La fin du camp



Pendant la dernière partie de l’année 1944, Auschwitz était le seul camp qui tournait encore à plein rendement.
De mai jusqu’à la fin octobre, on procéda à la réduction de la plupart des derniers noyaux de population juive. Pendant cette période, quelque 600.000 juifs y furent acheminés.
Alors que la Roumanie et la Bulgarie étaient désormais hors d’emprise, que s’effondraient les réseaux de transports, que se faisait sentir le besoin desespéré de main d’oeuvre pour l’industrie de guerre, en novembre 1944, Himmler décida que, pour des raisons d’ordre pratique, la question juive était résolue.
Le 25 novembre, il ordonna le démantélement des installations de mise à mort.
Auschwitz I et II fusionnèrent pour former le camp de concentration d’Auschwitz et Auschwitz III devint le camp de concentration de Monowitz. IG-Farben se préparait déjà à quitter les lieux. Depuis le 4 avril 1944, la zone industrielle était régulièrement photographiée par les forces aériennes alliées de la Méditerranée et Monowitz systématiquement bombardé.

Une organisation de résistance avait été créée à Auschwitz. Elle avait des liens avec le mouvement de résistance à l’extérieur du camp, notamment les Polonais de l’armée de l’intérieur qui prenaient leurs ordres de Londres, et les communistes.
Le 7 octobre 1944, un Sonderkommando prêt à tenter le tout pour le tout, armé d’explosifs, de trois grenades à main volées, risqua seul sa chance. 450 détenus et 3 SS périrent dans l’affrontement et le crématorium III fut incendié. Les SS découvrirent vite que quatre femmes de l’usine de l’" Union " avaient fourni les explosifs. Elles furent publiquement pendues, par le commandant du camp.

Le mois dernier un four crématoire de Birkenau a sauté. Personne ne sait (et peut-être ne le saura-t-on jamais) comment les choses se sont passées : on parle du Sonderkommando, un Kommando spécial qui est affecté aux chambres à gaz et aux fours crématoires ; le Kommando lui-même est périodiquement anéanti et séparé du reste du camp. Le fait est qu’à Birkenau, quelques centaines d’individus, esclaves désarmés et épuisés comme nous, ont trouvé en eux-mêmes la force d’agir et de faire mûrir les fruits de leur haine ".

Primo Levi, Si c’est un homme, pp 159-161.


Le 17 Janvier 1945, en fin d’après-midi se déroula le dernier appel. Le nombre de détenus était de 31.894 à Auschwitz (Birkenau inclus) et de 35.118 à Monowitz, ce chiffre comprenant les camps satellites.
Ce jour-là, on décida d’évacuer les détenus. Pendant les deux jours suivants, 58.000 prisonniers quittèrent le camp, presque tous à pied, par un temps glacial. C’est " La marche de la mort ". Après des jours de marche, ils sont chargés dans des wagons découverts et répartis dans les camps de l’Ouest.

Le 20 janvier, l’Obergruppenführer Schmauser donna l’instruction de liquider les prisonniers qui étaient restés au camp. Un détachement de SS fusilla 200 femmes juives, puis fit sauter les bâtiments qui avaient abrité les crématoriums I et II.
Le même jour IG-Farben détruisait ses dossiers.
Le lendemain, tandis que l’artillerie soviétique bombardait Auschwitz, les autorités du camp vidaient les lieux.
Le 23 Janvier, les SS mirent le feu aux baraques pleines de vêtements de la section " Canada ".
Le 27 à 1 heure du matin, ils firent sauter le dernier crématorium, qu'ils avaient gardé jusqu’au dernier moment pour incinérer les cadavres.

fin

Au milieu de l’après-midi, ce même jour, les troupes soviétiques prirent Auschwitz et Birkenau. Il reste alors dans l’ensemble du camp, 7.000 détenus vivants, des centaines d’autres gisaient, morts, là où ils étaient tombés.




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