La déportation en France



Les années trente sont intensément marquées par la xénophobie.

Les raisons en sont multiples.
Un vieux fonds d’hostilité à l’encontre de l’étranger, renforcé par la crise économique et sociale, la montée des périls en Europe, le repliement d’un pays déclinant qui doute de lui-même et aimerait prendre ses distances à l’égard du monde.

Dans ce climat l’antisémitisme prolifère avec ses caractères propres.
Le terreau est propice d’autant que la moitié des juifs de France sont des étrangers.
Xénophobie et antisémitisme forment une alliance solide et dynamique.

En 1938, 47 titres de la presse française, de l’« Action Française » à « Je suis partout », en passant par « La libre parole », « La revue internationale des Sociétés secrètes » ou « RIF » (Racisme International Fascisme), diffusent un antisémitisme systématique, que relaient les Ligues et les Partis d’extrême-droite comme le Parti Populaire français, le Rassemblement antijuif de France ou l’Union antimaçonnique de France.

En France le processus de destruction des juifs fut le résultat de l’armistice franco-allemand.

La lutte contre l’« anti-France ».

Le régime de Vichy établi le 10 juillet 1940 accorde la priorité des priorités à la lutte contre l’« anti-France », qui porterait la responsabilité de la défaite.

Cette législation est complétée par le statut du 3 octobre 1940.

Le statut du 3 octobre, « loi portant statut des juifs », paraît le 18 octobre dans le Journal Officiel de la République française, en même temps que celui du 4 « sur les ressortissants étrangers de race juive ».

Dans son premier article, le statut définit le juif « est regardé comme juif, pour l’application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race si son conjoint lui-même est juif ».

Les articles suivants excluent les juifs des principales fonctions publiques (chef de l’État, membre du gouvernement, conseil d’État, Conseil de l’ordre national de la Légion d’honneur, Cour de Cassation, Cour des Comptes, corps des Mines, Corps des Ponts et chaussées, inspection générale des finances, cours d’appel, tribunaux de première instance).
Ils ne peuvent plus être juges de paix, secrétaires généraux des ministères, directeurs des administrations centrales, préfets et sous-préfets, résidents généraux, membres des corps enseignant, officiers et sous-officiers. De plus, les Juifs sont exclus de la presse (direction et rédaction, sauf pour les publications scientifiques), du cinéma, de la radiodiffusion, du théâtre.

Ils continuent à exercer des professions libérales, dans la limite de quotas qui seront prochainement adoptés pour assurer « l‘élimination des juifs en surnombre ».

On a cru ou feint de croire, à l’époque et longtemps après la guerre, que, sous la pression des allemands, le gouvernement de Vichy avait été contraint d’appliquer ce statut.
Il n’en est rien.

Le gouvernement de Vichy a pris la décision d’élaborer et de promulguer une loi que les Allemands ne lui demandaient pas, mais il l’a faite en tenant compte du modèle que lui fournissait la législation nazie.
Sa démarche repose sur un antisémitisme vigoureux, à la française, dont les exemples sont innombrables, tout au long des années 30.


Le principal initiateur de ces mesures est Raphaël Alibert.

- Le 29 mars 1941, l’Amiral Darlan, vice-président du Conseil, Ministre des Affaires étrangères, de la marine et de l’Intérieur depuis le 10 Février, créé le Commissariat Général aux questions juives.
Xavier Vallat, antisémite chevronné, est choisi pour le diriger. Il est l’initiateur de la Loi du 2 juin 1941. La race juive est désormais définie par la religion. Le même jour une autre loi prescrit le recensement des juifs.

- Le 6 mai 1942, un nouveau commissaire général aux questions juives est nommé par Pierre Laval, de retour aux affaires et chef de gouvernement. Louis Darquier de Pellepoix succède à Xavier Vallat dont les Allemands ne veulent plus. Il rédige un nouveau texte de loi, beaucoup plus précis que les précédents, notamment en ce qui concerne les « demi-juifs ». Mais ni la situation internationale, ni la situation intérieure ne se prêtent à une législation nouvelle.

Les rafles et déportations ont d’ailleurs réduit considérablement la population juive. Le projet n’en est pourtant pas moins significatif d’un comportement, sinon d’une doctrine.

Au cours de l’été 40, les Allemands prennent des décisions qui concernent le sort des juifs de France.
En résumé, la législation française et celle des autorités d’occupation métamorphosent les juifs français en une minorité à part, privée des droits les plus élémentaires des citoyens. Les juifs étrangers sont susceptibles d’être enfermés dans des camps d’internement, comme le prévoit la loi du 4 octobre 1940. Le gouvernement de Vichy a créé tout exprès un Commissariat général aux questions juives et, sous la pression des Allemands, dissous toutes les organisations juives pour mettre sur pied, le 29 novembre 1941, une Union Générale des Israélites de France (UGIF). Tous les juifs qui habitent la France sont tenus d’en être membres. Sa création s’inscrit bien dans la définition d’un peuple juif qu’on exclut de la Communauté nationale, dans le meilleur des cas pour éviter à la France de subir les effets de la contagion, dans le pire des cas pour préparer la « Solution Finale ».

De juillet et surtout de septembre 1940 à la fin de 1942, l’acharnement de Vichy et des Allemands est spectaculaire. C’est à qui en fait davantage, le plus rapidement, dans tous les domaines imaginables. Le Juif est l’ennemi prioritaire.



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