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trait libre de Philippe Hollevout







  c a r t o n  r o u g e  p a r  j é r ô m e  l e r o y

Pourquoi je vais
voter Front de Gauche


Evidemment, il va de soit que je voterai pour le Front de Gauche aux présidentielles et aux législatives de 2012. Mais parfois, ça va mieux en le disant. Une blogueuse politique de talent, Coralie Delaume de l’Arène nue (http://l-arene-nue.blogspot.com/) a trouvé utile de m’interviewer sur cette question. Je la remercie parce que cela m’a permis moi-même de faire le point sur cet engagement.


Coralie Delaume : Votre choix en faveur de Jean-Luc Mélenchon semble ferme et définitif. Qu’est-ce qui le motive ?

Je suis adhérent au Parti communiste français (PCF). Je suis juste un militant de base et j'ai fait partie de ceux qui, au sein du parti communiste, ont milité pour une stratégie unitaire, celle du programme partagé avec les autres composantes du Front de Gauche (FDG) : le Parti de Gauche (PG) de Mélenchon ou encore Gauche Unitaire.
La stratégie du FDG a d'ailleurs plutôt bien fonctionné depuis 2009 en affirmant la présence d'un pôle de « la gauche de la gauche » aux Européennes, aux Régionales et aux Cantonales où il a tout de même frôlé les 10% dans une relative indifférence médiatique.
Pour ces présidentielles, qui sont - et je le déplore - des élections personnalisées à l'extrême, il me semble que Mélenchon, avec ses qualités de débatteur et d'orateur est le mieux à même de porter le programme du FDG.

Justement, la présidentielle étant autant le choix d'un homme
que celui d'un programme, ne craignez vous pas que le caractère emporté de Mélenchon n'éloigne de lui bon nombre d'électeurs potentiels ? N'en fait-il pas un peu trop ?


Je ne crois pas. Les médias dominants ont tendance à caricaturer les candidats qui soutiennent des programmes réellement alternatifs. Je me souviens notamment d'un véritable choc frontal entre Jean-Michel Apathie et Mélenchon sur RTL, à propos de la réforme des retraites. Apathie était tout surpris de se retrouver avec, en face de lui, un homme qui osait dire, et de manière argumentée, chiffrée, qu'il y avait d'autres solutions que celles présentées comme allant de soi et allant évidemment dans le sens d'une régression sociale. De toute façon, quand on porte un programme comme celui du FDG à la fois radical et réaliste, il faut être très combatif. Que ce soit Mélenchon ou les militants.

On constate actuellement un gros succès de Marine Le Pen
auprès des couches populaires. Comment expliquez-vous
que l’audience de votre candidat soit moindre que la sienne auprès
de cet électorat ?


Je pense que vous posez la question centrale. Si le FDG entame une lente mais régulière montée dans les sondages, on reste pour l’instant très loin des scores du FN. Et pourtant, de fait, son électorat est potentiellement le nôtre. Je dirais même que Marine Le Pen nous l'a en grande partie piqué. Pas elle seule, mais le FN, depuis un certain déclin électoral du PCF, notamment.
Les socialistes ayant dans leur grande majorité fait le deuil de cet électorat là, les Verts ne s'y étant jamais intéressés, il ne reste que Mélenchon et le FDG pour le reconquérir et faire comprendre aux couches populaires que ce n'est certainement pas le voisin arabe qui a décidé de délocaliser l'usine du coin. Et qu'au bout du compte, si le FN est un jour en position d’entrer dans un gouvernement, ce ne sera certainement pas dans un gouvernement de gauche... Je persiste à penser que le Front « marinisé » et « social » est le faux nez  temporaire d'une droite dure et d’un capitalisme en crise qui a besoin de faire marcher les peuples à la schlague.

Certes. Mais, si ce n'est pas le voisin arabe qui fait délocaliser les usines, il demeure que des électeurs, de plus en plus nombreux, éprouvent un sentiment "d'inquiétude culturelle". Ne pensez-vous pas qu'à vouloir ignorer cela et à préconiser la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers, Mélenchon se barre la route d'un vote massif en sa faveur ?

C'est un vieux débat, finalement. D'une part, je pense que l'inquiétude culturelle est la conséquence de l'inquiétude sociale. Les réflexes de panique identitaire, aujourd'hui, outre qu'ils sont savamment entretenus par un Claude Guéant, par exemple, dont le discours est de la pure provocation, sont ceux de gens qui ont tout perdu, économiquement mais aussi, justement, culturellement, comme une certaine fierté ouvrière qui était celle - qui est celle encore aujourd'hui - de ma région, le Nord/Pas-de-Calais.
Alors on peut focaliser sur un islam intégriste ultraminoritaire dans les cités, ou sur des truands armés de kalachnikovs pour faire oublier que le problème aujourd'hui, c'est que dans un pays aussi riche que la France, les inégalités se sont creusées, que des millions de Français vivent en dessous du seuil de pauvreté et se rationnent sur les soins.
Voter Front de Gauche, ce n'est pas être contre la burqua seulement. C'est être contre la burqa et estimer qu'un SMIC à 1700 euros brut tout de suite est indispensable. C'est articuler, précisément, les réponses aux inquiétudes économiques et culturelles.
Même Guéant a reconnu que l'immigration et l'insécurité n'étaient plus la première peur des français. La première peur des Français, c'est survivre dans une crise financière qu'on leur fait payer en démantelant l'Etat providence. Et le seul candidat, s'il était élu, qui a compris cela et agirait en conséquence, c'est Mélenchon.
En 2007, Ségolène Royal avait plaidé pour un SMIC à 1500 euros.
Par la suite, elle a convenu elle-même qu’elle n'y croyait pas...
Le SMIC à 1700 euros est une proposition parmi d'autres. La différence entre Ségolène Royal et nous, c'est que nous, nous sommes de gauche. Et comme le dit fort justement notre économiste Jacques Généreux, "nous savons faire".
Là aussi, c'est une question de volonté politique.


Dans l'hypothèse où votre candidat ne serait pas au second tour,
s’il appelle à voter pour François Hollande, le suivrez-vous ?


Mon principal souci sera de battre la droite libérale, en tout cas, celle qui propose de continuer sur la même voie sans issue. D’ailleurs, ce sera plus facile de voter pour Hollande  que ce l'aurait été pour Dominique Strauss-Kahn.
Ensuite, voter pour Hollande au second tour avec un Mélenchon à 7%, 9% ou 15% n'aura pas du tout la même signification. Plus le score du FDG sera haut, plus cela signifiera que le candidat socialiste devra faire avec nous et nos propositions s'il veut un report indispensable à sa victoire. Pour faire vite, en votant Mélenchon au premier tour, même si on est socialiste par exemple, on est dans le vote utile puisqu'on oblige la gauche à être plus...de gauche.

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