NATZWILLER-STRUTHOF
« Le Struthof, le seul KZ implanté en France, a plutôt le caractère d’un
camp d’extermination que d’un camp de concentration ».
Olga Wormser-Migot, Le système concentrationnaire nazi,
PUF, 1968, p 557.
Le KZ du Struthof a été installé par les nazis dans l’Alsace
annexée au Reich, sur un contrefort des Vosges. Strasbourg est à 60 kilomètres au nord-est.
- Mise en service le 1er Mai 1941.
Le 21 mai arrivent 150 prisonniers de droit commun provenant du KZ de Sachsenhausen, suivis
le lendemain par près de 300 autres allemands et une dizaine de Polonais. Ils effectuent
les travaux de terrassement et d’aménagement du camp primitif.
« Le camp était disposé un peu autrement que ceux de Dachau et de
Flossenbürg, par lesquels je suis aussi passé. Encerclé par une ligne
électrique d’un travail très soigné ; il était formé
par dix-huit baraquements, disposés sur deux rangs et en paliers. Sur chaque palier
s’élevaient deux Blocks, séparés par une allée, large de 20 à
30 mètres, où se faisaient les appels. Le palier le plus haut était à
30 mètres au-dessus du plus bas. Cette disposition qu’il faut retenir rendait
extrêmement pénibles les déplacements des détenus. Le palier du
bas comprenait deux baraquements spéciaux : à droite le Bunker ou prison, et en
face le four crématoire, surmonté par une cheminée de 8 à 9
mètres de haut. Peu de camps ont eu le crématoire à l’intérieur
de l’enceinte électrifiée. (...) D’un côté du four était
une salle de désinfection, de l’autre un petit groupe de salles. Une de celles-ci
était réservée aux urnes cinéraires qu’on n’employait à
peu près jamais ; une autre en communication directe avec le four, servait aux
exécutions, comme en témoignent 4 crochets de boucher scellés au mur,
avec leurs quatre tabourets respectifs ; une autre était affectée aux dissections.
A côté se trouvait un petit dortoir pour les détenus qui allaient bientôt
être exécutés. A part le Block de la cuisine et cinq autres formant
l’infirmerie, tout le reste des constructions servait de logement ».
René Marx. Cité dans M.Ruby, Le livre de la déportation,
R. Laffont, 1995, p 178.
- 46.000 détenus passés par ce camp (non-immatriculés non inclus).
Au moins 22.000 morts.
« Une partie importante des prisonniers français fut liquidée tout
de suite. L’incinération des victimes eut lieu dans le crématoire nouvellement
construit du camp ».
Willi Behnke, déporté à Natzwiller-Struthof.
Cité in Le grand livre des témoins, FNDIRP, Ramsay, 1995.
« Pendant quatre jours, nuit et jour, sans arrêt, le crématoire n’avait
pas cessé de brûler ; sa cheminée était rougie jusqu’en haut par
la chaleur ».
Roger Laporte, déporté à Natzweiler-Struthof.
Cité in Le grand livre des témoins, FNDIRP, Ramsay, 1995.
« Une pièce attenante au four était bondée de cadavres,
pêle-mêle. Spectacle horrifiant. Lorsque le four était allumé,
nous mettions sept corps à la première fournée ; à la deuxième,
cinq ou six car, le four étant bien chaud, les corps se tordaient. A partir de mai
1944, il passait en moyenne 50 cadavres par jour. (...) A notre arrivée au camp, le
commandant nous avait bien dit que nous ne ressortirions d’ici que par la cheminée du
crématoire ».
Alexandre Maurice, déporté à Natzweiler-Struthof.
Cité in Le grand livre des témoins, FNDIRP, Ramsay, 1995.
- Au départ les effectifs de Natzweiler sont formés de droits communs et
d’asociaux venant de SACHSENHAUSEN et DACHAU pour construire le camp et en constituer
l’administration interne.
« Des patrouilles de SS circulaient la nuit dans le camp. Aux portes du camp, à
l’extérieur, des SS et leurs baraques. Ils étaient plus de 200. Par contre,
à l’intérieur du camp, les SS paraissaient à peine, sauf au crématoire,
pour les exécutions et aux heures d’appel. A l’intérieur, les maîtres
du camp , les « triangles verts » commandaient. Aidés des kapos,
ils avaient droit de mort sur nous et ne s’en privaient pas (...). Environ 300 seigneurs du camp.
Presque tous des triangles verts au début. Ils avaient presque tous un ou deux
protégés, des « mignons ». Tous les autres subissaient leurs tourments.
Un kapo, un chef de block, étaient pour nous aussi redoutables que les SS, sinon plus ».
Roger Laporte, déporté à Natzweiler-Struthof.
Cité in Le grand livre des témoins, FNDIRP, Ramsay, 1995.
Les internés sont principalement des Alsaciens, des Français de l’Intérieur,
des Norvégiens, des Néerlandais, des Luxembourgeois et des Allemands, ainsi
que quelques Tziganes.
Les femmes ne sont que dans les Kommandos extérieurs.
Le camp comprend une section « Nacht und Nebel Häftlinge ».