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Une approche du Mystère de la Trinité :



1) Un peu d'histoire :

Comme tous les dogmes, le dogme de la Sainte Trinité est le résultat d'une prise de conscience progressive, notamment sur la personne du Christ.

Ce processus a commencé dès l'époque des apôtres. De multiples passages du Nouveau Testament attestent la divinité du Christ, à commencer par le Christ lui-même qui se dit l'égal de Dieu :

le Père et moi nous sommes un (jn 10, 30) ; avant qu'Abraham fut, Je Suis (jn 8, 58) ( Je Suis = 'Yahvé' en hébreux, le nom que Dieu se donne au buisson ardent - Ex 3, 14).

Les juifs d'ailleurs ne s'y trompent pas ; si l'on observe les motifs de condamnation de Jésus, celui de blasphème arrive en premier, Jésus est donc mort d'abord parce qu'il se proclamait Fils de Dieu ! Soit dit en passant, en hébreux, 'fils de quelque chose' = ce quelque chose, cette tournure est très fréquente en hébreux ancien, ainsi pour dire 'beau', les hébreux disaient 'fils de la beauté', etc… => fils de Dieu = Dieu, divin ; fils de l'homme = l'Homme (cf. par exemple, 2 Rois 2, 1-15 où l'expression 'fils de prophètes' ne veut pas dire autre chose que 'prophètes').
Certes, la Trinité a été défini avec de plus en plus de précision au fil des siècles, précisément pour répondre aux attaques des hérétiques, d'abord par les Pères de l'Eglise, bien avant les conciles de Nicée, de Constantinople et d'Ephèse (cf : St Paul, St Ignace d'Antioche, St Irénée, Origène, etc… qui ont vécu aux premier et deuxième siècles). En fait, les conciles n'ont fait qu'entériner sous forme plus solennelle ce qui se croyait déjà depuis longtemps dans l'Eglise du peuple, l'exemple par excellence est le 'theotokos' (= mère de Dieu en grec) qui a été défini au concile d' Ephèse au 4ème siècle, déclenchant une vague de liesse populaire. Marie y fut reconnue mère de Dieu, ce qui équivalait à affirmer sans ambiguïté la divinité du Christ.
Ici, il est donc clair que la Trinité est loin d'être une invention imposée au peuple mal renseigné, suite aux divagations de quelques théologiens isolés !

2) L'importance de la Trinité dans la foi chrétienne :

Avant tout, le dogme de la Trinité est au centre de la foi chrétienne parce qu'il révèle quelque chose de la bonté et de la beauté de Dieu que nulle autre religion n'aurait pu trouver par elle-même. En effet, quelle autre religion a osé affirmer que l'amour de Dieu pouvait aller aussi loin que de mourir personnellement pour nous ? Nier la divinité du Christ, et donc la Trinité, c'est en fait dire que Dieu n'a pas pu nous aimer jusqu'à mourir pour nous. C'est mettre des limites à l'amour de Dieu. N'est-ce pas blasphémer en quelque sorte ?

Sur un plan un peu plus intellectuel, on peut essayer d'approcher le mystère de la Trinité en se basant notamment sur le premier chapitre de l'Evangile de Jean. Mais attention, la Trinité restera toujours un mystère d'amour impossible à comprendre totalement, précisément parce que c'est un mystère d'amour. L'amour ne se met pas en bouteille par des explications humaines ! On ne peut définir intellectuellement de manière satisfaisante ce qui appartient au domaine des sentiments. Mais, on peut toutefois essayer une explication bien imparfaite de ce si beau mystère d'amour à l'image duquel nous sommes :

Faisons l'homme à notre image : ...homme et femme, il les créa (Gn 1, 26-27).

Nous ne sommes à l'image de Dieu que dans la communion homme-femme (c'est à dire l'ouverture à l'autre, la diversité), tout comme le Père et le Fils. La femme est 'humain né de l'humain' (cf : la côte d'Adam, d'où Eve est tirée, Genèse : 2), tout comme Jésus est 'Dieu né de Dieu', de ce point de vu également, nous sommes à l'image de ce Dieu Trinité.

Donc si l'on revient à ce chapitre de l'Evangile de Jean, on se rend compte que Jésus est identifié au Verbe de Dieu, et c'est primordial, si l'on veut comprendre la notion de divinité du Christ. Voici une comparaison : sous le concept d'humanité se cachent 6 milliards d'individus, pourtant la nature humaine est unique, de même sous l'unique nature Dieu se cachent 3 personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Si l'on continue l'analogie avec l'homme (nous sommes fait à l'image de Dieu, donc la comparaison peut être révélatrice), nous nous rendons facilement compte qu'il existe notre personnalité (notre moi) et notre relation avec les autres, ce qui n'est pas toujours facile ; en effet, combien de fois notre relation avec les autres ne reflète pas ce que nous sommes…En Dieu l'union est parfaite, le Père est la source, le 'moi' de Dieu, le 'principe premier', celui qui insuffle, le Fils est son Verbe, c'est à dire sa Parole, ce qui veut dire que Dieu entre en relation avec d'autres (ses créatures) puisqu'il parle par son Verbe. A ce titre, la première chose que Dieu fit en guise de 'relations avec d'autres', c'est de les créer par sa Parole ou son Verbe, en ce sens, seulement, le Verbe peut être dit premier né par rapport à toutes créatures (cf. Colossiens 1, 15). Le Verbe c'est le Père qui 'sort de lui-même' pour créer et communiquer avec d'autres que lui. Le Verbe c'est l'agir de Dieu, 'son bras', sa parole. Or ce qui nous permet de rentrer en relation avec les autres : notre parole, notre corps, etc… fait partie intégrante de nous, c'est nous. De même, le Verbe ou le Fils (au sens où il est engendré = sort de, vient de) fait partie de Dieu, il est Dieu. Le mystère et la limite de cette comparaison c'est que chez Dieu, sa Parole est un être doué de volonté, c'est une personne libre. Pouvait-il en être autrement ? Le Père en engendrant son Verbe, dans sa bonté, ne devait-il pas lui donner la liberté ? ce qui en fait une personne à part entière. En fait, nous sommes, tous humains, frères cadets de ce Verbe (Rom 8, 29) puisqu'en lui nous avons été créés. Jésus, le Verbe, est en fait la pensée éternelle du Père pour l'homme, Il est cet éternel aspect de Dieu qui créa le monde et qui continue de s'intéresser à la vie de toutes les créatures, à commencer par nous-mêmes. Ne devait-il donc pas mourir pour nous afin de nous recréer libres d'aimer, c'est de cette nouvelle création dont parle l'Apocalypse en termes imagés (Ap 21, 1 + 2 Co 5, 17).

Quant à l'Esprit Saint, c'est l'amour réciproque que le Père et le Fils se donnent de toute éternité. Chez un homme et une femme leur amour peut être tellement fort qu'il va donner naissance à un autre être : l'enfant. N'y a -t- il pas là quelque chose de l'Esprit Saint qui procède du Père et du Fils ?

3) Les relations entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint :

On peut même se baser sur cette parole fantastique de la Genèse où il est dit que nous sommes créés à l'image de Dieu en tant qu'homme et femme (voir plus haut) pour en déduire le type de relations que le Père et le Fils ont.

La première chose que nous devons savoir, c'est qu'en la Trinité l'union des trois personnes est tellement parfaite que rien ne les distingue quand on les compare, si ce n'est que le Père n'est pas le Fils, le Fils n'est pas l'Esprit, etc... Ainsi, les trois personnes ont une unité, librement consentie bien sûr, de volonté, d'action, etc... Il n'y a pas de dissensions, de tensions, etc... Ce qui les distingue, c'est en fait leur identité, leur 'trait de caractère', qui ne prend forme que dans la relation avec les 2 autres personnes de la Trinité. Ainsi, le Fils n'est Fils que parce qu'il existe le Père et l'Esprit, le Père n'est Père que parce qu'il existe le Fils (et en lui la création) et l'Esprit, etc... (quelle merveilleuse interdépendance librement consentie que ces trois personnes qui acceptent de ne se définir que les unes par rapport aux autres), bref, ce n'est sûrement pas les projets différents, voire opposés, que les trois personnes pourraient avoir qui les posent comme des personnes différentes ! Entre elles, c'est la communion parfaite, un modèle pour toute communauté, toute famille quand on veut bâtir quelque chose ensemble dans la diversité des personnes.

Une conséquence non négligeable de cette interdépendance relationnelle entre les trois personnes de la Trinité est certainement qu'une personne trinitaire, que ce soit le Père, le Fils ou l'Esprit, ne se définie que dans sa relation par rapport aux 2 autres, ce qui souligne par la même occasion l'importance de se 'plonger' dans ces relations trinitaires, de les comprendre autant que faire se peut, si l'on veut connaître chaque personne de la Trinité. En fait, pour connaître Dieu dans sa plénitude, il faut connaître chaque personne de la Trinité, c'est à dire entretenir avec elles une relation personnelle.

Pour commencer, ce que je voudrais mettre en relief dans les relations entre le Père et le Fils, c'est le parallèle surprenant que l'on peut faire entre les relations Père-Fils et époux-épouse. C'est paradoxalement en lisant des passages bibliques sur le couple que j'ai pu mieux appréhender ce qui restera toujours le mystère de la Sainte Trinité et plus particulièrement le mystère des relations entre le Père et le Fils.
     De plus, en lisant certains passages sur le couple dans cette optique trinitaire, leur aspect parfois déroutant, pour ne pas dire choquant, s'est nettement 'estompé'. Je pense notamment au fameux passage d'une des épîtres de St Paul (Col 3, 18-21) où il est demandé aux femmes d'obéir à leur mari, de leur être soumises (il est aussi demandé aux maris, dans ce même passage, d'aimer leur femme comme le Christ nous a aimé, ce qui n'est pas rien et garantit l'absence de tout trait 'dictatorial' dans le 'leadership' du mari, si l'on s'en tient aux recommandations de cette épître, bien sûr...).

Si donc l'on garde en mémoire que le Fils est Fils notamment parce qu'il est accueil de l'amour du Père, et qu'en retour, il donne au Père tout son amour imprégné de la gratitude de se savoir tellement aimé (= réciprocité), on comprend mieux qu'en fait, lorsque Paul demande aux femmes d'être 'soumises' à leur mari, il ne leur demande pas autre chose que de se laisser aimer, d'accueillir l'amour de leur mari, à l'image du Fils par rapport au Père. Ce côté de la femme qui est accueil de l'amour de l'autre ne se retrouve-t-il pas dans sa capacité à la maternité ?
Quant au Père, il est don premier, il se donne tout à son Fils parce qu'il se donne à lui de tout son être, dans tout ce qu'il est (cela, également, montre que Jésus est pleinement Dieu, il reçoit son existence, avec sa divinité, du Père comme un don que celui-ci lui fait par amour, sans limites) ; ce Père est donc tout naturellement accueil de l'amour réciproque du Fils, et ce, dans un Esprit de don (ici, cela veut dire 'dans un esprit respectueux de donner la liberté à l'autre', et, par conséquent, 'd'accueillir, en retour de son don premier, un amour réciproque et libre', et voilà la communion en l'Esprit Saint spirée, insufflée). D'ailleurs, l'homme-époux, lui aussi, à la lumière de ce qui vient d'être dit sur l'amour du Père pour son Fils, devrait assumer un rôle plus proche de celui du Père, c'est à dire qu'il devrait aimer en devançant notamment les désirs de son épouse, en aimant sans arrière-pensées, etc... :

vous les hommes aimez vos femmes comme le Christ a aimé son Eglise--et l'on pourrait rajouter 'comme le Père aime son Fils'--.(Col 3, 18-21)
(NB: le Christ dans ce passage de St Paul, assume par rapport à l'Eglise le rôle qu'a le Père par rapport au Fils parce que le Christ est comme le 'relais' de l'amour du Père pour la création, c'est pourquoi il se voit attribuer le rôle de l'amour premier, de l'amour-don pour l'Eglise).

Pour résumer, on pourrait dire que si les hommes et les femmes concevaient leur rapport en prenant modèle sur la relation Père-Fils dans la Trinité, il y aurait sûrement des relations plus harmonieuses entre eux, parce que plus proches de leur état naturel et originel, à l'image duquel ils ont été créés. Malheureusement, au lieu de cela, les relations homme-femme, et plus généralement, les relations entre les êtres humains, sont empreintes de jalousie et du désir de supplanter l'autre, d'être comme l'autre. Ce refus de la différence engendre bien souvent de dramatiques tensions et, à l'échelle d'une société, de l'intolérance. Inspirons-nous toujours davantage de la Trinité et nous apprendrons sous aucun doute à aimer plus 'juste' (cf. une prière à la Trinité, cliquez ici).

Après cette digression, sur l'humanité et l'amour homme-femme, il serait bon d'ajouter que l'amour dont nous avons parlé du Père pour le Fils (= don) et du Fils pour le Père (= réciprocité) est si fort qu'il n'est autre qu'une personne 'née' (plus exactement 'procédant') de cette force amoureuse, je veux dire bien sûr l'Esprit Saint, tout comme l'enfant est le fruit de l'amour entre un homme et une femme. A cet égard, nous sommes bien créés à l'image du Dieu Trinité, puisque nous avons le pouvoir de donner, de recevoir et d'engendrer.

4) L'Esprit et l'Eglise :

L'Esprit, logiquement, est celui qui accompagne l'Eglise et la création dans leur recherche de Dieu (Ap 22, 17), il porte témoignage de cet amour du Père et du Fils, dont nous sommes, à l'instar de l'Esprit Saint, les fruits. En quelque sorte, le Saint Esprit est notre frère divin, il est donc à même de nous aider à mieux connaître le Père et le Fils, il est aussi le garant de l'amour que Dieu nous porte, c'est le don que le Père et le Fils nous ont fait comme garantie qu'ils nous aiment pour toujours (cf. cette phrase liturgique inspirée de St Paul : Il nous a donné l'Esprit Saint comme premier don fait aux croyants, cf. Romains 8, 22). En effet, le Père et le Fils nous associent au fruit de leur amour qu'est l'Esprit. Quelle plus belle garantie aurions-nous pu avoir ?

En guise de conclusion, je ne peux m'empêcher de craindre que cette tentative d'explication sur la Trinité n'ait été quelque peu 'embrouillée', mais, comme je l'ai dit, toute explication de ce mystère est forcément bien imparfaite. Il faut toutefois retenir que cet 'exposé' ne fait que reprendre la théologie trinitaire de l'Eglise dans ses grandes lignes.

Mais, voici une phrase qui pourrait récapituler cette tentative d'explication de ce qui reste et restera un mystère :
LE PERE EST DON, LE FILS EST ACCUEIL, LE SAINT ESPRIT EST FRUIT.
DIEU EST COMMUNION.
(devise de cette règle de prière)

D'autres passages bibliques utiles pour approcher ce mystère :

  1. PARALLELE PERE-MARI
    FILS-FEMME
    ESPRIT-FRUIT, EGLISE :
    • Genèse 2, 24
    • Ephésiens 5, 21-6, 4 + Colossiens 3, 18-21 + 1 Pierre 3, 1-7
    • Colossiens 1, 15-20 + Philippiens 2, 5-11 + Jean 1, 1-18
  2. PARALLELE HOMME-FEMME / JESUS, DIEU NÉ DE DIEU ; HOMME A L'IMAGE DE DIEU ; L'EGLISE NÉE DE JESUS :
    • Genèse 1, 26-27
    • Genèse 2, 21-23
    • Jean 19, 31-37
  3. PERE = DON-ACCUEIL / FILS = ACCUEIL-DON → RECIPROCITE
    • Colossiens 1, 15-20
    • Philippiens 2, 5-11 + Jean 1, 1-18
    1. DIEU FAMILLE :
      • 1 Jean 4, 16
    2. FAMILLE HUMAINE :
      • Ephésiens 5, 21-6, 4
Pour savoir comment chercher un passage dans la Bible → cliquez ici

Vous pouvez également consulter avec bénéfice ces pages consacrées à la Tradition de l'Eglise, elles vous permettront d'approfondissent le Mystère de la Trinité :

Le Concile de Nicée, le Concile de Constantinople, le Concile de Constantinople II

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