La déportation en Hongrie



En 1941, par suite des diverses annexions hongroises pratiquées avec l'accord de Berlin, la communauté juive compte 725.000 personnes, soit 5% de la population totale. La majorité de ces juifs est assimilée à la culture hongroise.

Au début des années 30 on enregistre une recrudescence de l’antisémitisme. Le parti fasciste, les Croix Fléchées, devient en 1938-39 le parti d’opposition le plus important. C’est un parti très en vogue, surtout dans les couches populaires. Il mène une propagande antisémite agressive, financée partiellement par le Reich. Le gouvernement de droite traditionnelle prépare la 1ère loi anti-juive, espérant affaiblir cette poussée populaire, d’une part par une répression policière, et, de l’autre, par une loi qui réalise en partie les revendications fascistes. Elle limite l’activité juive surtout dans les professions libérales et les services publics. Ces limites fixées à 20%, soit quatre fois la proportion de juifs dans la population, ne peuvent que partiellement satisfaire les extremistes.

La 2ème loi, en 1939 ressemble à la 1ère mais limite la participation juive dans certaines professions à 6 ou 12%. Les deux lois ont un caractère économique prenant surtout en compte les intérêts de la classe moyenne urbaine, en constante crise, et dans laquelle l’antisémitisme est le plus répandu.

La déportation des juifs de Hongrie est demandée pour la 1ère fois en octobre 1942 par les autorités nazies.

En Hongrie il n’existe pas de représentation du RSHA et tous les contacts se font par l’intermédiaire des diplomates, surtout par le ministre hongrois à Berlin, Döme Sztojay. Martin Luther, Ministre des Affaires étrangères du Reich lui présente, le 2 octobre, une demande détaillée concernant la politique souhaitée. Elle inclut la mise à l’écart des juifs de la vie culturelle et économique, l’obligation du port de l’étoile jaune et la déportation « vers l’Est ».

La réponse hongroise est nette et sans équivoque. Le Premier Ministre informe à plusieurs reprises ses interlocuteurs que la Hongrie est dans l’impossibilité de céder à ces demandes. Il évoque la très grande influence des juifs dans l’industrie et que la bonne marche de celle-ci, qui exporte 80% de ses produits vers l’Allemagne, va dans le sens de l’intérêt du Reich et de la conduite de la guerre. En outre il exprime à plusieurs reprises ses craintes concernant le sort des déportés.

Cette réponse est loin de satisfaire les nazis et surtout Hitler. Le sujet est soulevé de nouveau lors de sa rencontre avec Horthy, en avril 1943. La réponse du régent hongrois est de nouveau négative. Rappelons qu’à cette époque, plusieurs milliers de réfugiés de Slovaquie et même de Pologne ont trouvé refuge dans le pays. Tout en étant entrés illégalement, ils sont très bien connus du gouvernement. La Hongrie possède une police efficace. Certains juifs clandestins ont été effectivement, début 1942, arrêtés et renvoyés en Slovaquie, mais la plupart ne peuvent rester dans le pays qu’avec l’accord tacite du gouvernement. En effet, jusqu’au 19 Mars 1944, date où la Wehrmacht occupe le pays, ils ne sont pas inquiétés et, ce qui est plus significatif, il n’y a pas de déportation.



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