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Les années universitaires
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V) L'AUMÔNERIE UNIVERSITAIRE CATHOLIQUE :
(La lectio divina)



En dernier lieu, je voudrais aborder l'autre aspect fondamental que m'a apporté mon retour au catholicisme : une autre lecture de la Bible. Avec PTP, j'avais la régularité, la mise en condition et le plan de lecture, mais toujours pas de pistes pour une lecture savoureuse de la Parole. Comme je l'ai déjà dit, la façon de lire la Bible de mes frères évangéliques ne me satisfaisait pas - notons que même des protestants plus tolérants, tels les baptistes, ont une lecture bien peu spirituelle des Ecritures, ils collent au texte au point de générer des interprétations dangereuses, du style : il y a eu un tremblement de terre, c'est un signe de la fin des temps (cf. Matthieu 24, 7). Quand je leur fis remarquer que l'homme avait beaucoup plus de responsabilités qu'on ne le croit dans le déclenchement des catastrophes naturelles (cf. réchauffement de la planète. Pour les tremblements de terre, je vous conseille la lecture du magazine Science et Vie, N°1099, avril 2009 : Quand l'homme fait trembler la terre), mes frères baptistes me soutinrent que l'homme n'y était pour rien, puisque les tremblements de terre, par exemple, étaient annoncés comme un signe de la fin des temps, c'était donc bien Dieu qui en était l'instigateur. Ce type de lecture de la Bible est très préjudiciable, dans la mesure où il laisse penser que Dieu est cruel et vengeur. Une lecture plus spirituelle - ou tout au moins plus subtile-, au contraire, ne manquera pas de montrer que Dieu respecte la liberté des hommes et que ces catastrophes naturelles ne sont que l'indicateur que l'homme n'en fait qu'à sa tête, se faisant fi de Dieu. En ce sens, effectivement, les désastres de la nature pointent vers la fin des temps où la Bible dit que les hommes seront égoïstes, amis de l'argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, insensibles, déloyaux, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien, traîtres, emportés, enflés d'orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu... (2 Timothée 3, 2-4).

En guise de conclusion à cette petite réflexion, disons que beaucoup des églises jeunes et dynamiques du protestantisme (évangéliques et pentecôtistes, etc..., ainsi que les baptistes, plus anciens, mais très proches des églises protestantes jeunes dans leur lecture des Ecritures) restent engluées dans la littéralité du texte, les ailes de leur coeur et de leur raison plaquées, les empêchant de prendre leur envol. Ils sont parfois bien loin de la fumée de l'encens qui s'élève à la prière du soir (cf. Psaume 141, 2) !
Comme elle est vraie cette parole de St Paul La lettre tue, mais l'Esprit vivifie (2 Corinthiens 3, 6) !

Le contact avec certains prêtres et religieux m'avait au moins appris qu'il existait une façon nourrissante de lire la Parole. Il ne manquait plus que de trouver la clé de méditation, car c'était bien de cela qu'il s'agissait : méditer l'Ecriture et non pas seulement la lire. Comment y parvenir ? La Liturgies des Heures me fournissait certes le cadre indispensable pour une bonne préparation à la méditation de la Parole, mais comment appréhender le texte biblique lui-même ?
Les disciples d'Emmaüs
Contrairement à ce que l'on aurait pu penser, ce ne fut pas un prêtre ou un religieux qui m'apporta la clé, eux dont j'admirais pourtant la lecture libre et amoureuse de la Parole. Ce fut en fait une cassette audio (Comment lire la Bible d'Etienne Dahler) qui me la fournit. Je ne vais évidemment pas vous résumer l'intégralité de l'enregistrement, mais, en substance, Etienne Dahler, spécialiste biblique de la Communauté des Béatitudes, conseillait une approche spirituelle de la Bible, à l'instar des Juifs. Il soulignait notamment la nécessité de faire plusieurs lectures successives d'un même texte, avec un temps de prière entre chaque lecture. Le but était de se mettre à la disposition de l'Esprit pour qu'il travaille notre coeur, nous ouvrant à une plus grande compréhension des Ecritures, à la manière des disciples d'Emmaüs, dont l'intelligence fut éclairée à la simple écoute du Christ (Luc 24, 25-32).
Cette façon de lire les Ecritures inspirée de la lecture juive a de toute évidence marqué ma propre lecture de la Bible, et, par là, la méthode de lecture biblique que je propose sur ce site. Aussi, avec la pratique, ces lectures successives préconisées par Etienne Dahler se formalisèrent-elles en deux lectures : une globale et une éclatée (cf. les offices de l'intégral où la méthode est insérée dans l'office lui-même).

La loupe desséchante de la

méthode historico-critique

Les conséquences de cette approche sont en fait multiples : la prière favorisée par rapport au raisonnement pur, l'abandon à l'Esprit plutôt que le recours à des méthodes recettes (si vous voulez avoir un exemple de 'méthode recette' → cliquez ici) où crayons et couleurs, etc... sont utilisés pour disséquer le texte en fonction des personnages, etc..., et, enfin, dernière conséquence, une indifférence, pour ne pas dire une méfiance, vis-à-vis de la méthode historico-critique, si desséchante et neutralisante de sens spirituel, au point parfois d'anéantir la puissance de la Parole de Dieu au profit d'un relativisme navrant. Je ne dis pas que cette méthode n'est pas utile pour nuancer certains passages bibliques choquants, mais l'utiliser comme fondement de lecture est, à mon sens, plus que préjudiciable (Pour une approche biblique équilibrée alliant approche historique et spirituelle, vous pouvez consulter cette page avec grand bénéfice - ou du moins, j'ose le penser...).

Deux autres conseils qu'Etienne Dahler apporta dans son enregistrement m'influencèrent également, même si ce fut dans une moindre mesure :

1) ne pas s'imaginer en train de 'prêcher' son petit commentaire à ses frères, ce qui m'apprit à ne pas confondre 'abandon à l'Esprit' et 'imagination ou rêverie mentale'. 'S'imaginer' en train de prêcher est flatteur et prétentieux, mais, 's'imaginer', comme certaines approches le suggèrent, être un personnage présent dans le texte est tout aussi dangereux, au sens où l'imagination est virtuellement identifiée à la prière et à l'abandon à l'Esprit Saint.
En définitive, , cette approche d'abandon à l'Esprit est une traduction concrète de ce qu'on appelle se mettre à l'écoute de la Parole de Dieu.

Laisser la Parole éclairer la Parole
2) Le deuxième conseil qui retint mon attention dans l'enregistrement n'avait pas d'autre but que de nous encourager à laisser la Parole éclairer la Parole, ou, comme on le dit parfois en théologie catholique, de prendre conscience du canon dans le canon. Il n'est en effet pas rare qu'un passage 'difficile' gagne en clarté grâce à la résonnance d'un autre passage que l'Esprit fait surgir à notre mémoire, je pense en particulier à Jésus qui déclare à plusieurs reprises Je suis. Pourquoi cette insistance sur son existence si ce n'est pour faire écho à Exode 3, 14 où Dieu révèle son nom qui peut se traduire précisément par Je suis ? Ou bien encore, Jésus écrivant sur le sable, alors que certains juifs essaient de le piéger en lien avec la femme adultère (Jean 8, 6), ne prend-il pas une saveur nouvelle si on le compare aux Tables de la Loi écrites du doigt de Dieu (Exode 31, 18). La signification du rapprochement de ces deux passages bibliques est que Jésus est Dieu, sa nouvelle loi est moins figée dans le texte - cf. sable -, ce qui, soit dit en passant, n'est pas sans rappeler cette autre parole de la Bible : La lettre tue, mais l'Esprit vivifie (2 Corinthiens 3, 6) où le sens est très voisin : un coeur guidé par l'Esprit vaut mieux que l'observance rigide de certaines pratiques (cf. aussi Osée 6, 6 ; Isaïe 29, 13 ; Marc 7, 3-12). Ainsi, comme vous le voyez, la Bible appelle la Bible et s'enrichit par elle-même d'un sens toujours nouveau. On ne peut bâillonner un texte en l'isolant du reste de la Bible sous peine de donner lieu à des interprétations sectaires qui ont, précisément, en propre de donner une importance disproportionnée à un passage par rapport à l'ensemble du message biblique (cf. le baptême des morts chez les Mormons en référence à un seul verset -1 Corinthiens 15, 29-. Celui-ci en fait mentionne une pratique marginale sur laquelle Paul ne se prononce d'ailleurs pas).

Je parlais d'isoler, et par là de bâillonner, un texte biblique, mais en fin de compte, la méthode historico-critique, utilisée exclusivement, ne contribue-t-elle pas à cet étouffement du texte en interdisant nombre de rapprochements, sous prétexte que les Ecritures eurent des auteurs humains ne vivant pas aux mêmes époques, oubliant de ce fait que la Bible fut inspirée par un seul auteur : Dieu. A cet égard, je me souviens avoir lu un commentaire dans la veine de l'école de pensée mue par la critique historico-biblique. Elohim (mot traduisant 'Dieu' qui est au pluriel en hébreu, mais qui est suivi d'un verbe au singulier) ne pouvait, selon le commentateur, faire référence en profondeur à la Trinité puisque l'auteur n'avait pas connaissance de ce mystère à l'époque où il avait écrit. Et alors !! Les Hébreux n'avaient pas conscience du baptême quand ils ont passé la Mer Rouge (Exode 14, 21-29), cela n'a pourtant pas empêché St Paul d'y voir une préfiguration du baptême (1 Corinthiens 10, 1-2), ni St Pierre de voir dans le déluge une figure du baptême (1 Pierre 3, 20-21) ! Que de dégâts ont été faits dans nos séminaires, dans les années 70, où les prêtres ont été surtout formés à lire la Bible avec le regard froid de l'historien. Beaucoup ont fini par ne plus prendre l'Ecriture au sérieux ! Les miracles n'étaient que des symboles que les évangélistes auraient rajoutés au gré de leur fantaisie, etc... !! Ici, notre Eglise eût été bien inspirée de se laisser enseigner le respect de la Parole de Dieu par les évangéliques, Pentecôtistes, et autres branches jeunes du protestantisme ! Tout est, en définitive, une question d'équilibre entre la connaissance de la composition de la Bible, une interprétation spirituelle et le respect d'une certaine littéralité. Fort heureusement, l'Eglise catholique, depuis quelques années, tend vers cette équilibre (cf. le synode sur la Parole de Dieu convoqué par Benoît XVI fin octobre 2008 → cliquez ici).

"En conclusion..les passages rentrent en résonnance les uns par rapport aux autres
et s'expliquent sous l'inspiration de l'Esprit, à qui l'on a donné toute latitude"

En conclusion de ce point sur la juste manière de lire la Bible, je voudrais attirer votre attention sur la conséquence de cette lecture libre de la Bible que je viens d'exposer plus haut, cette lecture qui s'appuie sur une interprétation, où loin de se contredire les passages rentrent en résonnance les uns par rapport aux autres et s'expliquent sous l'inspiration de l'Esprit, à qui l'on a donné toute latitude - Lui qui nous aime tant qu'Il attend notre 'feu vert' pour nous guider, par respect de notre liberté humaine.
Je disais donc qu'il y avait une conséquence, ou plutôt une condition pour laisser la Bible s'éclairer par la Bible : il faut la lire souvent et beaucoup. On doit également la lire en entier (un plan de lecture pour lire toute la Bible sur 3 ans → cliquez ici) ! J'aime comparer notre rapport aux Ecritures à celui qu'il peut exister entre nous et un animal craintif. Ce rapport se caractérisera par la patience et la douceur. Il faut, en quelque sorte, se laisser apprivoiser par l'Ecriture après l'avoir apprivoisée nous-mêmes par notre persévérance et notre délicatesse. Or comment cela peut-il se faire si l'on ne se fréquente pas souvent, dans un respect absolu ?...
Pour savoir comment chercher un passage dans la Bible → cliquez ici
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