(photo sur plaque de verre, trouvée par Georges Lanquetin, dans son grenier de famille, prise vers 1865 par son arrière grand père,Ulysse Lanquetin, petit-cousin du député et photographe à Pontarlier)
  Jacques Séraphin LANQUETIN

un Rastignac ? ou "A nous deux Paris !"

Naître dans une ferme des Longevilles, dominant Rochejean, "aux Granges Barthod", d'une famille de cultivateur parmi 8 frères et soeurs, finir sa vie à Paris, être enterré au Père Lachaise , le Conseil municipal de la Seine interrompant sa scéance pour suivre le cortège, derrière le corbillard de son ancien président, il faut le faire !! Exemple typique de l'exode rural du 19e siècle, il faut lire la très documentée publication de Mme.DELSAUX, sur Jacques Séraphin LANQUETIN, enfant des Longevilles. Quand on sait qu'il n'y avait pas de maire de Paris avant1975, sous la Cinquième République, être président du Conseil Municipal de la Seine avec le préfet HAUSSMANN, prouvait de grandes capacités intellectuelles et un solide bon sens... Partir avec un simple baluchon vers la capitale, être employé dans un commerce de vins ( chez son oncle) de l'Ile Saint Louis à Paris, y faire fortune, gravir "les honneurs", être le candidat officiel de l'Empire, battre Eugène SUE (auteur des Mystères de Paris), ce n'est pas donné à tout le monde !

Il joua un grand rôle dans l'urbanisation du Paris du 19e siècle. Madame DELSAUX nous dit que Pierre Lavedan, professeur honoraire à la Sorbonne dit "...ce qui a été fait par Napoléon III et Haussmann ne saurait se comprendre et se juger, si l'on ne connait pas l'oeuvre de Lanquetin et les idées qu'il a suscitées..." . Il soutint le projet de faire coopérer l'Etat pour 12,5 millions (or !!) dans l'achèvement du boulevard Sébastopol. Des études récentes sembleraient révèler que les idées d'Haussmann ont été largement "inspirées" par JS Lanquetin... Voir l'article ci-dessous. Peut-être, le baron HAUSSMANN avait-il plus facilement l'oreille de l'empereur puisque, bien que d'origine roturière (son père était négociant), il avait été anobli et que notre Lanquetin, lui, n'était que fils de cultivateur...

 

" Un Franc Comtois méconnu : Jacques Séraphin LANQUETIN (1794-1869)

Ce Franc Comtois du Haut-Doubs (né en 1794 aux Longevilles-Mont d'Or) a été non seulement une grande figure de l'édilité parisienne au 19è siècle (conseiller municipal, secrétaire puis président du Conseil municipal) mais aussi et surtout le précurseur d'Haussmann.

Précurseur, il l'a d'ailleurs été dans de nombreux domaines et c'est si vrai qu'il a été celui d'Haussmann que le Prince Président Louis Napoléon Bonaparte lui a proposé la préfecture de la Seine. Jacques Séraphin Lanquetin l'a refusée parce que, d'une part, il aurait préféré CAVAIGNAC à la tête de l'Etat et que, d'autre part, il avait compris que le neveu de Napoléon Ier (donc le Prince Président)voudrait conserver le pouvoir. Pour cela, comme l'on sait, il fallait soit la révision de la Constitution de 1848, et l'Assemblée n'en voulait pas, soit un coup d'Etat, et notre compatriote était respectueux des voies légales.

Un urbaniste, LAVEDAN, a écrit "qu'une bonne part, peut-être la meilleure, de l'oeuvre d'Haussmann, était la réalisation des idées formulées par tout un ensemble de recherches urbaines et sociale sous la Monarchie de Juillet". LANQUETIN, a-t-il précisé, "en fut l'inspirateur, l'homme qui donna la chiquenaude par quoi tout fut mis en branle". Et, toujours d'après LAVEDAN, "on ne peut comprendre l'oeuvre d'Haussmann si on ignore celle de LANQUETIN et les idées qu'il a suscitées".

Les quelques personnes à qui il n'est pas étranger, le connaissent comme celui qui a, le premier dans l'histoire municipale de Paris, à demandé que le centre de la capitale soit débarrassé des Halles et ceci dès 1839.

Mais LANQUETIN a fait bien d'autres choses pour Paris. Il s'est intéressé à l'enseignement. Il est vrai qu'il appartenait à une famille qui avait donné de nombreux recteurs d'école dans le Haut Doubs. Des Lanquetin qui ont appris à lire, à écrire et à compter aux petits Francs Comtois, il y en eut non seulement aux Longevilles, mais aussi à Chaux Neuve, aux Hôpitaux Neufs, à La Cluse et Mijoux, à Métabief, à Montperreux, à Saint Antoine et à Vaux et Chantegrue.

Dans la capitale, LANQUETIN fit partie du Comité Central d'Instruction primaire qui recrutait les maîtres d'école, les inspectait et s'occupait des locaux scolaires. Il fut aussi, pendant plusieurs années, administrateur du collège Rollin, d'excellente réputation et dont le statut était spécial car il appartenait à la Ville de Paris. C'était l'établissement que choisissait, pour y mettre ses enfants, la bourgeoisie qui se voulait indépendante de l'Etat et de l'Eglise.

Notre Franc Comtois fut également toujours préoccupé par les finances de la Ville. Il a d'ailleurs écrit un ouvrage sur la situation financière de Paris et du département de la Seine. Il a travaillé en collaboration avec les contrôleurs pour les patentes et les taxes foncières et il amis au point un mode de calcul pour l'impot sur les portes et fenêtres, mode de calcul auquel s'étaient en vain attaquées plusieurs administration et qu'il réussit à résoudre, à la satisfaction de tous"

Article de Mme.Denise DELSAUX, publié dans "L'abeille comtoise", bulletin bonapartiste de Franche Comté (sept1999)

Un Franc-Comtois trop méconnu :(suite parue dans le n°24 de déc99-janv2000 de "L'abeille comtoise", bulletin bonapartiste de Franche Comté)

LANQUETIN ET L'URBANISME PARISIEN

 

Bien avant NAPOLEON III et HAUSSMANN, Jacques Séraphin LANQUETIN avait décidé de faire de Paris une grande et belle capitale et, pour cela, avait fait siens les problèmes d'urbanisme. Plusieurs rues de Paris sont dues à notre compatriote. Elles ont été créées sous son mandat ou ensuite, mais il est à l'origine, par exemple, de la rue du Cardinal Lemoine, de la rue des Ecoles, du boulevard Saint-Michel. Il demandait que soient prolongées jusqu'à la place du Châtelet, et mieux jusqu'aux quais, les rues Montmartre et Saint-Denis. Il était favorable au prolongement de la rue de Rivoli, pour laquelle toutefois il désirait un tracé légèrement différent, mais le but était toujours, entre autres, de relier l'est et l'ouest de la Ville.

En 1850, Jacques Séraphin LANQUETIN présida la Commission qui incita les services compétents à "macadamiser" les rues de Paris, ce qui fit disparaître les fameuses boues dont se plaignaient tant les habitants. Il donna son avis quant à l'emplacement des gares dans la capitale, lorsque le chemin de fer arriva. Parceque la rive droite de la Seine était, de son temps, très favorisée par rapport à la rive gauche, il voulait les installer sur cette demière rive et, au pire, demandait à ce qu'elles ne dépassent pas le faubourg Saint-Antoine. Les gares d'Austerlitz et de Lyon lui donnèrent donc satisfaction, d'autant plus que les rails longeaient la Seine et qu'il avait combattu vivement la création de remblais dans Paris. Par contre, il s'opposa aux emplacements choisis pour les gares de l'Est et du Nord parce qu'ils privilégiaient encore la rive droite.

Il fut aussi le premier, avec plus d'un Siècle d'avance, à parler de circulation périphérique.

« Quand je demande, avait-il déclaré, qu'on mette le centre en communication facile avec les quartiers sud-est de la ville, ce n'est pas en vue de faciliter le roulage à travers le milieu de Paris... qu'il est d'ailleurs bien préférable de diriger d'une extrémité à l'au tre par des voies excentriques. » Les idées émises par Jacques-Séraphin LANQUETIN ont été reprises non seulement par NAPOLEON III et HAUSSMANN, mais elles ont continué à l'être durant le XXème siècle et elles inspirent encore l'urbanisme d'aujourd'hui.

Comme nous le savons, Paris a dû éloigner les Halles de son centre. Evidemment il n'était pas question à l'époque de LANQUETIN, de les placer hors de la Ville étant donné les moyens de transport existants et les barrières d'octroi auxquelles tenait le conseiller municipal qu'il était, car l'octroi alimentait en grande partie les caisses de la Ville et que cet argent était utilisé pour l'entretien des hospices et des hôpitaux. LANQUETIN, pour les raisons que l'on sait, avait choisi de les installer sur la rive gauche afin d'en favoriser l'essor et de rééquilibrer les côtés sud / nord de Paris.

Il avait en effet étudié ce qu'il avait baptisé "le déplacement de Paris", la capitale de son temp basculant du sud vers le nord et de l'est vers l'ouest. Eh bien ! que fait-on en ce moment ?

Si les Halles ont été déplacées 130 après que l'ait demandé LANQUETIN et 160 ans après son rapport, on s'active à rééquilibrer les côté est / ouest de Paris. Dans les années 1970, l'A.P.IU.R. (Atelier Parisien d'Urbanisme), a repris presque mot pour mot ce qu'avait dit LANQUETIN qui voulait que les travaux d'urbanisme à réaliser dans Paris soient vus de haut et de loin.

De haut parce que, disait-il, il faut considérer la capitale dans son ensemble et non pas s'attarder aux intérêts de quartiers, comme cela se faisait. En effet, à l'intérieur des 12 arrondissements de la capitale, les travaux étaient effectués sans tenir compte de ce qui se faisait dans les arrondissements limitrophes, d'où de nombreuses catastrophes.

De loin parce que son but étant d'agrandir, d'assainir d'embellir Paris que l'on disait "malade"; il conseillait de se projeter dans l'avenir. De même, l'A.P.U.R. recommanda de ne pas réaliser les travaux "au coup par coup", "de manière anarchique", terme déjà utilisé par LANQUETIN, mais d'avoir un "Schéma d'urbanisme global".

Pour le tracé de certaines rues aussi furent repris des projets de LANQUETIN. Dans le premier quart de ce siècle, l'urbaniste HENARD voulait que la rue de Rennes soit prolongée jusqu'aux quais, qu'un pont parallèle à la passerelle des Arts soit construit et que la voie soit amenée à la hauteur des Halles.

... comme LANQUETIN en avait eu le dessein.

Denise DELSAUX

A SUIVRE...

Suite parue dans le n°25 de "L'abeille comtoise", écrite par Mme.DELSAUX

Un Franc-Comtois trop méconnu : Jacques Séraphin LANQUETIN (1794-1869)

(3ème épisode)

EN AVANCE SUR SON TEMPS ....

Notre Franc-Comtois a aussi été le premier à comprendre que l'urbanisme avait un contenu social. Il était favorable à l'habitat balzacien où, dans un même immeuble, vivaient des personnes de conditions sociales différentes. Car, disait-il, si i'on créé des quartiers pauvres et des quartiers riches, on amènera la population à s'affronter. Et, après les terribles épidémies de juin 1848, quand il fut question d'installer à la périphérie de Paris les industries logées jusqu'alors dans la ville, de manière à ce que les ouvriers jugés trop séditieux les suivent et que la capitale soit "débarrassée", il s'y opposa. Il trouvait que le remède serait pire que le mail car on concentrerait autour de Paris les populations faciles à soulever. De même, en 1995, au cours de émission "L'heure de Vérité", l'académicien Jean d'ORMESSON déclara que l'"on avait eu tort de rassembler sur le pourtour de la capitale les populations défavorisées, qu'il faudrait en revenir à l'habitat balzacien et, de plus en plus, on parle de mixité de la population.". Voyez comme les idées de notre compatriote sont d'actualité !

Des écrivains aussi ont repris, pour leur propre compte, des idées émises par LANQUETIN. HERON de VILLEFOSSE, par exemple, qui a beaucoup écrit sur Paris, a reproché, dans un de ses ouvrages, à ceux qui ont entre leurs mains les destinées de la capitale de "trop sacrifier aux intérêts particuliers sans égard pour l'ensemble, alors que tout se tient dans une ville comme Paris". Bien avant lui, JacquesSéraphin LANQUETIN, désespéré de ne pouvoir convaincre le préfet RAMBUTEAU et ses collègues au Conseil Municipal de la nécessité de déménager les Halles, s'écriait :

« Je n'ai aucun espoir de faire partager mes convictions à ceux qui ne veulent pas réfléchir que tout se lie, que tout s'enchaîne dans une ville comme Paris...qu'il faut réaliser une étude d'ensemble et se placer au point de vue de l'intérêt général et non au point de vue de l'intérêt de quartier. »

Mais, chaque fois qii'une idée au XlXème siècle par LANQUETIN était reprise, on omet - volontairement ou non- d'évoquer son nom. Il a été complètement étouffé par celui d'HAUSSMANN, lequel a réalisé oeuvre spectaculaire qui a frappée les esprits puisqu'en 17 ans, il a bouleversé Paris. Notre Franc-Comtois aurait certainement mis plus de temps pour transformer la capitale. Ii aurait, beaucoup plus que le baron HAUSSMANN, utilisé le tissu urbain existant. Il aurait prolongé, élargi les rues déja tracées. Mais, il aurait aussi de nouvelles voies et même de larges. Toutefois, il ne l'aurait fait qu'après avoir étudié s'il n'était pas possible de faire autrement. Disons qu'il se situait entre HAUSSMANN à qui l'on a pu reprocher ses "comptes fantastiques" et RAMBUTEAU, si soucieux des deniers de la ville qu'il surévaluait le prix des travaux de façon à constituer une réserve pour la capitale...

LANQUETIN était bien favorable à l'emprunt. Il a même poussé la Ville à en contracter, ce qui était nouveau. Mais, il voulait rester dans des limites raisonnables et se méfiait, ainsi qu'il l'a dit, des "enivrements généreux".

Avec Jacques Séraphin LANQUETIN, Paris aurait conservé plus de pittoresque. Il ne faut pas oublier qu'Eugène HAUSSMANN a pratiquement rasé le berceau de l'Ile de la Cité, passé d'un peu plus de 15.000 habitants à moins de 5.000 après les travaux haussmanniens et encore, le départ du Préfet empêcha d'autres projets destructeurs...

Par ailleurs, l'oeuvre de notre compatriote ne se limite pas à cet aperçu.En 1848, il tenta en vain d'éviter la Révolution, en se rendant auprès des Préfets de Seine et de Police, afin qu'une délégation du Conseil municipal soit introduite par eux auprès de Louis-Philippe. Il disait le roi mal renseigné sur l'esprit de révolte qui couvait dans Paris et voulait le conjurer de faire des concessions. Là non plus, il ne fut pas écouté !

Denise DELSAUX

(à suivre)

Quelques étapes de cette étonnante carrière , connue grâce aux recherches de Mme.DELSAUX

1794

naissance aux Longevilles, le 19 juillet dans une famille de cultivateur installée aux "granges Barthod", tout près de Rochejean.

études primaires à Pontarlier

1802

départ pour l'armée (campagne de Saxe). Il s'engage à 18 ans dans la "Grande Armée"

1815

campagne de France. Il rallie Napoléon après les Cent Jours, termine avec le grade d'adjudant et aurait participé à la bataille de Waterloo.

1816

départ pour Paris

employé chez son oncle CUINET, puis à son compte, commerce de vins en l'Ile Saint Louis, Maison "Lanquetin oncle et neveu", 22 quai de Béthune situé dans l'Ile Saint Louis.

1830

participe aux "journées de juillet"

1831

se signale aux émeutes de 1831 (affaire du sac de l'Evéché)

Signature de JS Lanquetin, figurant sur une lettre adressée à une de ses cousines. Cette lettre est toujours possédée par Georges LANQUETIN.

1832

chevalier de la Légion d'honneur

1834

prend "le parti de l'ordre" lors de l'affaire de la rue Transnonain (avril 1834)

1834

conseiller municipal (9° arrondissement) et conseiller général de la Seine

1841

publit une brochure sur "L'administration des Halles"

1840

officier de la Légion d'honneur

1846

trésorier de la Chambre de Commerce de la Seine de 1846 à 1848.

1848

remplace Etienne ARAGO, comme président de la commission municipale de la Seine (= maire de Paris)

1849

échoue aux législatives dans le Doubs

1852

est élu député de la Seine (7° circonscription) en février 1852, battant Eugène SUE par 14386 voix contre 7.501.

1857

est battu aux législatives, il se retire aux environs de Mantes la Jolie

Lettre de JS Lanquetin, sur papier en-tête, en 1850.

1858

achête "un domaine" entre Mantes la Jolie et Magny en Vexin , à Arthies (Val d'Oise)

1867,

conseiller général du canton de Pontarlier

1869

il refuse d'être candidat à la députation dans le Doubs, qu'on lui avait proposée.

1869

mort de JS Lanquetin le 8 décembre 1869 à Paris. Il sera enterré au Père Lachaise, dans la scépulture des PARREAUX (4° division, avenue latérale Nord), dans la même tombe que son épouse et ses deux filles, en présence de nombreuses personnalités de l'époque, le Conseil municipal interrompant sa scéance pour assiter à l'enterrement de son ancien président.

Pour les habitants des Longevilles, il est aussi celui qui obtint des subventions pour la construction de la grande (trop ?) église qui domine la vallée. Et dont l'entretien en 1999 n'est pas une mince affaire...

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