Les rafles en France
Les rafles sont des arrestations collectives qui ont pour but d’enfermer un groupe social, soit pour le maintenir
dans un camp de concentration, soit pour remplir des trains de déportation.
Après la définition légale du juif, les interdits professionnels et l’aryanisation économique,
après la mise à l’écart de la communauté nationale, elles annoncent l’extermination,
la disparition physique d’hommes, de femmes, d’enfants de tous âges, qui ont en commun d’être juifs.
- Les rafles de l’été 1941.
L’année 41 est marquée, en zone occupée, par trois rafles.
- La 1ère date du 14 mai.
Elle frappe à Paris les juifs polonais, tchécoslovaques et ex-Autrichiens de 18 à 40 ans pour les
premiers, de 18 à 60 ans pour les autres. La préfecture de police distribue 6500 convocations pour
« vérification ».
Les Allemands ont exigé des Français qu’ils appliquent la loi du 4 octobre 1940. Cette opération
est rondement menée grâce à l’utilisation du fichier juif que gère la Préfecture et
qu’elle communique aux Allemands. Elle a permis l’internement de 60% des Juifs étrangers convoqués.
- La 2ème rafle a lieu, pour l’essentiel, à Paris du 20 au 23 août.
Elle est en partie liée au projet de colonisation des Ardennes et a pour justification essentielle des activités
de guérilla communiste que l’invasion de l’URSS a déclenchées.
La police municipale est chargée de procéder à la rafle en collaboration avec la
Feldgendarmerie.
4232 arrestations. L’internement est fixé à Drancy, à deux pas de Paris, dans un camp qu’on vient
d’inaugurer.
- La 3ème date du 12 décembre.
L’explication la plus souvent donnée, notamment à l’époque, c’est que les Allemands réagissent
à leur manière à l’entrée en guerre des Etats-Unis et font payer aux Juifs les conséquences
de Pearl Harbour. Rien n'est plus faux.
743 hommes, de nationalité française, sont arrêtés au petit matin. 300 juifs étrangers sont
arrêtés -pour que la rafle atteigne le chiffre de 1000- ce qui correspondra à un convoi de déportation.
Un peu plus de 900 seront déportés à Auschwitz dès le mois de mars 1942, après un
passage à Compiègne.
De décembre 1941 à juillet 1942, les rafles sont interrompues. Sans doute parce qu’en dépit d’une série
d’ordonnances et de décrets qui réduisent de plus en plus la liberté des juifs les Allemands n’ont pas les
moyens matériels, c’est-à-dire pas assez de trains pour assurer « l’évacuation vers l’Est ».
Depuis le 16 avril 42, Pierre Laval est revenu aux affaires et détient des pouvoirs considérables sur le plan de la
politique intérieure, comme sur celui de la politique étrangère. Louis Darquier de Pellepoix, professionnel
de l’antisémitisme outrancier, tout dévoué à Dannecker et à ses services a remplacé
Xavier Vallat. René Bousquet, un fidèle de Laval, accède aux fonctions de secrétaire général
de la Police.
Le 11 juin, Eichmann réunit Dannecker et les responsables des sections juives de Bruxelles et La Haye. Il transmet
l’ordre de Himmler de « transférer au camp de concentration d’Auschwitz une plus grande quantité de juifs en
provenance de l’Europe du sud-est (notamment Roumanie) ou des régions occupées de l’Ouest. La condition essentielle est que les
juifs, des deux sexes, soient âgés de 16 à 40 ans. 10% de juifs inaptes au travail pourront être compris dans ces
convois. » En conséquence il a été convenu que 15000 juifs seraient déportés des Pays-Bas,
10.000 de Belgique et 100.000 de France, y compris la zone non occupée. Le gouvernement français devra payer les
frais de transport des juifs déportés, plus une taxe de 700 Reichsmark par déporté, et assurer leur
ravitaillement pendant 15 jours.
La négociation avec le gouvernement de Vichy commence en mai et se termine en août. Les contraintes du trafic ferroviaire oblige
Dannecker à revoir les chiffres à la baisse. Et puis, soudainement, deux décisions essentielles sont prises. Le 2 juillet,
Bousquet promet que la Police française arrêtera les juifs de zone occupée comme ceux de zone libre et le 4 juillet,
Laval fait une proposition que Dannecker transmet, le 6, à Berlin : « Le Président Laval a proposé, lors de la
déportation des familles juives de la zone non occupée, d’y comprendre également les enfants âgés de moins de 16 ans.
La question des enfants juifs restant en zone occupée ne l’intéresse pas. (...) » Ce qui revient à dire que Laval sauve
des juifs français en offrant aux allemands la déportation des enfants juifs, le plus souvent nés en France, donc français
pour la plupart.
La rafle, d’abord prévue aux 13 et 14 juillet est reportée aux 16 et 17, pour éviter qu’elle ne coïncide avec le jour de la
fête nationale.
Aucun allemand ne participe directement aux opérations.
Sans l’aide des forces du maintien de l’ordre de Vichy, les Allemands auraient été démunis. C’est ce qui rend plus tragique
encore le dénouement de la rafle du Vel’d’hiv’.
Une fois arrêtés les juifs sont conduits jusqu’aux autobus de la TCRP ou jusqu’aux cars de la police. Les autobus conduisent à Drancy
les hommes et les femmes sans enfants, au Vel’d’’Hiv’ les familles avec enfants. Dès 7 h du matin, Drancy reçoit 6000 personnes.
Au Vel’D’Hiv’, 7000 détenus dont 4000 enfants. Ils attendent ainsi six jours avant d’être transférés dans les deux camps
du Loiret.
Au total 12 884 personnes ont été arrêtées, soit 46% des juifs étrangers et apatrides qui devaient être
internés. Parmi eux 3031 hommes, 5802 femmes, 4051 enfants.
- La rafle parisienne est suivie d’autres rafles en zone occupée.
C’est maintenant la chasse aux hommes, aux femmes, aux enfants qui est ouverte.
- Les rafles en zone libre sont organisées avec la même minutie qu’au nord de la ligne de démarcation. Elles touchent les
mêmes catégories de juifs. Elles sont exécutées par les seules forces françaises du maintien de l’ordre et
revêtent une ampleur exceptionnelle.
- Les rafles de 1943 et 1944.
Les deux années qui précédent la libération de la France sont, plus encore que les précédentes, des
années noires.
Le 11 novembre 1942 les Allemands ont envahi la zone libre qui devient la zone « sud ». A tout moment les juifs risquent
d’être arrêtés, internés puis déportés.
Les rafles sont locales, tantôt exécutées par la Gestapo, tantôt par les forces de police qui obéissent à
Vichy, quand ce n’est pas en collaboration. Désormais juifs étrangers et juifs français sont les victimes, sans distinction.