Une si jolie petite plage et une si terrible prison...

"Notre" prisonnier de l'île de Ré

Pierre Denis LANQUETIN, curé de Jougne

La messe sur le ponton

tableau (1844) de Louis Duveau, musée de Rennes

 

 

    Comme de nombreuses villes de France, l'île de Ré et sa principale ville changent de nom et deviennent "Révolution", pas moins ! Mais, sa citadelle reste une prison, complémentaire de celle de la ville de Rochefort, rapidement trop petite....Arrivent, en 1792, les premiers détenus : des prêtres qui refusent de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Le député Voidel donne le nom de "réfractaires" à ces ecclésiastiques, les accusant "de former une ligue contre l'état, sous prétexte de religion". La déportation des réfractaires est entérinée le 26 août 1792, par l'Assemblée législative.

    Alexandre Billard de Veaux (1773-1833), ancien chef de division de l'Armée Catholique et Royale, s'étonnera ultérieurement de la réaction de l'Eglise face à la Constitution civile du clergé : "parfaitement étranger à la théologie, je ne comprends pas encore aujourd'hui, comment la cour de Rome défendit au clergé français de prêter un serment sanctionné par le roi et qu'elle autorisera plus tard à prêter au Premier Consul". C'est vrai qu'une réaction plus mesurée de l'église romaine,craignant de voir les idées du "Siècle des Lumières" l'emporter peu à peu, eut pu éviter aux prêtres de nos campagnes d'être devant un choix dramatiques : obéir à Rome, selon leurs obligations religieuses, ou accompagner les souhaits de leurs ouailles, pour qui la Révolution était, au début, un espoir de changement.

    A Ré, les prêtres réfractaires s'entassent dans la forteresse de Saint-Martin. En 1793, l'un d'eux, Pierre Denis Lanquetin, arrive à l'Ile de Ré. Prêtre, ancien curé de la paroisse de Jougne, dans le département du Doubs, né aux Longevilles Mont d'or, il est "poursuivi comme perturbateur de l'ordre public". Lanquetin est âgé de 55 ans. En mai 1794, huit cents prêtres sont enfermés sur des pontons (NB : d'un navire, dont l'un porte le doux nom de "Les Deux Associés"...). Ils y sont "comme des harengs dans un baril"...

    Les conditions de détention y sont si effroyables qu'ils demandent au Comité de salut public "de leur faire donner de la paille, chose que l'on ne refuse pas à des criminels". Le nombre de prêtres réfractaires va en s'accroissant si bien qu'en 1798, les 1.023 prêtres qui "croupissaient sur les Pontons de Rochefort" sont transférés dans la Citadelle Saint-Martin où "ils furent entassés à plus de 1.000 dans des locaux prévus pour 500". Trois cents d'entre eux trépassent ! Le 15 juillet 1801 la signature du Concordat signifie la liberté retrouvée pour les prêtres et Pierre Denis Lanquetin, qui a survécu, peut regagner sa Franche-Comté natale et la paroisse de Jougne.

    Comme le dira, Billard de Veaux, on (qui? comment?) aurait pu éviter ces épisodes peu reluisants de notre Histoire, mais caractéristiques des affrontements dus aux convictions de ces époques troublées.

 

Plaque commémorative à la mémoire des prêtres morts pendant leur détention