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COMMENT INTERPRETER LA BIBLE

(à la lumière de la Tradition de l'Eglise)

fin



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TABLE DES MATIERES

PAGE 1 PAGE 2 PAGE 3 PAGE 4 PAGE 5
  1. Introduction
  2. Avertissement
  3. Pré-requis
    • une lecture croyante
    • lecture canonique
    • la borne morale
    • la borne doctrinale
    • le sens plénier
  1. Les clés de lecture
    préparatoires

    • La méthode historico-critique
  1. Les clés de lecture
    préparatoires
    (suite)

    • L'analyse rhétorique
  1. Les clés de lecture traditionnelles
    • introduction
    • le sens littéral ou historique
    • les sens spirituels
      • introduction
      • le sens allégorique
        ou typologique
  • Les sens spirituels
    (suite)
    • le sens moral
      ou tropologique
    • le sens anagogique
  1. exemples


b) Le sens moral ou tropologique :
(du grec tropos = 'tour, manière' et logos = 'science', en fait, il s'agit d'une tournure d'esprit qui consiste en l'emploi de figures dans lesquelles on utilise les mots avec un sens différent de leur sens habituel)
Contrairement à ce que le mot tropologique laisse à penser, rien de bien mystérieux dans ce sens spirituel ! Alors que l'histoire et l'allégorie procurent l'édification de la foi, à la tropologie revient l'édification des moeurs (d'où l'utilisation du nom moral comme synonyme).

C'est sûrement le sens spirituel le plus utile de nos jours. Il pointe vers deux directions :

Bible éclairant la vie quotidienne- l'actualisation du texte biblique à l'échelle de nos vies. Ainsi, en lisant un texte biblique, l'interprétation morale nous incite à chercher en quoi un texte peut concrètement nous aider à avoir un agir juste dans nos vies quotidiennes. St Paul ne dit pas autre chose en 1 Corinthiens 10, 6-11 et en Romains 15, 4.
De même, l'apôtre donne un autre exemple en 1 Corinthiens 9, 9 par l'interprétation qu'il fait de ce passage de Deutéronome 25, 4 :

Tu ne muselleras pas le boeuf qui foule le grain.
Nous voyons bien qu'ici le sens tropologique ou moral vise à nous enseigner comment diriger justement notre conduite, jugez-en plutôt :
Dieu se mettrait-il en peine des boeufs ? N'est-ce pas évidemment pour nous qu'il parle ? (1 Co 9, 9)
Tu ne muselleras pas le boeuf qui foule le grain
Le sens littéral de Deutéronome 25, 4 nous livre un limpide précepte de sagesse agricole : il faut permettre au boeuf qui travaille de manger. Mais, ici, St Paul trouve à ce commandement une signification spirituelle (cf. 1 Co 9, 9, ci-dessus). Le boeuf désigne les apôtres qui ruminent la Parole et labourent le champ de Dieu (sens allégorique, boeuf = apôtres ; fouler le grain = ruminer la Parole, labourer le champ de Dieu), à ce titre, ils auraient bien le droit d'en retirer quelques avantages matériels (nous avons donc bien ici un sens moral destiné à produire un comportement juste dans la communauté. Notez également que dans cet exemple le sens allégorique sert de point de départ à l'interprétation tropologique).

Le précepte de Deutéronome 25, 4 devient donc :

Tu ne refuseras pas au prédicateur de l'Evangile le droit de vivre de l'Evangile.
Nous avons bien là un sens spirituel moral ou tropologique.

En résumé, il s'agit de trouver le sens moral de tel ou tel texte biblique qui permettra d'appliquer le texte sacré à l'expérience existentielle de chaque croyant, ou bien encore, de chaque communauté (voire de l'Eglise tout entière).

Le travail intérieur de la grâce
- l'autre direction pointée par l'interprétation morale est d'une modernité surprenante. On peut même aller jusqu'à dire que les Pères de l'Eglise ont été révolutionnaires. En effet, le sens tropologique cherche également dans le texte des figures, des vices ou vertus, des passions ou des étapes que l'esprit humain doit parcourir dans son ascension vers Dieu (cf. Marc 7, 1-23 où Jésus nous invite à avoir cette introspection sur le péché qui nous habite).
Ce sens concerne la dimension intérieure de l'homme, sa psychologie ou, comme dirait les Pères, l'âme humaine. Ainsi, l'échelle d'interprétation s'adapte aux dimensions du coeur de l'homme plutôt qu'à l'histoire de l'humanité, de l'Eglise,etc…. En d'autres termes, cette interprétation nous invite à une prise de conscience de l'existence de tout un monde invisible (l'âme, l'inconscient) d'où l'action de la grâce divine est loin d'être absente. Nous pouvons à cet égard établir une subdivision qui s'avérera bien utile dans nos interprétations spirituelles tropologiques ou morales de la Parole de Dieu. Voici cette subdivision :

- interprétation centrée sur notre propre âme, notre propre coeur, notre propre inconscient, bref, notre propre vie intérieure travaillée par la grâce, notamment par le biais de la prière.

Cette tournure tropologique tournée vers soi-même oriente notre lecture et notre vision interprétative vers cette finalité : notre édification et notre progrès spirituel vers lesquels tend le travail souterrain de la grâce appuyé par notre prière (Luc 13, 20-21).

Nous avons là un véritable encouragement à la persévérance dans la prière.
De même, par ce sens tropologique, nos efforts prennent une coloration différente, ils ne sont là que comme appui à la grâce divine, qui elle-même est portée par notre prière. Nous sommes donc invités à relativiser nos efforts, notamment quand ils semblent inutiles à court terme. Ils sont nécessaires, mais non premiers, comme nous le rappelle l'interprétation morale, qui nous oriente toujours vers le travail de Dieu en nous, travail nécessitant d'abord une foi fervente, dont nos efforts sur nous-mêmes ne sont en fait que le signe et l'attestation. Cette foi se manifeste donc pleinement par la persévérance de notre prière - persévérance reflétant notre compréhension du fait que Dieu 'a besoin' de temps puisqu'il nous modèle au rythme de nos libertés mal utilisées, de nos réticences plus ou moins assumées, etc...
Notons également que nos échecs sont ainsi dédramatisés, ils ne sont que des accidents de parcours, Dieu ne cessant jamais de travailler dans le secret de notre âme. Bien loin de nous laisser ronger par un remord paralysant, nous sommes incités à nous relever.

- interprétation centrée sur l'âme, le coeur, l'inconscient des autres, c'est à dire leur vie intérieure, que la grâce divine peut travailler par l'intermédiaire de notre intercession.

Cette tournure tropologique tournée vers l'âme de l'autre, son coeur, sa vie intérieure - son monde invisible, à lui, en définitive - oriente notre lecture et notre vision interprétative vers cette finalité : la conversion de l'autre vers lequel tend le travail souterrain de la grâce appuyé par notre intercession (Marc 9, 28-29 ; Romains 10, 1 ; Ephésiens 1, 16-17 ; Ephésiens 6, 18-19 ; Philippiens 1, 19 ; Colossiens 4, 3 ; 2 Thessaloniciens 3, 1 ; Jacques 5, 16 ; 1 Jean 5, 16).
Nous avons là un véritable encouragement à la persévérance dans la prière.


De même, par ce sens moral, nous voyons effectivement que nos actes de charité envers ceux pour qui nous prions prennent un relief différent. Ces actes sont en fait des prolongements de notre prière, ils se font, à l'image de nos intercessions, vecteurs d'évangélisation, dans la mesure où ils sont à vivre comme un appui à la grâce divine travaillant le coeur de ceux pour qui nous prions. Or 'appui' et 'prolongement' soulignent bien que ces actes ne sont pas premiers, c'est bien la grâce divine qui est première dans ce travail de conversion, nous rappelant par là la nécessité d'être patient et persévérant devant un travail qui nous échappe, parce que, précisément, il se fait à l'intérieur des coeurs par un Dieu dont la grâce est le reflet de son amour, profond et efficace, certes, mais également aimant, et donc, respectueux. Ainsi, par certains côtés, nous sommes invités à relativiser nos oeuvres ou "l'efficacité" de nos actes de charité, notamment quand ils semblent inutiles à court terme, au vu, parfois, du manque de changements visibles chez ceux qui sont l'objet de notre intercession et "de nos efforts aimants" ; mais, d'un autre côté, cette prise de conscience du travail de la grâce divine pétrissant lentement mais sûrement la pâte du coeur de ceux qui sont au bénéfice de nos prières (Matthieu 13, 33), au gré de leurs réticences, de leurs crispations et de leurs libertés mal comprises, devrait également être un encouragement à persévérer dans la prière et dans l'amour de nos frères. Cela en effet ne donne-t-il pas de la densité à nos efforts et à nos actes de charité de savoir que ceux-ci sont, en quelque sorte, des 'authentificateurs', et donc, des 'accompagnateurs' et des 'dynamiseurs' de nos prières et de nos intercessions, qui elles mêmes sont supports de la grâce divine ?
C'est ainsi que quoiqu'il arrive, nous sommes appelés à ne pas nous laisser décourager, sûrs que la grâce de Dieu travaille en nos frères, accompagnée et dynamisée qu'elle est par notre intercession et notre charité envers eux.

De plus, cette vision que nous donne l'interprétation morale offre une nouvelle compréhension du pardon quand celui-ci est vécu comme l'acte de charité suprême envers ceux que nous pardonnons, acte renforcé et affermi par notre demande et notre intercession auprès de Dieu pour qu'Il pardonne lui-aussi ceux qui nous ont offensés ! N'est-ce pas là, à l'instar des psaumes - voir ci-dessous -, un abandon à Dieu pour que son pardon envers nos 'débiteurs' agisse en toute justice et amour, au lieu d'une vengeance stérile qui n'entraînerait ni repentance ni 'progrès' spirituels chez ceux qui nous ont fait souffrir (Cf. Actes 7, 58 - 8, 1 à rapprocher de Actes 9, 1-25. Il est en effet clair dans ces passages que le pardon d'Etienne a joué un rôle mystérieux dans la conversion de St Paul. Voir également Luc 23 : 34, où Jésus prie pour le pardon de ceux qui l'ont mis en croix. Sans cette prière du Christ, ne serions-nous pas finalement tous tenus responsables par Dieu de la mort de son Fils avec pour conséquence la damnation définitive de toute l'humanité ? A sa suite, nous sommes, nous aussi, invités à prier pour ceux qui nous persécutent - Matthieu 5, 44 -, voir aussi : Romains 12, 19-21) ?

Enfin, ajoutons que l'interprétation morale ou tropologique est véritablement salvatrice pour des livres tels que les psaumes ou l'Apocalypse. Ainsi, par exemple, après s'être assuré de comprendre, grâce à l'analyse historico-critique, le pourquoi d'une telle haine dans le message littéral de certains psaumes (époque guerrière, limites des auteurs humains, etc…), notamment quand ils appellent la malédiction sur les ennemis, leur mort, etc…, comme en ces passages :

Que les pécheurs soient retranchés de la terre, Et qu'il n'y ait plus de méchants ! Mon âme, bénis l'Éternel ! Louez l'Éternel! (Psaume 104, 35) ;

Et moi, j'annoncerai toujours dans mes hymnes au Dieu de Jacob : " Je briserai le front des impies, et le front du juste s'élèvera ! " (Psaume 75, 10-11),

que l'on se souvienne alors de l'interprétation morale qui nous encourage à voir dans ces invectives non pas le souhait de la destruction du pécheur, mais bien plutôt le souhait de la destruction du péché en nous et en nos frères.

- Remarquons, soit dit en passant, que les psaumes constituent tout de même un réel progrès. En criant à Dieu notre désir de vengeance et notre rancoeur, voire notre haine de l'autre, nous lui confions ces sentiments, plutôt que de les crier à nos ennemis, c'est donc déjà, et ce, dès l'interprétation littérale des psaumes, un début d'abandon à Dieu, car lui faire part de notre désir de vengeance, par exemple, c'est lui demander d'intervenir pour nous, d'exercer sa justice à lui, en lieu et place de notre propre vengeance.

Dans le même ordre d'idée, en chaussant les 'lunettes' du sens tropologique, il nous est possible de constater que l'Apocalypse peut s'interpréter également à l'échelle des luttes qui peuvent se faire jour dans l'âme humaine face à l'appel de Dieu pour une conversion sincère et véritable. Le livre nous y invite d'ailleurs dès le début :
Voici, je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu'un entend ma voix et qu'il ouvre la porte, j'entrerai
chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec moi. (Apoc. 3:17-22)
Notons, par ailleurs, que les codages et chiffrages, si fréquents dans l'Apocalypse, sont dus, comme nous le montre l'analyse historico-critique, au contexte historique, qui, à l'époque, était pour le moins dangereux pour les premiers chrétiens, menacés qu'ils étaient, par Néron, puis par Domitien ; rien de bien sulfureux en fait.

Avant de passer au dernier sens spirituel, vous pouvez cliquer sur ce lien qui vous offrira un résumé de l'interprétation morale ou tropologique.

c) le sens anagogique :
(du grec anagôgê =
action d'élever l'âme, élévation de l'âme)

L'Eglise de nos jours traverse des temps difficiles

Ce sens nous oriente vers une échelle nettement plus grande que le sens moral et son accent mis sur l'âme humaine, puisqu'il concerne l'Histoire, la victoire finale sur le mal, le triomphe du Christ et de son Eglise, les fins dernières et enfin le ciel lui-même (la Jérusalem céleste pour citer l'Apocalypse, cf. Ap 21, 1 - 22, 5), sans oublier la vie après la mort. L'Apocalypse, dans sa totalité, peut évidemment être interprétée selon ce sens.
En définitive, le sens anagogique et le sens tropologique - dans son interprétation orientée vers la vie intérieure - sont complémentaires dans la mesure où ils pointent tous deux vers le monde invisible, mais, comme il vient d'être dit, à une échelle différente. Alors que l'interprétation tropologique nous plonge dans l'invisible de la vie intérieure et de l'inconscient, le sens anagogique élève notre regard vers l'Invisible que sont la fin des temps et le ciel avec tout ce qu'il renferme (Dieu, anges, démons, etc...).
Le Christ revenant en gloire à la Parousie
De plus, le sens anagogique rejoint, en de nombreux cas, le sens historique quand on élargit l'histoire d'Israël aux dimensions du monde, de l'Eglise et de la fin des temps. Ainsi, le destin d'Israël exilé, puis, rapatrié sur sa terre après avoir été purifié par l'épreuve, peut trouver une certaine résonnance dans le destin du monde, ou bien encore dans celui de l'Eglise, qui, sur cette terre, notamment en ces jours, traverse l'épreuve de la désaffection avant le renouveau de la fin des temps, synonyme de retour du Christ. Ce renouveau de l'Eglise attendu à la Parousie n'est pas sans rappeler, effectivement, le retour des exilés hébreux sur leur terre, retour, dont la reconstruction du temple a été le paroxysme ! Ces événements, comme on le sait, ont eu un tel impact sur les juifs de l'époque qu'ils n'ont pas manqué de donner lieu à un regain de prophéties sur la venue du messie (Cf. Zacharie, chap 9-12 ; Malachie 3, 1-4).

Signalons qu'il n'y a pas que l'Apocalypse ou les passages eschatologiques de l'évangile (cf. Matthieu 24, 1-44 ; Marc 13 ; Luc 21, 8-36) proprement dits qui se prêtent à cette interprétation ; en guise d'exemple, je vous propose celui-ci tiré du Nouveau Testament :

- Le sacrifice d'Isaac (Gn 22, 1-19, passage choquant en son sens littéral) annonçant la résurrection des morts, cf. Hébreux 11, 17-19.

Comme vous pourrez le voir avec les exemples donnés à la fin de cet exposé sur l'interprétation de la Bible, de multiples passages sont susceptibles d'être interprétés de manière anagogique.

La Jérusalem céleste
Pour clarifier, on pourrait résumer tout ce qui vient d'être déjà dit en ces quelques phrases : l'anagogie, qui veut dire élévation, traduit effectivement une élévation de la pensée et procure un mouvement vers les réalités transcendantes de l'au-delà. Elle constitue "la vie future" pour les humains encore immergés dans le temps. Disons en une formule ramassée que, de même que l'Ancien Testament préfigurait le Nouveau (allégorie), ce dernier annonce comme en un miroir flou ce que sera la vie éternelle (anagogie). Ainsi la manne était-elle l'ombre annonciatrice de l'eucharistie (Jean 6, 32-35.49-51), mais l'eucharistie à son tour est le gage de la gloire à venir, ou encore, la ville de Jérusalem que l'on peut considérer comme l'ombre de l'Eglise de la Terre qui est elle-même figure de la Jérusalem céleste (Apocalypse 21, 2).

notre but : le ciel avec le ChristEn conclusion, nous pouvons affirmer que cette interprétation est intéressante car elle est porteuse d'espérance ; à l'instar du sens moral, qui peut nous montrer la victoire finale de la grâce du Christ dans l'âme du pécheur, le sens anagogique nous assure de la victoire finale du Christ à l'échelle de l'Histoire. Aussi, bien loin de nous décourager face au déclin de l'Eglise dans notre société, souvenons-nous en lisant les Ecritures de manière anagogique que la lumière est au bout du tunnel et que le déclin n'est qu'annonciateur de la victoire finale du bien sur le mal. De plus, l'approche anagogique nous rappelle notre véritable but - le ciel - et nous aide à relativiser les échecs et les épreuves que la vie peut nous réserver (cf. Romains 8, 18 ; Philippiens 3, 14 ; 2 Corinthiens 4, 17-18), elle est source de joie chrétienne en nous aidant à être heureux quelles que soient les circonstances extérieures (Philippiens 4, 4).

Enfin, signalons que l'interprétation anagogique, en tournant nos yeux vers l'invisible, est un excellent rappel de cette vérité énoncée par Paul :

Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. (Ephésiens 6, 12)
Avant de passer à la conclusion et aux exemples, vous pouvez cliquer sur ce lien qui vous offrira un résumé de l'interprétation anagogique.

C) Conclusion :

En guise de synthèse à ce qui vient d'être dit, je vous propose divers points de vue qui ont tous le mérite de bien récapituler ce que sont les sens spirituels les uns par rapport aux autres.

Tout d'abord, ce distique médiéval qui résume la signification des quatre sens :

Le sens littéral enseigne les événements, l'allégorie ce qu'il faut croire, le sens moral ce qu'il faut faire, l'anagogie vers quoi il faut tendre.  Augustin de Dacie 
Voici un autre résumé tout aussi éclairant sous forme d'exemple :
Les quatre figures se trouveront réunies, si bien que la même Jérusalem pourra revêtir quatre acceptions différentes : au sens historique, elle sera la cité des Hébreux ; au sens allégorique, l'Eglise du Christ ; au sens anagogique, la cité céleste, qui est notre mère à tous ; au sens tropologique, l'âme humaine. Jean Cassien
Et enfin :
  • Le sens allégorique fait la relation entre le passé et le présent.
  • Le sens tropologique cherche dans le texte des figures, des vices ou vertus, des passions ou des étapes que l'esprit humain doit parcourir dans son ascension vers Dieu. Ce sens concerne surtout le présent.
  • Le sens anagogique est obtenu par l'interprétation des Ecritures, afin de donner une idée des réalités dernières qui deviendront visibles à la fin des temps. Ce sens concerne principalement l'avenir.

D) Schéma récapitulatif :

I) LIENS-RAPPEL :
résumé de l'interprétation allégorique résumé de l'interprétation morale ou tropologique résumé de l'interprétation anagogique
II) SCHEMA RECAPITULATIF PROPREMENT DIT :

version du schéma disponible en doc Word ou PDF, cliquez ici

Rem : tous ces résumés, dont vous avez les schémas en cliquant sur les liens ci-dessus, peuvent tout naturellement s'utiliser en complément des offices mis à disposition sur ce site. Vous pouvez, par exemple, avoir à côté de vous ces résumés au moment de méditer le texte biblique de l'office du jour, cela constituerait un bon entraînement !

F) Quelques exemples

1) Commençons par deux exemples d'interprétation des Pères de l'Eglise, les deux étant de type tropologique ou moral, l'un concerne l'Ancien Testament, l'autre le Nouveau :
a) Sur le passage de la mer rouge (Exode 14, 21-29)
Tous ceux qui passent par l'eau sacramentelle du baptême doivent faire mourir dans l'eau l'armée des vices qui leur font la guerre, comme l'avarice, les sentiments de vanité et d'orgueil, les élans de violence, la colère, la rancune, l'envie, rompant ainsi la continuité de l'engrenage du mal. St Grégoire de Nysse
Notons que l'allégorie - le passage de la mer rouge comme préfiguration du baptême - est ici le point de départ de l'interprétation morale.

b) Sur le passage de Matthieu 10, 17-22 :

Jésus disait à ses disciples : Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois à cause de moi.
Voici l'interprétation de St Ambroise :
Dans les persécutions du dedans également il y a des rois et des gouverneurs, des juges au pouvoir redoutable. Tu en as un exemple dans la tentation subie par le Seigneur. On lit encore ailleurs: Que le péché ne règne pas dans notre corps mortel. Tu vois devant quels rois tu vas comparaître, ô homme, devant quels gouverneurs de péchés, si c'est le péché qui règne. Il y a autant de rois que de péchés et de vices; et c'est devant eux que nous sommes amenés, devant eux que nous comparaissons. Ces rois-là ont encore leur tribunal dans l'esprit d'un grand nombre. Mais celui qui confesse le Christ paralyse aussitôt le pouvoir de ces rois.
2) Passons maintenant à 3 passages de la Bible, chacun ayant donné lieu à une interprétation spirituelle différente chez les Pères de l'Eglise :
LES PASSAGES DONNANT LIEU A UNE INTERPRETATION SPIRITUELLE
Le fil écarlate qui pend de la fenêtre de Rahab
(Josué 2, 18)
La cruche que délaisse la Samaritaine
(Jean 4, 28)
L'herbe verte sur laquelle Jésus fait asseoir les foules lors de la multiplication des pains
(Marc 6, 39)
LES SENS SPIRITUELLES TELS QUE TROUVES PAR LES PERES DE L'EGLISE
SENS ALLEGORIQUESENS MORALSENS ANAGOGIQUE
Le fil écarlate représente le sang du Christ qui nous sauveLa cruche délaissée représente les convoitises de la chair, qui n'ont plus cours après la rencontre du Christl'herbe représente le jardin du paradis et les frais pâturages où le Bon Pasteur nous mène...
3) Enfin, voici une série d'exemples plus longs, tiré de l'Ancien comme du Nouveau Testament.
- Il ne s'agit pas ici de vous donner un commentaire exhautif de ces textes bibliques, mais de vous fournir quelques pistes fondées sur les 4 interprétations vues dans cet exposé.

- Pour des exemples plus longs, et donc plus exhaustifs, rendez-vous au lien en bas de page. Ces exemples, disponibles par le lien en bas de page, sont de véritables petites études bibliques, avec références bibliques à consulter. Ils peuvent être utilisés comme supports pour animation de groupes bibliques. A noter également que ces exemples abordent la perspective rhétorique, ce qui n'est pas vraiment le cas dans les exemples ci-après. Enfin, précisons que les textes faisant l'objet des études bibliques mises à disposition par ce lien ont été en grande partie choisis pour leur difficulté et leur aspect choquant.

- En bas de page, vous trouverez également un lien vers des commentaires audio au format mp3 centrés, pour la plupart, sur les 4 sens traditionnels.

Voici la série d'exemples :

  1. La manne dans le désert (texte biblique n°1, Exode 16, 2-4.12-15)
  2. Shebna, le mauvais gouverneur, remplacé par Eliakim (texte biblique n°2, Isaïe 22, 19-23)
  3. les ossements desséchés (texte biblique n°3, Ezéchiel 37, 1-14)
  4. l'offrande de la pauvre veuve (texte biblique n°4, Marc 12, 41-44)
  5. condition de l'Apôtre Paul / condition des corinthiens (texte biblique n°5, 1 Corinthiens 4, 8-13)

TEXTE BIBLIQUE N°1

(version audio de ce commentaire biblique disponible, répartie en deux enregistrements => cliquez ici)
Dans le désert, toute la communauté des fils d'Israël récriminait contre Moïse et son frère Aaron. Les fils d'Israël leur dirent : "Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d'Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé !"
Le Seigneur dit à Moïse : "Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne, et ainsi je vais le mettre à l'épreuve : je verrai s'il obéit, ou non, à ma loi. J'ai entendu les récriminations des fils d'Israël. Tu leur diras : 'Après le coucher du soleil, vous mangerez de la viande et, le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété. Vous reconnaîtrez alors que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.'" Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée s'évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol.
Quand ils virent cela, les fils d'Israël se dirent l'un à l'autre : "Mann hou ?" (ce qui veut dire : Qu'est-ce que c'est ?) car ils ne savaient pas ce que c'était. Moïse leur dit : "C'est le pain que le Seigneur vous donne à manger." Exode 16, 2-4.12-15
SENS HISTORIQUE
 
SENS ALLEGORIQUE
 
SENS TROPOLOGIQUE
 
SENS ANAGOGIQUE


TEXTE BIBLIQUE N°2

(version audio de ce commentaire biblique disponible, répartie en deux enregistrements => cliquez ici)
Parole du Seigneur adressée à Shebna le gouverneur :
"Je vais te chasser de ton poste, t'expulser de ta place.
Et, ce jour-là, j'appellerai mon serviteur,
Éliakim, fils de Hilkias.
Je le revêtirai de ta tunique,
je le ceindrai de ton écharpe,
je lui remettrai tes pouvoirs :
il sera un père pour les habitants de Jérusalem
et pour la maison de Juda.
Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David :
s'il ouvre, personne ne fermera,
s'il ferme, personne n'ouvrira.
Je le rendrai stable comme un piquet
qu'on enfonce dans un sol ferme ;
il sera comme un trône de gloire
pour la maison de son père." Isaïe 22, 19-23
SENS HISTORIQUE
 
SENS ALLEGORIQUE
 
SENS TROPOLOGIQUE
 
SENS ANAGOGIQUE


TEXTE BIBLIQUE N°3

La main du SEIGNEUR fut sur moi; il me fit sortir par l'esprit du SEIGNEUR et me déposa au milieu de la vallée: elle était pleine d'ossements. Il me fit circuler parmi eux en tout sens; ils étaient extrêmement nombreux à la surface de la vallée, ils étaient tout à fait desséchés.
Il me dit: "Fils d'homme, ces ossements peuvent-ils revivre?" Je dis: "Seigneur DIEU, c'est toi qui le sais!" Il me dit: "Prononce un oracle contre ces ossements; dis-leur: Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur DIEU à ces ossements: Je vais faire venir en vous un souffle pour que vous viviez. Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître sur vous de la chair, j'étendrai sur vous de la peau, je mettrai en vous un souffle et vous vivrez; alors vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR."
Je prononçai l'oracle comme j'en avais reçu l'ordre; il y eut un bruit pendant que je prononçais l'oracle et un mouvement se produisit: les ossements se rapprochèrent les uns des autres. Je regardai: voici qu'il y avait sur eux des nerfs, de la chair croissait et il étendit de la peau par-dessus; mais il n'y avait pas de souffle en eux. Il me dit: "Prononce un oracle sur le souffle, prononce un oracle, fils d'homme; dis au souffle: Ainsi parle le Seigneur DIEU: Souffle, viens des quatre points cardinaux, souffle sur ces morts et ils vivront."
Je prononçai l'oracle comme j'en avais reçu l'ordre, le souffle entra en eux et ils vécurent; ils se tinrent debout: c'était une immense armée.
Il me dit: "Fils d'homme, ces ossements, c'est toute la maison d'Israël. Ils disent: Nos ossements sont desséchés, notre espérance a disparu, nous sommes en pièces. C'est pourquoi, prononce un oracle et dis-leur: Ainsi parle le Seigneur DIEU: Je vais ouvrir vos tombeaux; je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur le sol d'Israël. Vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR quand j'ouvrirai vos tombeaux, et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple. Je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez; je vous établirai sur votre sol; alors vous connaîtrez que c'est moi le SEIGNEUR qui parle et accomplis - oracle du SEIGNEUR." Ezéchiel 37, 1-14
SENS HISTORIQUE
 
SENS ALLEGORIQUE
 
SENS TROPOLOGIQUE
 
SENS ANAGOGIQUE


TEXTE BIBLIQUE N°4

(version audio de ce commentaire biblique disponible, répartie en deux enregistrements => cliquez ici)
Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes.
Jésus s'adressa à ses disciples : "Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre." Marc 12, 41-44
SENS HISTORIQUE
 
SENS ALLEGORIQUE
 
SENS TROPOLOGIQUE
 
SENS ANAGOGIQUE


TEXTE BIBLIQUE N°5

(version audio de ce commentaire biblique disponible, répartie en deux enregistrements => cliquez ici)
Déjà vous êtes rassasiés, déjà vous êtes riches, sans nous vous avez commencé à régner. Et puissiez-vous régner en effet, afin que nous aussi nous régnions avec vous! Car Dieu, ce me semble, a fait de nous, apôtres, les derniers des hommes, des condamnés à mort en quelque sorte, puisque nous avons été donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. Nous sommes fous à cause de Christ; mais vous, vous êtes sages en Christ; nous sommes faibles, mais vous êtes forts. Vous êtes honorés, et nous sommes méprisés! Jusqu'à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, la nudité; nous sommes maltraités, errants çà et là; nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains; injuriés, nous bénissons; persécutés, nous supportons; calomniés, nous parlons avec bonté; nous sommes devenus comme les balayures du monde, le rebut de tous, jusqu'à maintenant. 1 Corinthiens 4, 8-13
SENS HISTORIQUE
 
SENS ALLEGORIQUE
 
SENS TROPOLOGIQUE
 
SENS ANAGOGIQUE

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