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COMMENT INTERPRETER LA BIBLE

(à la lumière de la Tradition de l'Eglise)

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TABLE DES MATIERES

PAGE 1 PAGE 2 PAGE 3 PAGE 4 PAGE 5
  1. Introduction
  2. Avertissement
  3. Pré-requis
    • une lecture croyante
    • lecture canonique
    • la borne morale
    • la borne doctrinale
    • le sens plénier
  1. Les clés de lecture
    préparatoires

    • La méthode historico-critique
  1. Les clés de lecture
    préparatoires
    (suite)

    • L'analyse rhétorique
  1. Les clés de lecture traditionnelles
    • introduction
    • le sens littéral ou historique
    • les sens spirituels
      • introduction
      • le sens allégorique
        ou typologique
  • Les sens spirituels
    (suite)
    • le sens moral
      ou tropologique
    • le sens anagogique
  1. exemples


V) LES CLES DE LECTURE TRADITIONNELLES Les Pères de l'Eglise

1) introduction

Origène
Les clés traditionnelles, comme leur nom l'indique, ne sont pas le fruit de mes trouvailles personnelles. Elles sont en fait des méthodes d'interprétation qui remontent aux premiers siècles du christianisme. Elles furent utilisées quasi-systématiquement par ces premiers auteurs chrétiens qui ont tant contribué à modeler la théologie de l'Eglise, je veux ici nommer les Pères de l'Eglise. Certes, tous n'y ont pas eu recours, certains préférant une approche plus historique (cf. St Jean Chrysostome), mais il n'en reste pas moins que la grande majorité de ces géants de la foi ont fait de ces clés de lecture leur outil de prédilection. Citons d'abord les auteurs des épîtres du Nouveau Testament, au premier rang desquels se trouve St Paul en personne (cf. 1 Corinthiens 10, 1-2 ; 1 Corinthiens 10, 6-11 ; Galates 4, 21-31, etc...).
Chrysostome
Il y eut par la suite St Grégoire le Grand, un des plus grands papes, son commentaire de Job est à cet égard un chef d'oeuvre ; et enfin, n'oublions pas le plus expert de tous en la matière, Origène, qui mania ces clés avec une dextérité inégalée, parfois, jusqu'à l'excès !

Cette interprétation spirituelle traditionnelle ou classique, subdivisée en 4 sens, n'a malheureusement plus les faveurs des exégètes modernes, qui se sont tournés, depuis quelques décennies déjà, et ce, presque exclusivement, vers la méthode historico-critique, approche à vrai dire plus destinée à la tête qu'au coeur. Cette méthode a tellement asséché le puits des Saintes Ecritures que de plus en plus de chrétiens, salutairement, redécouvrent l'interprétation spirituelle, ils reviennent aux sources, si je puis dire, se réappropriant un savoir-faire datant des origines du christianisme. Pour preuve, le synodes des évêques d'octobre 2008, consacré à la Parole de Dieu, qui n'a pas manqué de rappeler la nécessité de dépasser l'interprétation historico-critique pour aller chercher les sens spirituels de l'Ecriture.
Enfin, signalons que le Catéchisme de l'Eglise catholique, lui-même, fait mention des sens spirituels de la Bible (cf. paragraphes 115 à 118), ce qui montre bien l'ancienneté et la vénérabilité de ce qu'on peut appeler, à juste titre, les clés de lecture traditionnelles.

Mise en garde :

Avant de commencer la présentation de l'interprétation spirituelle proprement dite, il est important que vous gardiez à l'esprit ces quelques remarques :

- Tout d'abord, la segmentation des différentes interprétations dans l'exposé qui va suivre n'est en rien une incitation à segmenter votre propre méditation. L'Esprit est maître et lui seul peut vous donner l'intuition de savoir si telle ou telle interprétation est pertinente pour tel ou tel passage. Ainsi, vous ne devez pas croire que tout passage biblique se prête obligatoirement à TOUTES les interprétations. Comme je viens de le dire, le bons sens, éclairé par l'Esprit, doit prévaloir.

- Il se peut également que deux types d'interprétation se rejoignent ; il n'est en effet pas rare que l'interprétation dite tropologique rejoigne l'interprétation anagogique ou allégorique, voire littérale, selon, évidemment, le passage biblique médité. En résumé, le maître mot dans l'utilisation des clés qui vont vous être fournies est 'souplesse', toute rigidité mécanique étant à fuir absolument sous peine de 'faire violence' au texte.

Moïse et son bâton
Cela étant dit, il est bon d'être conscient de l'existence de ces clés de lecture (en ce sens, la présentation segmentée ci-dessous, peut vous aider). Plus vous les utiliserez, plus elles vous paraîtront naturelles dans votre méditation, l'Esprit pourra alors s'en servir comme des outils, non pas artificiels, mais bien plutôt à la manière du bâton de Moïse (Exode 4, 2-5 ; 14, 16 ; 17, 5-6.9), qui lui fut confié par Dieu pour soutenir sa marche vers une foi plus grande. Certes, il se peut qu'au début vous deviez laborieusement faire appel à ces clés de manière systématique et mécanique, mais, comme il vient d'être dit, cette utilisation laborieuse, avec l'expérience, deviendra fluide et naturelle, se rendant par là plus docile à l'inspiration de l'Esprit.

2) le sens littéral ou historique :

Thomas d'Aquin
ce sens n'est pas à proprement parler un sens spirituel. Il est pourtant le préalable à toute interprétation spirituelle. Comme le dit St Thomas d'Aquin, lui-même, Tous les sens de la Sainte Ecriture trouvent leur appui dans le sens littéral. Bien que ce sens littéral soit vital, il ne faudrait pourtant pas croire qu'il est difficile à saisir, bien au contraire, il est, si j'ose dire, à la portée du premier lecteur venu. En effet, il concerne le texte pris au premier degré, notamment quant aux faits dont il rend compte. Ce sens nous révèle en fait que Dieu intervient dans la vie de l'humanité, dans son histoire. De ce point de vue, l'expression 'sens historique' pour 'sens littéral' est éclairante quand le passage lu traite effectivement d'événements historiques.

En définitive, le sens littéral de l'Ecriture est celui qui a été exprimé directement par les auteurs humains inspirés. Etant le fruit de l'inspiration, ce sens est évidemment voulu par Dieu, auteur principal. Mais, attention, ce sens littéral n'est pas à confondre avec le sens littéraliste auquel s'attachent les fondamentalistes. Ainsi, quand il s'agit d'un récit, le sens littéral ne comporte pas nécessairement l'affirmation que les faits racontés se soient réellement produits, car un récit peut ne pas appartenir au genre historique, mais être une oeuvre d'imagination (cf. le livre de Job, véritable conte philosophique, et, dans une certaine mesure, les livres de Ruth et de Daniel, écrits bien plus tard que les événements relatés, et, adaptés, pour une très large part, aux préoccupations contemporaines des auteurs de ces livres).

A la lumière de ce qui vient d'être dit, on comprendra mieux que ce sens, dit 'littéral', est quasiment identifiable, à notre époque moderne, à ce que nous avons vu précédemment dans les clés préparatoires, à savoir les approches historico-critique et rhétorique. En effet, nous avons vu que le but principal de l'analyse historico-critique est précisément de découvrir le sens voulu par l'auteur humain de tel ou tel livre biblique. De plus, cette approche, ainsi que l'approche rhétorique, est de toute première nécessité dans la mesure où l'une et l'autre lissent les aspérités choquantes du sens littéral. Par ce fait, elles nous aident à retirer du sens littéral une nourriture (ex : comprendre que Dieu nous aime là où nous en sommes, qu'Il désire nous parler dans les événements du quotidien, etc...), et ce, même quand le sens littéral est scandaleux ; ou bien encore, ces deux approches peuvent nous éclairer sur les limites des auteurs humains, compte tenu de leur époque, nous permettant, au moins, de passer outre le sens littéral quand ce dernier est véritablement inacceptable, car il y a des cas où ce sens est tout bonnement impossible à considérer tel quel sans l'appui des méthodes hitorico-critique ou rhétorique. Ces impossibilités du sens littéral n'avaient d'ailleurs pas échappé au grand théologien Origène, qui n'hésite pas à donner des exemples précis :

- l'inceste entre Lot et ses filles (Gn 19, 30-38).

- les deux 'épouses d'Abraham' (l'épouse légitime, Sara, et la servante Hagar, cf. Gn 16).
Ce dernier exemple, s'il était pris dans sa littéralité, donnerait des interprétations assez inattendues, puisque, entre autres, il justifierait l'emploi de mères porteuses !! Avouez que l'on serait bien loin de la doctrine morale du Christ et de son Eglise. Dans ce dernier cas, comme nous l'avons vu dans la section consacrée à l'approche historico-critique, seule une prise de conscience, par le biais de l'archéologie, du fait que c'était à l'époque pratique courante nous permet de dépasser le scandale du sens littéral pour passer au sens spirituel, comme Origène le conseille. Il faut dire qu'en cela notre théologien et Père de l'Eglise est en bonne compagnie, Paul, en personne, ayant donné une interprétation spirituelle de ce même passage (cf. Galates 4, 21-31) !

- Les psaumes sont un autre casse-tête. David, psalmiste et roiEn effet, certaines invectives dans les psaumes prises littéralement sont purement et simplement intolérables à la lumière de l'amour chrétien, jugez-en plutôt :
. Que les pécheurs soient retranchés de la terre, Et qu'il n'y ait plus de méchants ! Mon âme, bénis l'Éternel ! Louez l'Éternel ! (Ps 104 (103), 35)
. Le Seigneur tient en main une coupe où fermente un vin capiteux ; il le verse, et tous les impies de la terre le boiront jusqu'à la lie. Et moi, j'annoncerai toujours dans mes hymnes au Dieu de Jacob : " Je briserai le front des impies, et le front du juste s'élèvera ! " (Ps 75 (74), 9-11)
. À qui le hait, Dieu fracasse la tête; À qui vit dans le crime, il défonce le crâne. Le Seigneur a dit : "Je les ramène de Basan, Je les ramène des abîmes de la mer, afin que tu enfonces ton pied dans leur sang, Que la langue de tes chiens ait sa pâture d’ennemis." (Ps 68, (67), 22-24).
On voit bien, avec ces citations de psaumes, que le sens littéral de certains passages est impossible, le seul moyen d'en saisir l'inspiration est bel et bien le sens spirituel (voir plus bas).

En dernier lieu, précisons qu'il n'est pas toujours pertinent d'établir une distinction entre sens littéral et sens spirituel. Lorsqu'un texte biblique se rapporte directement au mystère pascal du Christ ou à la vie nouvelle qui en résulte, son sens littéral est un sens spirituel ! Tel est le cas habituel dans le Nouveau Testament, notamment dans les épîtres. Cette dernière remarque vaut d'ailleurs particulièrement pour le sens spirituel appelé 'allégorique', celui-ci concernant principalement l'Ancien Testament, comme nous le verrons. De même, un texte traitant de la fin du monde ou de la vie éternelle est nécessairement spirituel dans sa littéralité, il est donc par essence anagogique (cf. plus loin : sens anagogique).

En conclusion, nous pouvons résumer notre propos en disant que la lettre du texte, sa littéralité, n'est que le seuil du temple spirituel, la surface cachant des abîmes de sens.
Vous comprenez mieux maintenant la raison pour laquelle les approches historico-critique et rhétorique ne peuvent être classées que parmi les clés de lecture préliminaires.

3) les sens spirituels

A) Introduction :

L'interprétation spirituelle part du postulat que si la Bible est bien la Parole de Dieu, il y a derrière les intentions des auteurs humains, que s'efforce de retrouver le sens littéral - éclairé par l'approche historico-critique -, les intentions mêmes de l'auteur en profondeur, à savoir : Dieu. Dans ce cas, il est évident que le message voulu par Dieu englobe, certes, la pensée de l'auteur humain, mais va également bien plus loin. Aussi, est-il légitime de penser que le message biblique transcende l'histoire pour nous rejoindre dans notre quotidien (sens tropologique), se prolongeant jusque dans la Vie Eternelle (sens anagogique).

Revenons maintenant aux rapports que nous pouvons établir entre les méthodes que nous avons définies comme préparatoires et les sens spirituels. Comme nous venons de le voir, le sens littéral ou historique nous mène souvent à une impasse dès que nous abordons des passages difficiles, voire choquants. Les méthodes préliminaires que sont les approches historico-critique et rhétorique peuvent, quant à elles, effectivement, nous aider à ne pas nous scandaliser, nous disposant par là à accepter la possibilité de rechercher un sens symbolique derrière une littéralité parfois intolérable et destructrice. Comme le dit St Paul :

La lettre tue, mais l'Esprit vivifie, 2 Corinthiens 3, 6
Ainsi, ces approches préparatoires, comme leur nom l'indique, ne sont pas des fins en soi, mais, bien plutôt des tremplins vers une réalité plus profonde que constituent les sens spirituels d'un texte. Ces sens ouvrent des routes insoupçonnées et débloquent véritablement nos méditations bibliques quand nous 'séchons' devant des passages ardus.
Mais avant d'aller plus loin, permettez-moi encore d'insister sur le fait que ces clés d'interprétation, dites spirituelles, ne sont pas censées être plaquées mécaniquement. Par exemple, il se peut qu'un passage se prête fort peu à l'un des sens spirituels, auquel cas il ne faut surtout pas faire violence au texte. N'oublions jamais que Dieu nous a donné, certes, une intelligence, mais, que, dans un même temps, il nous a promis l'assistance de son Esprit dans la découverte de sa Parole (Jean 16, 12-13), cet Esprit pour lequel nous sommes invités à nous faire harpe ou citare (Psaume 33 (32), 2 ; Psaume 150, 3), le laissant jouer dans nos méditations des différentes cordes de l'interprétation spirituelle, tel un artiste qui d'un instrument sait tirer les plus belles harmoniques !
En conséquence, c'est avec discernement, et dans un esprit de prière, qu'il vous faudra utiliser ces interprétations. Je vous suggère d'ailleurs de commencer à utiliser votre esprit de discernement pour aborder la présentation qui va suivre. Par la force des choses, elle a donné lieu à un exposé artificiel de par sa segmentation, pour ne pas dire son saucissonnage. En effet, les sens spirituels ont été enfermés dans un catalogue assez réducteur, alors que dans la réalité, il y a, sous la motion de l'Esprit, un va-et-vient constant entre les différents sens - Il n'est effectivement pas rare que certains sens se rejoignent pour se confondre (cf. plus bas les exemples).

Après ces avertissements, il est temps de rentrer dans le vif du sujet.

B) Présentation proprement dite des sens spirituels

On distingue, en général, trois sens spirituels : le sens allégorique ou typologique, le sens moral ou tropologique et enfin le sens anagogique.
Je vous propose, par soucis de clarté, de vous introduire à chaque sens séparément. Ensuite, je vous fournirai quelques exemples à partir de textes suivis. Ces exemples seront plus complets que les simples citations ou références qui vont vous être données à l'intérieur de la présentation de chaque sens spirituel.

a) Le sens allégorique ou typologique :

Ce sens était l'un des plus prisés au temps des Pères de l'Eglise, mais, il semble, de nos jours, être le sens spirituel le plus 'démodé'. Il est vrai que s'il est exploité à la manière stricte des premiers chrétiens, il perd une grande partie de son actualité. En revanche, si cette interprétation allégorique est élargie, comme nous le verrons plus bas, elle reste d'un intérêt surprenant.
Mais, tout d'abord, définissons ce qu'est le sens allégorique, à proprement parler.

En premier lieu, il nous faut comprendre que l'interprétation, dite allégorique, n'a pas le sens qu'on lui donne en littérature, si tel était le cas, elle équivaudrait à chercher une symbolique plus ou moins vague dans le texte biblique. Par 'sens allégorique', voilà ce que l'on doit entendre :

le sens allégorique est l'interprétation d'un passage de l'Ancien Testament en fonction de l'Incarnation du Christ, ou plus précisément, l'allégorie est l'explication des événements de l'Ancien Testament par les événements de la vie du Christ décrits dans le Nouveau Testament ; dans cette mesure, cette interprétation s'intéresse grandement à l'accomplissement, dans le Nouveau Testament, des prophéties de l'Ancien Testament, faisant ainsi ressortir la continuité entre l'Ancienne et la Nouvelle alliance. Il est à noter que l'élément christologique, par excellence, recherché par cette interprétation est le sacrifice pascal, en d'autres termes, la Croix et la résurrection, point d'orgue de l'Incarnation.
Remarquons tout de même que l'allégorie peut aussi fonctionner pour certains textes du Nouveau Testament si ceux-ci nous montrent la place centrale du Christ dans les Ecritures et dans l'Histoire. Ainsi certaines paraboles du Christ sont éminemment allégoriques. Que l'on pense à la parabole des vignerons homicides, par exemple (cf. Matthieu 21, 33-44 ; Marc 12, 1-11). Il est manifeste que ce récit imagé est allégorique, puisqu'il raconte le sort réservé au Christ et le transfert de la mission d'Israël vers l'Eglise (voir aussi l'exemple, plus loin, de la parabole du bon samaritain).

Rappelons d'ailleurs que cet intérêt pour la vie du Christ comme centre des Ecritures a également été abordé sur la page traitant des pré-requis, je vous renvoie, notamment à l'épisode des disciples d'Emmaüs, où Jésus explique tout l'Ancien Testament à la lumière de sa Passion (cf. Luc 24, 13-35 ; cf. aussi Jean 5, 39.46 où Jésus dit ouvertement que les Ecritures parlent de lui).

Il serait maintenant utile d'introduire une légère nuance entre sens typologique et sens allégorique - nous n'avons en fait défini ce dernier sens que de manière générale, tel qu'il est parfois utilisé pour recouvrir allégorie et typologie. Le sens allégorique, en fait, élargit le sens typologique, qui, lui, est exclusivement centré sur le Christ (typologique vient du grec type, qui veut dire figure, à comprendre ici comme 'figure du Christ'). Le sens allégorique, quant à lui, pris dans sa signification stricte, tourne l'interprétation, non plus exclusivement vers le Christ, mais vers des points centraux du Nouveau Testament : la résurrection, l'Eglise, le baptême, l'Evangile, le Nouveau Testament lui-même, le sens spirituel des Ecritures, etc...

Il est temps de voir quelques exemples d'interprétations allégoriques ou typologiques faites par les Apôtres eux-mêmes, ou, par les Pères de l'Eglise (à ne pas confondre avec les exemples donnés en toute fin de cet exposé). Vous allez voir que certains passages qui nous avaient paru difficiles dans leur littéralité, au point de nécessiter l'aide de l'analyse historico-critique, s'éclairent par l'allégorie ou la typologie, jugez-en plutôt :

Commençons par le sens typologique :

- Adam, figure du Christ (Romains 5, 14)
- Le rocher frappé par Moïse en vue d'obtenir de l'eau, symbolisant le Christ (1 Corinthiens 10, 4)
- Melchisédek (Gn 14, 17-20 + Ps 110, 4), préfiguration du Christ (Hébreux 5, 6.10 ; 6, 20 ; 7, 3.10-11.15.17.21)
- Isaac, figure du Christ (Jean 8, 56, ce passage de l'évangile de Jean est d'ailleurs bien mystérieux s'il n'est pas compris typologiquement)
- Le sacrifice d'Isaac (Gn 22, 1-19, passage choquant en son sens littéral) annonçant le sacrifice du Christ (sens typologique) et la résurrection des morts (sens allégorique, voire anagogique), cf. Hébreux 11, 17-19
- Le bon samaritain dans la parabole du même nom (Luc 10, 25-37) symbolisant, chez les Pères de l'Eglise, le Christ soignant et sauvant l'humanité, etc...

Hilaire
de Poitiers
Il y a tellement d'exemples similaires dans le Nouveau Testament, sans compter les écrits des Pères de l'Eglise, qu'il serait trop long de tous les citer ! Si, toutefois, vous désirez en avoir une liste quasi exhaustive, je vous recommande Le traité des mystères écrit par un Père et docteur de l'Eglise, St Hilaire de Poitiers. Il y recense les principales préfigurations du Christ dans l'Ancien Testament.

Avant de poursuivre, il est ici utile de rappeler à nouveau que le sens allégorique, contrairement à ce qu'on pourrait penser, ne se limite pas à l'Ancien Testament, loin s'en faut, cf. l'exemple du bon samaritain ci-dessus, ou la parabole des vignerons homicides (Matthieu 21, 33-44 ; Marc 12, 1-11), ou bien encore les exemples que vous trouverez à la fin de cet exposé sur l'interprétation de la Bible.

Passons maintenant aux exemples allégoriques :

- l'union d'Adam et Eve comme annonce du mystère de l'union entre le Christ et l'Eglise (Ephésiens 5, 31-32)
- le déluge figure du baptême (1 Pierre 3, 20-21)
- le passage de la Mer Rouge symbole du baptême (1 Corinthiens 10, 1-2)
- Sarah et Hagar (Gn 16 ; passage difficile, que nous avons déjà abordé dans les sections consacrées au sens littéral et à l'approche historico-critique) : St Paul se référant à Genèse 16 dit explicitement que ce passage est à comprendre de façon allégorique ; Agar, l'esclave, représentant l'Ancienne Alliance, la Jérusalem présente, la loi, tandis que Sarah, la femme libre, renvoie à la nouvelle alliance, la Jérusalem d'en-haut, la grâce (Galates 4, 21-31).
- Isaac déblayant les puits creusés par son père Abraham et bouchés par les Philistins (Genèse 26, 12-19), figure du Christ ouvrant le vrai sens de l'Ancien Testament obstrué par les Pharisiens et les docteurs de la Loi (Origène, Père de l'Eglise, Homélie 13 sur la Genèse).
- Et enfin un passage du Nouveau Testament qui peut donner lieu à une interprétation allégorique : 2 Corinthiens 4, 6-7, avec le trésor dans les vases d'argile, qu'Origène interprète comme symbolisant le sens spirituel des Ecritures - le trésor - enfermé dans les vases d'argile du sens littéral de l'Ecriture (Traité des Principes IV), etc...

Après ces quelques exemples, je voudrais maintenant vous montrer les résonnances actuelles de cette interprétation, car, à première vue, ce type d'approche biblique pourrait bien paraître dépassé. Les Apôtres, pour leur part, avaient à convaincre les juifs, d'où l'utilité de prouver la véracité de la mission du Christ à la lumière de l'Ancien Testament. Les Pères, eux, étaient bien souvent des apologistes. A leurs yeux, la défense de la foi incluait nécessairement la démonstration que le Nouveau Testament accomplissait l'Ancien, l'accomplissement des prophéties apportant une preuve incontestable de la divinité du Christ. De plus, à leur époque, le judaïsme constituait encore une réelle concurrence, il leur fallait donc montrer que le christianisme en était l'aboutissement. Mais pour nous, à quoi nous sert-il de recourir à l'interprétation allégorique ou typologique ? C'est ce que nous allons maintenant voir (une précision : les mots 'allégorie' et 'allégorique' dans ce qui va suivre seront de nouveau employés dans un sens général recouvrant l'allégorie à proprement parler ET la typologie) :
      
  1. Tout d'abord, comme nous l'avons déjà vu dans les pré-requis, le sens allégorique nous aide à voir dans chaque page de la Bible un message d'amour. En effet, le sens christologique (typologique) braque, en quelque sorte, les projecteurs sur le sacrifice pascal (la croix et la résurrection), or, le fait que Dieu, en son Fils, soit mort pour nous sauver, en prenant sur lui nos péchés (Isaïe 53 ; 1 Corinthiens 1, 23-25 ; 2, 2 ; Ephésiens 2, 16 ; Philippiens 2, 6-11 ; Colossiens 1, 20 ; 2, 14 ; 1 Pierre 2, 22-25) nous rappelle obligatoirement que le dessein divin est de nous aimer et de nous sauver quoiqu'il en coûte. Avec cette constante à l'esprit, les pages de la Bible, même les plus sombres, s'éclairent singulièrement, d'autant que l'interprétation allégorique nous incite à chercher des images du Christ, et tout particulièrement de son sacrifice, dans les passages que nous lisons (cf. plus haut, le sacrifice d'Isaac comme préfiguration de la croix du Christ). Alors, bien loin de nous laisser choquer, nous découvrirons de magnifiques préfigurations - et rappels - de l'amour de Dieu pleinement manifesté en son Fils sur la croix. Toutes les pages de l'Ecriture seront comme des canaux véhiculant l'unique source de l'amour de Dieu, à savoir son amour, magnifiquement révélé et accompli en Jésus (Romains 5, 6-8 ; 1 Jean 3, 16 ; 4, 9-10.19). De plus, la vision allégorique de la Bible en ramenant à notre esprit, non seulement la croix, mais aussi la résurrection, ne manquera pas de raviver notre foi, ainsi que notre espérance. Cette vision nous aidera à nous souvenir que le Christ est victorieux par son amour et que, par là, le bien finit toujours par triompher du mal, ou plutôt, que Dieu est plus fort que les forces des ténèbres, malgré les apparences souvent contraires (cf. Jean 16, 32-33). Ainsi, le sens allégorique nous encourage à la persévérance et à la patience, sûrs que la grâce du Père est à l'oeuvre et qu'elle l'emportera comme elle le fit en la résurrection de Jésus.
    Enfin, ces types de la croix et de la résurrection, ou tout simplement du Christ, éclaireront, à leur tour, la vie de Jésus - principalement sa mort et sa résurrection - en projetant la lumière sur tel ou tel aspect de son ministère qui n'est pas forcément mis en relief, ou même présent explicitement, dans les textes des évangiles.
      
  1. Ensuite, le sens allégorique en nous tournant vers le Christ ne peut que renforcer notre lien avec lui. L'interprétation allégorique contribue à nous faire comprendre que le centre de notre foi est bien notre relation personnelle avec Jésus mort et ressuscité pour nous (Romains 8, 38-39 ; 1 Corinthiens 9, 21 ; 2 Corinthiens 5, 17 ; Galates 2, 20 ; 3, 27-29 ; Philippiens 1, 20-23). En résumé, en nous poussant à voir le Christ dans les Ecritures, l'allégorie, et plus particulièrement la typologie, 'excite et dynamise' notre amour reconnaissant pour celui qui nous a aimés à en mourir. Cet amour, caractérisé par une plus grande gratitude en nous pour notre Sauveur, débouchera naturellement, s'il est aussi orienté vers sa résurrection, sur une foi renforcée et affermie en ce Dieu incarné, fou de sa création.
      
  1. La conséquence logique de cette relation au Christ, renforcée par la vision christologique de la Bible, nous fera également prendre conscience de la nécessité de passer par le Fils pour arriver au Père (Jean 14, 6 + Matthieu 11, 27 ; Jean 3, 16-17 ; Romains 10, 9 ; 2 Corinthiens 4, 5 ; Philippiens 2, 11 ; Hébreux 1, 2 ; 1 Jean 2, 23 ; 5, 12 ; Apocalypse 7, 14). Nous découvrirons à chaque méditation combien le rôle de Jésus est central pour comprendre Dieu de manière juste, pour, en d'autres termes, l'adorer en vérité. Dieu ne sera plus jamais lointain, tel le Dieu-horloger de Voltaire, qui après avoir créé et organisé le monde par ses lois s'en désintéresse (vision hindoue), bien au contraire, c'est un Dieu qui s'investit jusqu'à la croix pour aller chercher la brebis perdue. Quelle autre religion peut se targuer de présenter un Dieu aussi aimant ? Seul le Christ peut nous révéler pleinement et définitivement l'amour divin (Jean 3, 16 ; 15, 13 ; Ephésiens 2, 4-5 ; 3, 17-19). Il s'ensuit que l'interprétation allégorique donnera le ton à tout dialogue interreligieux, nous protégeant de la tentation de passer par dessus le Christ pour aller à Dieu, pensant rejoindre les autres religions dans l'adoration d'un Dieu qui, de fait, se trouve vidé de sa substance, inodore et incolore, fruit du plus petit dénominateur commun, privé de la force de la Bonne Nouvelle. Le sens allégorique nous rappelle avec force que le dialogue avec d'autres religions ne peut être que préparatoire à l'annonce du Christ, lui la pleine révélation de la personne du Père (Colossiens 2, 9). Eclairés par le sens allégorique des Ecritures, nous aurons alors une juste approche des autres religions. Notre attitude sera certes caractérisée par le respect et la patience, mais en aucun cas par le relativisme !!
      
  1. Enfin, l'allégorie dans son sens strict d'élargissement de la typologie vers des points centraux du Nouveau Testament sera une aide précieuse dans notre apprentissage de la lecture biblique. En effet, elle ne cessera de nous montrer que la lecture des Ecritures ne doit jamais oublier la dimension spirituelle. Elle est un constant rappel de cet avertissement de St Paul :
    La lettre tue, mais l'Esprit vivifie. 2 Corinthiens 3, 6
    Rappelons, pour terminer, que l'allégorie constituera toujours une aide précieuse pour prendre la pleine mesure de la nouveauté et de la radicalité de l'enseignement contenu dans le Nouveau Testament, et ce, notamment quand il est comparé à l'Ancien Testament et aux autres religions.
En conclusion, par l'allégorie - ou la typologie - nous éviterons de nous laisser engluer dans la littéralité du texte, qui, en certains passages de la Bible, est intolérable. Ce rappel à la lecture spirituelle de l'Ecriture, que le sens allégorique peut faire ressortir en tel ou tel passage biblique (cf. les exemples ci-dessus tirés du Nouveau Testament et des Pères de l'Eglise + les exemples en fin d'exposé), est comme le bâton confié à Moïse (Exode 4, 2-5 ; 14, 16 ; 17, 5-6.9) destiné à nous aider à cheminer dans les passages parfois rocailleux de la Bible. Dans cet ordre idée, disons que les approches historico-critique et rhétorique débroussaillent le terrain, alors que l'interprétation allégorique, et tout particulièrement l'interprétation typologique, le balise à l'aide d'un regard plus spirituel qui dépasse la lettre pour aller vers le but de la course qui est le Christ (Philippiens 3, 14).

Avant de passer au deuxième sens spirituel, vous pouvez cliquer sur ce lien qui vous offrira un résumé de l'interprétation allégorique.


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