I : Situation de Sains-du-Nord
Sains-du-Nord est une petite bourgade de 3500 habitants environ située dans l'Avesnois non loin du département de l'Aisne. Implantée sur un plateau, elle domine la vallée de l'Helpe Majeure. Sains se trouve en dehors des grands axes de circulation et cela dès l'époque romaine. Seul un chemin suivant les crêtes appelé " vieux chemin d'Avesnes " pourrait témoigner de l'existence d'un axe de passage antique, peut-être même protohistorique. Il relie directement Sains-du-Nord à la forteresse gauloise de Flaumont-Waudrechies près d'Avesnes.
II : Les découvertes : présentation générale
Une rue orientée grossièrement est-ouest, est empierrée de cailloux (<20cm) informes et est parfois délimitée par un alignement de blocs plus importants. En 2 endroits, peut-être 3, des fonds d'ornières sont discernables. Nous pouvons supposer que la bande de roulement de la rue à l'origine, se situait une dizaine de centimètres, au maximum vingt, au dessus du niveau conservé.
De part et d'autres de la chaussée, nous trouvons des aires de travail empierrées et des bâtiments. Les aires de travail sont principalement situées à l'extrémité ouest de la voie en dehors d'un empierrement mal délimité au sud-est à côté du bâtiment A. Construites comme la rue ou réduites à un épandage de cassons de tuiles, elles donnent accès à des fours et à des installations artisanales (batterie de 3 fours au sud-ouest ; fosses empierrées à l'ouest).
Sains-du-Nord, fond de four à un volume contenant encore 2 céramiques
Les bâtiments (2 apparemment complets, 4 peut-être 5 autres dont le plan est partiel) sont placés perpendiculairement à la voie. Tous possèdent un foyer ou un four à un volume dont un au moins a servi à produire de la céramique. Les élévations reposant sur des bases en pierres sèches assez larges (50 à 60 cm de large) étaient en torchis (quelques fragments brûlés avec les traces de clayonnage calciné ont été retrouvés) et les couvertures probablement en matériaux périssables ; en effet, les tuiles sauf en un endroit, sont quasiment absentes du site. Les 2 bâtiments parvenus complets sont assez vastes (11mx8m) ce qui laisse supposer des supports centraux dont nous n'avons pas retrouvé de trace. La découverte d'un fond de dolium en place dans le bâtiment A laisse penser que le niveau du sol se situait à 50-60 cm au dessus du niveau actuel.
Sains-du-Nord, bâtiment B
Sains-du-Nord, fond de dolium retrouvé en place
Deux pièces de plan carré de petite taille et possédant un sol empierré percé de fosses à renfoncement central sont peut-être dans un deuxième état ,des locaux de tournage pour les potiers (les fosses servant à recevoir l'axe et le plateau d'entraînement du tour). A l'origine, il s'agissait vraisemblablement d'hypocaustes dont seul le sol de la chambre de chaleur est conservé. Pour la pièce située au sud-ouest, l'empierrement disposé en arêtes de poisson était recouvert par un mortier de tuileau formant ainsi un sol qui supportait à l'origine les pilettes. Un des murs possédait encore 2 assises d'élévation en moellons grossièrement taillés et placés sur une assise de réglage en tuile. Il y avait aussi 2 évacuations. L'une était réduite à une tuile posée à plat sur le mur et placée perpendiculairement à ce dernier ; l'autre démarrait de l'angle sud-est du local et était supporté par un alignement de pierres (la canalisation devait être faite d'imbrices placés bout à bout).
Sains-du-Nord, fond d'hypocauste (état 1), 2 des 3 fosses visibles
sont des fosses destinées à recevoir des tours de potiers
(état 2)
Des autres bâtiments, il ne reste que des bouts de murs. Deux puits et des fosses dont une avec un rebord plaqué de tuiles, ont aussi été trouvés.
A l'ouest, 2 vastes excavations dont les parois étaient empierrées marquaient l'extrémité de la voie. La fouille du comblement a permis de retrouver de nombreux objets, essentiellement de la céramique, et 3 fragments d'une figurine en terre blanche dont un avec une estampille incomplète de Pistillus.
Sains-du-Nord, fosse dont la paroi est empierrée
La céramique présente le même faciès que celle retrouvée ailleurs sur le site et permet de dater le comblement des fosses de la seconde moitié du IIIe s. . La céramique commune est fabriquée sur place et était destinée à l'approvisionnement local. Les formes sont assez originales et peu nombreuses. il y a l'écuelle carénée à lèvre plate et moulurée pour recevoir un couvercle, la marmite à la lèvre de même type, le poêlon et le gobelet à lèvre éversée.
Sains-du-Nord, dépot de ratés de cuisson
Les importations comprennent principalement de la céramique sigillée (centre et est), il y a aussi quelques fragments de céramique fine grise appartenant à des productions régionales et de céramique métallescente.
gobelet à lèvre éversée (forme rare)
Les trois fragments de la figurine appartiennent à la base du dos d'une femme donnant le sein (mater). Le début du fauteuil en rotin est visible et juste dessous sur l'un des fragments, courant autour du socle, le sigle PISTIL[LUS] est imprimé en creux. La graphie est à rapprocher de celle d'un sigle sur une déesse mère conservée au Musée de Dijon appartenant au type II,E (Rouvier-Jeanlin 1985, n°176).
Pistillus est l'un des coroplathes les mieux connus de Gaule centrale. La fabrique se situait à Autun près de la Porte d'Arroux où de nombreux fragments de moules de figurines signés ont été retrouvés. Il semble admis aujourd'hui que la période d'activité de l'officine doit être placée à l'époque sévérienne (extrême fin du IIe s., premier quart du IIIe s.). Les principaux sujets fabriqués étaient : la Vénus pressant son sein, la Vénus sous édicule et une mère allaitant un enfant (mater ou déesse-mère) (Lange 1993, p. 125-128).
estampille de Pistillus
L'intérêt de cette trouvaille réside surtout dans le sigle Pistillus. Cette estampille a été retrouvée à de très nombreux exemplaires. D'après l'inventaire des estampilles répertoriées publié récemment (Jeanlin 1993, p. 110-123), on recense 150 estampilles dont 31 sur la partie postérieure du fauteuil de statuettes représentant une déesse-mère. Celle découverte à Sains est selon cet inventaire la plus septentrionale en dehors d'un sigle trouvé à Arras et aujourd'hui perdu.
III : Conclusions
Nos connaissances sur Sains antique avant les fouilles de 1996 étaient limitées à des trouvailles fortuites et aux observations faites dans les années quatre-vingt dans la parcelle contiguë. Avec cette nouvelle exploration, nous avons maintenant la certitude qu'il s'agissait d'un village et non d'un vaste édifice rural.
Qu'un produit de Pistillus soit parvenu jusque ce village excentré peut paraître surprenant, mais cela ne témoigne pas de l'existence de liens commerciaux entre Autun et la Nervie. L'unique exemplaire trouvé à Arras et aujourd'hui perdu et celui de Sains, sont des curiosités à signaler.
Bibliographie :
Jeanlin 1993 : Micheline Jeanlin, « Annexe 2 : inventaire des signatures de coroplathes sur archétypes, moules et figurines » dans Colette Bémont, M. Jeanlin et Christian Lahanier (sous la direction), Les figurines en terre-cuite gallo-romaines, Documents d'Archéologie Française n°38, 1993, p. 110-123.
Lange 1993 : Heinrich Lange, « La période d'activité des ateliers en Gaule centrale » dans Colette Bémont, M. Jeanlin et Christian Lahanier (sous la direction), Les figurines en terre-cuite gallo-romaines, Documents d'Archéologie Française n°38, 1993, p. 124-129.
Rouvier-Jeanlin 1985 : M. Rouvier-Jeanlin, Les figurines gallo-romaines en terre-cuite, 2 vol., Dijon 1985.
Cette fouille s'est principalement déroulée en juillet 1996. Je remercie vivement Monsieur le Maire de Sains-du-Nord, Mme Delore, proviseur du collège de Sains, Jérémy Barthélémy, Julia Carlier, Xavier Chabaux, Julie Chabot, Michael Covin, Laetitia Hachin, Marina Leclercq, Claude Rousseau et Nicolas Trochain (collégien), Loger et Sébastien, professeur et surveillant du collège ; Myriam F, Rodolphe Ménard, Marine Chandelier, Peggy Chandelier, Julie Defretin et Juliette Flipo, bénévoles, Emmanuel Calonne et Daniel Dubois, objecteurs de conscience respectivement au Service Régional de l'Archéologie et au Service Archéologique Départemental, Franck Decanter et Hélène Bodart, archéologues contractuels et surtout Alain Arbion, archéologue contractuel en vacances.
Septembre 1996
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