Titre : Le village de Bierne
 
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Le territoire de Bierne dans Sanderus

Le territoire de Bierne dans Sanderus.

Sanderus de son vrai nom Antoon Sanders est né en 1586 à Anvers et est décédé en 1664 à l'abbaye d'Afflighem où il s'était consacré à la rédaction d'ouvrages historiques et bibliographiques sur la Flandre et le Brabant. La carte ci-dessus est empruntée à sa célèbre FLANDRIA ILLUSTRATA (Flandre illustrée - 1641-1644) dont il publia également une version néerlandaise abrégée, VERHEERLIJKT VLAANDRE (Flandre magnifiée).

On constate la présence de nombreux moulins. La dépression du Koe dyck est encore drainée par un watergang important contrôlé comme le Lange Gracht par le Craihof (Cappelle-la-Grande).

Derrière Bierne passe la plus ancienne route de la région, le Loo wech, la première depuis la côte à passer partout en terrain non inondable en période de transgressions.

On constate que la Craenebecke, venant de Crochte, change de nom là où son cours est dû à la main de l’homme : elle devient le Bier(en) dyck (le fossé de Bierne). Dyck vient en effet de delven qui signifie creuser. Sur la côte, le mot désigne la digue élevée avec la terre extraite du fossé ; à l’intérieur, il désigne le fossé.

 

 

On a parfois suggéré que le nom viendrait de Bernhem (le domaine de Bernard), ce qui me paraît tout à fait invraisemblable. Il faut sans doute rapprocher le mot des nombreux Bernes (on trouve d’ailleurs également cette forme pour Bierne) des pays picardophones, du breton bern (amoncellement) et du mot berme, hauteur, talus, Bierne étant, comme Bergues et Steene, une coulée de limons pléistocènes, une légère éminence prise entre l’ancienne Gersta ou "golfe de Bergues à Dunkerque" et la dépression du Coedyck.

Berne/Bi(e)rne est sans doute une forme délabialisée de Berme. Le DICTIONNAIRE HISTORIQUE DE LA LANGUE FRANCAISE (Dictionnaires Le Robert) nous apporte les intéressantes précisions suivantes : "BERME n.f. une première fois barme (1611), puis berme (1676), est emprunté au moyen néerlandais barm "accotement au bord d'une rivière, d'une digue, d'un rempart" (néerlandais berme). Ce mot est probablement apparenté à l'ancien norrois bramr "bord", au moyen haut allemand brem (allemand Bräme, Brâhme) et à l'anglais brim (de cheminement obscur). Ces mots correspondent à un terme germanique °berm-, °barm-, dont le sens originel était peut-être "bord surélevé", lui-même de la racine germanique °ber- "porter" qui se rattache à la racine indoeuropéenne °bher- que l'on a dans le grec pherein (--> -phore), le latin ferre (--> -fère). [...]"

L'ETYMOLOGISCH WOORDENBOEK du dr. J. De Vries donne pour le mot "baar (brancard, civière) : aussi berrie, cf. vieux frison bere, vieux saxon bara, vieil anglais boer(e). Le mot dérive du verbe beran (porter)".

La Germanie originelle se situant dans nos régions, les invasions germaniques étant un mythe (voir Déplacements historiques au début de ce site), notre flamand étant beaucoup plus proche du germanique ancien que le haut allemand qui s'en est énormément écarté par ses Lautverschiebungen, et le français n'ayant que fort tardivement eu un impact ici, on peut exclure toute influence allemande ou française sur le toponyme, dont l'évolution est donc purement autochtone. Notre Brèmes (près d'Ardres) étant à l'origine du Bremen allemand (tout comme notre Bierne a sans doute généré le triplet frison Oosterbierum, Sexbierum et Pietersbierum), on voit bien du reste dans quel sens ont joué les influences. Il est intéressant de noter l'apparition d'un -i- dans l'anglais brim, nos dialectes présentant souvent des évolutions comparables.

Bierne pourrait donc fort bien signifier "accotement, hauteur allongée" entre la dépression du Bierendyck qui continue celle de la Gersta d'une part et le Canal de Steene prolongé par le Coedyck d'autre part.

A moins qu’il ne faille y voir la racine br que l’on retrouve dans de nombreux hydronymes, Beresina, Bresle, etc. et dans les mots briel, broel, breuil (bas-fonds), bier (bière), beer (purin), etc, qui évoquent tous une eau croupie ou chargée, ici peut-être le secteur marécageux du Bierendyck.

Histoire officielle

Dans les ouvrages évoquant Bierne, la première mention du village se situe au onzième siècle. Vous verrez en page quatre que Delahaye permet de remonter à 709.

D’après Bert Bijnens, qui ne cite pas ses sources, le village serait né en 1022, ce qui me paraît fort douteux. Culminant à six mètres derrière l’école, le village a certainement été occupé beaucoup plus tôt. Les dernières fouilles, hélas pas encore publiées, auraient mis à jour une ferme de l’époque mérovingienne ou carolingienne.

Bierne est mentionné pour la première fois dans la Grande Charte du 27 mai 1067 par laquelle Baudouin VI, Comte de Flandre, accorde à l’abbaye de Saint-Winoc (Bergues), avec le privilège de pouvoir mettre à profit les TERRAE NOVAE (nouvelles terres) qu’elle pourrait gagner sur tous terrains sans usages (forêt, mer et marécages) « Toute la dîme de Wormhout, d’Ypres, de Warhem, d’Hoymille, de Ghyvelde, d’Uxem, de Dunkerque, de Coudekerque, de Synthe, de Spycker, d’Armboutscappel ; deux parts de toute la dîme de Chocas (Socx), de Bierne, de Bissezeele, de Steene, de Téteghem, de Killem, d’Oudezeele, d’Houtkerque et de Snellegerickerke (Belgique),... »

De Flou donne plus d’une page de références où l’on voit assez vite apparaître une famille (noble ?) de Bierne : 1201 « Kanina, filia Willelmi de Byris » (Kanina, fille de Guillaume de Bierne).

La FLANDRIA ILLUSTRATA (1641-1644) de Sanderus n’accorde que quelques lignes à Bierne : Duas partes decimae de Bierne concedit VVinocibergensibus coenobitis Carolus Bonus ad annum 1121, cujus rei diploma recitat Miraeus. Ecclesia patronum habet divum Gangericum Episcopum & Confessorem, in qua curionem constituit capitulum ecclesiae cathedralis apud Audomaropolim. In hac Paroecia videre est Praetorium non inelegans, Domini de Bavelaer.

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