
L’hôpital de Boulogne, avec 2.200 salariés, est le premier
employeur
dans le Boulonnais.
La mort de l’hôpital public
n’est pas une fatalité
.
Le sénateur du Pas-de-Calais
Dominique Watrin
entame une tournée dans les hôpitaux du Pas-de-Calais.
Les
agents, surchargés de travail, se disent « otages
de leur conscience professionnelle ».
•
« Tête, mains, cul.
» Voilà comment, dans certaines structures qui accueillent
les personnes âgées, on désigne la toilette des
résidants. L’expression est crue, mais elle résume bien
à quoi pousse le manque de temps et de personnel. « Des
toilettes en cinq ou dix minutes, c’est de la maltraitance »,
estime un agent hospitalier de Boulogne. « On nous demande une
qualité de soin qu’on ne peut pas donner. On n’est pas bien
», renchérit une collègue. Face à eux, le
sénateur (PCF) du Pas-de-Calais, Dominique Watrin, venu,
vendredi 27 janvier, prendre le pouls de l’hôpital public.
Après Lens et Béthune la veille, il était le matin
au centre hospitalier de Calais et l’après-midi à celui
Boulogne, pour rencontrer des salariés, dont des
représentants de la CGT. Une tournée qui se prolongera
dans les prochaines semaines et qui pourrait, en lien avec des
élus du Nord, déboucher sur des Assises régionales
de la santé.
Des milliers d’heures
bloquées sur des comptes
A l’hôpital de Calais, les 17 sages-femmes cumulent 5.000 heures
de récupération, qu’elles ne peuvent pas prendre et qu’on
refuse de leur payer. Les onze agents du PC de sécurité
en sont à 3.500 heures. Ces milliers d’heures sont
bloquées sur des « comptes épargne temps ».
Peut-être serviront-elles pour partir quelques mois plus
tôt en retraite ? En attendant, les agents n’en peuvent plus
d’enchaîner les journées. « Dans le privé, la
direction serait déjà condamnée aux Prud’hommes
», commente le député européen Jacky
Hénin, ancien président du conseil d’administration de
l’hôpital, quand il était maire de Calais.
A Boulogne, Chantal, aide-soignante au centre de long séjour,
confie que dans son service, sept personnes en arrêt maladie ne
sont pas remplacées : « On travaille parfois pendant huit
jours avec un seul repos. ». L’après-midi, on compte deux
infirmières pour 120 résidents. « J’ai encore
été appelé ce matin pour travailler dimanche
», intervient son voisin. Il évoque le cas d’une
collègue aide-soignante qui a pris trois semaines de
congés en juillet. On lui a fait comprendre qu’en «
échange », il fallait accepter d’être sur le pont
les quatre week-ends du mois d’août. « On nous rend otages
de notre conscience professionnelle. Les usagers ne sont pas au courant
de tout ça », commente Jean-Jacques Prévost,
secrétaire de la CGT des hospitaliers de Calais. Il
révèle ainsi que 500.000 euros d’indemnités de
remplacement ont été supprimés à Calais.
« Et dans le budget, on découvre que l’hôpital
achète une maison de fonction à 400.000 euros ! »,
s’indigne-t-il. A Boulogne, la CGT assure que ce sont 300.000 euros de
travaux de luxe qui ont été réalisés dans
une maison de fonction. Pendant que le « petit personnel »
se crève pour des salaires de misère. Une aide-soignante
en début de carrière touche en effet une indemnité
sans laquelle son salaire n’atteint pas le Smic.
Des revendications
et une « volonté politique »
A Calais, ce sont les congés de l’été 2012 qui
risquent d’être problématiques. Ainsi, Philippe Blua,
directeur de l’hôpital, a signé une note de service le 19
décembre pour les contingenter : rien du 16 au 29 juillet, au
compte-goutte les autres semaines. Il évoque deux raisons.
D’abord, le déménagement dans les nouveaux locaux. Ancien
et enclavé en centre-ville, l’hôpital de Calais, qui
dessert une population de 150.000 habitants, « a fait son temps
», confie un agent. Le projet a été lancé il
y a plus de dix ans et le chantier vit ses derniers mois, à
l’entrée de la ville, près de l’autoroute. Autre motif de
mobilisation pour l’été : la mise en alerte des
hôpitaux du littoral pour cause de Jeux olympiques à
Londres. Cette dernière demande émanerait, selon le
directeur, de l’Agence régionale de santé (ARS). Pour
régler le problème, la CGT propose de reculer le
déménagement à octobre, et réclame à
l’ARS une dotation exceptionnelle. La direction de l’hôpital
répond qu’un report du déménagement engendrerait
un surcoût de deux millions d’euros. Philippe Blua a cependant
assuré à Dominique Watrin, qu’il a reçu à
l’occasion de sa visite à Calais, que ces règles
drastiques pour les prises de congés seraient assouplies.
Sûrement a-t-il senti le vent de la contestation. Le
sénateur y voit la preuve que « revendiquer est utile
». Plus généralement, il en appelle à une
« volonté politique nationale » pour sauver
l’hôpital public en France et refuser, par exemple, les 15.000
suppressions de postes dans la Fonction publique hospitalière en
2011. Selon un rapport de la cour des comptes, 170 milliards de
richesses diverses ne cotisent pas à la Sécurité
sociale.
Ludovic FINEZ
« Un CHU dans le Pas-de-Calais »
.
> Surmortalité
précoce, efficacité des actions de
prévention : le Nord-Pas-de-Calais est à la traîne.
Calais et Boulogne sont dans une situation pire encore. Idem pour le
nombre de médecins. Le manque de soleil n’explique pas tout.
« Il manque un CHU [centre hospitalier universitaire] dans le
Pas-de-Calais. C’est comme ça que l’on fait venir les meilleurs
spécialistes », assure Dominique Watrin. Il en veut pour
preuve la métropole lilloise, dotée du seul CHU de la
région.
De son côté, Hervé Poly, secrétaire du PCF
du Pas-de-Calais rappelle une proposition du Front de gauche lors des
dernières élections régionales : un plan de
rattrapage des équipements de santé de 25 millions
d’euros par an pendant quatre ans et la création de mille
emplois. La diminution d’ISF de Liliane Bettencourt, 30 millions
d’euros, y suffirait. « La région le vaut bien »,
ironise Hervé Poly.
LF
L’accueil laisse à désirer
.
> Comme il l’avait fait
à Calais, Dominique Watrin a sollicité une
entrevue avec le directeur de l’hôpital de Boulogne. C’est le
député-maire (PS) de Boulogne et président du
Conseil de surveillance de l’hôpital, Frédéric
Cuvillier, qui lui a répondu. Visiblement vexé qu’on ne
se soit pas adressé à lui et prétextant
l’obligation de s’afficher « non partisan », il a
refusé. « C’est quand même la première fois
qu’un directeur d’hôpital ne répond pas lui-même. En
plus pour une réponse négative ! », s’indigne
Brigitte Passebosc, conseillère régionale (PCF) et
candidate aux législatives à Boulogne. La CGT vient de
s’implanter à l’hôpital de Boulogne, avec 43% des voix aux
élections. Devant les tracasseries pour obtenir quelques
feuilles de papier, des crayons et des cartouches d’encre, elle non
plus ne se sent pas la bienvenue…
LF

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