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LE CONCILE DE CONSTANTINOPLE IV

5 octobre 869 - 28 février 870
(Un bref résumé)

Murs d'enceinte de l'ancienne Constantinople (l'actuelle Istanbul)

PLAN DE L'EXPOSE
I) LE CONTEXTE HISTORIQUE
1) Introduction
2) Les raisons du concile
3) Le déroulement du concile

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE
(+ l'impact du concile)

III) PISTES DE MEDITATION
1) Le Filioque
2) - La primauté de Rome
    - Les implications concrètes pour nos vies



LIENS VERS



I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Introduction :

Les 7 premiers conciles
Avec ce concile, nous abordons un tournant dans la continuité. Continuité, d'abord, dans la mesure où, comme le concile de Nicée II, les thèmes abordés ici ne touchent plus à des problèmes centraux et fondateurs de la foi chrétienne (la Trinité, la nature du Christ, etc...). Mais, Constantinople IV représente également un tournant puisqu'avec lui prend fin le cycle des huit premiers conciles, les seuls à avoir été reconnus par les orthodoxes. Les 13 suivants, intervenus après le schisme de 1054, ne seront considérés comme valides et oecuméniques que par l'Eglise catholique. Constantinople IV sera d'ailleurs le dernier concile à se tenir en Orient, il sera aussi le dernier à ne pas être convoqué exclusivement par un pape, à l'exception du Concile de Constance (voir lien dans colonne de gauche).

Il faut toutefois préciser, pour être complet, que pour l'église orthodoxe byzantine la série des conciles oecuméniques s'était déjà achevée avec le concile de Nicée II.

Enfin, ajoutons que ce concile termine, certes, un cycle, celui des huit premiers conciles fondateurs, mais il est, en revanche, le premier d'une série de conciles à traiter de la question de la papauté. En ce sens, Constantinople IV laisse déjà entrevoir le Grand Schisme entre l'Orient et l'Occident qui devait se produire deux siècles plus tard en 1054.

2) Les raisons du concile :

A) La nomination d'Ignace au patriarcat de Constantinople
La fête de l'orthodoxie qui voyait le triomphe des partisans des images (cf. le concile de Nicée II) ne signifiait pas pour autant la fin de toutes les dissensions dans l'Eglise byzantine. Parmi les iconophiles, deux partis restaient en présence : l'un, partisan de la conciliation vis-à-vis des anciens adversaires et voulant le maintien des évêques sur leurs sièges s'ils se ralliaient au concile de Nicée II ; l'autre, plus rigoureux, exigeant leur déposition. Le patriarche Méthode représentait la première tendance et il s'employait à pourvoir les sièges vacants de candidats conciliateurs. Il rencontrait l'opposition des moines du célèbre monastère de Stoudios, qui avaient souffert des persécutions et n'admettaient pas le choix de candidats qu'ils jugeaient inaptes.
A la mort du patriarche Méthode, la régente Théodora choisit un moine pieux, Ignace, fils de l'empereur Michel Rangabé, avant qu'il ne soit élu par le synode. Ignace avait été initié très jeune à la vie monastique dans le couvent où son père, renversé par Léon V, avait dû se retirer. Il ne connaissait pratiquement que la vie monastique et n'avait jamais fait d'opposition aux choix du patriarche Méthode. Théodora le pensait apte à réaliser l'unité du clergé.
Malheureusement, Ignace devait accumuler les maladresses. En voici un exemple :
en 856, le ministre principal, Théoctiste, est assassiné sur ordre du jeune empereur, Michel III dit l'Ivrogne, qui supporte mal la tutelle de sa mère. Théodora se retrouve alors reléguée dans un monastère avec ses filles et Michel confie le pouvoir à son oncle Bardas, instigateur du complot et protecteur du parti de la conciliation. Choisi par Théodora, Ignace se trouve en disgrâce. Or, le patriarche prête l'oreille à l'opinion publique qui Basilique Sainte-Sophieaccuse Bardas d'une liaison incestueuse avec sa belle-fille, c'est ainsi qu'il interdit à l'oncle prétendument incestueux l'entrée de Sainte-Sophie et lui refuse la communion. La réaction ne se fait pas attendre, Bardas accuse Ignace de trahison et l'envoie en déportation. Le patriarche préfère abdiquer tout en affirmant la légitimité de son élection et sous réserve que son successeur ne soit pas un schismatique.

B) Le patriarcat de Photius
Photius
Celui qui avait les préférences de Bardas pour devenir patriarche et mener une oeuvre de réconciliation dans l'Eglise byzantine était le chef de la chancellerie impériale, un simple laïc, Photius. Il avait été le meilleur professeur de l'université byzantine réorganisée par Bardas, possédait un savoir encyclopédique et n'était pas impliqué directement dans l'un des deux camps (cf. les partisans de la conciliation et les opposants à la conciliation vis-à-vis des iconoclastes).

Sa candidature approuvée, Photius reçoit tous les ordres en six jours, du 20 au 25 décembre 858 (il est ainsi nommé lecteur, sous-diacre, diacre, puis prêtre, ce qui lui permet de devenir patriarche) ! Mais, maladresse selon les uns, mesure de paix selon les autres, il choisit Grégoire Asbestas - ennemi juré d'Ignace - comme évêque consécrateur ! Sans surprise, Ignace refuse de reconnaître le nouveau patriarche consacré par Asbestas. Les conflits renaissent. Photius se met à sévir contre les évêques du parti d'Ignace et une sentence du synode prononce la déposition de l'ancien patriarche. Le gouvernement réprime l'opposition contre Photius avec une violence telle que ce dernier doit s'employer à la modérer.

Nicolas 1er
Informé des controverses byzantines, le nouveau pape Nicolas 1er (858-867) exprime à l'empereur, comme à Photius lui-même, son désaveu à propos de la déposition d'Ignace. Il émet des doutes sur la régularité du "procès-synode" ayant conduit à la déposition d'Ignace. Vis-à-vis de Photius, il blâme la promotion d'un laïc à l'épiscopat. Le pape convoque même un synode au Latran. On y dépose Photius qualifié d'intrus, qui se retrouve réduit à l'état laïc, puis, on réintègre dans leur charge Ignace et les évêques déposés avec lui (août 863).

La tension est vive entre Constantinople et Rome. L'empereur Michel III adresse au pape une lettre particulièrement insolente. Nicolas 1er répond par une lettre qu'il fait rédiger par Anastase le Bibliothécaire - celui-ce possédait en effet une parfaite connaissance du grec. Dans sa réponse, le pape réfute tous les arguments développés par l'empereur. Le pape par l'intermédiaire d'Anastase rappelle également que les privilèges de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche leur viennent des apôtres, alors que Constantinople n'a d'autre gloire que de détenir les reliques qu'elle a dérobées aux autres Eglises. De plus, Nicolas refuse de se laisser impressionner par les menaces : si l'empereur réussit à le tuer, il ne vaudra pas mieux qu'un mauvais champignon. Et le pape convoque Ignace et Photius à Rome pour un nouvel examen de l'affaire.

C) La question bulgare
Boris 1erUne autre affaire compliquait les rapports entre Rome et Constantinople : la question bulgare. Le roi des Bulgares, Boris 1er, venait de se convertir avec son peuple, à la suite de la venue de missionnaires byzantins. Boris avait reçu le baptême en 864. L'empereur Michel III avait été son parrain et Boris était devenu Boris-Michel.

Mais le roi bulgare rêvait de posséder une Eglise autonome sous la direction d'un patriarche bulgare. Devant le refus de Photius, Boris se tourne vers Nicolas 1er. Le pape envoie deux évêques, dont Formose, évêque de Porto (futur pape : 891-896). Ces légats sont chargés d'organiser l'Eglise bulgare. Le pape visait à récupérer dans la juridiction romaine ce pays qui correspondait à une partie de l'ancien Illyricum.
La mission romaine remporta un franc succès et entraîna l'expulsion des prêtres byzantins. Il n'est alors pas difficile d'imaginer le dépit des byzantins envers Rome !

D) La rupture est consommée
En novembre 866, le pape avait adressé à l'empereur Michel et à Photius des lettres très sévères et les récits des missionnaires expulsés de Bulgarie consacraient la défaite politique et religieuse de Byzance. Photius dénonce alors aux patriarches d'Orient l'attitude des prêtres latins. En 867, il va jusqu'à réunir un concile qu'il prétend oecuménique et il y dépose le pape Nicolas. A cette occasion, il conteste avec violence la primauté pontificale et dans une lettre encyclique aux patriarches orientaux, dénonce comme hérétique le "Filioque". Un synode romain, deux ans plus tard, en juin 869, rejette sans surprise la déposition de Nicolas 1er, bien que ce dernier fût alors décédé et déjà remplacé depuis décembre 867 par Hadrien II.

E) Vers le concile de réconciliation : Constantinople IV
Une révolution de palais à Byzance évite l'affrontement ouvert : Michel III est renversé et assassiné par Basile le Macédonien. Le nouvel empereur s'était appuyé sur le parti intransigeant (cf. A) La nomination d'Ignace au patriarcat de Constantinople / les iconophiles divisés en 2 partis), il relègue Photius dans un monastère et rappelle Ignace.

Basile 1er
Pour asseoir son pouvoir, le nouvel empereur Basile 1er - anciennement Basile le Macédonien - préférait s'entendre avec Rome. Il veut réconcilier les partis et pense que seul un concile peut y parvenir. Le nouveau pape Hadrien II accepte l'arbitrage, mais commence par réunir à Rome un synode (juin 869) qui condamne Photius sans l'entendre et le dépose ainsi que ceux qu'il avait ordonnés. Les trois légats qu'il dépêche au concile ont pour mission de faire entériner les décisions de ce synode, et d'obtenir, avant toute chose, des évêques participants, la signature d'une profession de foi de saveur romaine, qui demandait l'adhésion aux décrets de Nicolas et d'Hadrien, "car c'est dans le Siège apostolique que la religion catholique a toujours été gardée sans tache et c'est par lui que la doctrine sainte a été répandue".

3) Le déroulement du concile :

Le concile de Constantinople IV

En conclusion de la partie précédente consacrée aux raisons du concile, on peut affirmer à juste titre qu'avec l'ouverture du Concile de Constantinople IV, les Eglises d'Orient et d'Occident se réconcilient, mais cette réconciliation ne sera que provisoire...
Cela n'empêche pas, en attendant la prochaine 'brouille', le 8ème concile oecuménique de se réunir à Constantinople, du 5 octobre 869 au 28 février 870. L'ouverture se déroule à Sainte-Sophie. Dix sessions suffisent pour condamner Photius et ses partisans, en présence des légats pontificaux.
Ce bref tableau, qui se contente de résumer le strict nécessaire, laisserait à penser que ce concile 'fut une partie de plaisir', mais, comme nous allons le voir, il n'en fut rien.
Ainsi, si l'on se penche plus avant sur le déroulement de ce concile, on ne peut manquer de constater qu'il commence en fait par un malentendu grave. En effet, Basile 1er voulait reprendre toute la procédure contre Photius et réconcilier les partis en présence. Or les seuls membres admis au concile étaient les évêques persécutés en raison de leur fidélité au patriarche Ignace. Ils sont douze en tout à la première session et seront cent deux à la dernière !
Dans ces conditions, Photius paraît, certes, devant le concile, mais refuse de répondre. Les légats protestent, disant que son cas était déjà jugé, mais Photius refuse de se soumettre. Le concile fait brûler ses écrits, déclare qu'il est un usurpateur et annule tous ses actes et ceux des évêques qu'il avait consacrés, ce qui écartait quelque cent à deux cents évêques. De plus, les Pères déposent les évêques, prêtres, diacres et sous-diacres ordonnés par les patriarches Méthode et Ignace, s'ils ont rallié le parti de Photius et refusé de le quitter.

Le concile eut alors beau affirmer l'union des Eglises durant la dernière session, il n'en restait pas moins un désaccord fondamental entre l'empereur Basile et les trois légats romains concernant Photius, et ce, même si le canon 21 avait replacé Constantinople immédiatement après Rome dans la liste des patriarcats - Précisons que le canon 21 était effectivement une concession significative faite à la primauté romaine, car il constituait un net désaveu du 28ème canon du concile de Chalcédoine qui avait mis le patriarcat de Constantinople sur un pied d'égalité avec le siège de Rome (cf. dans la colonne de gauche le concile de Chalcédoine).

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE :

Comme nous venons de le voir, les décisions du concile se résument à ces deux décisions :

  • Condamnation de Photius et de ses partisans
  • Le canon 21, qui redonne à Rome la primauté sur Constantinople et donc sur tous les autres patriarcats.
L'impact du concile :
  • Jean VIII
    La question bulgare offre un sujet de discorde supplémentaire. Déçu de ne pas obtenir comme archevêque Formose ou le diacre Marin, le roi bulgare Boris (Michel) se retourne vers Byzance. Ses ambassadeurs arrivent à Constantinople après la fin du concile. Malgré l'opposition des légats romains, les délégués des patriarches orientaux se prononcent en faveur de la juridiction de Constantinople sur l'Eglise bulgare.
    Les efforts de Jean VIII, successeur du pape Hadrien II, pour ramener Boris dans la juridiction romaine, s'avèrent vains.
  • Quant à Photius, après la mort d'Ignace, il était de retour comme patriarche. L'empereur Basile, devant la permanence des désordres, l'avait appelé pour réaliser la réconciliation des partis. Jean VIII demande alors que Photius regrette ses fautes, rétablisse les évêques d'Ignace et renonce à la juridiction sur la Bulgarie.
    Un nouveau concile se tient à Sainte-Sophie devant les légats du pape. Il rassemble trois cent quatre-vingt-trois évêques et tourne à la gloire de Photius. Ce nouveau concile de 879-880 rejette les sentences de celui qui s'était tenu dix ans plus tôt - le concile de Contantinople IV - et les légats donnent leur accord aux actes du nouveau concile. Photius écrit aussi au pape pour lui expliquer qu'il ne pouvait demander pardon pour sa conduite passée puisqu'il n'était pas coupable.
    Malgré la tournure prise par cette nouvelle assemblée, Jean VIII se réjouit de ce que Photius renonçait à la Bulgarie et de ce que l'unité se trouvait réalisée à Constantinople. La flotte byzantine lui était d'ailleurs précieuse pour défendre les territoires de l'Eglise romaine contre les incursions sarrasines. Jean VIII acceptait donc le rétablissement de Photius, mais refusait de condamner l'action de ses prédécesseurs [= Nicolas 1er et Hadrien II] : "Si par hasard, écrivait-il, nos légats ont agi, dans ce même synode [= le concile réhabilitant Photius], contre nos instructions apostoliques, nous n'approuvons pas leur action et nous la déclarons sans aucune valeur."
schisme de 1054En conclusion, on peut à l'évidence affirmer que la réconciliation des Eglises d'Orient et d'Occident, grecque et latine, est fragile. On est plus près du schisme définitif de 1054 que d'un rapprochement durable. L'enjeu de la Bulgarie devait continuer à être source de tensions. Rome pouvait tout de même, malgré le choix du roi bulgare Boris de se tourner vers Byzance, se réjouir de l'évangélisation de la Moravie par les Grecs Cyrille et Méthode, qui rapportent les reliques de saint Clément, le 4ème pape. Hadrien II accepte, sous certains conditions, la liturgie slavonne.

Outre le problème bulgare, la figure de Photius continuerait, elle aussi, à envenimer les relations entre Rome et Contantinople. En effet, Photius devait rester dans la mémoire byzantine comme celle du champion de l'orthodoxie face aux erreurs et aux prétentions de Rome ; son attitude ne sera pas sans influencer, deux siècles plus tard, celle du patriarche Michel Cérulaire ou Keroularios lors de la crise de 1054 qui provoquera la grande cassure entre Rome et Constantinople.

III) PISTES DE MEDITATION DANS LE CADRE DE L'OFFICE DES COMPLIES:

  1. Le filioque

    Pour avoir des pistes de méditation par rapport au filioquecliquez ici.

  2. La primauté de Rome pour l'Eglise et pour nos vies

    Pour avoir des pistes de méditation par rapport à cette question → cliquez ici.

Si vous voulez un résumé beaucoup plus complet de ce Concile, notamment pour
ce qui est de ses décisions, de ses décrets et de son déroulement cliquez ici.

Pour savoir comment chercher un passage dans la Bible → cliquez ici


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