'origénisme, déjà dénoncé par Justinien.
    L'origénisme est, à proprement parler, la doctrine qui fut élaborée par Origène et ses disciples. En fait, l'homme Origène lui-même fait plutôt l'unanimité, personne n'a jamais vraiment songé à contester sa vertu, ses vastes connaissances, sa puissance de travail, son habilité dialectique ou bien encore sa volonté de rester dans l'orthodoxie de la foi de l'Eglise. C'est en réalité la doctrine plus ou moins légitiment tirée de ses écrits par ses disciples (= l'origénisme) qui posa problème.
    Pour parfaire le tableau brossé d'Origène, il faut signaler que celui-ci était un des plus beaux fleurons de l'école dite "d'Alexandrie". C'est au IIIème siècle que l'école d'Alexandrie commença à rayonner de tout son éclat. Ce centre théologique exercera plusieurs siècles durant, par ses maîtres et ses disciples, un rôle de premier plan dans la pensée de l'Eglise. Le christianisme, venu du monde sémitique, achèvera de s'y couler dans le moule de la culture grecque, et celle-ci de se christianiser à son tour.
    La tradition théologique alexandrine est de type spiritualiste et volontiers mystique. Cette théologie ne cessera d'influencer profondément Origène. La théologie alexandrine interprète l'Ecriture Sainte dans un sens plus allégorique que littéral ; c'est la philosophie platonicienne qui la marque. D'où une vision de la création et de l'homme qui aurait tendance à opposer les aspects matériels, considérés comme pervers, et les aspects spirituels ; de là naîtra la réticence à reconnaître dans le Christ une dualité de natures, divine et humaine, réticence qui favorisera l'adhésion de l'Eglise d'Alexandrie au monophysisme au Vème siècle.
    En conclusion, on pourra souligner les traits suivants comme ayant particulièrement marquer Origène jusque dans l'origénisme : interprétation de l'Ecriture Sainte dans un sens plus allégorique que littéral, influence platonicienne prononcée (ex : la croyance à la préexistence de l'âme, qui tombe par châtiment dans le corps, cf. ci-dessous) et enfin diabolisation de la matière.
    Mais qu'est-ce que l'origénisme au juste ?
    Comme il vient d'être dit, cette doctrine a peut-être été exagérée par les disciples d'Origène. Quoiqu'il en soit, selon le concile de Constantinople II, cette doctrine contenait comme principales erreurs :
    - une subordination du Fils vis-à-vis du Père et de l'Esprit vis-à-vis du Fils.
    - la croyance à l'éternité de la matière.
    - la négation de l'éternité des peines : cette idée est aussi appelée
    "apocatastase", du grec apocatastasis, qui veut dire "fait de remettre en son premier état", il s'agit en fait de l'opinion selon laquelle les créatures intelligentes sans exception seront un jour participantes au bonheur divin. St Augustin fut le plus vif opposant de cette théorie.
    - la croyance à la préexistence de l'âme, qui tombe par châtiment dans le
    corps.
- L'impact du concile :
Vigile
On peut s'interroger sur la portée des décisions de ce concile. Justinien considérait Vigile comme déposé à partir du 26 mai 553. De plus, Vigile, encore une fois, finit par désavouer, le 22 février 554, ses décisions antérieures concernant les Trois Chapitres. Ce désaveu était en réalité une approbation par Vigile de la condamnation des Trois Chapitres, condamnation confirmée par son successeur, le pape Pélage, élu, sur ordre de Justinien. Ces condamnations prononcées par Vigile, puis par Pélage, apparurent forcées ou partielles et devaient entraîner de graves divisions en Occident. La faiblesse de la papauté, qui résulta de ses abandons devant les demandes de l'empereur, devait affecter le sort de l'Eglise pendant les trois siècles qui allaient suivre. On peut à cet égard citer l'exemple du schisme d'Aquilée (Italie du Nord) sous la direction de l'évêque Paulin. Ce schisme, né de la désapprobation de Paulin face aux concessions de Vigile sur les Trois Chapitres, se prolongea sous diverses formes jusqu'à la fin du VIIème siècle !
En outre, le concile ne donna pas les résultats escomptés par Justinien. En effet, les divisions qui motivèrent la convocation de ce concile par Justinien ne furent en rien atténuées. Ce concile voulu par l'empereur ne donnait pas satisfaction aux monophysites, ils s'accrochèrent alors à leur hérésie, refusant de rentrer dans le rang, c'est ainsi que les Coptes d'Egypte et les Jacobites de Syrie jugèrent toutes les mesures prises par le concile insuffisantes, notamment par rapport au concile de Chalcédoine, qui, selon eux, aurait dû être condamné. Justinien se vit donc contraint de reprendre sa politique de persécutions contre les monophysites !

III) PISTES DE MEDITATION DANS LE CADRE DE L'OFFICE DES COMPLIES:

  • Le césaro-papisme :

    Un simple regard sur ce concile suffit à saisir l'ampleur des dégâts que peut provoquer l'ingérence politique dans le domaine religieux. l'Eglise, en effet, se doit d'être affranchie de toute tutelle temporelle politique, elle est au service du Christ, qui a dit mon royaume n'est pas de ce monde. Il est donc normal qu'aucune Eglise locale ou nationale ne soit sous l'autorité d'une puissance temporelle. L'interventionnisme de l'empereur (symbole du pouvoir politique ici) n'a apporté dans ce conflit des Trois Chapitres que confusion et maladresses. L'impact du concile en est la preuve éclatante. Voici un concile qui ne règle rien, mis à part peut-être l'origénisme, chacun, après le concile, campant sur ses positions. L'empereur au gré de ses humeurs théologiques, corrompues par ses vues politiques, prend une place qui ne lui revient pas et 'joue' avec l'Eglise, convoquant un concile comme on convoque une réunion extraordinaire de ses ministres. Le résultat ne se fait pas attendre :
    - contestation de l'Eglise d'Occident
    - le pape se contredit au gré des colères de l'empereur, avec comme conséquence la plus préjudiciable un perte de crédibilité de la papauté et de l'autorité ecclésiale.
    Au regard de ces difficultés, il apparaît comme une évidence que la papauté doive servir à garantir l'indépendance de l'Eglise au service du spirituel, même s'il fallut des siècles pour que cela soit compris et accepté par les papes eux-mêmes.

    Dans notre vie de tous les jours, c'est un rappel que, à l'image de l'Eglise institution, nous devons être indépendants de toute pression qui serait contraire à notre vocation. Nos valeurs ne doivent pas d'abord se construire par rapport à des opinions politiques ou du monde, mais bien par rapport aux valeurs évangéliques défendues par l'Eglise et son Magistère.

  • Le nestorianisme :

    Pour avoir des pistes de méditation par rapport au nestorianisme et à sa condamnation → cliquez ici.
  • L'origénisme :

    • une subordination du Fils vis-à-vis du Père et de l'Esprit vis-à-vis du Fils :
      Ici l'origénisme manque singulièrement de cohérence. Peut-on fondamentalement croire en la divinité du Fils et de l'Esprit tout en croyant qu'en la Trinité il y a subordination ? Le Père, le Fils et l'Esprit Saint peuvent-ils être de même nature, donc égaux et consubstantiels, sans partager la même dignité ? Si la réponse est 'oui', comme dans l'origénisme, alors, autant dire que le racisme, le mépris, le discrédit social, etc... entre les hommes sont justifiés, puisque le fait d'être égaux en nature, c'est à dire, dans notre cas, d'être tous humains, n'empêche pas une inégalité profonde due à la couleur, à la race, au statut social, etc...
      Paradoxalement, beaucoup de chrétiens croient malgré tout, même si cela reste souvent confus, que le Père est supérieur au Fils et que l'Esprit Saint est inférieur aux deux autres personnes. Cette erreur provient sûrement de la mauvaise interprétation de passages tels que : Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon que Dieu seul. (Marc 10, 18) ou encore : Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi. (Jean 14, 28). Outre que ces passages semblent rentrer en contradiction avec d'autres passages bibliques, qui eux affirment clairement l'égalité entre le Père et le Fils - citons par exemple le plus saillant d'entre eux : Moi et le Père nous sommes UN (Jean 10, 30) -, ces versets bien remis dans l'ensemble du contexte biblique n'ont en fait aucun rapport avec une quelconque dévalorisation de l'égalité entre les personnes divines.
      Jésus s'abaissant devant le Père par obéissance
      libre, respectueuse et aimante
      Tout comme pour l'arianisme, l'erreur est à chercher dans une mauvaise appréhension du problème. Ainsi, les rapports entre les diverses personnes de la Trinité ne sont pas à comprendre sous un angle intellectuel, mais bien sous l'angle du coeur. Le fait d'être égal en nature avec le Père n'interdit pas au Christ de dire que le Père est plus grand que lui. Tout d'abord, n'oublions pas que Jésus dit cette phrase dans son Incarnation d'homme, ce qui explique également le nul n'est bon que Dieu seul. Mais, dans un sens plus profond le Fils reconnaît que le Père est plus grand que lui, comme celui qui reconnaît en son père l'être dont il reçoit l'existence, celui qui l'engendre, qui l'aime en premier et à qui, dans la reconnaissance admirative, il rend l'amour en retour. Il ne faut donc bien évidemment pas entendre un rapport de pouvoir, mais, plutôt, l'idée que le Fils est fils par rapport au Père parce que, dans la Trinité, il se reçoit du Père, il vit de l'amour que le Père lui donne pour 'ensuite' l'aimer en retour, un peu à la manière d'un couple où l'amour entre les deux partenaires se caractérise par cet échange constant de l'amour qui sait donner et de l'amour qui sait recevoir pour ensuite donner à son tour, à partir de là, il ne s'agit plus de rapports d'infériorité ou de supériorité (les deux partenaires étant égaux), mais bien de rapports de réciprocité. A cet égard, le passage biblique le plus éclairant qui soit pour définir la relation du Père et du Fils est assurément Philippiens 2, 6-11. Il montre avec éclat comment le Fils s'abaisse pour se laisser élever par l'Amour du Père, et ce pour aller siéger à la droite du Père en toute égalité avec ce dernier, qui lui offre précisément cette égalité en gloire et en dignité. Peut-on réellement, dans ces conditions, voir une prééminence d'une personne sur une autre dans cette communion d'amour absolu qu'est la Trinité ? Dans une relation où l'Amour est au coeur, y-a-t-il des rapports de force et de subordination ? Oui, à n'en pas douter, l'origénisme n'a pas abordé le problème avec le bon regard, c'est à dire celui de l'amour. Dans les relations humaines, par exemple, nous sommes confrontés constamment à des rapports hiérarchiques, mais, dirions-nous pour autant que les subordonnés sont inférieurs à leurs supérieurs ? L'employé est-il inférieur à son patron ? Bien sûr que non, pourquoi ? Tout simplement parce que les deux sont des êtres humains et ont droit à la même reconnaissance de leur dignité d'homme. Alors, que dire de cette doctrine qui nous dit que le Père, le Fils et l'Esprit ont la
      Le Père et le Fils égaux en nature
      et dignité, dans l'Amour
      même nature divine, mais ne doivent pas avoir la même reconnaissance de leur dignité de Dieu. A ceci le Credo répond, parlant du Saint Esprit : avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire.

      Ainsi, nous voyons bien que si l'angle d'approche des relations entre les personnes divines est l'Amour, cela n'a plus de sens de parler de subordination entre les personnes de la Trinité ! L'amour du Père pour son Fils, du Père et du Fils pour l'Esprit peut-il s'auto-limiter en acceptant des rapports de force, des crispations sur des titres et des dignités ? Pour conclure, écoutons Jésus lui-même sur l'Amour-don, partage total, existant dans la Trinité entre les trois personnes divines, égales de par leur nature, certes, mais aussi égales en gloire et en dignité de par leur Amour réciproque, ancré dans le don et le partage : Il [l'Esprit Saint] me glorifiera car il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera. Tout ce que possède mon Père est à moi... (Jean 16, 14-15).

    • la croyance à l'éternité de la matière :
      Avant toute chose, il serait utile de définir très exactement ce qu'Origène entendait par "éternité de la matière", ainsi nous serons plus aptes à appréhender pleinement la portée de la condamnation de cette croyance par l'Eglise. Il est bien évident qu'un théologien aussi brillant ne pouvait pas défendre une telle théorie sans que celle-ci ne fût motivée par un problème plus profond et plus subtil, sinon on ne pourrait qu'être surpris par ce simplisme désarmant, sans compter l'apparente contradiction qu'il semblerait alors y avoir avec une autre caractéristique de l'origénisme : 'la croyance à la préexistence de l'âme, qui tombe par châtiment dans le corps' ! En effet, comment peut-on croire en l'éternité de la matière ou création et d'un autre côté voir en cette matière une punition ?!

      Replaçons plutôt cette croyance dans son contexte et écoutons Origène lui-même :
      Au départ, nous trouvons une idée défendue énergiquement par l'école d'Alexandrie, cette même école qui influencera et sera influencée par Origène : "tout ce qui existe en dehors de Dieu fut créé par Lui". Pour Origène, cette vérité était capitale face aux prétentions des philosophes païens à envisager l'existence d'une matière incréée. Mais, le théologien Alexandrin poussa la logique de cette affirmation jusqu'à la rupture : C'est absurde, dit-il d'imaginer la nature de Dieu inactive, ou sa bonté inefficace, ou bien encore son royaume sans sujets. Conséquence de ce raisonnement, Origène se voit contraint d'admettre que Dieu a créé de toute éternité, sinon, Dieu aurait été inactif ou inefficace à un moment donné, et comme notre monde tel que nous le connaissons n'a pu et ne pourra exister de toute éternité, voilà notre théologien embarqué sur la pente savonneuse de la croyance à laquelle il se vit forcé d'adhérer plus ou moins, à savoir la succession d'une infinité de mondes qui ont existé et existeront après le nôtre, notre monde n'étant qu'un épiphénomène parmi tous ces mondes ! On se croirait presque en pleine science fiction des mondes parallèles !! Cette croyance, pour le moins farfelue, prêterait à sourire, si elle n'était en vogue dans le New Age, le gnosticisme et l'occultisme...
      Il est finalement heureux que l'Eglise ait condamné ce genre de doctrine par l'intermédiaire de ce concile. Elle se préparait des siècles à l'avance à faire face au New Age ! Mais quelle leçon tirer de la condamnation de l'origénisme ?

      Tout d'abord, remarquons le danger qu'il peut y avoir à raisonner 'dans le vide'. A force d'être obnubilé par une idée, on finit par lui donner des proportions qui frisent parfois le ridicule, c'est bien souvent le chemin qu'empreinte l'hérésie. La foi chrétienne suppose un équilibre et une maîtrise de soi que l'on doit s'efforcer d'atteindre en tout premier lieu dans le domaine de la théologie, c'est à dire la connaissance que l'on peut avoir de Dieu. C'est également une leçon dans notre lecture de la Bible. Ce qui caractérise une approche sectaire de la Bible, c'est précisément de donner une importance démesurée à un passage ou verset par rapport à l'ensemble de la Révélation biblique. C'est d'ailleurs le rôle premier de la Tradition que de nous fournir le garde-fou nécessaire pour une bonne interprétation équilibrée des Ecritures. Origène ou du moins ses disciples ont fini par épouser des idées saugrenues pour l'avoir oublié. Notons à ce propos l'orgueil, qui est à la racine de toute hérésie, puisqu'elles naissent d'un aveuglement orgueilleux, au point de se laisser guider seulement par des raisonnements enflés de soi-même et de ses obsessions et autosatisfactions.

      Mais, la condamnation de l'origénisme au sujet de l'éternité de la matière dépasse de bien loin ce qui vient d'être dit. Aussi, l'Eglise, par cette dénonciation, veut-elle nous avertir que Dieu ne peut s'enfermer dans les petits raisonnements humains. Si Dieu avait de toute éternité créé la matière et notre monde, ce serait admettre que le Père est bien Père, mais serait-il toujours Dieu ? Prenons garde de ne pas réduire Dieu à notre image. Reconnaître l'éternité de la matière, c'est prétendre que Dieu nous aime par besoin en quelque sorte, puisque selon Origène, Dieu veut la création par efficacité. Où est la gratuité Dieu créant gratuitement sa création comme un vis-à-visde l'Amour de Dieu ? Dieu se suffit à lui-même, et c'est par pur Amour-Don qu'il créa l'univers, et non par quelconque nécessité. N'est-ce pas infiniment plus beau de se sentir aimé gratuitement ? De plus, admettre que Dieu est dissociable de la matière, dont la création gratuite dans le temps est précisément le signe éclatant, c'est poser la reconnaissance de l'Autre, de sa différence. Par là, nous acceptons d'aimer Dieu comme le Tout Autre, comme un vis-à-vis, et non comme le miroir de nous-mêmes. Nous voyons d'ailleurs les implications que tout cela peut avoir sur notre perception des relations que nous sommes amenés à établir avec les autres. N'enfermons pas les autres, notre famille, nos conjoints, nos enfants, etc... dans la prison dorée de notre possessivité. Les reconnaître comme différents et libres, c'est en faire des partenaires et des égaux à part entière. Oui, notre prise de conscience d'un Dieu totalement indépendant et transcendant par rapport à sa création nous aidera à percevoir la gratuité de l'Amour, qui aime et laisse l'autre vivre pour soi-même, comme l'Eglise accepte un Dieu libre de sa création. Et si Dieu se rend librement dépendant de sa création en son Fils, qui a souffert pour nous, c'est par Amour et non par nécessité, voilà l'amour juste et vrai tel que nous devons le pratiquer, avec l'aide de la grâce de Dieu.
      Comprenons bien que voir Dieu comme ce qu'il est, c'est à dire une personne qui n'est pas nous, qui se situe en face de nous en position de dialogue, implique une vision de l'amour qui se fait communion, et non fusion. Or, dire que Dieu et la création existent depuis toujours, ce faisant rendant Dieu et la création interdépendants par nécessité, fait de la relation de Dieu à son univers une relation fusionnelle, et donc destructrice de la différence et de la spécificité de chacun. Pas étonnant dès lors que l'origénisme pousse la destruction de cette spécificité jusqu'à la négation de l'originalité et du caractère absolument unique de la création elle-même, puisque selon les disciples d'Origène notre monde n'est que tout relatif.

      Cette conception ouvre soi-dit en passant la porte à l'idée de la réincarnation, qui n'est autre que de l'origénisme transposé à l'échelle de la personne humaine. Dire que Dieu 's'amuse' à créer des mondes à répétition par besoin d'efficacité et par envie de prouver sa bonté, comme Origène semble vouloir l'affirmer est une grave atteinte à la sainteté de Dieu. Dieu ne triche pas quand il aime. Reconnaître le caractère unique et fondateur de la création de Dieu, qui donc n'a créé qu'un univers, c'est s'émerveiller devant la profondeur de la fidélité de Dieu. Dieu aime totalement et se livre complètement dans la relation à sa créature, qu'il veut unique dans le corps, l'esprit et l'âme de celle-ci. Dieu est un Dieu du temps, qui est alpha et oméga. Il habite notre univers du début à la fin, il ne joue pas à créer, il s'investit pour sauver ce qu'il a créé une fois pour toute. Dieu ne divorce pas de sa création pour se remarier avec une autre, il reste fidèle à son premier amour, jusqu'à la fin des temps, qui verra une nouvelle création, certes (Apocalypse 21, 1), mais définitive celle-là. Il s'agira plus de retrouvailles entre Dieu et sa création infidèle depuis la chute, que d'un énième recommencement, avec à la clé une énième chute, et donc un énième Christ sauvant l'humanité sur une croix !! Oui, nous sommes uniques et pleinement responsables de ce que nous faisons sans deuxième vie dans une réincarnation ou un monde suivant, la foi chrétienne ne connaît pas la déresponsabilisation, mais le pardon reconstructeur, qui nous fait changer de l'intérieur pour rester nous-mêmes, mais en hommes meilleurs.

      "avec mon corps, je me tiendrai debout,
      et de mes yeux de chair, je verrai Dieu"
      C'est ainsi qu'il faut d'ailleurs comprendre la résurrection de la chair. Il ne s'agit évidemment pas de notre corps de chair comme pourrait le laisser entendre l'origénisme avec cette croyance en l'éternité de la matière, mais bien plutôt de notre résurrection en tant que personne unique avec ce qui nous fait, ce qui nous caractérise comme étant uniques, une résurrection où nous serons en pleine conscience de ce que nous verrons et vivrons, débarrassés de ce qui nous déforme et nous empêche d'être vraiment nous-mêmes, à savoir le péché. Oui, alors nous pourrons faire nôtre ce verset de Job : Je sais, moi, que mon libérateur est vivant, et qu'à la fin il se dressera sur la poussière des morts ; avec mon corps, je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu. Moi-même, je le verrai, et quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas. (Job 19, 25-27).
      Citons, dans le même ordre d'idée 1 Corinthiens 13, 12 : Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai vraiment, comme Dieu m'a connu.
      Et si St Paul parle de résurrection des corps, il ne s'agit nullement de corps charnels, il s'agit en fait de corps glorieux, il veut signifier par là que nous serons toujours à l'image de ce que le corps faisait de nous sur cette terre, c'est à dire des êtres de communication et de communion, visibles aux regards des autres, mais à la mesure des corps célestes et glorieux qui nous feront revêtir l'incorruptibilité de l'éternité et de la perfection de l'amour-communion irradié en toute puissance par l'Amour divin (cf. 1 Corinthiens 15, 39-54).

    • la croyance à la préexistence de l'âme, qui tombe par châtiment dans le corps :
      Avec cette bizarrerie, on nage en pleine contradiction. Peut-on affirmer que la matière est éternelle et dans le même temps clamer qu'elle représente un châtiment ?! Quel Dieu cruel nous avons là ! Pour être honnête, il faut bien admettre qu'Origène et ses disciples avaient des circonstances atténuantes. Tout d'abord, cette conception n'était pas inconnue, loin de là. En fait, elle remonte à Platon, qui le premier a manifesté cette idée du corps punition. Ensuite, comme nous venons de le dire, St Paul lui-même parle de corps glorieux et céleste, une fois que nous serons ressuscités. Dans ces conditions, l'origénisme a péché par excès d'orgueil, il a voulu trop expliquer les paroles de St Paul, qui se voulaient des indications seulement, indications qui viennent d'être abordées dans le chapitre précédent (cf. la résurrection de la chair). De plus, avoir recours à des théories véhiculées par un grand philosophe, certes, mais païen tout de même, n'est pas la meilleure approche !
      Avant de traiter plus en détail des implications pour nous de la condamnation de l'Eglise, essayons de comprendre le raisonnement de l'origénisme :
      "La matière existe seulement en fonction du spirituel ; si le spirituel n'en avait pas besoin, la matière n'existerait tout simplement pas, car sa finalité n'est pas elle-même. Apparemment, selon Origène - bien qu'il n'allât pas aussi loin que ses disciples sur ce point - les esprits créés, y compris les plus parfaits, ne peuvent se passer complètement de matière, d'où l'existence d'une pseudo-matière extrêmement diluée et subtile, qui leur servait de véhicule et de moyen d'action. La matière, par conséquent, fut créée en même temps que le spirituel, bien que ce dernier ait logiquement la préséance ; de plus, la matière ne cessera jamais d'exister, dans la mesure où le spirituel, si parfait soit-il, en aura toujours besoin. Mais la matière, qui est sujette à d'infinies transformations, s'adapte à la condition changeante des esprits. Quand elle est destinée à des esprits imparfaits, elle se solidifie, s'épaissit et forme les corps du monde visible. Si elle sert aux intelligences supérieures, elle brille de la brillance des corps célestes et sert de 'costume' aux anges de Dieu et aux enfants de la Résurrection."
      Ce qui frappe le plus, c'est sans aucun doute le côté farfelu de cette théorie, le problème, comme il a déjà été dit, c'est qu'à force de vouloir trop expliquer, la confusion se fait jour ! Que veut dire 'pseudo-matière extrêmement diluée' ? Pourquoi le monde spirituel aurait-il besoin de matière ? Pourquoi parler de degré de matérialisation des esprits selon leur degré d'avancement ? Tout cela sent l'intellectualisation stérile et le désir d'expliquer ce qui nous dépasse. Peut-on expliquer ce qu'est le monde spirituel, par exemple ?
      Mais le plus grave de tout est sans nul doute que ces explications ont été avancées sans chercher véritablement de fondements bibliques. Ce sont des théories développées davantage en référence à des philosophies païennes platoniciennes grecques qu'en relation avec la Révélation biblique. On pourrait même dire qu'elles ont été élaborées à l'opposé de la Révélation divine, car la Bible donne au corps et à la matière une place unique, voyons plutôt :

      ADAM Disons que pour la Bible, la distinction corps-âme n'est pas naturelle. Adam, dès le début, est créé à partir de la terre, signifiant par là son appartenance au monde matériel. Mais, à la différence du matériel pur, il reçoit le souffle de Dieu (Genèse 2, 7). En réalité, pour la Bible l'homme n'est pas une âme dans un corps, mais bien un corps animé. L'homme ne reçoit pas une mission terrestre par défaut et en punition d'une désobéissance quelconque, Dieu lui confie la mission d'être le chef d'orchestre du monde matériel en Son Nom (Gen 1, 29-30 ; 2, 15), tout comme St Michel, chef des Anges, est chef d'orchestre de la bataille céleste contre les démons, et ce au nom de Dieu (Ap 12, 7). Nous sommes là bien loin du concept de l'homme ayant une âme existant indépendamment du corps, corps qui n'aurait de raison d'être que comme punition. De plus, affirmer que l'âme existait avant le corps, c'est faire de la vie éternelle dans le ciel une chose naturelle qui aurait toujours existé pour l'homme, la chute entraînant précisément la cessation de cette vie éternelle céleste. Dans ces conditions, la valeur du sacrifice rédempteur du Christ se retrouve sérieusement diminuée, puisque ce sacrifice n'est à voir que comme un rétablissement d'un ordre naturel, qui se serait interrompu du fait de la faute de l'homme. En tous cas, ce n'est pas l'avis de la Bible. Le sacrifice du Christ est de toute beauté, il est unique, il est LE cadeau de Dieu par excellence. En effet, par amour sur la croix, le Christ nous offre plus qu'un rétablissement primitif, il nous offre la Vie Eternelle au ciel. L'homme, selon la Genèse, était destiné à vivre éternellement sur cette terre, dans le monde visible. Par désobéissance orgueilleuse, il a désiré se passer de Dieu, la mort est alors entrée dans l'humanité, non du fait de la volonté de Dieu, mais en tant que conséquence naturelle de la coupure avec Dieu dans le monde matériel. Par Jésus Christ, qualifié de Nouvel ou dernier Adam par St Paul, l'homme se voit élever gratuitement au statut d'ange, bien plus, il est rendu participant de la vie trinitaire ! Jésus nous offre quelque chose d'unique, de loin supérieur à l'état d'avant la chute (1 Corinthiens 15, 45-49) ! Quelle vision de Dieu, elle est tellement plus positive qu'un Dieu qui envoie son Fils et se sacrifie en son L'AscensionFils pour nous redonner une condition que nous avions de toutes façons automatiquement. Dieu par Amour, l'Amour qui conduit jusqu'au sacrifice, nous offre ce qu'il avait de mieux : sa propre vie trinitaire à laquelle la chair est devenue pleinement participante quand Jésus dans son corps est monté aux Cieux s'asseoir à la droite du Père. Oui, en ce jour de l'Ascension, le corps est entré de plein fouet dans la Trinité ! Quel est ce Dieu pour nous donner ce qu'il avait de plus beau, c'est à dire lui-même, en rachat de nos fautes ! La résurrection céleste n'est donc pas automatique, allant de soi en raison de l'immortalité de l'âme tombée temporairement prisonnière d'un corps, la Vie Eternelle est un don, gagné à très haut prix par l'Amour sacrificiel du Christ, manifestation total et plénier du don de Dieu, c'est bien pourquoi St Paul parle de résurrection des corps, il faut y voir aussi une manière de montrer le caractère unique et bien personnel de la résurrection de chacun d'entre nous, cette idée de corps glorieux que l'homme se voit offrir au Ciel est une marque du don de Dieu et non d'un processus naturel dont Dieu serait plus ou moins absent (pour avoir plus de précisions sur les corps glorieux, qui n'ont pas forcément une réalité matérielle, comme semblait le croire Origène, il est conseillé de voir plus haut, le chapitre précédent - la croyance à l'éternité de la matière - , le point traitant la résurrection de la chair).
      En outre, signalons que la conception de l'homme puni par l'apparition d'un corps est une dévalorisation grave du corps et du matériel, plus généralement. Cette philosophie débouche assez logiquement sur l'idée de corps-enveloppe que l'on retrouve dans la réincarnation, la transmigration des âmes, etc... Toutes ces philosophies ont une chose en commun : une dépersonnalisation de l'homme par mépris du corps. De même, il n'est pas étonnant que des religions, tel que le la religion cathare, aient méprisé profondément la sexualité. Le christianisme bien compris ne peut voir en la sexualité que l'expression corporelle par excellence de l'amour des âmes, c'est bien la raison pour laquelle la fornication et l'adultère sont si sévèrement condamnés par l'Eglise. L'adultère n'est autre qu'une trahison en son corps de la fidélité d'amour qu'un homme et une femme se manifestent dans le mariage, lui-même signifiant et reflètant l'alliance passée entre Dieu et l'humanité (1 Corinthiens 6, 15-17). Avec cette conception du corps, il est impossible de faire ce que l'on veut de son corps, que ce soit le mépriser ou mal l'utiliser, tel un jouet. Le corps n'est effectivement pas un jouet, puisqu'il ne fait qu'un avec l'âme. L'homme étant un corps animé, il n'est pleinement homme qu'avec son âme ET son corps. L'homme total, c'est corps et âme qu'il est. Voilà bien pourquoi l'Amour total de Dieu pour l'humanité ne pouvait se manifester que par l'Incarnation. Le salut plein de l'homme, la résurrection infinie offerte par Jésus devait obligatoirement engager le corps, d'où l'Incarnation.

    • la négation de l'éternité des peines ou 'apocatastase' :
      L'ENFER
      Cette idée vieille comme le christianisme, serait-on tenter de dire, devait bien un jour ou l'autre faire l'objet d'une décision conciliaire. Ce fut chose fait au concile de Constantinople II.
      Il est vrai qu'il est tentant (et arrangeant ?) de refuser la notion d'enfer sous prétexte que Dieu est Amour. Mais, est-ce montrer une juste vision du Dieu-amour ? En premier lieu, il convient de dire clairement que aussi séduisante cette doctrine de la négation de l'enfer puisse-t-elle être, elle n'est certainement pas évangélique. Rappelons quelques passages où Jésus lui-même affirme l'existence de l'enfer en tant que lieu de châtiment éternel : Matthieu 5, 22 ; 10, 28 ; 18, 9 ; 23, 15 ; 22, 13-14; 23, 33 ; 25, 31-46 ; Marc 9, 43 ; 9, 47 ; Luc 12, 5 ; 16, 19-31, etc...
      Qu'est-ce à dire ? Peut-on aller contre la Parole du Christ lui-même pour se faire plus miséricordieux que le Seigneur ? Mais, au fait, nier l'enfer, est-ce réellement faire preuve de miséricorde ?
      Qu'est-ce qui caractérise le mieux l'amour, sinon le respect de la liberté de l'autre ? Pour l'Eglise, en effet, l'homme est fondamentalement libre et peut donc refuser la participation à la vie de Dieu. Soyons effectivement sérieux, peut-on prétendre que Dieu nous aime, s'il s'impose à nous ? Dieu nous aime à la mesure de son respect pour nous, or respecter, c'est responsabiliser et voir l'autre assez homme pour assumer ses choix, et bien sûr, si besoin est, se faire pardonner ses erreurs. Mais, pour reconnaître ses fautes, encore faut-il accepter d'être suffisamment lucide pour se considérer comme une personne responsable. Dieu fait ce pari de voir en l'homme une personne libre et donc responsable, digne de faire des choix et de prendre des décisions qu'Il se fera un devoir de respecter par Amour. A n'en pas douter, celui qui souffre le plus de l'Enfer, c'est bien Dieu lui-même. Face à ce refus de se laisser aimer par Lui, Dieu ne peut que souffrir horriblement, mais par respect, et même si cela lui cause une souffrance terrible, Dieu prend acte de l'entêtement de certains à vivre sans Lui. Ce refus définitif de se laisser aimer par Dieu c'est cela l'Enfer.
      La vraie question qui se pose est plutôt celle-ci : comment certains vont-ils refuser l'Amour divin en pleine conscience de la beauté de Dieu, la voyant face à face après la mort ? Et là, il y a mystère, au coeur duquel se trouve l'orgueil bouffi et démesuré, à la mesure du Démon. L'Eglise, à la suite du Christ, affirme que des hommes, du fait de leur conduite mauvaise sur cette terre, endurcissent leur coeur à un tel point que le refus de bonté et d'amour les conduira face à Dieu à le rejeter par dégoût même de l'amour et de la bonté. Un tel rejet sera si fort qu'il entérinera un endurcissement définitif chez ces hommes, d'où l'idée de châtiment éternel.
      Châtiment éternel ? N'allons pas croire que l'Enfer est le résultat d'une punition arbitraire (voir ce qui vient d'être dit). Il n'est que la conséquence d'un choix fort, puissant, et par là définitif. De même, le châtiment n'est pas à voir comme une souffrance extérieure imposée par Dieu sur des hommes qui n'auraient qu'une envie : aller au Paradis. Cette conception fait de Dieu un Dieu cruel, ce qui explique en partie que des gens comme Origène aient cru bon de nier l'Enfer. En fait, la 'meilleure vue' de l'Enfer, du point de vue du châtiment, est à chercher dans ces paroles de Jésus : ...jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents (Matthieu 22, 13). Dans ce passage l'expression 'grincements de dents' est des plus significative, au sens où elle nous révèle la nature de la La hainesouffrance des damnés. Il y a en effet plusieurs facteurs qui peuvent déclencher le grincement de dents, mais, celui qui s'applique avec une exactitude sans pareil à la situation de ceux qui ont fait le choix de refuser l'Amour par orgueil et haine est sans aucun doute le grincement de dents provoqué par la rage, la colère et le dépit, d'où les pleurs, probablement de rage et de colère, mentionnés dans ce même passage. Ce qui rend les damnés si malheureux et souffrants, c'est précisément leur propre entêtement à rejeter l'Amour. Passer l'éternité dans les tourbillons de la rancune, la jalousie, l'égoïsme, l'orgueil et la haine pour finir par constamment grincer des dents, quelle perspective ! On pourrait dire que les damnés se punissent et se font souffrir tout seul ! Mais, l'aveuglement est tel que Dieu ne peut plus rien faire pour les éclairer, puisque c'est librement qu'ils choisissent cet état. Nous réalisons bien là l'endurcissement extraordinaire de leur coeur, c'est bien pourquoi leur condition est sans remède, condition amorcée dès leur existence sur terre, où là l'endurcissement consistait surtout à fermer les yeux sur les avertissements de Dieu pour mieux les ouvrir complaisamment sur le péché et la méchanceté. Dans ce cas, pas étonnant que ces hommes et ces femmes ne veulent pas accepter Dieu, qui représente tout ce qu'ils se sont évertués à mettre de côté dans leur vie terrestre ! Enfin, signalons que Jésus ou la Bible emploient l'image du feu (Matthieu 3, 11-12; Matthieu 5, 22, etc...) ou des vers qui rongent (Marc 9, 48 ; Actes 12, 23) avec la même idée de souffrance intérieure pour décrire le châtiment éternel de l'Enfer que s'auto-infligent ceux qui choisiront de vivre loin de l'Amour divin. Aussi par 'feu' et 'vers qui rongent', faut-il entendre : le feu du désir haineux, jaloux, etc... qui brûle les damnés à l'infini de leurs passions déréglées accueillies avec une complaisance sans borne et définitive ; quant aux vers qui les rongent, ils décrivent assez bien ce 'minage de l'intérieur' à l'image de leurs colères, rancunes et haines, nourries et nourries encore par l'accueil définitif et illimité qu'ils feront à ces sentiments destructeurs.

      Bref, l'Enfer n'est nullement à considérer comme un lieu arbitraire où de pauvres victimes se retrouveraient jeter contre leur gré dans d'atroces souffrances pour l'éternité, alors que la délivrance de ce lieu serait la seule chose qu'elles appelleraient vraiment de tous leurs voeux ! Peut-on raisonnablement croire que le Dieu de Jésus Christ est capable d'un tel cynisme ? Mais, d'un autre côté, Dieu peut-il déresponsabiliser les hommes au point de passer outre la liberté qu'ils ont de Le refuser. Peut-il imposer sa présence et sa volonté pour l'éternité à ceux-là même qui souhaitent de tout leur coeur fuir celui qui incarne précisément les valeurs qu'ils ont toujours combattues et exécrées durant leur existence terrestre ? L'Enfer est en définitive une nécessité que le respect amoureux de la liberté humaine impose à Dieu, qui souffre, mais accepte douloureusement de voir des hommes opter pour une vie éternelle sans lui. Cette absence de l'Amour, Amour, que Dieu seul peut générer est en somme la punition et la souffrance que les damnés se forcent à endurer, avec un tel orgueil et entêtement que la damnation en devient éternelle.

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