c a r t o n r o u g e
p a r j é r
ô m e l e r o y
Pourquoi je
vais
voter Front de Gauche
• Evidemment, il va de
soit que je voterai pour le Front de Gauche aux présidentielles
et aux législatives de 2012. Mais parfois, ça va mieux en
le disant. Une blogueuse politique de talent, Coralie Delaume de
l’Arène nue (http://l-arene-nue.blogspot.com/) a trouvé
utile de m’interviewer sur cette question. Je la remercie parce que
cela m’a permis moi-même de faire le point sur cet engagement.
Coralie Delaume : Votre choix
en faveur de Jean-Luc Mélenchon semble ferme et
définitif. Qu’est-ce qui le motive ?
• Je suis adhérent au
Parti communiste français (PCF). Je suis juste un militant de
base et j'ai fait partie de ceux qui, au sein du parti communiste, ont
milité pour une stratégie unitaire, celle du programme
partagé avec les autres composantes du Front de Gauche (FDG) :
le Parti de Gauche (PG) de Mélenchon ou encore Gauche Unitaire.
La stratégie du FDG a d'ailleurs plutôt bien
fonctionné depuis 2009 en affirmant la présence d'un
pôle de « la gauche de la gauche » aux
Européennes, aux Régionales et aux Cantonales où
il a tout de même frôlé les 10% dans une relative
indifférence médiatique.
Pour ces présidentielles, qui sont - et je le déplore -
des élections personnalisées à l'extrême, il
me semble que Mélenchon, avec ses qualités de
débatteur et d'orateur est le mieux à même de
porter le programme du FDG.
Justement, la
présidentielle étant autant le choix d'un homme
que celui d'un programme, ne craignez vous pas que le caractère
emporté de Mélenchon n'éloigne de lui bon nombre
d'électeurs potentiels ? N'en fait-il pas un peu trop ?
• Je ne crois pas. Les
médias dominants ont tendance à caricaturer les candidats
qui soutiennent des programmes réellement alternatifs. Je me
souviens notamment d'un véritable choc frontal entre Jean-Michel
Apathie et Mélenchon sur RTL, à propos de la
réforme des retraites. Apathie était tout surpris de se
retrouver avec, en face de lui, un homme qui osait dire, et de
manière argumentée, chiffrée, qu'il y avait
d'autres solutions que celles présentées comme allant de
soi et allant évidemment dans le sens d'une régression
sociale. De toute façon, quand on porte un programme comme celui
du FDG à la fois radical et réaliste, il faut être
très combatif. Que ce soit Mélenchon ou les militants.
On constate actuellement un
gros succès de Marine Le Pen
auprès des couches populaires. Comment expliquez-vous
que l’audience de votre candidat soit moindre que la sienne
auprès
de cet électorat ?
• Je pense que vous posez la
question centrale. Si le FDG entame une lente mais
régulière montée dans les sondages, on reste pour
l’instant très loin des scores du FN. Et pourtant, de fait, son
électorat est potentiellement le nôtre. Je dirais
même que Marine Le Pen nous l'a en grande partie piqué.
Pas elle seule, mais le FN, depuis un certain déclin
électoral du PCF, notamment.
Les socialistes ayant dans leur grande majorité fait le deuil de
cet électorat là, les Verts ne s'y étant jamais
intéressés, il ne reste que Mélenchon et le FDG
pour le reconquérir et faire comprendre aux couches populaires
que ce n'est certainement pas le voisin arabe qui a
décidé de délocaliser l'usine du coin. Et qu'au
bout du compte, si le FN est un jour en position d’entrer dans un
gouvernement, ce ne sera certainement pas dans un gouvernement de
gauche... Je persiste à penser que le Front «
marinisé » et « social » est le faux nez
temporaire d'une droite dure et d’un capitalisme en crise qui a besoin
de faire marcher les peuples à la schlague.
Certes. Mais, si ce n'est pas
le voisin arabe qui fait délocaliser les usines, il demeure que
des électeurs, de plus en plus nombreux, éprouvent un
sentiment "d'inquiétude culturelle". Ne pensez-vous pas
qu'à vouloir ignorer cela et à préconiser la
régularisation de tous les travailleurs sans-papiers,
Mélenchon se barre la route d'un vote massif en sa faveur ?
•
C'est un vieux débat, finalement. D'une part, je pense que
l'inquiétude culturelle est la conséquence de
l'inquiétude sociale. Les réflexes de panique
identitaire, aujourd'hui, outre qu'ils sont savamment entretenus par un
Claude Guéant, par exemple, dont le discours est de la pure
provocation, sont ceux de gens qui ont tout perdu,
économiquement mais aussi, justement, culturellement, comme une
certaine fierté ouvrière qui était celle - qui est
celle encore aujourd'hui - de ma région, le Nord/Pas-de-Calais.
Alors on peut focaliser sur un islam intégriste ultraminoritaire
dans les cités, ou sur des truands armés de kalachnikovs
pour faire oublier que le problème aujourd'hui, c'est que dans
un pays aussi riche que la France, les inégalités se sont
creusées, que des millions de Français vivent en dessous
du seuil de pauvreté et se rationnent sur les soins.
Voter Front de Gauche, ce n'est pas être contre la burqua
seulement. C'est
être contre la burqa et estimer qu'un SMIC à 1700 euros
brut tout de suite est indispensable. C'est articuler,
précisément, les réponses aux inquiétudes
économiques et culturelles.
Même Guéant a reconnu que l'immigration et
l'insécurité n'étaient plus la première
peur des français. La première peur des Français,
c'est survivre dans une crise financière qu'on leur fait payer
en démantelant l'Etat providence. Et le seul candidat, s'il
était élu, qui a compris cela et agirait en
conséquence, c'est Mélenchon.
En 2007, Ségolène Royal avait plaidé pour un SMIC
à 1500 euros.
Par la suite, elle a convenu elle-même
qu’elle n'y croyait pas...
Le SMIC à 1700 euros est une proposition parmi d'autres. La
différence entre Ségolène Royal et nous, c'est que
nous, nous sommes de gauche. Et comme le dit fort justement notre
économiste Jacques Généreux, "nous savons faire".
Là aussi, c'est une question de volonté politique.
Dans l'hypothèse
où votre candidat ne serait pas au second tour,
s’il appelle
à voter pour François Hollande, le suivrez-vous ?
•
Mon principal souci sera de battre la droite libérale, en tout
cas, celle qui propose de continuer sur la même voie sans issue.
D’ailleurs, ce sera plus facile de voter pour Hollande que ce
l'aurait été pour Dominique Strauss-Kahn.
Ensuite, voter pour Hollande au second tour avec un Mélenchon
à 7%, 9% ou 15% n'aura pas du tout la même signification.
Plus le score du FDG sera haut, plus cela signifiera que le candidat
socialiste devra faire avec nous et nos propositions s'il veut un
report indispensable à sa victoire. Pour faire vite, en votant
Mélenchon au premier tour, même si on est socialiste par
exemple, on est dans le vote utile puisqu'on oblige la gauche à
être plus...de gauche.
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