QUI SUIS-JE ?
Les années universitaires
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V) RETROUVAILLES AVEC
MA MERE L'EGLISE :
(les faits)



baptême 'type évangélique'
J'étais donc plein de ces discours et clichés si abondamment véhiculés par mes frères protestants évangéliques. J'étais devenu si méfiant et hostile que je commençais à envisager de me faire rebaptiser par ces derniers. Seule la réaction de mon père et de sa famille m'avait retenu jusque là.
J'étais au sommet de mon hostilité au catholicisme, je refusais tout en bloc : la Vierge Marie, les saints, le pape, etc..., enfin, quand je dis que je rejetais tout en bloc, ce n'est pas tout à fait exact, je dois être plus nuancé. En fait, il serait plus vrai de dire que j'avais de très sérieux doutes sur les éléments de la foi catholique que je viens de citer. Des doutes que je n'hésitais pas à formuler ouvertement. Pourtant, ma situation était pour le moins ambiguë, jugez-en plutôt. Je menais comme une double vie. A Strasbourg, je fréquentais assidûment mes frères évangéliques, m'affichant avec conviction en leur compagnie dans les restaurants universitaires pour y vendre des publications chrétiennes de leur cru.
Mais, dès que, le week-end, je rentrais à Belfort, j'allais à la messe le dimanche, ou le samedi soir, avec mon père. Je me souviens même que mon père m'avait emmené voir un prêtre pour que nous discutions. Bref, cette ambiguïté, que j'entretenais, par crainte de franchir le pas et de déclencher ainsi l'incompréhension de mon père, me fut en quelque sorte salutaire. Par ce biais, je maintenais un lien, ténu certes, mais un lien tout de même avec l'Eglise catholique, ce qui, selon toute vraisemblance, empêcha mes doutes sérieux de se muer en opposition ferme et dure au catholicisme.
Ce contact minimal me permit aussi de ne pas oublier certaines bases de mon catéchisme, qui allaient se révéler être plus qu'utiles.

Mon retour vers ma mère l'Eglise commença par un événement somme toute anodin.

'Voilà donc mon frère embarqué
dans une discussion théologique'
J'étais au restaurant universitaire, aidant mes frères évangéliques à évangéliser par la vente de livres chrétiens. J'étais là debout lorsque je surpris une conversation entre un de mes frères protestants évangéliques, un membre honoré et respecté, et un musulman. Comme on devait s'y attendre la discussion se focalisa sur la divinité de Jésus, qui, rappelons-le, n'est pas reconnue par l'Islam, pour lequel Jésus n'est qu'un prophète. Voilà donc mon frère embarqué dans une discussion théologique, dont il avait, si je me souviens bien, du mal à se dépêtrer. Il faut dire à sa décharge que les musulmans, en général, sont de redoutables discoureurs, ils savent très bien intellectualiser les vérités de foi, ce qui explique sans doute pourquoi il leur est inconcevable de reconnaître la Trinité, qui est avant tout une vérité du coeur. La discussion allait bon train, quand, tout à coup, mon frère lâche une phrase qui n'en finira pas de résonner en moi : 'Oui, c'est vrai, Jésus est une créature, il n'est pas engendré, puisque dans la Bible, il est écrit qu'il est
le : "premier-né de toute créature" (Colossiens 1, 15) '
. Alors, là, je ne comprenais plus, comment peut-on dire que Jésus est le Fils Unique de Dieu (Jean 3, 16), qu'il est donc le Fils de Dieu au sens propre et non adoptif, et dans le même temps affirmé qu'il n'a pas été engendré ?! Me revint alors cette célèbre formule du Symbole ou (grand) Credo de Nicée-Constantinople, parfois récité dans nos Eucharisties, Engendré, non pas créé. Qu'est-ce à dire ?


Jésus donnant les clés du Royaume à Pierre

(Matthieu 16, 13-20)

D'abord, signalons que ces frères protestants que je côtoyais à l'époque adhéraient à ce credo, ils n'étaient pas Témoins de Jéhovah. Mais pourquoi une telle contradiction ?
C'est justement là que la bât blesse. C'est bien là la faiblesse du protestantisme en profondeur. Il y a certes chez eux une très grande liberté apparente, chacun lit sa Bible, prie et vit sa foi d'abord individuellement avant de la vivre communautairement, cela peut être un point fort, dans la mesure où la relation personnelle au Christ est vivante et fervente, là-dessus, les catholiques devraient prendre exemple, mais voilà...
A force de faire sa petite sauce, on en vient à perdre de vue le saint dépôt (2 Tim 1, 14), celui que tout chrétien partage avec ses frères, fruit d'une lente méditation et maturation collective depuis les débuts du christianisme, ce dépôt noble, pour prendre un image viticole, n'est autre que ce que l'Eglise appelle Tradition ! Si mon frère évangélique avait su son Credo et compris toute la lente et profonde interprétation des Ecritures qui avait accouché de cette phrase au Concile de Nicée : 'Engendré non pas créé', il ne se serait certainement pas permis une telle légèreté et incohérence !

Engendré non pas créé

Jésus, solidaire de la création,
l'entraîne vers le Père
Je décidai donc d'apprendre par coeur ce credo et d'en chercher les fondements scripturaires. Mais, il me fallait d'abord comprendre cette parole de Colossiens 1, 15 : "premier-né de toute créature". Je ferais remarquer, pour commencer, que la traduction liturgique de nos messes propose "premier-né par rapport à toute créature". Mais, de toutes façons, quelle que soit la traduction, la contradiction apparente avec le fait que Jésus soit bien Dieu né de Dieu, engendré, non pas créé se résout d'elle-même. En méditant sur cette apparente contradiction, je fus d'ailleurs amener à découvrir des vérités, me semble-t-il profondes, sur la personne du Christ et l'amour du Père : Le Christ est solidaire de toute la création, il en est la tête, il en est le centre, le but (cf. Colossiens 1, 16 + la théologie de Teilhard de Chardin). En ce sens, il est bien le premier-né de la Création, puisque c'est par l'engendrement de la parole créatrice de Dieu que la création est venue au monde. Sans Verbe (= l'agir de Dieu) la création n'eût pas été possible. Le premier acte de création est, si l'on peut dire, l'engendrement du Fils, ce dernier étant, en quelque sorte, le projet amoureux de Dieu pour sa création, projet, qui, bien évidemment, ne pouvait sortir que de Dieu, ne venir que de son coeur, de son for intérieur, c'est ce qu'engendré veut dire (Jean 8, 42 ; 16, 28). En outre, dire que le Fils est engendré de toute éternité ne change rien à l'affaire, si j'ose dire, dans la mesure où cet amour du Père qui sort de lui-même pour aller se donner à un vis-à-vis (le Fils) - prélude à la création - a toujours existé, partie intégrante de la personne ou personnalité de Dieu le Père.

Je me rendis alors compte que le chemin à suivre était de lire les Ecritures à la lumière de la Tradition bimillénaire de l'Eglise.
Cette Tradition, dont l'Eglise catholique est la grande dépositaire, tant décriée par certaines églises chrétiennes, a le mérite de clarifier notre foi, sans pour autant la bâillonner. Oui, vraiment, à l'époque, je me suis pleinement rendu compte que seule l'Eglise pouvait me fournir le garde-fou minimal qu'est en fait la Tradition.
Sa Tradition et ses dogmes, véritables dénominateurs communs à tous les catholiques, me semblaient clairs. Ils présentaient l'énorme avantage d'éviter le flou artistique doctrinal que la petite cuisine individualiste de ces jeunes branches protestantes entretenaient plus ou moins consciemment, et ce, tout en me préservant une grande autonomie spirituelle et individuelle.
C'est donc tout naturellement, comme je l'ai dit plus haut, que je commençai par le Credo.

JMJ avec Jean-Paul II

Parallèlement à ma redécouverte de la Tradition, j'appris à connaître cette Eglise que j'avais si promptement jugée. En effet, certains de mes amis à l'université me firent part de leur foi catholique et me conduisirent à l'aumônerie catholique universitaire. J'y rencontrai l'aumônier, qui devait me marier quelques années plus tard !
Mais, ma découverte de l'aumônerie ne se limita pas au prêtre, j'y appris aussi à connaître une jeunesse catholique dynamique, ouverte sur le monde, voulant le transformer le plus qu'il est possible au lieu de le condamner (Jean 3, 17).
Je m'apprêtais à aller de découverte en découverte, tant sur le plan théologique que ecclésial...

Si vous voulez plus de précisions historiques, théologiques et scripturaires sur le credo, etc..., je vous conseille d'aller consulter ces pages de mon site :

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