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Les années universitaires
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V) L'AUMÔNERIE UNIVERSITAIRE CATHOLIQUE :
(Mon départ de chez les évangéliques : bilan)



Comme je le disais à la page précédente, ma découverte de l'aumônerie me réservait beaucoup de surprises. Mais avant d'aborder ma découverte de l'aumônerie proprement dite, je voudrais dire un mot sur la période de transition que j'ai vécue entre le moment où j'étais partie prenante dans le groupe évangélique et celui où mon investissement s'est pleinement porté sur l'église catholique.
1. REACTION DES EVANGELIQUES A MON DEPART
Mon départ de chez les évangéliquesIl est bien évident que mon choix de revenir à l'église catholique a beaucoup étonné mes amis évangéliques. Ils ne comprenaient pas comment cela était possible, eux qui étaient plutôt habitués à voir des catholiques tièdes venir gonfler leur rang. On peut dès lors comprendre que pour eux, une seule explication était possible, 'j'avais mal tourné'. Je me souviens d'ailleurs de quelques rencontres avec des membres du groupe biblique après ma décision ; à cette occasion, ils n'ont pas manqué, il faut bien le dire, de m'avertir que l'Eglise catholique était remplie d'erreurs et que par conséquent je me fourvoyais. Face à ces affirmations pour le moins péremptoires, j'avoue qu'à l'époque je n'avais pas trouvé les mots pour leur expliquer mon choix. Mais, en définitive, cela aurait-il servi un tant soit peu ? Ils étaient tellement persuadés que eux seuls possédaient la vérité que la meilleure explication du monde aurait été bien inutile. Je dois dire également à leur décharge qu'il ne m'était pas très facile de 'justifier' ma décision, d'autant que je connus, comme toute période de transition, des hésitations. Ainsi, tout en étant membre de l'aumônerie, je continuai pendant un certain temps à fréquenter les réunions bibliques, jusqu'au jour où ma position devint vraiment intenable du fait des jugements formulés plus ou moins explicitement par la plupart des membres du groupe biblique.
Pour conclure ce chapitre relatif aux évangéliques, je pourrais dire que je ne regrette pas cette expérience dans la mesure où elle m'a encore davantage enraciné dans l'amour de la Parole de Dieu. Pour moi, il m'est devenu maintenant impossible de concevoir ma foi indépendamment d'une lecture assidue de la Bible, même si, je dois le dire, cette conception de la foi est à nuancer pour d'autres, comme nous le verrons plus tard. J'ai aussi appris par eux que l'église avant d'être une institution est une assemblée, ce qui est lourd de conséquence pour la vision que l'on peut avoir de la messe ou de la vie en l'Eglise. M'autoriserez-vous à ce sujet une petite digression ? Bien que mon amour de l'Eglise soit, je l'espère, profond, il n'est pas aveugle, il y a en effet certains aspects de sa vie qui, à mon avis, mériteraient d'être revus.
2. L'APPORT DES EVANGELIQUES DANS MA VISION DE LA LITURGIE
Par exemple, ce qui m'a toujours manqué dans les messes, c'est la spontanéité et l'enthousiasme dont faisaient preuve les évangéliques dans leurs réunions. Les chants, également, étaient d'une très grande intensité tant par leurs paroles, souvent tirées de la Bible, que par leur mélodie rythmée et entraînante. Par contraste, je dois dire que les chants de la messe sont - à mon goût - bien peu enthousiasmants, sauf exceptions, bien sûr. C'est un avis qui n'engage que moi, mais l'aggiornamento (la mise à jour) de l'Eglise lancé par Vatican II a besoin d'être approfondi et prolongé vers une plus grande spontanéité dans les liturgies, où les fidèles pourraient s'investir pleinement par une participation plus grande. Si on lit attentivement les Actes des Apôtres, on se rend vite compte que le rite était plus conçu comme un cadre servant à l'épanouissement de la spontanéité priante, par l'apport d'une certaine structuration, plutôt qu'à figer la prière en des formulations interdisant toute intervention des fidèles (Actes 2, 42-44.46-47 ; 4, 23-31 ; 12, 12-16 ; 13, 1-3 + Colossiens 3, 16). A ce sujet, si vous voulez en savoir plus sur les adaptations possibles en assemblée dominicale ou à l'intérieur d'un office de la Liturgie des Heures, vous pouvez consulter cette page :
(adaptation de la méthode de prière à la prière en famille et en groupe, il est évident que ces adaptations sont à envisager dans de petits groupes plutôt que dans des grandes assemblées. Dans le cas de plus grands rassemblements, certains moyens techniques - micros circulant dans l'assemblée, etc... - peuvent compenser quelque peu l'effet de surnombre. On peut penser à la subdivision de l'assemblée en plus petits groupes au moment des partages pour après récapituler les partages par des prières de 'rapporteurs', etc... Cette dernière suggestion trouve plus ou moins sa mise en pratique dans ce qu'on appelle les dimanches 'parole en fête', mais ce type de messe du dimanche reste l'exception...).
micro circulant dans l'assembléeCes adaptations permettant une plus grande participation du fidèle n'empêchent pas d'ailleurs les prières eucharistiques, un court sermon introducteur ou récapitulatif du prêtre, etc... Ce ne sont évidemment que des suggestions, mais, il y a une direction qu'il me semble intéressant de prendre. De même, posons nous la question de la participation du corps dans nos messes 'assis-debout'. Le geste de paix est un excellent premier pas réintroduit à la suite de Vatican II, je dis 'réintroduit', car les premiers chrétiens connaissaient bien le baiser de paix (cf. 1 Pierre 5, 14). Comme on le voit, la tradition n'est pas du côté que l'on croit. Quoiqu'il en soit, mon but, comme vous l'avez certainement compris, n'est pas de contester, de révolutionner ou de critiquer, je préfère le chemin de l'obéissance réformatrice et priante, c'est à dire une réforme que je confie au Seigneur, car lui seul sait jusqu'à quel point j'ai tort ou raison, lui seul peut initier les réformes nécessaires dans un amour respectant les réticences et les crispations, et ce, pour atteindre à plus long terme une adhésion profonde et agissante de la part de tous. Et si dans le mûrissement de la vie de l'Eglise, le Seigneur appelle à une action plus 'visible', ce ne sera alors plus dans la contestation du fait même que les situations auront mûri grâce à la prière.

Après cette petite - ou trop longue - parenthèse, utile toutefois, si l'on veut bien comprendre ce que m'ont apporté ces groupes bibliques évangéliques protestants, je me propose de reprendre le fil de mon témoignage, à savoir les raisons pour lesquelles je suis revenu au 'christianisme de sensibilité catholique', cette dernière expression n'étant pas choisie innocemment. En effet, elle me paraît plus adaptée que 'catholicisme', dans la mesure où nous ne devons pas oublier que nous sommes chrétiens avant d'être catholiques, protestants ou orthodoxes. Si nous comprenions bien cette réalité, l'oecuménisme ferait un pas de géant.

3. L'EGLISE CATHOLIQUE ET LES AUTRES CONFESSIONS CHRETIENNES
Les religions présentées de manière concentrique
dans Vatican II, avec le catholicisme au centre
Mais, me direz-vous, si l'on est chrétien avant d'être catholique, pourquoi avoir opté pour le catholicisme ?
Tout d'abord, comme vous avez peut-être déjà pu le lire dans les pages précédentes (cf. notamment V) retrouvailles avec ma Mère l'Eglise : les faits), les raisons qui m'ont poussé à réintégrer le giron catholique sont d'ordre doctrinal, c'est d'ailleurs pourquoi je comprends pleinement la présentation des liens qu'il existe entre l'Eglise catholique et les autres chrétiens, puis entre l'Eglise et les autres religions dans l'article de foi de Vatican II, intitulé Lumen Gentium (chapitre 2, points 15-16-17) - dans ce chapitre, les églises, puis les religions, sont présentées de manière concentrique : d'abord les catholiques, ensuite, les chrétiens, ensuite les juifs, ensuite les musulmans, et enfin les autres religions. Plus on est proche du centre qu'est l'Eglise catholique, plus on est proche de la vérité ; plus on s'éloigne du centre, plus on s'éloigne de la vérité.
Maintenant, je peux dire que non seulement j'adhère à cette présentation cérébralement, mais aussi par expérience. Oui, vraiment, j'ai la conviction que je suis dans l'Eglise la plus proche du coeur de Jésus, sans pour autant nier aux autres églises la possibilité de m'enseigner et de m'inspirer dans la mesure où précisément elles se trouvent, malgré certains manques, dans le rayon d'amour du Christ.

Je disais donc que je pouvais souscrire à l'affirmation de Vatican II ci-dessus par expérience, ce qui me ramène à mon témoignage personnel.
J'en étais arrivé au moment où je décidai de franchir le pas. La nécessité de quitter ouvertement et définitivement le groupe biblique évangélique m'était désormais devenue une évidence.

4. CLICHES ET ERREURS D'ANALYSE DE LA PART DES EVANGELIQUES EN RAPPORT AVEC LA DOCTRINE DE L'EGLISE : UN EXEMPLE
Ce départ me fut, disais-je, grandement facilité par l'attitude du groupe biblique lui-même, mais pas uniquement.
Il ne fut pas très difficile de me rendre compte de certaines limites propres aux évangéliques quand j'entrai en contact avec l'aumônerie catholique. En premier lieu, je ne mis pas longtemps à m'apercevoir que l'opinion des évangéliques sur la vie de l'Eglise catholique reposait sur une montagne de préjugés enracinés dans un abîme d'ignorance. Cette ignorance était en un certain sens bien compréhensible puisque les 'catholiques' qui se convertissent au christianisme évangélique ne sont en toute logique catholiques que de nom. Tout comme moi à l'époque, ils n'ont pas une connaissance approfondie du catholicisme. Ils ne pratiquent pas ou peu. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les évangéliques n'aient une vue que très partielle, pour ne pas dire partiale, du catholicisme.
Voici, pour illustrer mon propos sur les clichés véhiculés par les 'convertis venu du catholicisme', quelques morceaux choisis. Par exemple, que de réflexions n'ai-je pas entendues de la part de ces soi-disant catholiques sur la superstition catholique au sujet du culte des saints, etc... Mais ces baptisés catholiques ayant abandonné toute pratique religieuse après la profession de foi ou la première communion n'avaient aucune idée des fondements bibliques de ce culte ou du sens profond de l'expression 'communion des saints', article du credo auquel les évangéliques adhèrent pourtant (pour un développement sur cette question, cf. pages suivantes). De même, je me souviens avoir entendu dans la bouche de certains pasteurs des déclarations bien tranchées sur la 'superstition eucharistique' des catholiques ou sur les supposées erreurs doctrinales du Magistère catholique, notamment au sujet du sacrifice eucharistique, qui, selon l'Eglise, 'reproduit' le sacrifice du Christ à chaque messe. Versets bibliques à l'appui, ils ne doutaient pas du bien-fondé de leur croisade anti-catho.

Le Christ nous aime au point d'actualiser son sacrifice à chaque eucharistie

Mais ont-ils seulement lu ce que le Christ lui-même dit de la communion à son corps et à son sang en Jean 6, 48-58 ?
Ont-ils vraiment compris la logique de l'amour de Dieu, qui se donne éternellement, ce qui englobe aussi cette période transitoire qu'est notre monde ici-bas ? Sous cet angle, il devient tellement plus normal de penser que le Christ nous aime au point d'actualiser son sacrifice à chaque eucharistie, car c'est aussi pour nous, ici et maintenant, qu'il est mort. Sinon, pourquoi l'épître aux Hébreux sous-entend-elle, comme le philosophe Blaise Pascal, que le Christ est en agonie jusqu'à la fin des temps (Hébreux 7, 25) ? En effet, on ne peut imaginer un Christ intercédant pour nous (cf. aussi : Romains 8, 34) sans souffrir si intensément de notre péché qu'il en reproduit les gouttes de sang qu'il transpira au jardin des Oliviers il y a de cela deux mille ans, et ce, tout particulièrement dans le sacrifice eucharistique, mémorial du sacrifice du Christ sur la croix, sacrifice toujours si actuel tant le Christ est le même hier, aujourd'hui, éternellement dans son amour compatissant pour nous (cf. Hébreux 13, 8).

Le Christ est, par son intercession, en agonie jusqu'à la fin des temps (Hébreux 7, 25)

Certes, l'épître aux Hébreux spécifie également que le Christ souffrit une fois pour toute :
car alors il aurait dû souffrir plusieurs fois depuis la fondation du monde. Or c'est maintenant, une fois pour toutes, à la fin des temps, qu'il s'est manifesté pour abolir le péché par son sacrifice. (Hébreux 9, 26)
Le côté unique du sacrifice qui s'est produit sur la Croix il y a 2000 ans est bien évident : le Christ souffrit sur la Croix à un moment précis de l'histoire. Mais cela empêche-t-il ce sacrifice de produire des fruits qui ont précisément pour but de réactualiser ce sacrifice suprême dans nos esprits, nos coeurs et nos corps ? Ces fruits éclosent à chaque eucharistie et s'enracinent en nous à chaque communion, puisque c'est le Christ lui-même qui s'enracine en nous par sa présence REELLE. N'avons-nous pas là une réalisation particulièrement concrète et parlante de cette promesse du Christ de venir habiter en nous (Jean 14, 23 ; Apocalypse 3, 20) ? Cette digression 'eucharistique' est, en définitive, tout à fait pertinente, car elle met en lumière une façon de lire les Ecritures, chez les évangéliques, qui est pour le moins déficiente. Cette carence explique, soit dit en passant, toutes les divergences théologiques entre protestants et catholiques (eucharistie, Vierge Marie, saints, autorité du pape, etc...). Par exemple, comme nous le verrons plus tard, la compréhension du rôle de la Vierge Marie nécessite une lecture ô combien plus exigeante que la simple mémorisation de versets !

Je voudrais apporter une toute dernière précision avant de passer aux découvertes que je fis par l'aumônerie catholique.
Comme vous l'avez sans doute déjà remarqué, je parle surtout de mon expérience avec les évangéliques ou évangélistes. Il s'agit là d'une des branches les plus extrêmes du protestantisme. Beaucoup des critiques que j'ai formulées jusqu'ici ne s'appliquent qu'à eux (intolérance vis-à-vis du catholicisme, place exclusive de l'évangélisation verbale au détriment des oeuvres, etc...). J'ai eu aussi le bonheur de connaître - et j'ai toujours le bonheur de connaître - des luthériens et des baptistes. Ils sont beaucoup plus oecuméniques, fort heureusement, bien que nous ne partagions pas certains points de doctrine concernant la Vierge, les saints, le pape, l'Eucharistie, la place de la charité en relation avec l'évangélisation, etc...
Cette clarification étant faite, je vous propose maintenant de partager mes réflexions et expériences vécues, alors que j'approfondissais ma connaissance du catholicisme à l'aumônerie catholique de Strasbourg.

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