Ci-dessous, carte de l'inondation du Blootland par les Allemands en 1944, donnée par Georges Delaine dans son intéressant ouvrage
"LES WATERINGUES DU NORD DE LA FRANCE" (Imprimerie Landais, Dunkerque 1969), qui remarque fort justement : "Fin juin 1944,
la côte avait retrouvé sensiblement le tracé qu'elle avait au XIème siècle".
(Voir photos de Bierne page suivante.)
La date est bien choisie, car à cette époque, où l'on situe généralement la troisième transgression dunkerquienne,
la côte était déjà, en grande partie, protégée par des dunes, et l'homme s'était déjà mis à construire des digues
: l'invasion marine était donc déjà freinée par des obstacles.
De même, les Allemands ayant pratiqué des brèches dans les digues
en 1944, ce type d'inondation ne permettait pas à la marée montante d'atteindre son niveau maximal dans les secteurs inondés, ni à la marée descendante d'évacuer toute l'eau de l'inondation. Flux et reflux étaient ainsi écrêtés, le niveau maximal de l'inondation se situant autour des 2,5 mètres. Il en allait tout autrement au cours de la première
transgression dunkerquienne (allant grosso modo d'un siècle avant J.-C. jusqu'environ 70 après J.-C.) et de la seconde transgression dunkerquienne (allant grosso modo de
250 après J.-C. jusqu'environ 800 après J.-C.), les dunes n'étant apparues qu'autour de l'an mil. Gosselet,
le découvreur des transgressions dunkerquiennes, et la plupart des
archéologues et historiens français (notamment Eric Vanneufville) considèrent que l'inondation atteignit
alors la ligne des cinq mètres. Georges Dupas (HISTOIRE DE BOURBOURG ET DE SA CHÂTELLENIE DES ORIGINES A LA LIBERATION - Westhoek-Editions, 1978, page 14) confirme cette estimation : Millam apparaît pour la première fois dans les textes en 826, Eringhem en 828, Drincham en 830, Holque en 864, etc. "Toutes ces agglomérations sont situées à plus de 5 m d'altitude."
Dupas ne signale pas à cette époque de localités situées plus bas. Bierne, atteignant les cinq mètres, peut donc fort bien avoir existé en 709 comme je le signale en page quatre, d'autant qu'on aurait tort de considérer les transgressions comme couvrant sans interruption les périodes évoquées plus haut. Elles ont dû connaître des temps forts
où elles flirtaient avec la ligne des 5 mètres, d'où le tracé du Looweg, et des phases de rémission.
En partant de la frontière belge, on remarque tout d'abord les profondes indentations qui entourent Hondschoote et
Killem, puis les nombreuses ramifications de ce que j'appelle le "Golfe de Bergues", dont l'une s'approche de Quaedypre et
l'autre, passant derrière Bierne, atteint presque Crochte. Bierne apparaît très nettement comme une presqu'île et l'eau
entoure presque exactement les limons pléistocènes de sa butte. Après l'avancée de Steene, celle de Pitgam et la langue
de terre de Loobergue encadrent le Deullaert, dominé par le curieux site du Waeyaert (= l'Eventé). La route qui
longe son
extrémité côté Drincham, s'appelle "Schipstadtstraete" (route du mouillage des bateaux
!!).
A gauche, s'étend ce que j'appelle le "Golfe de Lynck et de l'Hossenaere",
puis avant celle de l'Aa, la large dépression du Berdyck,
antique polder de l'époque de Philippe d'Alsace, s'avance vers Merckeghem et Millam.
Photo aérienne récente de Bierne (source : Gazette de Bierne, déc.
2004). Le village, qui ne comptait qu'environ 650 habitants dans les années soixante et dont l'agglomération se limitait à
quelques secteurs de la rue de l'Eglise (qui serpente à gauche), a vu son centre s'étoffer de plusieurs rues et de plusieurs
lotissements. La population (1732 habitants en 2006) continue à croître.