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LES 21 CONCILES
OECUMENIQUES
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LE CONCILE DE NICEE II

24 septembre 787 - 23 octobre 787
(Un bref résumé)
Vue de Nicée telle qu'elle était en 787
PLAN DE L'EXPOSE
I) LE CONTEXTE HISTORIQUE
1) Introduction
2) Les raisons du concile
3) Le déroulement du concile

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE
(+ l'impact du concile)

III) PISTES DE MEDITATION
1) Les images : idolâtrie ou aide à la prière voulue par Dieu ?
2) L'art dignité de l'homme créateur à l'image du Créateur
- le goût artistique naturel
- nos vies, oeuvres d'art
- liberté artistique des auteurs bibliques
3) L'Incarnation du Christ comme source artistique
- l'art comme conséquence naturelle de l'Incarnation
- l'Incarnation sanctifie la matière et le corps
- l'Incarnation, la main amoureusement tendue de Dieu



LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :

(Pour l'époque et les thèmes des conciles, cliquez ici)


I) Concile
de
Nicée






II) Concile
de
Constantinople






III) Concile
d'Ephèse






IV) Concile
de
Chalcédoine






V) Concile
de
Constantinople II






VI) Concile
de
Constantinople III






VII) Concile
de
Nicée II






VIII) Concile
de
Constantinople IV






IX) Concile
de
Constance






X) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence






XI) Concile
de
Latran V






XII) Concile
de
Trente






XIII) Concile
de
Vatican I



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I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Introduction :
Nicée II marque un tournant dans l'histoire des conciles oecuméniques. En effet, depuis Nicée (I) en 325, tous les conciles avaient eu pour thème principal 'Dieu', que ce soit par le biais de la Trinité ou de la double nature divine et humaine de Jésus. Avec Nicée II, pour la première fois dans l'histoire de l'Eglise, le débat théologique se déplace vers des questions, disons, 'annexes' par rapport à Dieu. D'un certain point de vue, cela était un signe de bonne santé pour la chrétienté. Effectivement, une église qui peut s'offrir le luxe de débattre de problèmes 'annexes' n'est plus déchirée sur l'essentiel. Le contraste entre le thème abordé lors de ce concile et ceux des conciles antérieurs est d'autant plus saisissant que l'Eglise connut, les trois siècles précédents, de terribles luttes intestines centrées sur des questions aussi cruciales que la nature et la personne du Christ.
Avec Nicée II, une ère nouvelle pouvait s'ouvrir, maintenant que l'Eglise du Christ avait clarifié quel Seigneur elle adorait et servait. C'est du moins ce que l'on pouvait penser...
Et pourtant... le problème qui avait amené la convocation de ce concile, bien qu'il ne portât plus sur l'identité de Jésus Christ, raison d'être de l'Eglise, déchaîna des passions tout aussi vives. C'est ainsi que les chrétiens commencèrent à se déchirer à propos de la question se savoir s'il était légitime de représenter le Christ ou toute autre créature vivant au Ciel - Marie, les anges, les saints, etc... En d'autres termes, pouvait-on continuer de peindre et de vénérer les icônes, dont la popularité avait atteint des sommets en ce VIIIème siècle ?

2) Les raisons du concile :

A) Le développement du culte des images
Durant plus d'un siècle, l'empire byzantin devait être troublé par la querelle des images (tel est le nom que l'on donnerait à cette crise des images). Mais, comment en était-on arrivé là ?
Les deux premiers siècles :
St Irénée
Pendant les deux premiers siècles, les chrétiens, héritiers de la tradition d'Israël, n'avaient guère été favorables aux représentations de Dieu en images. Les apologistes, Justin et Aristide, y étaient hostiles parce qu'ils avaient horreur des idoles. Irénée à Lyon, Tertullien à Carthage, Clément et Origène à Alexandrie s'y opposèrent également. La nature de Dieu, explique Clément d'Alexandrie, est d'être aperigraptos (= non circonscrite).
Les chrétiens refusèrent donc de réaliser des images ou des statues qui ne leur auraient que trop rappelé le culte des idoles, si répandu dans l'empire romain.
Le IIIème siècle :
Mais le IIIème siècle marqua un tournant. Les catacombes et les sarcophages se couvrirent bientôt d'images. On y trouvait, notamment, la représentation du Bon Pasteur et celle de la Vierge à l'enfant. Désormais, les chrétiens acceptaient les images, du moment que celles-ci proposaient un enseignement catéchétique. Mais, ce type d'enseignement par les images ne faisait pas encore l'unanimité.
Les IVème et Vème siècles :
Les IVème et Vème siècles suivirent la même tendance que le siècle précédent avec, toutefois, une diffusion accrue des images. Mais, cette utilisation des images provoquait toujours les mêmes réticences. D'un côté, Basile de Césarée reconnaissait une valeur pédagogique et un rôle de stimulant
St Augustin
spirituel à la peinture, de l'autre Epiphane de Salamine voulait la suppression de toutes les représentations du Christ, des apôtres et des prophètes. Paulin de Nole pensait, pour sa part, que les images étaient utiles à l'enseignement chrétien. Il connaissait même une figuration picturale de la Trinité. Mais Augustin d'Hippone marquait, quant à lui, des réserves, surtout vis-à-vis des représentations de Dieu, car c'était changer la gloire du Dieu incorruptible en une ressemblance corruptible.
Les VIème et VIIème siècles :
Le culte des images progressa considérablement aux VIème et VIIème siècles. Elles remplaçaient parfois les reliques qui permettaient de garder le contact avec un bienheureux. Les empereurs byzantins de l'époque, Tibère II et Maurice favorisèrent eux-mêmes cette vénération des images.
En se multipliant, le rôle des images se diversifia : elles protégeaient ceux qui les vénéraient et pouvaient opérer des conversions ; elles souffraient des outrages qui leur étaient infligés et étaient susceptibles d'en châtier les auteurs.
A la fin du VIIème siècle, les images étaient acceptées dans le monde chrétien jusqu'à ce que l'empereur Léon III vînt tout remettre en question.
B) La querelle des images
Les empereurs Léon III et Constantin V :
Léon III (gauche) / Constantin V (droite)
  • L'empereur Léon III (717-741) avait mis fin à trente ans d'anarchie. Il fonda une dynastie qui allait rendre à Byzance sa sécurité. Mais il apporta le trouble dans la situation religieuse de l'Empire en luttant contre les images.
    Pour expliquer les origines de l'iconoclasme (= action de briser les images, du grec eikon - image et klazein - briser), on a multiplié les hypothèses. On peut y voir la volonté de combattre certaines pratiques superstitieuses à l'égard des images. Ainsi, la ferveur populaire a pu conduire à des excès et croire à une présence presque physique des personnages représentés. Certaines pratiques étaient assez excentriques. Des prêtres, par exemple, grattaient des icônes pour en faire tomber de la poussière dans le calice, des fidèles en choisissaient comme parrains pour leurs enfants !
    De plus, le pouvoir impérial a pu prendre ombrage de ces pratiques qui privaient l'empereur de son rôle d'intermédiaire entre Dieu et les hommes, citons à cet égard la coutume qui consistait à sortir images et reliques de Marie, Mère de Dieu, patronne de Constantinople, pour conjurer le malheur, lorsque des agresseurs menaçaient la ville.
    On peut y discerner aussi une influence arabe sur l'épiscopat d'Asie Mineure. En 721, le calife omeyyade, Yazid II, ordonna de détruire toutes les images aussi bien dans les demeures privées que dans les édifices du culte. Cette mesure eut peut-être des échos favorables parmi les évêques de Phrygie dont les populations faiblement hellénisées restaient sur la réserve à l'égard des représentations en figure. Contre ces évêques qui s'opposaient aux images, en s'appuyant sur le livre biblique de l'Exode, le patriarche de Constantinople, Germain maintint qu'il ne fallait pas troubler le peuple dans ses habitudes et bouleverser les coutumes des Eglises pour les remplacer par des nouveautés. Le pape Grégoire II lui apporta son appui.
    Etait-ce l'influence de ces évêques de Phrygie ou celle du programme iconoclaste de Bagdad qui allait être déterminante ? Toujours est-il que Léon III, qui n'était pas hostile aux images au début de son règne, le devint vers 724-725. Il vit un effet de la colère divine dans une violente éruption sous-marine qui provoqua l'apparition d'une île nouvelle au nord-est de la Crète et, en 727, il fit détruire l'image du Christ qui se trouvait sur la porte d'airain de son palais et châtia durement l'émeute populaire qui s'ensuivit.
    Pour appuyer sa politique, il déposa le patriarche Germain qui refusait de signer un édit iconoclaste et le remplaça par Anastase qui publia un document contre les images.

    St Jean Damascène

    Mais la résistance commençait à s'organiser :

    - En Palestine, Jean Damascène écrivit trois Discours sur les images contre les édits de l'empereur Léon III. Il affirmait avec énergie que l'empereur n'avait ni autorité, ni compétence en cette matière :

    Aux empereurs revient de gouverner l'Etat avec rectitude ; le gouvernement de l'Eglise revient aux pasteurs et aux docteurs. Nous t'obéissons, empereur, en ce qui touche les affaires de ce monde, mais pour les ordonnances ecclésiastiques, nous avons les pasteurs.
    - En Occident, le pape Grégoire II s'opposa lui aussi à la politique impériale. Il ne se laissa ébranler ni par les promesses, ni par les menaces. Grégoire III, qui lui succéda, réunit à Rome un concile local de 93 évêques italiens (novembre 731) qui condamnèrent les iconoclastes.
  • La politique poursuivie par le successeur de Léon III, Constantin V Copronyme (741-775), allait aggraver les déchirements. Après des années passées à assurer la sécurité des frontières, Constantin V allait renchérir sur la politique iconoclaste de son père. En janvier 754, malgré l'opposition du pape Etienne II, il convoqua au palais de Hiéria, non loin de Chalcédoine, un concile dont il voulait obtenir la condamnation des images (voir plus bas le concile de Hiéria). La caution des évêques (mais sans le soutien du pape, qui n'envoya pas de représentants), pensait-il, ne pourrait qu'impressionner le peuple.
Sur le plan théologique,
on peut dire que deux conceptions s'affrontaient. Selon la première, les images étaient nécessairement hérétiques puisque, de nature matérielle, elles séparaient ou confondaient les deux natures humaine et divine du Sauveur (voir le développement à ce sujet plus bas - le concile de Hiéria). Inutile de dire que cette position théologique était celle défendue par les iconoclastes. L'autre conception, dont saint Jean Damascène fut le grand théologien, affirmait au contraire que les icônes étaient des signes visibles de la sanctification de la matière rendue possible par l'Incarnation du Christ.
Le concile de Hiéria (10 février - 8 août 754) :
Le concile rassembla donc 338 évêques, sous la présidence de l'archevêque d'Ephèse, Théodore. Le patriarche Anastase était mort peu auparavant et ni les autres patriarches ni le pape n'y furent représentés. L'influence de Constantin V ne pouvait être contrecarrée.
La conclusion du concile fut la condamnation de'l'art criminel de la peinture'. Peindre l'image du Christ, cela revenait à retomber dans l'hérésie de Nestorius ou d'Arius, car on ne peignait que l'image de la chair seule et on divisait le Christ unique (= nestorianisme). La peinture séparait la chair de la divinité : elle constituait donc un blasphème !
Si l'on prétendait représenter intégralement la personne du Christ dans l'unité de ses deux natures, on enfermait sa divinité dans des limitations matérielles (= arianisme, dans le sens où enfermer la divinité du Christ revenait à la diminuer), et c'était encore blasphémer !

Comme on dirait en langage familier : 'Il fallait y penser !'. Comment arriver à des raisonnements d'une subtilité si déconcertante ? Si l'on y regarde de plus près, il n'est pas si surprenant de trouver de tels arguments, il suffit pour cela de se remémorer les âpres querelles qui se firent jour autour d'hérésies comme l'arianisme, le nestorianisme, le monophysisme et le monothélisme. Que l'on se souvienne des conciles oecuméniques qui s'étaient déroulés depuis 325ap JC, ils avaient précisément eu pour sujets principaux ces hérésies. Finalement, les raisonnements 'tirés par les cheveux' que les iconoclastes opposèrent au culte des images étaient la conséquence prévisible de toutes ces disputes théologiques qui déchirèrent la chrétienté pendant 4 siècles.


Représentation du Christ et
des saints

De plus, ce concile ne condamna pas seulement les représentations du Christ, il proscrivit également la représentation des saints, ceux-ci vivant en Dieu. Les figurer, c'était aussi les mutiler en détruisant l'espérance de la résurrection.
A signaler que le concile porta pas moins de vingt anathèmes contre ceux qui osaient faire des images, contre ceux qui les adoraient ou qui les plaçaient dans une église ou dans leur demeure. L'anathème fut lancé personnellement contre le patriarche Germain et Jean Damascène.
Le développement des persécutions iconoclastes :
dessins géométriques
iconoclastes
Il fallut attendre une dizaine d'années après le concile de Hiéria pour voir la persécution iconoclaste battre son plein - dix ans de répit relatif que l'on devait à la menace bulgare. Mais une fois la menace éloignée, Constantin V se tourna de nouveau vers ce problème des images, ce qui ne manqua pas de renforcer la persécution. Cette persécution atteignit d'ailleurs des sommets entre 764 et 767.
Dans les églises on détruisit les images et on les remplaça par des dessins géométriques, des paysages, des épisodes de chasse, etc...
La persécution toucha surtout les moines byzantins, qui s'étaient révélés les défenseurs les plus acharnés du culte des icônes, persécution d'autant plus violente que le monachisme représentait une force très importante dans l'Empire d'Orient, avec le caractère démocratique de son recrutement qui lui assurait le soutien de l'opinion populaire.
Constantin V les considérait alors comme ses principaux adversaires. Il interdit aux monastères de recruter des novices, il obligea les moines à rompre leurs voeux et les emprisonna. Dans ces circonstances, il ne fut pas étonnant de voir de nombreux moines grecs se réfugier à Rome, où le pape Paul 1er (757-767) les accueillit avec bienveillance. L'incompréhension entre l'Orient, du moins sa classe dirigeante, et l'Occident s'avérait plus vive que jamais ; d'autant qu'au grand dépit de l'empereur byzantin, Rome s'était encore davantage émancipée du pouvoir politique de Constantinople, et ce dès 754, en se jetant dans les bras du roi des Francs pour se protéger des Lombards, que la faiblesse militaire de Byzance était désormais bien incapable de repousser.

Pour conclure ce chapitre sur les persécutions, il serait bon également de donner quelques exemples en vue de cerner leur intensité, en voici deux :

  • tout d'abord, une énumération qui fut donnée au deuxième concile de Nicée des maux endurés par les défenseurs des images, et spécialement par les moines :
    Comment pourrions-nous décrire les maux qui fondirent sur la terre entière et les supplices qui frappèrent les hommes pieux, les troubles, les angoisses, les persécutions, la prison, le fouet, les chaînes, les coups, l'exil : on creva les yeux, on coupa le nez ou la langue, on brûla la barbe ou le visage, enfin on tua des hommes.
  • citons maintenant l'événement suivant : en 765, on alla jusqu'à organiser à l'Hippodrome un défilé de moines et de religieuses, ils y furent livrés aux insultes de la foule !
    Enfin, mentionnons cette décision ultime de Constantin : son interdiction, et ce en contradiction avec le concile de Hiéria, de dire des prières adressés à la Vierge et aux saints.
En conclusion,
on pouvait légitimement penser que l'Eglise était en train de revivre les persécutions des premiers siècles de son histoire, mais la mort de Constantin V allait amener un changement de politique.
C) Un contexte favorable à la tenue d'un concile oecuménique
Irène
Bien que la politique impériale restât inchangée avec Léon IV (775-780) un régime de détente s'instaura néanmoins. Léon IV avait épousé, en 769, une Athénienne, Irène, Grecque ambitieuse, amie des moines et favorable aux images. Elle attendait son heure. Investie de la régence en 780, car son fils Contantin VI (né en 771- mort en 800) n'avait alors que dix ans, elle ne brusqua rien, sachant que bien des fonctionnaires étaient attachés à l'oeuvre iconoclaste et que beaucoup d'évêques restaient favorables aux décisions du concile de Hiéria. Elle proposa donc des mesures d'apaisement. Les iconoclastes cessèrent alors leurs persécutions.
Ensuite, après la démission du patriarche de Constantinople Paul IV (784), elle fit élire à ce patriarcat son propre secrétaire Taraise, un laïc, théologien, qui subordonna son acceptation à la convocation d'un concile qui referait l'unité.
Le pape Hadrien 1er approuva cette initiative et accepta la proposition de l'impératrice Irène de tenir un concile pour régler la question des images.

3) Le déroulement du concile :

Irène convoqua donc le concile à Nicée, plus calme que la capitale et honorée de la présence du premier concile oecuménique. Ce 7ème concile oecuménique s'ouvrit le 24 septembre 787 en l'église Sainte Sophie. Sous la présidence de Taraise, patriarche de Constantinople, quelque 365 évêques se présentèrent à ce concile, tous sujets de l'empire. Le pape Hadrien 1er était représenté par deux légats, Pierre archiprêtre de Saint-Pierre, et Pierre, moine, abbé au monastère romain de Saint-Sabas. Les patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem n'avaient pu envoyer que deux moines. Mais, du patriarcat de Constantinople, les moines étaient venus nombreux. Ils n'avaient pas voix délibérative au concile, mais on avait jugé bon d'honorer ceux qui avaient le plus souffert pour la défense des images.
Trois évêques iconomaques (= hostiles aux images) y demandèrent pardon pour leur attitude passée et furent en conséquence réconciliés avec l'Eglise.
Malgré la sévérité des moines, le patriarche Taraise obtint d'ailleurs pour d'autres un large pardon en vue de reconstituer l'unité.

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE :

Le concile de Nicée annule les dispositions du concile de Hiéria qui ne pouvait être oecuménique, malgré ses prétentions, puisque ni le pape, ni les patriarches de l'Orient n'y avaient pas été représentés.

'L'icône permet de discerner ... l'invisible', comme cette fenêtre ouvrant sur le ciel
Les Pères de Nicée condamnent l'iconoclasme et affirment que l'image n'est pas le modèle, mais qu'elle renvoie au modèle. Ainsi, tout comme les apôtres qui ont pu voir le Christ dans son humanité transfigurée, l'icône permet de discerner, à travers le personnage ou la scène qui sont représentés, la trace de l'invisible.
De plus, quand les chrétiens peignent le Christ sous forme humaine, ils figurent un seul Emmanuel, le Verbe fait chair, ils ne divisent pas pour autant son unité. Au contraire, celui qui représente le Christ en forme humaine, confesse que le Verbe s'est réellement incarné et pas seulement en apparence.
Les Pères de Nicée demandent donc la restauration des images du Christ, de la Vierge et des saints qui aident la prière et permettent de communiquer avec le divin.

Le concile distingue également le culte d'adoration, ou de lâtrie, réservé à Dieu seul, et le culte de vénération, ou d'honneur, admis pour les images, c'est-à-dire pour les représentations des saints. Entendu ainsi, le culte des images n'est pas de l'idolâtrie.
Nicée II lance aussi des anathèmes contre le "frénétique concile" de Hiéria, contre les patriarches Anastase, Constantin et Nicétas et contre ceux qui persistent dans l'hérésie iconoclaste.

Signalons que les décisions du concile furent approuvées par le pape.

L'impact du concile :
  • En Orient, le triomphe des images et de leurs partisans n'avait pas supprimé pour autant le courant adverse. Les opposants au concile de Nicée se regroupèrent autour de Constantin VI qui avait atteint sa majorité, mais se trouvait toujours sous la tutelle de sa mère Irène. Constantin s'émancipa quand Irène dut se retirer au mois d'octobre 790 après avoir déjoué une conspiration dirigée contre elle au printemps de la même année.
    Constantin VI fut cependant très vite déconsidéré, du fait des sanglants échecs que les Bulgares lui infligèrent, ce qui ruina les espoirs des iconoclastes. Rappelée, Irène bénéficia du discrédit de son fils. La victoire des images semblait assurée, d'autant plus que malgré le coup d'état dont Irène fut victime en octobre 802, son instigateur, le ministre des Finances, qui devint Nicéphore 1er (802-811) après avoir renversé Irène, resta fidèle aux images. Cette fidélité aux images ne fut pas remise en cause par Michel 1er Rangabé (811-813), qui succéda à Nicéphore 1er, après que celui-ci avait été écrasé par les Bulgares. D'un point de vue doctrinale tout apparaissait donc clair.
    l'iconoclasme en action avec, ici, la destruction d'une statue de la ViergeEt pourtant, cette situation ne devait pas durer. En effet, Michel 1er Rangabé fut renversé, suite à un échec que lui aussi subit face aux Bulgares. Le nouvel empereur, Léon V l'Arménien (813-820), convaincu que les revers de l'Empire étaient une punition du ciel, se mit à reprendre une politique iconoclaste. Il renouvela les actes de cruauté et de vandalisme du règne de Constantin V. Les images furent brûlées sur les places publiques, des évêques furent maltraités, les moines furent persécutés davantage et leurs communautés dispersées, les biens des iconophiles furent confisqués...
    De 814 à 843, les troubles ne devaient cesser que par intermittence au gré des coup d'état et des alternances des empereurs (cf. Léon V, iconoclaste, renversé et exécuté ; Michel Amorion, iconoclaste modéré ; Théophile (829-842), fils de Michel Amorion, iconoclaste).

    Théodora
    Ce n'est qu'à la mort de Théophile que l'iconoclasme prit définitivement fin. A sa mort, l'empereur Théophile laissait cinq filles et un fils, Michel (le futur Michel III), qui n'avait que six ans. L'impératrice Théodora, iconophile reconnue, fut donc chargée de la régence. La restauration des images s'imposait à ses yeux comme au jugement du conseil de régence.
    Le rétablissement solennel des images fut célébré, le 11 mars 843, par une imposante procession et une cérémonie solennelle à Sainte-Sophie. Ces cérémonies marquaient par là même la restauration de la paix religieuse.
    A la fin du IXe siècle, l'art figuratif redevint normal. Les mosaïques qui nous sont parvenues couvrent toute la période qui va de la fin du règne des iconoclastes jusqu'à la conquête de Constantinople par les croisés en 1204. Les artistes s'inspirèrent des oeuvres qui avaient échappé aux briseurs d'icônes et qui avaient été authentifiées par l'enseignement de l'Eglise. Désormais, l'art byzantin des images, porté par une popularité croissante, fut conçu selon des principes théologiques stricts ; il entra dans une phase d'épanouissement que devait durer trois siècles.
    Aujourd'hui encore, le style de ces icônes fait autorité et constitue un véritable art sacré.

  • Charlemagne
    En Occident, Charlemagne avait reçu du pape Hadrien les décisions du concile de Nicée. Le roi franc marqua des réserves et commença à se considérer comme un arbitre dans le débat sur les images. Ses théologiens se mirent à critiquer Nicée II dans le Capitulaire sur les images (Livres carolins). L'auteur de cet ouvrage multiplia les réserves contre l'oeuvre du concile.
    Sur le fond de la question, les théologiens de Charles combattaient en fait un adversaire imaginaire car ils laissaient entendre que le concile permettait l'adoration des images, sans réaliser que le mot même, chez les Grecs, comportait plusieurs significations (cf. LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE, le culte d'adoration et de vénération). Ce malentendu venait en fait d'une mauvaise traduction latine des actes du concile, rédigés en grec, un malentendu qui aboutit tout de même à la convocation d'un concile à Francfort en 794. Durant ce concile, où étaient présents des légats du pape, Nicée II suscita de vives réactions. Seuls les efforts du pape Hadrien pour expliquer le sens des expressions grecques permirent un apaisement, mais ce n'est que lentement que la querelle se dissipa.

    Le pape Léon III couronnant Charlemagne
    Enfin, on ne peut pas omettre de mentionner la détérioration des rapports entre Byzance et la papauté, et ce, en dépit de l'attachement des pontifes romains à la défense des images. Cette défense des images ne suffit effectivement pas à compenser ce que Byzance regarda comme son plus grave échec en Occident, un véritable crime de lèse-majesté. Jugez-en plutôt : le 25 décembre 800, sous le règne d'Irène à Byzance, Charlemagne fut couronné "empereur Auguste", par le pape Léon III. Ce fut une véritable usurpation aux yeux des Byzantins et un élément capital dans le processus de séparation entre l'Occident et l'Orient, car la papauté montrait ainsi qu'elle avait choisi l'Occident.

III) PISTES DE MEDITATION DANS LE CADRE DE L'OFFICE DES COMPLIES:

1) Les images : idolâtrie ou aide à la prière voulue par Dieu ?

Pour commencer cette méditation des décisions du concile de Nicée II, il faut en tout premier lieu dissiper un malentendu, malentendu, qui fut, d'ailleurs, comme on vient de le voir, à l'origine même de l'iconoclasme.
En effet, que faire de l'interdiction du décalogue :
Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas... (Exode 20, 4-5ab)
A première vue, nous voilà en présence d'une fin de non recevoir devant le culte des images, statues, icônes et autres objets de dévotion. Si l'on s'arrêtait à une lecture superficielle de ce seul passage, nous ne pourrions qu'adhérer aux objections et reproches faits par les protestants à notre égard.
Mais, une lecture plus attentive bat en brèche ces critiques. Et, c'est précisément le concile de Nicée II qui peut nous mettre sur la voie. Remarquons que l'interdiction de Dieu de faire des représentations de créatures célestes, terrestres ou aquatiques ne s'applique que dans le cas où elles seraient utilisées comme idoles. Que l'on veuille bien se souvenir de la distinction que le concile fait entre le culte d'adoration, ou de lâtrie, réservé à Dieu seul, et le culte de vénération, ou d'honneur, admis pour les images. Entendu ainsi, le culte des images n'est pas de l'idolâtrie. Ce n'est qu'à la condition d'accepter les conclusions du concile relatives à ce sujet que l'on peut lire la suite de ce même livre de l'Exode sans y voir de contradictions flagrantes. Ainsi, que dire de ce passage de l'Exode (Ex 25:18-22) où Dieu lui-même ordonne la fabrication de créatures célestes (les chérubins) ?
Tu feras deux chérubins d'or, tu les feras d'or battu, aux deux extrémités du propitiatoire ; fais un chérubin à l'une des extrémités et un chérubin à l'autre extrémité ; vous ferez les chérubins sortant du propitiatoire à ses deux extrémités. Les chérubins étendront les ailes par-dessus, couvrant de leurs ailes le propitiatoire, et se faisant face l'un à l'autre; les chérubins auront la face tournée vers le propitiatoire. Tu mettras le propitiatoire sur l'arche, et tu mettras dans l'arche le témoignage, que je te donnerai. C'est là que je me rencontrerai avec toi; du haut du propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur l'arche du témoignage, je te donnerai tous mes ordres pour les enfants d'Israël. l'Arche de l'Alliance
Comment Dieu en effet pourrait interdire de faire des représentations d'images pour ensuite ordonner leur fabrication (ici les chérubins, créatures célestes) ?! Et ce passage de l'Exode n'est pas le seul où Dieu demande aux hommes de fabriquer des statues, vous pouvez également lire ces passages : Nombres 21, 8-9 ; 1 Rois 6:23-29; 35; 7:29 (où Salomon bâtit un temple orné de statues et d'images). Ces apparentes contradictions ne s'expliquent que si l'on fait effectivement la distinction entre fabriquer des images pour les adorer, ce qui évidemment tombe sous l'interdiction du premier commandement, et fabriquer des images dans un autre but (vénération, décoration, etc...).
Penchons-nous encore sur les conclusions du concile de Nicée II pour en apprendre plus sur les raisons justes de représenter des créatures. Souvenons-nous que dans les décisions du concile (voir ce chapitre plus haut), il était dit : l'icône permet de discerner, à travers le personnage ou la scène qui sont représentés, la trace de l'invisible, et encore Les Pères de Nicée demandent donc la restauration des images du Christ, de la Vierge et des saints qui aident la prière et permettent de communiquer avec le divin.
la TransfigurationDans ces deux conclusions du concile, il est clairement fait état de l'utilité de l'image pour nous aider à appréhender l'invisible. Dieu ne fit pas autrement dans l'épisode de la Transfiguration (Mc 9, 2-10). Pour faciliter la compréhension des Apôtres par rapport au personnage de Jésus, il fut donner à Pierre, Jacques et Jean de voir Moïse et Elie, mais comment les apôtres reconnurent-ils ces deux personnages s'ils ne correspondaient pas aux représentations d'eux auxquelles ils étaient habitués ?

En fait, la première conclusion que l'on peut tirer de cette vénération des images autorisée par le concile, et ce, en accord complet avec les Ecritures, est que Dieu est un expert en psychologie humaine ! Quel Dieu merveilleux que ce Dieu qui comprend notre faiblesse à concevoir l'invisible. Notre Dieu est en effet un grand pédagogue et un expert en amour ; car l'amour vrai est celui qui pour pleinement se communiquer sait se mettre au niveau de l'être aimé, un peu comme des parents qui expliquent des choses compliquées à leurs enfants en utilisant leur vocabulaire ou bien encore en utilisant images et métaphores.
Or, pourquoi refuser cette aide que Dieu veut nous donner, comme il a donné le bâton à Moïse pour soutenir sa foi (cf. Exode 4, 1-4 ; 7, 8-13), ou encore comme il a donné des signes à Gédéon (Juges 6, 15-22), ou bien encore comme Jésus qui a fait lever le paralytique pour illustrer qu'il pouvait pardonner les péchés (Luc 5, 17-26) ? Ce dernier passage est d'ailleurs significatif, Jésus utilise bien un miracle sur une réalité matérielle (le paralytique qui marche) pour aider les gens présents, les pharisiens notamment, à saisir une réalité immatérielle (le pouvoir qu'il a de pardonner les péchés). Les icônes, les statues et autres dévotions populaires n'ont pas d'autre but que celui-ci. Peut-être avez-vous fait l'expérience de l'aide précieuse que pouvait représenter une icône pour fixer l'attention sur l'invisible et ainsi permettre le jaillissement de la prière, un simple regard sur l'icône et voilà la prière qui s'envole tel l'encens du soir (cf. Ps 141, 2). Dans ces cas, profitons à plein de l'aide que Dieu nous offre amoureusement et louons-le avec un coeur d'enfant, plutôt que de condamner ce qui n'est pas de l'idolâtrie. Adorez-vous l'image, priez-vous l'image en tant que telle quand votre prière jaillit après un regard sur elle ou celle-ci a-t-elle tout simplement aidé votre esprit à fixer son attention sur une réalité invisible, pour laquelle l'image n'a servi que de tremplin ?
De même, il ne viendrait à personne d'identifier la louange que l'on peut faire à Dieu pour sa Création (beauté de la nature, etc...) à de l'idolâtrie. Et pourtant, la nature n'est-elle pas l'un des plus beaux signes visibles de la présence de Dieu. On pourrait aller jusqu'à qualifier la nature "d'icône des icônes". Dieu dans sa Création a effectivement voulu mettre des signes visibles qui peuvent aider à l'appréhender, c'est bien ce que l'Apôtre Paul avait vu en Romains 1, 19-21. Pourquoi alors l'homme dans son art ne pourrait-il pas représenter l'invisible en vue de le rendre visible à ses frères ? Voilà une question que nous allons traiter plus bas (cf. 2) L'art dignité de l'homme créateur à l'image du Créateur)

Enfin, signalons que le signe par excellence que Jésus nous a laissé pour nourrir notre foi n'est autre que l'Eucharistie. Les espèces du pain et du vin sont même les signes de la présence réelle du Christ parmi nous. Dans le prolongement de ce signe qu'est l'Eucharistie et du matériel qui peut aider à appréhender l'invisible, prenons toujours plus conscience que nous aussi nous pouvons être signes (c'est à dire 'sacrements' du latin sacrementum, qui veut dire signe) et icônes de la présence de l'invisible parmi nos frères. Nos actions peuvent en effet donner à voir à nos frères la présence de celui qui inspire ces actions, ne l'oublions jamais. C'est là une très haute responsabilité qui mérite toute notre attention et toute notre prière.

Pour en savoir davantage sur l'Eglise sacrement et les 7 sacrements dispensés par l'Eglise comme signes visibles et matériels de l'action du Dieu invisible, cf. le Concile de Trente : la doctrine des sacrements.

2) L'art dignité de l'homme créateur à l'image du Créateur

Le chapitre méditatif qui vient d'être abordé nous amène tout naturellement à cette question : si le Dieu créateur nous a créé à son image, n'est-ce pas là une bénédiction et une sanctification de l'art, dans la mesure où celui-ci est le domaine où précisément le génie créateur de l'homme s'exprime avec le plus de force et de lisibilité ? Là aussi, louons le Seigneur, qui loin de nous réduire à une existence stérile bénit et sanctifie notre sensibilité créatrice et artistique. Grâce à ce Dieu artiste et créateur de beauté, il nous a été donné cette même étincelle de création et de beauté. N'avez-vous jamais senti comme enfoui profondément en vous cette soif de créer, de laisser votre empreinte ? N'êtes-vous pas attiré par le beau ? Dieu nous a légué cette faculté de créer. Les conséquences pour notre vie et notre façon d'envisager nos rapports à autrui sont plus importantes qu'il n'y paraît.
'attirés par le beau'
Ainsi, notre vision de l'art ne peut être que guidée par la propre vision de Dieu. La création est d'une beauté extraordinaire, une beauté que l'homme ne peut égaler, c'est d'ailleurs ce que Jésus dit lui-même en Matthieu 6, 28-29. Dans ces conditions, nous sommes naturellement attirés par le beau. Que penser alors de certaines formes d'art contemporain qui par leur laideur exprime plus un mal être qu'une recherche de la beauté ? Je pense bien sûr à certaines formes de peinture, mais aussi à certaines musiques agressives, qui assomment littéralement les jeunes. Dieu.
LA LAIDEUR
En fait, l'art bien compris est spontanément une manière puissante de louer Dieu. Dans Exode 35, 30-35, Dieu remplit un artiste de son Esprit en vue de bâtir le sanctuaire. David danse pour louer son Dieu en 2 Samuel 6, 14 ; les psaumes, pour leur part, montrent que la musique est une voie naturelle de louange à Dieu.
Plus subtilement, le fait que Dieu nous ait donné ce pouvoir de création, à son image, montre qu'il nous veut libres, de la liberté du créateur, tout comme lui. Cela implique aussi une coopération de partenaire à partenaire avec Dieu, coopération à son oeuvre de création. Notre pouvoir de donner la vie en coopération avec Dieu en est l'illustration la plus forte. Nous sommes procréateurs par la volonté même de Dieu.
Cette coopération créatrice doit aussi se manifester dans nos rapports avec nos frères. Nos vies, en effet, peuvent devenir de véritables oeuvres d'art, telles des mosaïques, dont Chaque geste d'amour contribue à embellir la créationle Seigneur, avec notre consentement donné librement, complète amoureusement l'ensemble. Chaque geste d'amour nourri par la prière contribue à embellir la création de Dieu. Oui, faisons de nos vies de magnifiques créations, tels des artistes inspirés de l'Esprit du Seigneur, alors seulement ce verset biblique Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa (Gn 1, 27) prendra toute sa valeur, précisément du fait que nous serons devenus de véritables images ou icônes de la présence de Dieu en ce monde. Paul va même jusqu'à affirmer que nos propres souffrances sont des moyens puissants pour rendre visible cette présence active de Dieu dans le monde, elles complètent son oeuvre et aident à l'édification de l'Eglise elle-même (Colossiens 1, 24) !

Enfin, cette vision biblique et chrétienne de l'art comme contribution libre et volontaire à l'oeuvre de Dieu ne peut pas ne pas s'appliquer aux livres bibliques eux-mêmes. Ici, nous touchons à un point fondamental, qui différencie radicalement la conception chrétienne et musulmane de l'inspiration.
Selon les musulmans, le Coran fut un livre dicté à Mahomet. Ce dernier n'eut aucune part dans l'élaboration artistique du Coran. Les musulmans vont plus loin, le Coran est vu comme un livre qui préexistait dans le ciel, il fut juste transmis au moment le plus opportun. Rien de tout cela pour la Bible, bien que certaines sectes, tels les témoins de Jéhovah, envisagent l'inspiration biblique en ces termes. D'ailleurs, certains fondamentalistes protestants (évangélistes, etc...) ont une conception très voisine des témoins de Jéhovah. La seule conception juste de l'inspiration des livres bibliques est au contraire celle qui tient compte de la réalité :
St Luc
- d'abord, Dieu, comme nous venons de le voir, respecte notre liberté et notre talent propre, il ne veut et ne peut donc pas nous utiliser comme de vulgaires dictaphones.
- une simple lecture de la Bible nous montre qu'à l'évidence, celle-ci est en fait une collection de livres, reflets en partie de leur époque, de leur culture et du talent de leur auteur.
Ecoutons plutôt le concile Vatican II, dans sa constitution Dei Verbum :

Pour la rédaction des Livres saints, Dieu a choisi des hommes ; il les a employés en leur laissant l'usage de leurs facultés et de toutes leurs ressources, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils transmettent par écrit, en auteurs véritables, tout ce qu'il voulait, et cela seulement.
Cela est lourd de conséquence pour notre façon de lire la Bible :
  1. il ne faut pas la prendre au pied de la lettre, ce qui veut dire, entre autres, que l'on ne peut attendre d'elle des vérités, scientifiques notamment, qui étaient ignorés des auteurs qui l'ont rédigée.
  2. il faut se former pour la comprendre en rapport avec le terreau culturel où elle a pris racine, et ce, pour chacun des livres qui la composent. Jésus lui-même ne dit pas autre chose en Matthieu 19, 7-9. Il admet que certains passages de la Bible ont été rédigés en tenant compte de l'état d'esprit des gens de l'époque correspondant à la rédaction de ces passages, ce qui ne veut pas dire que certaines parties de la Bible sont caduques (cf. Matthieu 5, 17-19), mais, elles ont besoin d'être méditées, interprétées et réactualisées, grâce à la prière d'abord et à une formation adéquate ensuite. A ce sujet, je vous conseille de lire cette page du site (conseils pour lire la Bible).
  3. ce qui découle des deux postulats précédents, c'est qu'il faut donc non seulement lire la Bible, mais aussi la méditer, l'interpréter et la prier, nous laissant guider par celui-là même qui a inspiré les auteurs bibliques tout en respectant leur talent et leur liberté artistique : l'Esprit saint (cf. 2 Pierre 1, 20-21). Dieu nous respecte trop pour nous priver de notre intelligence quand il s'agit de lire sa Parole. Là aussi, Dieu attend de nous un effort coopérant à sa grâce. Il s'agit donc, en lisant la Bible, de coopérer à l'action de Dieu dans l'interprétation de tel ou tel passage. Cette coopération est en fait le résultat de l'acquiescement libre de nos intelligences et de nos sensibilités à l'inspiration du Saint Esprit quand nous entrons en contact avec la Parole de Dieu. A une échelle plus grande, cela justifie pleinement l'existence de la Tradition et du Magistère. En effet, le Saint Esprit a également guidé l'Eglise tout entière dans l'interprétation de la Bible. Ce qu'on appelle la Tradition n'est en définitive pas autre chose.
    Enfin, ce dernier point implique le respect d'interprétations différentes de la nôtre dans la mesure où celles-ci se conforment au garde-fou qu'est la Tradition de l'Eglise. La pluralité d'interprétations pour un même passage est en réalité un merveilleux signe du fait que Dieu parle à chacun de nous différemment, selon notre sensibilité propre, nous permettant ainsi de nous enrichir les uns les autres. Mais, au bout du compte, le message final, en dépit d'interprétations différentes, ne reste-t-il pas le même ?
En conclusion, remercions Dieu parce qu'il nous aime et nous respecte tant qu'il nous a donné la liberté de créer, jusque dans la rédaction et l'interprétation de sa propre Parole, il en a fait le lieu par excellence de la rencontre de son génie divin et de notre génie artistique humain, reflet de sa gloire, c'est pourquoi la Bible lue selon les règles de la Tradition sera toujours et à jamais une 'lecture-rencontre' entre Dieu et tout ce que nous sommes avec notre vécu et notre sensibilité. Rien ne nous est arbitrairement imposé d'en haut, tout est affaire d'amour et de coopération, tels le Père et le Fils en la Sainte Trinité.

3) L'Incarnation du Christ comme source artistique

Il nous reste encore une question à soulever en rapport avec ce concile. Pour cela, il nous faut revenir à ce que disait St Jean Damascène quand il affirmait que les icônes étaient des signes visibles de la sanctification de la matière rendue possible par l'Incarnation du Christ :
  • La première conclusion que nous pouvons en tirer est que Dieu n'a pas triché en s'incarnant par son Fils. En effet, Dieu incarné en Jésus Christ, c'est l'inverse du Dieu des philosophes ou du Dieu créateur des hindous Brahma désincarné, qui trône indifférent dans les nuages. Dieu est bien plus que l'horloger de Voltaire, qui n'est là que pour expliquer l'existence de l'horloge (= le monde). L'Incarnation de Dieu en la matière est une réalité telle que toutes les conséquences peuvent et doivent en être assumées, à commencer par celle de pouvoir représenter le visage qu'il prit en l'Incarnation de son Fils. Refuser de peindre le Christ, c'est en fait ne pas aller au bout de ce qu'implique sa venue en notre chair. St Paul d'ailleurs le dit clairement en Colossiens 1, 15 quand il qualifie Jésus d'image du Dieu invisible (lire aussi Colossiens 2, 9). Dieu a voulu se donner à voir en son Fils, alors peignons-le, cela ne manquera pas d'aider notre esprit à fixer son attention sur la réalité de sa présence invisible (cf. plus haut 1) Les images : idolâtrie ou aide à la prière voulue par Dieu ?).
  • Ensuite, penchons-nous sur ce deuxième aspect de la réflexion de St Jean Damascène quand il dit que l'Incarnation de Dieu en la matière la sanctifie. Les implications sont fantastiques. Dieu nous aime totalement, c'est à dire corps et âme. Il prend donc soin de nous jusque dans nos corps, d'où les nombreuses guérisons physiques effectuées par Jésus durant son ministère terrestre, guérisons physiques, qui arrivent encore de nos jours et que l'on peut donc demander.
    La sanctification de la matière signifie également que tout ce qui concerne nos corps est sanctifié, à commencer par la sexualité (si vous voulez plus de renseignements sur la dignité du corps, voir le concile Constantinople II, l'origénisme, chapitre la croyance à la préexistence de l'âme, qui tombe par châtiment dans le corps, dernier paragraphe). De plus, nos corps deviennent de véritables instruments, ou mieux encore, de vraies icônes charnelles de la présence et de l'action divine ici-bas, notamment par l'exercice de la charité à travers nos jambes et nos bras, à l'instar de Jésus durant son ministère terrestre.
    A contrario, le péché peut atteindre le corps. La morale n'est donc pas optionnelle. De même, ce qui dégrade le corps, tels que la consommation exagérée d'alcool, le tabac, etc... peut être considéré comme péché (cf. 1 Corinthiens 3, 16-17, où notre corps est appelé temple de l'Esprit Saint). Par conséquent, notre devoir est de prendre soin de notre corps, au moins en ne lui nuisant pas, que ce soit par une mauvaise hygiène de vie ou par l'immoralité.
  • En dernier lieu, et c'est le plus important, l'Incarnation, qui a rendu possible le fait de voir, de toucher et donc de représenter le Christ, est le signe tangible de l'amour de Dieu qui s'est fait proche de nous en Jésus Christ. Comme le dit Jésus en parlant de sa venue et de son ministère : le règne de Dieu s'est approché (Mc 1, 15). Désormais, plus rien de ce qui nous arrive n'est étranger à Dieu. Dieu, en Jésus Christ, s'est fait l'un des nôtres pour porter avec nous nos difficultés (cf. Isaïe 53 ; Hébreux 2, 10-12 ; 1 Pierre 2, 21-25). En Jésus Christ, la communion entre Dieu et l'homme est restaurée (Romains 5, 10 ; 2 Corinthiens 5, 18-19). De nouveau, l'homme peut se lier d'amitié avec Dieu, tout comme en Eden, quand Dieu se promenait dans le jardin en compagnie de l'homme (Gn 3, 8). Dieu est en effet de nouveau visible à nos yeux, nous pouvons, en quelque sorte, le voir, comme Adam le voyait, ce n'est qu'une affaire de temps pour que cela se réalise pleinement. Pendant notre pèlerinage terrestre, nous voyons Dieu par les icônes, l'art, nos frères, les signes-clin d'oeil de l'Esprit et par-dessus tout l'Eucharistie, jusqu'à ce qu'enfin, à l'heure de notre mort, nous le voyions face à face (cf. Job 19, 25-27 ; 1 Corinthiens 13, 12).
    Nous savons maintenant qu'en Jésus Christ, Dieu est notre Ami de tous les instants, agissant au coeur de nos vies. Oui, rien de ce qui affecte nos existences n'est trop insignifiant pour échapper à son Amour.

Si vous voulez un résumé beaucoup plus complet de ce Concile, notamment pour
ce qui est de ses décisions, de ses décrets et de son déroulement cliquez ici.

Pour savoir comment chercher un passage dans la Bible → cliquez ici


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