QUI SUIS-JE ?
Les années universitaires
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V) MES FRERES PROTESTANTS
ET
"LES CATHOLIQUES EGARES"

    Alsace
La région où j'ai fait mes études
StrasbourgTitre provocateur, s'il en est, mais, quand je devins étudiant, j'étais prêt pour accueillir une telle affirmation. Ces années correspondirent à un approfondissement de ma foi, approfondissement qui prit comme cadre non plus Belfort, mais Strasbourg. En effet, étant devenu étudiant, je dus déménager dans ce que l'on appelle une ville universitaire. Ces années furent tout à la fois douloureuses et joyeuses, douloureuses parce qu'elles virent le divorce des mes parents, dans des conditions que je préfère taire, mais, comme je viens de le dire, elles furent aussi joyeuses, ce fut en effet à ce moment que je rencontrai ma promise !
Comme bien des gens, mes souvenirs d'étudiant sont inoubliables, quelle période bénie où l'être humain, après s'être formée corporellement durant la puberté, achève de se former intellectuellement et, s'il le veut bien, forme son coeur et son intelligence à la foi dans des directions qui influenceront toute sa vie. Période d'insouciance où les responsabilités familiales et professionnelles n'existent pas encore, liberté sans les parents, période bénie, mais période de tous les dangers, où livré à soi-même dans une grande ville, sans parents, la liberté peut être bien mal utilisée...
Qu'est-ce à dire ?

Moi, étudiant,
devant le lycée Fustel de Coulanges,
qui abrite aussi les hypokhâgneux.
Eh, bien, il est sûr que se retrouver seul sans ses parents, libre de gérer son emploi du temps, quel changement ! Vivre seul, se faire de nouveaux amis, c'est si exaltant !
Je viens de dire que j'étais libre de gérer mon emploi du temps, en fait, ce n'était que partiellement vrai. Je n'étais pas à l'université, où l'emploi du temps est effectivement très souple. J'étais en classe préparatoire (lettre sup, aussi connu sous le nom d'hypokhâgne). La quantité de travail était bien supérieure à la Terminale littéraire où j'avais passé mon bac. Les conséquences ne se firent pas attendre dans ma vie spirituelle : abandon total de la prière, absorbé que j'étais à m'adapter à mon nouveau rythme de travail. Cette expérience devait d'ailleurs me marquer durablement, dans la mesure où elle me fit prendre conscience de la nécessité de trouver une méthode de prière qui pourrait justement m'aider à éviter ce type de situation où, faute de repères précis au jour le jour, la régularité et la fidélité à la prière s'évanouissent dans le tourbillon de la vie quotidienne (cf. Marc 4, 7-8 ; Marc 4, 18-19). Mais, il est encore trop tôt pour parler de la naissance de la règle de prière qui justifie l'existence de ce site Internet.
Je disais donc que par manque de racines solides, je délaissai la vie de prière. Cela dura à peu près un trimestre. Je croyais toujours en Dieu bien sûr, et, il n'était pas question pour moi de me définir autrement que comme chrétien, mais j'avais déserté la vie de prière, "laissant Jésus seul à son sort". C'est, me semble-t-il, au début du trimestre suivant, début 1985, que la petite flamme intérieure, allumée un an auparavant, se fit sentir à nouveau, peut-être avais-je enfin trouvé mon rythme. Quoiqu'il en soit, la leçon est belle et encourageante : peu importe nos moments de désertion et d'infidélité, Dieu, lui, est
'Il ne faut jamais se décourager
à propos des moments de faiblesse que
nous...traversons, le temps d'exposition à
la grâce dont nous avons
bénéficié...n'est jamais perdu'
fidèle. Comme je l'avais déjà dit en référence à mon enfance (cf. DANS LES PROFONDEURS DE L'ENFANCE OU L'HUMBLE SEMENCE), il ne faut jamais se décourager à propos des moments de faiblesse que nous ou nos proches traversons, le temps d'exposition à la grâce dont nous avons bénéficié dans nos temps de prière, ou dont nos proches ont bénéficié par notre intercession, n'est jamais perdu, bien au contraire, il est un investissement pour l'avenir (cf. Marc : 4, 26-34). Tâchons de nous en souvenir dans nos périodes de découragement !
Bref, de retour à Strasbourg, après les fêtes de Noël, j'étais à nouveau travaillé par ce désir de vivre avec mon Dieu, de vivre en chrétien, de témoigner... Mais, je n'étais pas mûr du tout pour vivre ce désir de Dieu dans la communion pleine et entière avec l'Eglise catholique. En effet, ma fréquentation des Témoins de Jéhovah avait laissé des séquelles. N'oublions pas non plus que dans mon année de terminale, année de découverte de la foi et de la Bible, je fus très marqué par l'approche protestante, notamment par le biais de Radio Evangile (cf. Découverte de la Bible, un piège ?).
Ce fut donc tout naturellement que je décidai de renouer avec la vie chrétienne en profitant de toutes les nouvelles possibilités que m'offrait une ville universitaire comme Strasbourg, qui, précisons-le, compte un grand nombre de protestants. Le nombre élevé de protestants que l'on trouve à Strasbourg et dans toute l'Alsace s'explique, en fait, par l'histoire même de cette région de France qui au XIXèmeet XXèmesiècles fut tantôt française, tantôt allemande. Quand on sait que près de la moitié de la population allemande est protestante luthérienne, on comprend mieux pourquoi il y a tant de protestants en Alsace. De ce mélange des religions, il devait, d'ailleurs, y avoir pour moi des conséquences plus que durables, puisque ma femme, alsacienne, bien qu'étant catholique, est issue d'un mariage mixte, sa mère étant protestante luthérienne.

Quartier étudiant de l'Esplanade
Comme je viens de le dire, j'avais décidé de reprendre une vie active de foi et de prière en tirant avantage d'une ville comme Strasbourg, où je pourrais sans difficulté rencontrer de jeunes étudiants protestants.
Bien déterminé à me lancer dans cette entreprise, il me fut relativement facile de trouver - à l'université ou dans le quartier étudiant (l'Esplanade), je ne m'en rappelle plus exactement - une affiche d'information concernant des groupes bibliques.
Je me souviens d'ailleurs très bien de ma première soirée au groupe biblique universitaire (GBU). L'affiche stipulait que l'étude biblique commençait à 20h30, je m'étais donc tout naturellement préparé pour arriver au lieu de réunion à 20h30, mais ce que je ne savais pas, c'est qu'en fait la réunion commençait à 20h par des chants ! En plus, je crois bien que je m'étais perdu, une autre bonne raison d'arriver en retard !

J'étais donc là, plantée devant la porte n'osant pas rentrer, je ne pouvais pas rentrer en plein milieu des chants tout de même. Je me rappelle même avoir été soulagé, j'avais trouvé une excuse pour rebrousser chemin, car, il faut bien avouer que j'étais crispé à l'idée d'aller participer à ce genre d'étude biblique. J'en avais certes rêvé quand j'étais lycéen, alors que j'écoutais radio évangile ; mais de là à rencontrer ce type de personnes en chair et en os, il y avait un monde - de timidité et de réticence. J'allais donc partir quand un jeune homme arriva, lui aussi était en retard. Il m'encouragea à rentrer, ce que je fis, je ne pouvais plus me défiler. Fait 'étrange', ce fut l'unique fois que je vis ce jeune homme, plus jamais il ne revint, bien qu'il fût connu de ce groupe.
Ma première impression se résumait à ce que l'on pourrait qualifier de coup de foudre. Comme ils croyaient avec ferveur, quelle connaissance de la Bible, comme les Témoins de Jéhovah, mais en mieux, sans hérésie !

En fait, les réunions étaient toujours bâties sur le même modèle :

  1. chants très vivants et enlevés, je dois avouer que j'aimerais toujours chanter ce genre de chant, mais les chants de messe sont souvent, malheureusement, beaucoup moins rythmés.
  2. ensuite, ce qu'ils appelaient : étude biblique, ce qui, en réalité, n'était qu'un sermon-enseignement plus ou moins en relation avec un texte biblique, servant de point de départ. L'enseignement suivait linéairement le texte biblique choisi, avec de nombreuses digressions. Chaque semaine, le livre biblique était continué. Curieusement, seules les épîtres de Paul étaient lues.
Pendant bien 2 ans, je trouvais mon compte dans ce type de réunion, j'essayais même d'y emmener des amis, mais aucun d'entre eux n'accrocha. En revanche, je me fis quelques amis dans ce groupe. Je me souviens même avoir participé avec eux à des ventes de livres religieux dans les restaurants universitaires. Ils faisaient également du porte à porte en cités universitaires, mais je n'y ai jamais participé.

étude biblique, simple et joyeuseJe fus littéralement charmé par ce sens de l'évangélisation dynamique, cette vie ecclésiale si simple et dépouillée, sans hiérarchie apparente, à l'image de ce que Jésus semblait préconiser en Matthieu 18, 19-20 (voir aussi Actes 2, 42-47). De plus, leur connaissance littérale de la Bible au verset près était à mes yeux l'assurance indubitable qu'ils détenaient la vérité pleine et entière.
Avec le recul, je me rends compte maintenant que ces protestants évangéliques (= protestants très proches du sens littéral des Ecritures, voire fondamentalistes) avaient certes dans le dogme une foi radicalement différente de celle des Témoins de Jéhovah (cf. Trinité, etc...), mais que dans le mode d'expression, les schémas de pensée et la méthode d'évangélisation, ils ressemblaient fort à ces derniers, jusque dans le porte à porte !


De ces années de flirt intense avec le protestantisme, et pas n'importe lequel protestantisme, le plus radical (évangélique et pentecôtiste), mon goût des Ecritures, déjà aiguisé par la fréquentation des Témoins de Jéhovah, ne fit que se renforcer. Désormais, je ne pourrais plus jamais prendre la Bible à la légère.
De même, il devait me rester cette conviction que le chrétien ne peut pas ne pas lire la Bible régulièrement et assidûment. Elle contient les réponses à nos problèmes dans la vie, Jésus lui-même n'a-t-il pas cité les Ecritures abondamment durant son ministère, jusqu'au coeur de la Tentation (Luc 4, 1-13) ? Comment donc, à notre tour, ne pas les considérer comme Parole de Dieu, lettre d'amour du Père à l'humanité.
Toute la nuance, par rapport à ces années, est que maintenant, je prends toujours la Bible au sérieux, mais en utilisant mon intelligence et ma sensibilité (dons de Dieu), nourries au creuset de la Tradition, pour dépasser le premier degré du mot à mot et aller à la substantifique moelle, comme disait Rabelais en d'autres circonstances.

Pour terminer, je voudrais mentionner une autre caractéristique dont je m'étais affublé au contact de ces frères protestants : une méfiance, pour ne pas dire une hostilité ouverte, au catholicisme. Le retour à ma mère l'Eglise s'annonçait difficile, voire miraculeux !

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