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COMMENT INTERPRETER LA BIBLE

(à la lumière de la Tradition de l'Eglise)



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 "Dieu nous parle par toute l'Ecriture seulement pour nous attirer à son amour et à celui du prochain." St Grégoire le Grand  
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TABLE DES MATIERES

PAGE 1 PAGE 2 PAGE 3 PAGE 4 PAGE 5
  1. Introduction
  2. Avertissement
  3. Pré-requis
    • une lecture croyante
    • lecture canonique
    • la borne morale
    • la borne doctrinale
    • le sens plénier
  1. Les clés de lecture
    préparatoires

    • La méthode historico-critique
  1. Les clés de lecture
    préparatoires
    (suite)

    • L'analyse rhétorique
  1. Les clés de lecture traditionnelles
    • introduction
    • le sens littéral ou historique
    • les sens spirituels
      • introduction
      • le sens allégorique
        ou typologique
  • Les sens spirituels
    (suite)
    • le sens moral
      ou tropologique
    • le sens anagogique
  1. exemples


I) INTRODUCTION :

Cette page a pour but de vous aider à retirer un enseignement spirituel de toute lecture de la Bible, quel que soit le degré d'obscurité des pages que vous serez amenés à lire.
Si l'on résume les difficultés rencontrées par un lecteur des Ecritures, on peut arriver à retirer trois types d'obstacle :

- le côté rébarbatif de certains passages, que l'on songe un instant aux prescriptions contenues dans le livre du Lévitique ou aux nombreux recensements du livre des Nombres, sans compter les généalogies de la Genèse !

- 'le manque d'exactitude' scientifique dans un nombre non négligeable de passages bibliques (les 11 premiers chapitres de la Genèse, par exemple).

- l'aspect plus que choquant des pages sombres de la Bible, qu'il nous suffise de penser au livre de Josué, par exemple.

Les clés interprétatives qui vont vous être données vous aideront sans nul doute à passer outre ces obstacles en vous permettant de ne pas vous arrêter à la littéralité du texte pour dépasser le terreau culturel dans lequel les auteurs humains de la Bible ont écrit. Grâce à ces principes d'interprétation, vous pourrez aller chercher l'inspiration divine derrière les limitations humaines des auteurs bibliques, limitations au premier rang desquelles se trouve précisément une connaissance scientifique limitée chez l'auteur, due à son époque, et une morale défaillante chez lui, pénétrée qu'elle était de la violence des temps reculés où les scènes bibliques se déroulaient.

II) AVERTISSEMENT :

Il faudra bien vous souvenir en lisant cet exposé que les principes d'interprétation présentés ici ont été simplifiés pour en permettre une utilisation immédiate.

III) PRE-REQUIS :

Une lecture croyante

- Il vous faudra bien vous souvenir de la remarque suivante : le premier principe pour une interprétation correcte de la Bible, c'est de prier l'Esprit Saint de nous aider à comprendre ce que lui-même a inspiré (2 Pierre 1, 21).
En effet, l'utilisation de notre raison ne dispense en aucun cas de l'aide de Dieu dans la lecture de Sa Parole. En conséquence, ce qu'il nous faudra toujours faire en premier lieu, c'est prier l'Esprit pour qu'il nous aide dans notre méditation.

Evangéliste travaillant
sous l'inspiration de l'Esprit
- Il va sans dire que la bonne lecture de la Parole doit être une lecture croyante, d'où un respect absolu qu'il nous faudra montrer pour les Saintes Ecritures. Aussi, ne faut-il jamais 'juger' un texte, aussi choquant soit-il, bien au contraire, il faut avoir l'humilité de se remettre en cause devant le passage qui nous choque, sachant qu'il fut inspiré, et non dicté, à un auteur qui avait forcément les limites morales inhérentes à son époque. Dieu l'a voulu ainsi dans son respect de nos libertés et donc de nos faiblesses et limites. Oserions-nous Le juger ? Supposons que Dieu ait dicté sa Parole mot pour mot à des secrétaires, et non des auteurs, nous aurions alors un livre bien ficelé. Auréolé de l'autorité divine. Ecrit dans une langue sacrée. Intouchable. Immuable. Comme du marbre. L'humanité n'aurait qu'à se transmettre ce monument d'âge en âge jusqu'à la fin des temps. Pas besoin de témoins, mais de gardiens de musée. Pas besoin de militants, mais de sacristains. Pas besoin de croyants, mais de répétiteurs de formules devenues incompréhensibles au fil des années. Il n'en est rien, la Bible ne constitue pas un ouvrage clos. Elle ouvre autant de chemins que d'auteurs, elle nous présente autant de regards. Elle témoigne d'une réflexion longue, diversifiée, confrontée aux réalités de la vie. Les Ecritures nous conduisent vers Jésus de Nazareth, le Vivant, elles n'invitent donc pas à répéter des formules, mais à se mettre en route : se mettre en route sur les chemins du quotidien et de la mise en pratique de la Parole du Seigneur, certes, mais aussi, et d'abord, se mettre en route par la méditation et l'utilisation de notre intelligence pour mieux comprendre la Parole de Dieu, pourvu que le tout se fasse dans un esprit d'humilité à l'écoute de l'Esprit Saint.
Notons enfin que ce respect pour les Saintes Ecritures, dont St Paul nous dit qu'elles sont tout entières inspirées (2 Timothée 3, 16), ne diffère en rien de l'attitude de Jésus lui-même, lui qui disait ne pas abolir les Ecritures, mais les accomplir (Matthieu 5, 17). De même, quand Jésus citait la Bible, il ne mettait jamais en doute son inspiration (Matthieu 5, 18-19), bien qu'il ne contestât pas non plus la nécessité de l'interpréter (Marc 10, 2-9 ; Matthieu 13, 52). N'avait-il pas d'ailleurs des interprétations originales des Saintes Ecritures (Luc 20, 37-38) ?

Le respect de la Parole de Dieu dont nous venons de parler entraîne également une attitude humble et priante devant les difficultés que nous rencontrerons à la lecture de certains passages.

N'hésitons pas alors à prier Dieu de nous guider dans la lecture de tel ou tel passage et acceptons de ne comprendre que ce que nous pouvons comprendre. Dieu nous révèle son message à la mesure de notre avancement et de notre sensibilité, il ne faut donc pas essayer de 'forcer' l'interprétation d'un passage qui nous semble difficile. 'Forcer' l'interprétation, c'est faire, par exemple, plus appel au raisonnement intellectuel qu'à la prière. Que faites-vous ou feriez-vous devant un passage de la Bible qui vous paraît obscur : essayeriez-vous de redoubler de prière ou de vous acharner à comprendre par le raisonnement ? En dernier lieu, n'oublions pas que Dieu n'a pas la même notion du temps que nous (cf. 2 Pierre 3, 8), il ne se presse pas en nous faisant violence. Dieu prend le temps de respecter nos libertés et nos limites, ce qui veut dire qu'il faut parfois accepter de ne pas comprendre tout tout de suite. La prière devant la Parole de Dieu peut quelques fois nous conduire à la sagesse de nous rendre compte qu'il est nécessaire de laisser du temps à la Parole de Dieu pour faire son chemin. Il arrive en effet que certains passages s'éclairent progressivement sur des années. Ainsi, un passage qui nous paraissait obscur peut nous paraître limpide des années plus tard, l'Esprit ayant travaillé dans l'intervalle. Dieu, en effet, prend le temps d'agir en respectant ce que nous sommes, il ne veut pas nous imposer une explication que nous ne sommes pas encore en état de comprendre, c'est pourquoi il prend le temps de travailler avec le temps pour que tout mûrisse et que par là notre adhésion à son message soit rendue possible. Pour en revenir à l'interprétation de la Bible, remercions le Seigneur, dont la patience ne vise qu'à une seule chose : que nous puissions comprendre avec notre coeur, notre intelligence et notre raison ce qu'il a à nous dire. Que ce Dieu est grand, lui qui ne brusque personne. Sa puissance est justement dans sa patience (cf. 2 Pierre 3, 9). Soyons-en sûrs, notre humilité sera récompensée quand, après avoir eu la sagesse de prier et d'attendre, nous comprendrons certains passages que nous jugions difficiles, voire révoltants, et ce, peu importe le temps que cela prendra. Il vaut mieux comprendre dans l'humilité, la patience et la prière, avec l'aide du Seigneur, plutôt que de se laisser imposer une interprétation à force de raisonnements, une telle interprétation, soyons-en sûrs, ne pourrait de toute façon pas pénétrer en profondeur notre coeur.
Une remarque ici s'impose. Ne soyons pas surpris de ne pas rester figés dans nos interprétations. En effet, au fil des années notre foi grandit et, donc, nos interprétations peuvent également plus ou moins changer. Ainsi, il n'est pas rare de lire un même texte différemment avec le cours du temps. Ce phénomène est d'autant plus normal que le rapport vie-Bible évolue. Certes, la Bible éclaire nos vies, mais, l'inverse est aussi vrai. Ce que nous vivons nous aide assurément à mieux pénétrer le message biblique, il n'est alors pas étonnant de voir nos regards changer par rapport à tel ou tel passage. Evidemment, au fur et à mesure que nous nous familiariserons avec la Bible, nos interprétations finiront par se stabiliser, mais, cela ne nous empêchera jamais de découvrir de nouvelles perles, à condition, toutefois, de ne pas aborder un texte apparemment connu avec un esprit 'blasé'. C'est en acceptant d'entrer dans un texte avec un regard neuf, sans préjugés, et ce, quel que soit le degré de familiarité que nous entretenons avec lui, que nous pourrons tirer du neuf à partir de l'ancien (Matthieu 13, 52).

lecture canonique

Laisser la Parole
éclairer la Parole
- Ensuite, il nous faut pratiquer ce que l'on peut appeler la lecture canonique de la Bible. Cette lecture pose le principe de l'unicité de la Parole de Dieu au-delà de la diversité des auteurs bibliques, d'où la mise en place d'un canon par l'Eglise (= liste des livres reconnus comme inspirés). Il s'ensuit que la meilleure interprète de la Bible est la Bible elle-même. La Bible explique la Bible. Il n'est en effet pas rare que certains passages s'éclairent par la lecture d'autres passages. Ce principe est même le fondement d'une des clés de lecture qui vous sera proposée. Ainsi, les Anciens ou les Pères de l'Eglise pensaient qu'il était tout à fait naturel et légitime d'expliquer l'Ancien Testament à la lumière du Nouveau. Le Christ ne fit pas autre chose quand il expliqua aux disciples en route vers Emmaüs l'Ecriture à la lumière de sa Passion et de sa résurrection (Luc 24, 25-27).

La conséquence pratique de ce qui vient d'être dit est qu'il nous faut beaucoup lire la Bible si nous voulons qu'elle nous éclaire sur elle-même. De plus, la lecture régulière de la Bible a une autre vertu : elle contribue à ce que nous nous laissions toujours davantage apprivoiser par les Saintes Ecritures. En effet, plus nous lirons la Parole de Dieu, plus nous serons familiers de son style, de sa 'mentalité', etc...

- Si vous voulez déjà vous familiariser avec les livres qui composent la Bible et savoir les retrouver dans l'ordre, cliquez ici pour l'Ancien Testament / pour le Nouveau Testament.
- Pour savoir comment chercher un passage dans la Bible → cliquez ici ou ici.

L'autre conclusion que l'on peut tirer de cette lecture, dite canonique, n'en est pas moins importante. Si la Bible s'éclaire effectivement par elle-même, il ne fait alors aucun doute qu'elle n'est pas d'abord l'oeuvre d'auteurs humains, mais bien l'oeuvre d'un auteur unique comme l'affirme d'ailleurs l'Ecriture :

En effet, les prophéties n'ont jamais trouvé leur origine dans la volonté des hommes, c'est bien guidés par la volonté divine qu'ils ont parlé, inspirés qu'ils étaient par l'Esprit-Saint. 2 Pierre 1, 21
Il arrive donc que le message profond d'un texte échappe à son auteur humain, notamment quand il s'éclaire à la lumière de textes postérieurs. Je vous soumets, à ce sujet, l'exemple suivant où les premières pages de la Bible peuvent être mises en parallèle avec les dernières. Voyez plutôt :


Comme on peut le voir, ce parallèle en profondeur ne pouvait qu'échapper aux auteurs de ce passage de la Genèse, et, il est fort à parier, qu'il échappa probablement à l'auteur de l'Apocalypse. Un tel parallèle n'a pu exister que grâce à la main d'un auteur unique, et ce, à plusieurs siècles d'intervalle ! Seul un auteur divin pouvait être capable de pareil exploit !
Fermons ici cette parenthèse qui nous donne déjà un avant-goût du chapitre qui sera consacré à la lecture spirituelle de la Parole de Dieu (voir la section consacrée à ce sujet, cf. tableau de liens, ci-dessus, V).

- Enfin, même s'il est vrai que la lecture personnelle de la Parole de Dieu est une véritable nourriture (Ezéchiel 3, 1 ; Matthieu 4, 4), il est bon de nous souvenir qu'il existe des 'bornes' qu'il ne faudra jamais dépasser, sous peine de mal interpréter les Ecritures. Quelles sont-elles ? Elles sont en fait de deux ordres : doctrinal et moral.

la borne morale

La borne morale est assez simple à respecter, elle consiste à ne jamais voir dans un passage biblique autre chose que l'amour de Dieu en action, aussi choquant ce passage puisse-t-il être ! De même chaque interprétation doit toujours déboucher sur un plus grand désir de notre part d'aimer Dieu et nos frères, ces deux derniers aspects constituant, selon Jésus, les deux plus grands commandements (Lévitique 19, 18 ; Romains 13, 8-10 + cf. ci-dessous Matthieu 22, 34-40).
Ayant vu que Jésus avait réduit au silence les Sadducéens, les Pharisiens se réunirent. L'un deux, un spécialiste de la loi, le mit à l'épreuve en lui demandant :
"Maître, quel est le plus grand commandement dans la loi ?" Jésus répliqua "'Aime le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force.' C'est le premier et le plus grand des commandements, avec le second, qui lui est semblable : 'aime ton prochain comme toi-même.' Toute la Loi et les Prophètes se résument à ces deux commandements."
Il est donc vital pour respecter cette borne morale de toujours garder présent à l'esprit ces deux commandements. En outre, il nous faudra nous souvenir que Jésus est le centre des Ecritures, notamment sa Passion et sa résurrection (Jean 5, 39.46 ; Luc 24, 25-27 ; Actes 8, 26-35). Si nous avons en mémoire que Dieu nous a aimés au point de prendre sur lui nos fautes et nos défauts, ce qui le conduisit à se donner en son Fils sur la Croix afin de nous libérer de nos prisons, soyons sûrs alors qu'il ne nous sera effectivement pas difficile de voir l'amour de Dieu briller dans toutes les pages de la Bible (Isaïe 53 ; 1 Pierre 2, 24-25 ; Jean 3, 16-17 ; Romains 8, 31-39).

Signalons que cette approche christique est le fondement d'une des clés de lecture qui vous sera proposée (cf. le sens allégorique, voir le tableau de liens ci-dessus).

Avant de continuer, je vous propose, pour illustrer ce que je viens de dire, la lecture de ces quelques versets tirés d'un des passages dont vous venez d'avoir les références entre parenthèses, il s'agit de Romains 8, 32.35a.37.39 :

Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a donné en rançon pour la multitude - Comment, dans sa grâce, ne nous donnerait-il pas tout à nous aussi ? Qui nous séparera de l'amour du Christ ? Rien, car en toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs, par celui qui nous a aimés. Ni la hauteur, ni la profondeur, non, rien dans toute la création ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu, pleinement manifesté en Jésus Christ notre Seigneur.

la borne doctrinale

La borne doctrinale - et même parfois la borne morale - ne peut se respecter que dans la connaissance de la Tradition (pour avoir un aperçu de ce qu'on entend par Tradition, cliquez ici), la base de la Tradition étant bien entendu le credo (pour lire le credo avec ses références bibliques, cliquez ici).

C'est à cette condition que nous éviterons les erreurs doctrinales, qui, ne nous y trompons pas, ne sont pas qu'abstractions de théologiens. Les apôtres eux-mêmes ont consacré beaucoup de leur énergie à combattre ce que nous appelons les hérésies (Galates 1, 8 ; Ephesiens 4, 4.14 ; 2 Thessaloniciens 2, 15 ; 1 Timothée 1, 3-4.10-11 ; 1 Timothée 4, 1-2 ; 2 Pierre 2, 1-3 ; 1 Jean 2, 18-19.24.26 ; Apocalypse 2, 6). Cette borne doctrinale est importante pour deux raisons. D'abord, elle constitue une protection contre les sectes 'd'inspiration biblique' (Témoins de Jéhovah, etc...), ensuite, certains dogmes sont d'une telle importance pour mieux comprendre Dieu, le Christ et l'amour divin qu'ils sont vitaux pour notre compréhension et notre connaissance du Seigneur. Or n'est-ce pas à la mesure de la connaissance que nous avons d'une personne que nous pouvons l'aimer davantage ?
A la lumière de ce qui vient d'être dit, il sera donc toujours souhaitable d'approfondir notre connaissance de la Tradition de concert avec notre désir d'approfondir notre connaissance biblique. Ainsi, nous pourrons veiller à ce que notre interprétation ne dévie jamais du saint dépôt (1 Timothée 6, 20).

Pour mieux connaître la Tradition de l'Eglise, je vous suggère de consulter la table de liens qui vous conduira à des présentations détaillées de chaque composante de ce qui fait la Tradition, pour ce faire, cliquez ici.

le sens plénier

Avant de passer aux clés de lecture, il nous reste encore un dernier point à aborder. Nous ne pourrions en effet conclure ce chapitre sur la Tradition de l'Eglise comme borne doctrinale sans parler du sens dit 'plénier'. Ce type d'interprétation n'est pas fréquent, mais, quand il existe, il nous faut en tenir compte dans notre méditation de la Parole de Dieu. Toutefois, il est utile de préciser, dans un même temps, que le sens plénier n'empêche en rien une interprétation plus personnelle à condition que celle-ci n'entre pas en contradiction avec l'interprétation officielle de l'Eglise.

On entend donc par sens plénier, une interprétation 'officielle' que l'Eglise a émise sur tel ou tel passage. Généralement, nous en avons connaissance par la fréquentation de la messe. Ainsi, il n'est pas rare qu'une lecture biblique lue à la messe soit associée à une fête (ex : Matthieu 16, 13-20, le 22 février pour la Chaire de St Pierre) ; de même, il arrive assez fréquemment qu'un prêtre nous rappelle dans une homélie le sens plénier d'une des lectures de la messe, etc... Pour vous donner une idée plus claire de ce qu'est le sens plénier, je vous suggère de considérer cet exemple : Matthieu 16, 13-20. Quand Jésus dit à Pierre qu'il est Pierre et que c'est sur cette pierre qu'il bâtirait son église, lui confiant par la même occasion les clés du Royaume des Cieux avec le pouvoir de lier et de délier, il est tout à fait possible de comprendre cette déclaration du Christ comme s'adressant à tout chrétien. Un chrétien n'est-il pas un roc pour ses frères, n'a-t-il pas le pouvoir de lier et de délier les péchés de ses frères par le pardon et la prière, ne détient-il pas alors les clés du Royaume ? Mais, parallèlement, nous ne devons pas ignorer que l'Eglise a toujours interprété cette sentence du Christ comme s'adressant en premier lieu à Pierre, et à travers lui, à ses successeurs, les papes. Par le pape, l'Eglise se voit conférer le pouvoir d'enseigner ce qui est bien et ce qui est mal, liant et déliant ; elle détient par là les clés du Royaume. On comprend mieux maintenant pourquoi St Pierre est si fréquemment représenté avec une clé. Ce sens plénier a d'ailleurs débouché sur le dogme de l'infaillibilité du pape, proclamé au Concile de Vatican I. De même, c'est à tous chrétiens que le Christ donne le pouvoir de remettre ou de maintenir les péchés en Jean 20, 22-23. Nous avons effectivement cette prérogative de retenir ou de remettre les péchés des autres en accordant ou en refusant notre pardon. Nous pouvons également par notre intercession contribuer à ce que la grâce miséricordieuse de Dieu efface les péchés de nos frères (Nombres 14, 11-20 ; Job 42, 7-10 ; Romains 12, 19-21 ; Jacques 5, 16 ; 1 Jean 5, 16), ou, par négligence dans la prière d'intercession, nous pouvons aussi fermer les vannes de la miséricorde divine, maintenant ainsi certains de nos frères dans leurs péchés. Mais, avant tout, nous dit le sens plénier, c'est aux apôtres que le Christ confie cette prérogative, et à travers eux, aux évêques, et ensuite, par délégation épiscopale, aux prêtres. C'est, par conséquent, dans le sacrement de réconciliation que s'exercera le plus pleinement et le plus efficacement ce pouvoir de l'Eglise de remettre ou de maintenir les péchés.

En résumé, la connaissance du sens plénier d'un texte biblique, au même titre que les dogmes, credo, etc..., ne doit pas brimer, mais bien plutôt, baliser notre méditation personnelle, ce qui nous évitera bien des déboires, car, ne l'oublions pas, une mauvaise approche doctrinale équivaut toujours, à plus ou moins long terme, à s'éloigner de l'enseignement du Christ et donc de la connaissance exacte de sa personne.


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