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LES 21 CONCILES
OECUMENIQUES
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LE CONCILE DE CONSTANTINOPLE III

7 novembre 680 - 16 septembre 681
(Un bref résumé)
Vestiges du palais impérial de Constantinople
PLAN DE L'EXPOSE
I) LE CONTEXTE HISTORIQUE
1) Introduction
2) Les raisons du concile
3) Le déroulement du concile

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE
(+ l'impact du concile)

III) PISTES DE MEDITATION
1) Ce que nous apprend sur Jésus le refus de monothélisme
+
Les conséquences pour notre vie de foi

- le respect de notre liberté
- notre liberté coopérante
- notre soumission à Dieu
2) Les mauvais compromis



LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :

(Pour l'époque et les thèmes des conciles, cliquez ici)


I) Concile
de
Nicée






II) Concile
de
Constantinople






III) Concile
d'Ephèse






IV) Concile
de
Chalcédoine






V) Concile
de
Constantinople II






VI) Concile
de
Constantinople III






VII) Concile
de
Nicée II






VIII) Concile
de
Constantinople IV






IX) Concile
de
Constance






X) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence






XI) Concile
de
Latran V






XII) Concile
de
Trente






XIII) Concile
de
Vatican I



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I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Introduction :

Le chemin pris à l'époque pour traiter de la double  nature
du Christ allait être différent de ceux
empruntés lors des conciles précédents.
Constantinople III est, comme son nom l'indique, une suite logique du concile de Constantinople II, et ce pour la simple raison que ces deux conciles sont nés de remous issus de la même hérésie, à savoir le monophysisme (pour un traitement complet de cette hérésie, voir le concile de Chalcédoine). Ces remous, le concile de Chalcédoine lui-même n'avait pas réussi à les éradiquer ! En fait, cette doctrine erronée qu'était le monophysisme empoisonnait la vie de l'Eglise depuis déjà deux conciles, soit 230 ans, quand la nécessité de convoquer le concile de Constantinople III se fit sentir ! Cette fois-ci, pourtant, le problème du monophysisme allait être traité sous un angle différent. Cela n'était guère surprenant ; en effet, si une hérésie était capable de déchirer l'Eglise pendant une si longue période, un traitement différent du problème s'imposait après plus de deux siècles. Mais, comme nous allons le voir, l'angle choisi ne fut pas au départ le meilleur.

2) Les raisons du concile :

A) un compromis boiteux : le monothélisme
l'empereur Héraclius à gaucheFace, donc, à l'ampleur de la division qu'avait causée le monophysisme dans l'empire, l'empereur Héraclius et le patriarche Sergius - Serge - désiraient tous deux parvenir à une solution, quelle qu'elle fût, pour se réconcilier les monophysites, notamment ceux des provinces envahies par les Perses, où un grand nombre d'entre eux demeurait : l'avenir de l'empire en dépendait, un avenir bien sombre, il faut le dire, au regard des menaces que représentaient les envahisseurs barbares, perses, et bientôt arabes. Autant le dire tout de suite, au vu des très graves périls qui menaçaient l'empire byzantin au VIIème siècle, l'unité politique apparaissait d'une nécessité telle, que les soucis doctrinaux passaient au second plan. Il était en effet vital, pour atteindre une certaine cohésion politique, de rétablir l'unité religieuse.
Ainsi, le patriarche Sergius, patriote sincère, tout en maintenant la distinction des deux natures humaine et divine dans le Christ, proposa une formule suivant laquelle il n'y avait en lui qu'une seule activité, ou énergie, divino-humaine. Le monoénergisme était né. Cette hérésie ne tarda pas à laisser la place au monothélisme (une seule volonté en Jésus Christ), ultime développement des succédanés du monophysisme. Le patriarche d'Alexandrie, Cyrus, et ses évêques adhérèrent à cette formulation de la foi, à ce 'Pacte / Edit d'Union' qui rétablissait, le 3 juin 633, l'unité avec les monophysites d'Egypte.

SophroniusMais un vénérable moine d'Alexandrie, Sophronius, protesta contre cet accord, affirmant que l'on ne pouvait parler que de deux activités ou volontés dans le Christ. En 634, Sophronius, dès lors patriarche de Jérusalem, rejetait donc la thèse d'une seule activité ou volonté dans le Christ.

Le monothélisme : une présentation
Pour les monophysites, une dualité de nature, et dès lors une possibilité de contradiction au sein du Verbe incarné, étaient inconcevables. Face à ces réticences, le monoénergisme, puis le monothélisme (monos = unique ; thelein = vouloir), semblait répondre à cette objection en soutenant qu'en Jésus Christ il y avait bien deux natures non confondues, mais une seule volonté, la volonté divine.
bus londonien à deux étagesUne image pourrait ici être utilisée pour mieux comprendre la vision que les monthélites avaient de Jésus. Pour ces derniers le Christ serait comme un être composé, comme l'addition de l'humain et du divin, à la manière d'un bus londonien à deux étages. L'étage divin contiendrait le moteur et la direction et il entraînerait là où il voudrait l'étage humain. Mais, en l'occurrence, la nature humaine ne serait plus qu'une personnalité diminuée. En outre, cette conception prêterait à confusion, puisqu'elle pourrait laisser entendre qu'en Jésus, ce n'est pas deux natures qu'il y a, mais deux personnes, dont l'une écraserait complètement l'autre !
A y regarder de plus près, les théologiens tenants de cette nouvelle doctrine reposaient, en fait, la même question qui avait déjà été soulevée par le biais du monophysisme : Jésus était-il vraiment homme ? N'était-il pas une marionnette mue intérieurement par sa volonté divine ?

B) L'affaire Honorius
HONORIUS
Sergius, à la suite des protestations de Sophronius, commença à redouter que Rome n'en fût bientôt alertée et décida d'entreprendre d'expliquer lui-même la question au pape Honorius. Il lui adressa une lettre très habile. Il attribua à Héraclius l'initiative de la doctrine de la volonté unique du Christ et expliqua qu'elle suscitait l'opposition de certains, comme Sophronius. Il ajouta, par ailleurs, que la doctrine des deux activités-volontés ne pouvait être érigée en règle de foi parce qu'on ne la rencontrait pas chez les Pères de l'Eglise ; de plus, selon lui, cette doctrine des deux volontés en Jésus Christ, si elle était acceptée comme vérité de foi, reviendrait à admettre la possibilité dans le Christ d'une opposition possible des deux volontés. Sergius proposa donc au pape de s'abstenir de parler d'une ou deux volontés : le silence sur cette question était préférable...
Le pape dans sa réponse, félicita Sergius de vouloir supprimer de vaines querelles de mots. Il approuva sa politique de silence sur la question de savoir s'il fallait admettre une ou deux volontés dans le Christ. Mais en s'expliquant, dans un sens peut-être admissible car cela venait au terme de tout un raisonnement, il n'en laissa pas moins passer une phrase regrettable : 'Nous professons aussi la volonté unique du Seigneur Jésus-Christ.' Et à Sophronius qui lui avait écrit, le pape recommanda aussi le silence.

Cette ligne de conduite du pape Honorius eut des répercussions bien au-delà de la simple anecdote, d'autant que, comme nous le verrons plus loin, il subit l'anathème du concile au même titre que les autres hérétiques. Mais pourquoi donc cette prudence d'Honorius et sa petite phrase malencontreuse
LE CONCILE VATICAN I
eurent-elles des conséquences telles que 1190 ans plus tard, elles furent source de controverses au concile Vatican I ? Tout simplement parce qu'elles entraînèrent la condamnation d'un pape comme hérétique, et ce lors d'un concile oecuménique - le concile de Constantinople III. Cela évidemment ne manqua pas de poser problème au concile de Vatican I à propos justement du dogme de l'infaillibilité pontificale.

A ces objections sur l'infaillibilité du pape en rapport avec Honorius, on peut toutefois répondre que, comme il vient d'être dit, Honorius fut bien loin de comprendre tous les tenants et les aboutissants d'une affaire qu'il ne lui fut exposée que bien partiellement et partialement. On peut également objecter que ce dernier ne se prononça pas officiellement pour le monothélisme, tout au plus refusa-t-il de soutenir ouvertement la position qui allait être adoptée par le concile de Constantinople III. On est donc très loin de la déclaration ex cathedra qui définit l'infaillibilité papale (Si vous désirez avoir plus de précisions sur ce dogme de l'infaillibilité du pape, notamment par rapport à l'affaire Honorius, cliquez sur ce lien vers Vatican I et lisez seulement le point intitulé : 'Une ultime remarque').

C) Déchirements entre l'Orient et l'Occident
La prudence d'Honorius loin d'apaiser le climat enhardit Constantinople qui recherchait plus que jamais l'unité devant les périls extérieurs. En 638, Héraclius lança un édit religieux, l'Ecthèse (exposé de la foi élaboré par le patriarche Sergius). La substance de l'Edit d'Union de 633 y fut incorporée et adaptée de manière à inclure la phrase du pape Honorius confessant une seule volonté de Jésus-Christ. L'épiscopat oriental souscrit à ce texte sans difficulté, comme Sergius qui en fut l'inspirateur et le rédacteur, comme Pyrrhus, son successeur.

SEVERIN
En octobre 638, le pape Honorius mourait. Séverin, élu en mai 640 après une longue vacance du siège romain, envoya ses apocrisaires à Constantinople pour faire approuver, suivant la coutume, son élection par l'empereur. Les apocrisaires, de retour à Rome, allaient faire connaître l'Ecthèse à l'Occident. Séverin, bien qu'étant mort trois mois seulement après son élection, eut tout de même le temps de condamner ce document, désavouant par là ses envoyés qui avaient finalement accepté de le ratifier en échange de l'approbation que l'empereur donnerait à l'élection de Séverin.
En définitive, les successeurs de Séverin, continuant sur la lancée de ce dernier, devaient condamner l'Ecthèse avec une remarquable constance. Ainsi, Jean IV exprima sa réprobation avant même la mort de l'empereur Héraclius. Il écrivit ensuite à Constantin III pour se plaindre du patriarche Pyrrhus et soutint à l'occasion une interprétation orthodoxe de la phrase malencontreuse d'Honorius. Le pape Théodore 1er poursuivit la même ligne d'action. La papauté réussit même à organiser un mouvement d'opposition à la doctrine impériale, surtout grâce à la résistance des moines, en particulier celle de Maxime de Chrysopolis, disciple et ami de Sophronius.
Devant ces vigoureuses oppositions, le patriarche Paul persuada le petit-fils d'Héraclius, Constant II, de renoncer à l'Ecthèse et d'imposer le silence sur toute discussion concernant l'activité ou la volonté dans le Christ. En 648, Constant II annula donc l'Ecthèse et publia le Type qui interdisait de parler d'une ou de deux volontés.

Le martyre du pape Martin 1er
le pape St Martin 1erA la mort du pape Théodore, le diacre Martin, qui avait été apocrisaire à Constantinople, se vit élire. Il convoqua alors sans tarder un synode au Latran (649). Ce concile provincial rassemblait surtout les évêques venus du territoire métropolitain de Rome, environ une centaine. Peu d'évêques arrivèrent de plus loin, en dehors de Deusdedit de Cagliari et de Maxime d'Aquilée. Les Actes du concile ont d'ailleurs été conservés en latin et en grec. La ligne théologique de ce concile provincial fut, il faut le signaler, l'oeuvre des moines grecs, véritable foyer de résistance en Orient - en particulier du moine Maxime de Chrysopolis. Cette remarque n'est pas sans importance dans la mesure où elle met en évidence que ce concile, quoique provincial, représentait bien plus que la simple opinion d'un groupe d'évêques des alentours de Rome.
Ce concile anathématisa le monothélisme et le Type. Il condamna les patriarches byzantins, Sergius, Pyrrhus et Paul, ainsi que Cyrus, patriarche d'Alexandrie.
Evidemment, ce concile provincial ou synode ne pouvait que déplaire à l'empereur Constant II. Le pape fut bientôt arrêté par l'exarque de Ravenne, en juin 653, dans la basilique du Latran. Transféré à Constantinople, Martin fut accusé de haute trahison et condamné à l'exil en Chersonèse. Il y mena une existence misérable jusqu'à sa mort, en septembre 655.

En même temps, Maxime de Chrysopolis était placé sous surveillance. Son procès commença en mai 655 et se poursuivit l'année suivante. Accusé d'avoir jeté l'anathème sur le Type, Maxime déclara que ce document était étranger à la foi de l'Eglise. Accusé d'avoir rejeté l'Ecthèse approuvée en synode sous Sergius et Pyrrhus, Maxime objecta la vraie doctrine affirmée au synode du Latran.

St Maxime le confesseurAu bout de six ans, on jugea bon de mettre fin à la résistance de Maxime. Il fut rappelé à Constantinople au printemps 662. Un synode à la solde des monothélistes le condamna à la mutilation de la main droite et de la langue et l'envoya en exil sur les pentes du Caucase. Maxime "le Confesseur" finit par mourir, le 13 août 662, au poste militaire de Schémaris.

Après toutes ces querelles assassines, force est de constater que la question du monothélisme avait eu des conséquences beaucoup trop graves, en terme de persécutions, notamment, pour ne pas amener à la quasi rupture entre Constantinople et Rome. Cet état de fait devait durer de 640 à 681, c'est à dire jusqu'à la conclusion du troisième concile de Constantinople.
Pendant quarante et un ans, la plupart des patriarches de Constantinople avaient rejeté les positions romaines...

3) Le déroulement du concile :

L'empereur Constant II s'était installé en Occident, à Syracus en 663. Il était devenu très impopulaire en raison de ses brutalités, et mourut assassiné dans son bain.
AGATHON
Sujet loyal, le pape Vitalien resta cependant fidèle à la dynastie héraclide, fondée par Héraclius, à laquelle appartenait Constant II. Constantin IV, fils de Constant II, âgé alors de seize ans, en sera reconnaissant plus tard envers la papauté. En 678, il écrivit au pape Donus dans le but de faire cesser la querelle entre Rome et Constantinople. Ce fut son successeur, le pape Agathon, qui reçut la lettre impériale.
Le pape veilla avec grand soin aux documents à envoyer à Byzance et il se fit représenter au concile par une délégation comprenant les prêtres Théodore et Georges, le diacre Jean (futur pape : Jean V) et le sous-diacre Constantin (futur pape : Constantin Ier).

l'empereur Constantin IVLe sixième concile oecuménique réunit 174 participants, dont 3 occidentaux seulement - en dehors des représentants du pape qui vienne d'être cités. Ce concile se tint, du 7 novembre 680 au 16 septembre 681, dans la salle du dôme, au palais impérial. Il fut, comme il était de coutume à l'époque, convoqué par l'empereur Constantin IV, et, tout comme au concile de Nicée, ce concile-là fut présidé par l'empereur lui-même, ce qui, rappelons-le, ne surprenait personne à l'époque (pour savoir pourquoi l'empereur convoque les conciles à la place du pape, voir le Concile de Nicée).

Il est à noter que depuis le premier concile oecuménique (le concile de Nicée), ce sixième concile est de loin celui qui a duré le plus longtemps, près d'un an. Cette durée, inhabituelle jusque là, en dit long sur l'âpreté des querelles religieuses et la réalité des menaces extérieures qui pesaient alors sur l'empire

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE :

Jésus, Dieu le Fils, à la droite du Père

Contrairement aux conciles précédents, celui-ci, après des mois de discussion, ne prit qu'une seule décision significative : la condamnation du monothélisme, suivant ainsi la doctrine soutenue par Rome. En Jésus-Christ, il y a donc bien deux activités et deux volontés distinctes, l'une divine, l'autre humaine, celle-ci subordonnée à la première, unies inséparablement mais sans confusion et concourant ensemble au salut du genre humain.

Jésus portant librement en son humanité la souffrance rédemptrice

Soit dit en passant, la définition des deux volontés du Christ distinctes, mais unies, sans confusion, ressemble fort aux définitions élaborées lors des conciles d'Ephèse et de Chalcédoine, conciles eux aussi centrés sur les deux natures du Christ. Comme il avait déjà été souligné dans l'introduction plus haut, cette ressemblance confirme, si besoin est, le lien qu'il existe entre ce concile et les conciles précédents, notamment ceux qui avaient débattu de la nature du Christ (cf. Ephèse, Chalcédoine et Constantinople II).

Autre condamnation, dont les conséquences, nous l'avons vu plus haut dans le résumé, auront des répercussions très loin dans le futur : la condamnation de tous ceux qui avaient soutenu l'hérésie monothélite, à savoir les patriarches Sergius de Constantinople et Cyrus d'Alexandrie, ainsi que les successeurs de Sergius (Pyrrhus, Paul et Pierre). Le pape Honorius n'échappa pas à la réprobation parce que les Pères conciliaires avaient "trouvé dans les lettres écrites par lui à Sergius qu'il avait suivi toutes les opinions de cet homme et qu'il en avait confirmé les enseignements impies". Cette réprobation allait faire effectivement couler beaucoup d'encre, d'autant que le pape Léon II, ayant succédé au pape Agathon, mort en janvier 681, approuva les décrets du concile, y compris l'anathème contre Honorius "qui n'avait pas essayé de purifier cette Eglise apostolique en enseignant la tradition apostolique, mais qui, par une trahison profane, laissa souiller ce qui était sans tache".

- L'impact du concile :
  • L'impact de ce concile suivit la logique de ses décisions, puisqu'il ne concerna, au niveau religieux, tout au moins, que le monothélisme, auquel il porta à n'en pas douter le coup de grâce. L'objectif fut donc atteint, contrairement aux conciles de Chalcédoine et de Constantinople II, qui, eux, ne purent complètement débarrasser la chrétienté du monophysisme.
  • Sur le plan politique, les conséquences ne furent pas négligeables non plus, car, après quarante-trois ans de rupture, l'unité entre Constantinople et Rome était encore une fois rétablie.
  • N'oublions pas non plus l'impact le plus durable que ce concile ait eu : la condamnation du pape Honorius comme hérétique, condamnation qui devait engendrer d'interminables querelles chaque fois que l'on débattrait de l'infaillibilité pontificale.

III) PISTES DE MEDITATION DANS LE CADRE DE L'OFFICE DES COMPLIES:

  • Ce que nous apprend sur Jésus le refus du monothélisme :
    +
    (les conséquences pour notre vie de foi)

    La meilleure façon de commencer cette partie n'est-elle pas tout simplement de citer ce que le pape st Damase écrivait déjà en 374 ?
    Si un homme incomplet a été assumé, incomplet est le don de Dieu, incomplet notre salut, car alors ce n'est pas l'homme tout entier qu'il a sauvé [...]. Quant à nous, nous savons que nous sommes sauvés intégralement et complètement, conformément à ce que professe l'Eglise catholique, nous professons que Dieu parfait a assumé l'homme complet.
    Cette citation, à elle seule, suffit à montrer toutes les implications que le refus du monothélisme peut signifier pour nous et pour notre vision de Dieu.
     →  Le monothélisme étant une variante du monophysisme, vous pouvez cliquer sur le lien ci-après pour avoir des pistes de méditation recouvrant les points communs entre ces deux hérésies → cliquez ici.

    Ce qui va maintenant être abordé concerne en propre le monothélisme :

    Le concile de Constantinople III nous apprend donc qu'à chacune des deux natures présentes en Jésus Christ correspond une volonté : Jésus Christ est bien un homme à part entière (que serait un homme sans volonté propre ?) et Jésus est bien Dieu le Fils et, en tant que tel, il a la 'volonté' de Dieu. Mais quelles conséquences ces affirmations ont-elles sur notre connaissance de Jésus Christ ?
    Les répercussions de la condamnation du monothélisme se font en fait sentir jusque dans la théologie d'aujourd'hui. Si, en effet, Jésus est pleinement homme jusque dans sa volonté et sa psychologie - jusque dans son comportement, en tout semblable à nous, comme dirait l'Ecriture (Philippiens 2, 7 ; Hébreux 2, 17) - avait-il conscience d'être depuis sa petite enfance le Fils de Dieu ? N'a-t-il pas plutôt pris petit à petit conscience de son identité et de sa mission ? Savait-il tout ?
    La première communauté chrétienne se souvenait que Jésus avait déclaré ignorer quelque chose (Mt 24, 36). A
    Jésus, avec une étonnante liberté et une autorité incontestable, calme la tempête
    partir de ce fait, peut-on dire que Jésus vraiment homme avait, comme tout homme, une connaissance limitée et grandissante ? Beaucoup de théologiens le pensent pour respecter l'humanité de Jésus. La première communauté chrétienne, par contre, a été frappée de l'étonnante liberté et de l'autorité incontestable de Jésus : plusieurs fois, il parle en son nom, en s'attribuant des prérogatives divines (Mt 5, 21-47 ; Mc 2, 5-11). A partir de cette constatation, certains théologiens pensent que Jésus - dès qu'il a été à même d'avoir une raison humaine - a toujours eu la conscience d'être le Fils du Père, mais que cette conscience s'est développée progressivement et qu'il a mis du temps à découvrir pleinement son identité. Cette conception respectueuse de la volonté et de la sensibilité humaine expliquerait pourquoi Jésus n'a réellement commencé son ministère public qu'à l'âge de 30 ans, et pas avant. Certes Jésus à douze ans manifesta déjà une conscience aiguë de sa filiation avec le Père, mais, elle avait encore besoin de mûrir (cf. Luc 2, 51-52). Si Jésus savait tout tout de suite, que vaudrait sa psychologie humaine ? La conscience de l'homme se développe lentement, prend petit à petit la mesure de son identité, sans cela elle n'est pas humaine. D'ailleurs, comme nous venons de le dire, Jésus affirme ne pas tout savoir (en particulier, il ne sait ni le jour, ni l'heure de la fin des temps - Mt 24, 36), il est tenté (Mt 4, 1-11), il semble apprendre des événements (Mt 14, 12-13) ou se sentir abandonné du Père sur la croix (Mt 27, 45-46).
    La psychanalyse moderne a, de surcroît, montré la part de l'inconscient inexprimable dans la construction de la personnalité ; la difficulté est donc grande de répondre à la question Qui suis-je. Alors, si l'on pose la même question à propos de Jésus, c'est à dire si l'on demande : comment Jésus pouvait-il répondre à la question Qui suis-je ?, la difficulté est dédoublée, puisque le Christ est complètement Dieu et complètement homme jusque dans son activité et sa volonté !

    La conscience, chez Jésus, de sa relation à Dieu a dû grandir en lui et s'expliciter petit à petit, suivant ainsi le mode d'apprentissage de tout être humain
    En conclusion, on peut dire que les théologiens aujourd'hui acceptent toutes les conséquences du refus du monothélisme, ce qui veut dire qu'ils acceptent, à la lumière de l'Evangile, de reconnaître que Jésus était vraiment homme, qu'il ne savait pas tout sur tout et même que sa connaissance de Dieu était de l'ordre de la foi : il ne voyait pas Dieu. Mais il croyait. Pourtant, les théologiens affirment en même temps que Jésus avait une conscience diffuse mais profonde de son lien très spécifique avec le Père. Cette conscience, de l'ordre du sentiment d'appartenance, a dû être présente tout au long de sa vie, mais elle a dû aussi grandir en lui et s'expliciter petit à petit au fur et à mesure qu'il analysait sa propre vie, et bientôt sa propre marche vers la mort, à l'aide de l'Ecriture et de la Tradition juive.
    Ainsi, les théologiens professent que Jésus a dû vivre une expérience humaine totalement originale marquée par un sentiment constant, mais pas forcément explicite, d'union à Dieu.
    En fait, pour saisir toute la pensée de la théologie catholique moderne inspirée du concile de Constantinople III, il suffit de lire quelques citations extraites du Catéchisme de l'Eglise catholique :
    Le Fils de Dieu communique donc à son humanité son propre mode d'exister personnel dans la Trinité. Ainsi, dans son âme comme dans son corps, le Christ exprime humainement les moeurs divines de la Trinité (Jn 14, 9-10) , mais parallèlement, Cette âme humaine que le Fils de Dieu a assumée est douée d’une vraie connaissance humaine. En tant que telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée : elle était exercée dans les conditions historiques de son existence dans l’espace et le temps. C’est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant homme " croître en sagesse, en taille et en grâce " (Lc 2, 52) et de même avoir à s’enquérir sur ce que dans la condition humaine on doit apprendre de manière expérimentale (cf. Mc 6, 38 ; Mc 8, 27 ; Jn 11, 34 ; etc.). Cela correspondait à la réalité de son abaissement volontaire dans " la condition d’esclave " (Ph 2,7).
    Mais en même temps, cette connaissance vraiment humaine du Fils de Dieu exprimait la vie divine de sa personne (cf. S. Grégoire le Grand, ep. 10, 39 : DS 475 : PL 77, 1097B). " La nature humaine du Fils de Dieu, non par elle-même mais par son union au Verbe, connaissait et manifestait en elle tout ce qui convient à Dieu " (S. Maxime le Confesseur, qu. dub. 66 : PG 90, 840A). C’est en premier le cas de la connaissance intime et immédiate que le Fils de Dieu fait homme a de son Père (cf. Mc 14, 36 ; Mt 11, 27 ; Jn 1, 18 ; 8, 55 ; etc.). Le Fils montrait aussi dans sa connaissance humaine la pénétration divine qu’il avait des pensées secrètes du cœur des hommes (cf. Mc 2, 8 ; Jn 2, 25 ; 6, 61 ; etc.).
    De par son union à la Sagesse divine en la personne du Verbe incarné, la connaissance humaine du Christ jouissait en plénitude de la science des desseins éternels qu’il était venu révéler (cf. Mc 8, 31 ; 9, 31 ; 10, 33-34 ; 14, 18-20. 26-30). Ce qu’il reconnaît ignorer dans ce domaine (cf. Mc 13, 32), il déclare ailleurs n’avoir pas mission de le révéler (cf. Ac 1, 7).

    LA VOLONTE HUMAINE DU CHRIST :
    De manière parallèle, l'Eglise a confessé au sixième Concile œcuménique (Cc. Constantinople III en 681) que le Christ possède deux volontés et deux opérations naturelles, divines et humaines, non pas opposées, mais coopérantes, de sorte que le Verbe fait chair a voulu humainement dans l’obéissance à son Père tout ce qu’il a décidé divinement avec le Père et le Saint-Esprit pour notre salut (cf. DS 556-559). La volonté humaine du Christ " suit sa volonté divine, sans être en résistance ni en opposition vis-à-vis d’elle, mais bien plutôt en étant subordonnée à cette volonté toute-puissante "(DS 556).

    J'attire votre attention sur ces quelques phrases des citations ci-dessus :

    Cette âme humaine que le Fils de Dieu a assumée est douée d’une vraie connaissance humaine. En tant que telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée : elle était exercée dans les conditions historiques de son existence dans l’espace et le temps. C’est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant homme " croître en sagesse, en taille et en grâce " (Lc 2, 52) et de même avoir à s’enquérir sur ce que dans la condition humaine on doit apprendre de manière expérimentale [...] Ce qu’il reconnaît ignorer dans ce domaine (cf. Mc 13, 32), il déclare ailleurs n’avoir pas mission de le révéler.

    Qu'est-ce à dire ? Tout simplement que Jésus n'en savait pas plus que d'autres humains sur ce qu'il n'avait pas mission de révéler. Seul ce qui avait trait directement à la foi et à la révélation était éclairé spécialement par sa volonté divine, et encore, ceci se fit au travers d'un éveil progressif chez lui (cf. plus haut). Par exemple, Jésus, il y a 2000 ans, n'en savait pas plus que ses contemporains sur les mathématiques, la science ou l'histoire, c'est pourquoi on ne peut attendre de Jésus que ses paroles nous révèlent quoi que ce soit en ces domaines, puisqu'il n'avait pas mission de les éclairer de sa science divine ; ses paroles, d'ailleurs, pouvaient même véhiculer certaines erreurs - non théologiques - dues aux limites des connaissances de son époque.

    En définitive, Jésus a assumé toute la nature humaine, faiblesses y compris. C'est en fait la signification profonde de son baptême, en se plongeant dans le Jourdain Jésus se solidarise avec l'humanité faible et pécheresse (Mt 3, 13-17), d'où la tentation qui suivra (Mt 4, 1-11). Et que dire de Noël, où Jésus assume la fragilité extrême d'un nouveau-né ! Sans compter la Croix, la souffrance et la mort ! Comment, à la lumière de ce qui vient d'être dit ne pas souscrire à cette affirmation biblique :

    En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux ; tenons donc ferme l'affirmation de notre foi. En effet, le grand prêtre que nous avons n'est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d'une manière semblable à nous, à l'exception du péché. (Hébreux 4, 14-15)
les conséquences pour notre vie de foi :
  • LE RESPECT DE NOTRE LIBERTE

    Voir plus haut le lien vers les points communs entre le monothélisme et le monophysisme pour comprendre toutes les implications de ce passage tiré de la citation biblique ci-dessus : En effet, le grand prêtre que nous avons n'est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d'une manière semblable à nous...

  • NOTRE LIBERTE COOPERANTEmanifester à notre tour de la Charité, par amour libre et réciproque de Dieu et des autres

    Ce second point découle en fait assez logiquement du point précédent ('LE RESPECT DE NOTRE LIBERTE'). Mais, ici, il s'agit de voir quelles conséquences le respect de notre liberté par Dieu peut avoir sur notre service pour lui. Rappelons qu'avant d'affirmer qu'il n'y avait en Jésus qu'une seule volonté, les tenants de ce qui allait devenir le monothélisme avaient d'abord affirmé, à travers le monoénergisme, qu'en Jésus il ne se trouvait qu'une seule énergie ou action / activité. Fort heureusement, le concile de Constantinople III refusa cette affirmation pour le moins réductrice. En effet, si l'homme Jésus s'était vu privé de sa capacité à agir librement pour Dieu, cela eût tout simplement voulu dire que Dieu considérait impossible ou indésirable le fait que nous, hommes, puissions agir pour lui. Que vaut l'amour qui ne peut montrer à l'être aimé qu'il peut agir pour lui en retour ? Sans une action propre en l'homme parfait qu'est Jésus, c'était de la part de Dieu une fin de non recevoir sur tout ce que nous pouvions faire au nom de Dieu. Notre foi aurait été réduite à une triste passivité, à l'image de l'hérésie qui beaucoup plus tard verrait le jour sous le nom de fidéisme. Non la foi seule ne sauve pas, car qu'est la foi sans les oeuvres (cf. Jacques 2, 14-18) ? Dans une certaine mesure, les protestants n'ont pas toujours su éviter les écueils de cette conception fidéiste, dont les racines sont à chercher en profondeur dans le monoénergisme.
    La condamnation du monoénergisme est une bouffée d'air frais dans nos relations avec Dieu. Comme dans tout amour, Dieu nous donne la possibilité de recevoir, mais aussi de donner en retour par notre action. Bien sûr, la balance est infiniment déséquilibrée entre ce que nous recevons de Dieu et ce que nous pouvons lui donner en retour, mais il n'empêche que Dieu ne voulut pas qu'en l'homme Jésus, la dignité de Lui donner en retour un amour agissant fût absente, voilà pourquoi dans le Christ il ne pouvait y avoir que deux actions propres (et non une) : l'agir divin, certes, mais aussi l'agir humain, signe que Dieu veut également être aimé par nous, et ce, en nous laissant exploiter toute notre énergie créatrice et agissante, c'est d'ailleurs en ce sens que l'Ecriture affirme que nous sommes à l'image de Dieu (Gn 1, 26-27). Ainsi, tout comme dans une relation humaine, l'amour se prouve également en acte quand il s'agit d'aimer Dieu ; d'ailleurs ne parle-t-on pas de servir Dieu ? Jésus, à de multiples reprises, insiste sur la nécessité qu'il y a à mettre ses commandements en pratique (Matthieu 7, 24-27; Luc 6, 46 ; Jean 14, 15 ; Jean 14, 21 ; Jean 15, 10), à faire la volonté du Père (Matthieu 7, 21 ; Matthieu 12, 50 ; ; Jean 4, 34, etc...), oui, les paroles ou les bonnes intentions ne suffisent pas quand on aime Dieu et les hommes (Matthieu 3, 10 ; Matthieu 7, 12 ; Matthieu 21, 28-31 ; Matthieu 25, 31-46 ; Luc 6, 43-44, etc...).
    En conclusion, on peut légitiment dire que le refus du monoénergisme ouvre la perspective merveilleuse d'un Dieu qui veut établir avec nous une relation fondée sur la réciprocité de sentiments d'amour librement consentis, une relation où l'homme a toute sa place pour montrer à Dieu combien il peut l'aimer en retour en lui étant agréable dans le concret de son action quotidienne. Cela n'enlève en rien à la gratuité de l'amour de Dieu, nous sommes bien aimés et sauvés gratuitement, puisque Dieu fait le premier pas de nous proposer cette magnifique alliance d'amour, où de toute façon nos actions, si aimantes et fantastiques soient-elles, ne suffiront jamais à justifier un tel amour divin, c'est donc bien gratuitement que nous sommes sauvés, et non par nos propres mérites, mais un si grand amour ne peut que susciter chez nous une réciprocité pleine de gratitude, réciprocité qui, en toute vérité, doit nous conduire naturellement à être agréables à Dieu en faisant sa volonté.

  • NOTRE SOUMISSION A DIEUJésus en prière, se nourrissant de la Volonté du Père

    Ici, ce n'est pas la condamnation du monoénergisme qui va nous intéresser, mais bien plutôt celle du monothélisme. Et pour commencer, reprenons cette citation du 'Catéchisme de l'Eglise catholique' : le Christ possède deux volontés et deux opérations naturelles, divines et humaines, non pas opposées, mais coopérantes [...] La volonté humaine du Christ "suit sa volonté divine, sans être en résistance ni en opposition vis-à-vis d’elle, mais bien plutôt en étant subordonnée à cette volonté toute-puissante" (DS 556).
    C'est précisément les passages mis en gras qui doivent prendre pour nous une valeur d'exemple. Nous venons de voir qu'avec le refus du monoénergisme, l'Eglise nous révélait combien Dieu tenait à notre dignité d'homme libre, capable de réciprocité active. La condamnation du monothélisme confirme évidemment cette révélation, c'est bien pourquoi notre extrait ci-dessus parle de volonté humaine du Christ ... coopérante. Mais, ce passage du catéchisme, reprenant les définitions du Concile de Constantinople III sur le monothélisme, montre également le cheminement que l'Eglise a dû suivre pour repousser les objections soulevées par le monothélisme. En effet, par son rejet du monothélisme, l'Eglise se vit dans l'obligation de préciser, lors du concile, sa foi concernant une situation qui pouvait apparaître, à première vue, difficile à éclaircir. Comment concilier les rapports entre la volonté humaine libre de Jésus et sa volonté divine toute puissante sans qu'il n'y ait la moindre possibilité d'opposition ou résistance entre ces deux volontés, comme Sergius le craignait dans sa présentation habile et partiale du monothélisme au pape Honorius (voir plus haut 2) les raison du concile. B) l'affaire Honorius) ? L'Eglise allait, par conséquent, dans le traitement de cette hérésie, devoir s'attaquer à la façon dont la volonté humaine de Jésus coopérait à sa volonté divine. Par là, elle allait préciser les modalités de notre propre coopération avec Dieu. Mais, quelles sont donc ces modalités pour nous ?

    En fait, à partir des précisions apportées au concile, nous devons vraiment comprendre qu'il ne s'agit pas pour nous de coopérer avec Dieu en lui dictant notre façon de faire. Dieu veut, il est vrai, notre amour libre, il nous considère comme ses fils, au point qu'il veut faire un avec nous, comme la nature divine fait un avec la nature humaine en Jésus, sans pour autant que la première n'absorbe ou ne gomme la seconde, mais, dans un même temps, nous devons prendre exemple sur l'homme Jésus. Souvenons-nous de la citation ci-dessus : La volonté humaine du Christ suit sa volonté divine [....] en étant subordonnée à cette volonté toute-puissante, la volonté humaine de Jésus est coopérante, certes, mais subordonnée. Cette citation est une merveilleuse explication d'ailleurs de ce qu'a dit Jésus en Jean 14, 28 : Le Père est plus grand que moi. C'est comme si la volonté humaine de Jésus s'était exprimée en référence à sa volonté divine qui ne fait qu'un avec le Père (Jean 10, 30 ; Jean 10, 38 ; Jean 14, 10 ; Jean 17, 10). Quelles conséquences pour nous ?

    Les enseignements à tirer des rapports entre la volonté humaine et la volonté divine du Christ sont clairs. Il s'agit pour nous, à l'image de l'homme Jésus, d'agir pour Dieu en lui obéissant, de coopérer à son oeuvre, en restant à notre place, c'est à dire à la place de créature. Plutôt que de nous demander 'que faire pour Dieu ?', mettons-nous à son écoute dans la prière, alors seulement, nous pourrons agir, non pas tant pour lui qu'en lui. Prenons exemple sur Jésus, qui, chaque fois qu'il avait à prendre une décision importante ou devait entreprendre quelque chose d'essentiel, n'hésitait pas à passer du temps à prier, parfois toute une nuit (cf. la nuit de prière avant le choix de ses apôtres : Luc 6, 12-13 ; l'agonie priante au jardin des Oliviers avant le début de sa Passion : Marc 14, 32-43) !

    En conclusion, les décisions du Concile de Constantinople III sont bien plus concrètes qu'il n'y paraît. Par la condamnation du monoénergisme et du monothélisme, nous apprenons que Dieu veut notre coopération libre active et agissante, mais dans l'obéissance - consentie librement - à sa volonté, c'est ce que nous apprend la condamnation du monothélisme. La meilleure illustration des résultats merveilleux et puissants que cette coopération libre et obéissante peut engendrer est sans nul doute à trouver dans cette attitude de Jésus, où sa volonté humaine consent librement à suivre sa volonté divine unie au Père :

    Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse ! (Luc 22, 42)
    Cette coopération libre et obéissante devait permettre le salut du monde (cf. Hébreux 5, 8-9) !!!

    En résumé, on pourrait, à la lumière de ce concile, présenter à notre réflexion ces quelques lignes directrices :

    - Cherche la volonté de Dieu en priant d'abord, agis ensuite.
    - N'agis jamais sans avoir d'abord cherché la volonté de Dieu
    par la prière.
    PRIE D'ABORD, AGIS ENSUITE.
    ou
    N'AGIS JAMAIS SANS AVOIR PRIE D'ABORD.
  • Les mauvais compromis :

    La dernière leçon à retenir de ce concile n'est plus à chercher dans ses décisions, mais dans sa mise en oeuvre. Rappelons-nous ce qui a amené ce concile : face à une situation politique catastrophique, l'empereur veut rétablir l'unité par tous les moyens, ce qui passe à l'époque par une paix religieuse retrouvée. C'est alors que dans l'esprit de l'empereur Héraclius et du patriarche de Constantinople Sergius germent le monoénergisme et le monothélisme, hérésies de compromis entre le monophysisme et la vraie foi. Le résultat de ce compromis boiteux ? Une situation où les divisions s'en trouvent si accrues qu'il faudra un nouveau concile et 43 ans pour que l'Eglise et l'empire s'en relèvent, avec, en plus, des persécutions et des morts (Martin 1er, Maxime, etc...). La conclusion pour nous ?
    • Le religieux et la foi ne sont pas au service de la politique. L'Eglise doit donc rester indépendante de toute pression politique. Elle doit d'abord remplir sa mission de prière, de témoignage et d'amour au service du Maître. La politique ne doit rester qu'un des moyens éventuels d'exercer cette mission. Le spirituel doit donc toujours guider et primer sur le temporel.
    • Nous mêmes nous devons toujours agir en mettant Dieu d'abord. Agir, avec dans notre coeur d'autres priorités que celles dictées par notre foi, pour ensuite justifier ces priorités par notre foi ne conduit qu'au désastre, à l'image d'Héraclius et de Sergius. N'est-ce pas en fin de compte utiliser le nom de Dieu en vain (cf. Exode 20, 7) ? Tout ceci rejoint, soit dit en passant, ce qui vient d'être dit au sujet du monothélisme et de notre soumission à Dieu (voir chapitre précédent).
    • Autre écueil à éviter absolument : les mauvais compromis. Il y a, c'est vrai, des compromis inspirés par la sagesse et la bonne tolérance, mais d'autres compromis ne sont finalement motivés que par l'intérêt, la lâcheté ou la peur. Voyez le résultat d'un compromis tel que le monothélisme ! Dans nos vie de tels compromis ne donnent bien souvent que ce type de résultats, qui sont synonymes d'embrouilles inextricables où nous nous trouvons empêtrés. Ce n'est pas pour rien que Jésus nous donne ce conseil en Matthieu 5, 37 : Que ton non soit non, et que ton oui soit oui, tout le reste vient du Mauvais'. A ne plus faire que des compromis, on en vient à perdre son âme. Le chrétien, par là même, fait perdre toute saveur à la foi chrétienne, qui ne devient, alors, rien de plus qu'une morale ou une philosophie (cf. Ezéchiel 3, 18-21 ; Matthieu 5, 13)...

Si vous voulez un résumé beaucoup plus complet de ce Concile, notamment pour
ce qui est de ses décisions, de ses décrets et de son déroulement cliquez ici.

Pour savoir comment chercher un passage dans la Bible → cliquez ici


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