![]() « Laissez-nous apprendre dans de bonnes conditions », demande cette écolière de Lécluse, une commune du Douaisis concernée par les fermetures de classes. Dans la manifestation régionale, le 31 janvier à Lille, on comptait de nombreux parents et des élus locaux. L’école entre en résistance . Près de 2000 personnes ont défilé dans les rues de Lille le 31 janvier, jour de grève dans l’Education nationale. Profs et parents poursuivent la mobilisation cette semaine. . • Mardi 31 janvier, jour de grève dans l’Education nationale, le gros des troupes militantes défilait à Paris. A Lille, près de 2.000 personnes ont battu le pavé, dont de nombreux élèves, parents et élus locaux. Il faut dire que l’académie de Lille est a plus touchée par les suppressions de postes d’enseignants et les fermetures de classe. 1020 suppressions de postes sont programmées pour la rentrée 2012, dont 503 dans les lycées professionnels. Plus de 200 classes sont censées fermer, dont 23 dans le Douaisis et le Valenciennois, 50 dans le Dunkerquois, évidemment pas compensées par les ouvertures de classes. Une politique de « non assistance à jeunesse en danger d’avenir », déplore Alain Bocquet, député-maire (PCF) de Saint-Amand, venu saluer le cortège lillois (1). Quand le rectorat cumule les soustractions, parents et acteurs de terrain dénoncent le manque de cohérence de la politique du gouvernement. Au conseil régional, plusieurs élus s’étonnent que la collectivité rénove salles de cours et ateliers dans les lycées professionnels quand le ministère, via le rectorat, ferme des sections l’année suivante. Des exemples aussi incongrus concernent aussi les plus jeunes : à Allennes-les-Marais, près de Seclin, la commune aura connu trois fermetures de classes en trois ans. A Louvroil, dans la Sambre, on ferme des classes là où sortent de terre une centaine de nouveaux logements et arrivent des familles. On marche sur la tête avec « ces mesures injustes », se désole Annick Mattighello, maire (PCF) de Louvroil. La mobilisation du 31 suffira-t-elle à faire revenir le rectorat sur ses décisions ? 2000 personnes à Lille, ce n’est pas énorme. Mais il faut y ajouter le cortège parisien (20.000 manifestants), et le grand nombre d’initiatives locales. Ainsi à Linselles, près de Tourcoing, ils étaient près de 80, lundi, la veille de la journée de grève, à défiler contre la fermeture d’une classe maternelle. Le même jour à Ferrière-la-Grande, près de Maubeuge, les parents bloquaient l’accès à l’établissement lors d’une opération « école morte ». Mardi matin, avant le départ des cortèges lillois et parisien, des rassemblements avaient lieu dans plusieurs communes, grandes et petites : à Dunkerque, c’est un syndicat (Sgen-CFDT) qui en était à l’origine. Ailleurs, comme à Bailleul ou Vieux-Condé, ce sont les parents d’élèves qui en ont pris l’initiative. Ici et là, on voit fleurir aux grilles des écoles, au fronton des mairies ou le long des routes, des slogans qui réclament des moyens pour l’école. « Non à la fermeture d’une classe. Oui au maintien des services publics », proclame la banderole habituellement apposée devant la mairie d’Haveluy, près de Denain. Le 31, la banderole était brandie dans les rues de Lille par des parents d’élèves de la commune et leur maire, le communiste Bernard Ethuin. « Supprimer une école dans une commune rurale, c’est toucher à l’aménagement du territoire », explique Charles Beauchamp, vice-président du Conseil général du Nord et élu du canton d’Arleux, en zone rurale. Manifestement, la mobilisation va se poursuivre. Très actif avant les vacances d’été, le collectif Flandres-Lys (Armentières-Bailleul-Hazebrouck) pour la défense de l’école vient de sortir de la torpeur dans laquelle il était tombé. « On aurait pu croire que les parents ne se mobiliseraient que pour l’école de leur enfant. Or ce n’est pas le cas. On voit se développer des initiatives de solidarité », se félicite Catherine Piecuch, de la FSU Nord-Pas de Calais. « Une école qui ne ferme pas cette année peut fermer l’an prochain », explique un autre enseignant. Avant le 17 février, date à laquelle on devrait connaître le projet définitif du rectorat pour la rentrée, plusieurs initiatives sont déjà programmées. Ce jeudi 2 février, des enseignants et parents du lycée professionnel Malraux, à Béthune, organisaient une « veillée funèbre » en l’honneur des 503 postes d’enseignants supprimés en lycée professionnel, précédant « une minute de silence pour célébrer comme il se doit la prime à la casse de l'Éducation Professionnelle Nationale », résume Michel Paillard, du syndicat Action et Démocratie. Ce vendredi, les parents de l’école Lucie Aubrac, de Mouvaux, appellent à « la résistance » et prévoient pétition et occupation nocturne de l’école, en famille. « Nos enfants comptent sur nous », affirme le collectif des parents d’élèves. MH
1) Pour le PCF, on notait aussi la présence des maires de Trith-Saint-Léger et Douchy-les-Mines, Norbert Jessus et Michel Lefevbre, par ailleurs conseillers généraux, la conseillère régionale Cathy Apourceau-Poly et le maire de Lewarde Alain Bruneel, respectivement président des Associations départementales des élus communistes et républicains du Pas-de-Calais et du Nord. Etaient aussi présents Francis Provost, conseiller municipal de Wasquehal, ainsi que Michel Ascher et Patrick Delfosse, candidats PCF-Front de gauche aux prochaines législatives. On a aussi noté la participation du maire d’Hellemmes, Frédéric Marchand (PS) et de Cyril Pradalle, conseiller municipal (EELV) de Lille. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, les élus sur le terrain des luttes • C’était une première. Cette année, les représentants des élus communistes et républicains du Nord et du Pas-de-Calais avaient décidé d’adresser ensemble leurs vœux à la presse. La conseillère régionale Cathy Apourceau-Poly, présidente de l’association (Adecr) pour le Pas-de-Calais, et son homologue de l’Adecr Nord, Alain Bruneel, maire de Lewarde et conseiller général, se sont longuement exprimés sur les grands dossiers d’actualité socio-économique. Mais c’est l’avenir de l’école qui les occupe beaucoup. « Nous avons proposé au ministre de l’Education Luc Chatel de le rencontrer pour lui proposer un plan de rattrapage pour le Nord-Pas de Calais. C’était il y a un an. Jamais il n’a daigné nous répondre », rappelle Cathy Apourceau-Poly. « Nous représentons près de 1.500 élus sur le territoire. Nous ne sommes pas consultés avant que le rectorat décide de supprimer des postes et fermer des écoles. Or toucher à l’école, c’est toucher à la République. Nous devons être les porteurs de résistance et d’espoir », a affirmé Alain Bruneel, par ailleurs animateur d’un collectif de défense de l’école publique dans le Douaisis. « On doit monter d’un cran dans l’action », ajoute Cathy Apourceau-Poly. Les deux Adecr envisagent ainsi de saisir la justice, aux côtés de particuliers et de parents d’élèves, pour « rupture de service public ». Ce projet, à la portée « symbolique », doit mettre un coup de projecteur sur « les absences non remplacées, les fermetures de classes, les cours doubles, les suppressions de filières »… « Quelque chose est en train de monter, se félicite Alain Bruneel Les gens recherchent une alternative que ne soit pas qu’une alternance ». C’est pourquoi les deux associations d’élus prévoient encore de s’investir dans la question de l’école : sont déjà prévues des distributions de tracts et des rencontres avec des syndicalistes, avant - qui sait ? -, un débat avec le recteur (1) ? MH
1) Renseignements et inscriptions au 03.21.08.12.12 |