Titre : Mythes & Histoire
 
images/protect.gif
images/menu_top.jpg
images/menu_bot.jpg
images/protect.gif
images/expose_top.gif

L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 2


 

Si l'auteur de la Chanson de Roland avait été d'origine romane, il aurait appelé Roland non pas comte de la marche mais marquis, un vocable connu déjà sous Louis le Pieux pour désigner le comte d'une marche.

Sous l'influence du flamand "markgraaf", dans le texte originel, le traducteur a fait de Roland un "comte de la marche".

La genèse

La Chanson de Roland a été écrite au monastère de Turhold, actuellement Torhout, à quelque vingt kilomètres de Bruges en Flandre selon toute probabilité par un moine du nom de Turoldus.

Pour expliquer la genèse de notre épopée, nous devons remonter le cours du temps.

En l'an 654, (le futur saint) Bavon sentant sa fin proche, fit appeler à son chevet à Gand, un prêtre du monastère de Turoltum. Il ne réclama. pas un prêtre quelconque, mais il le nomma Dom Linus. Son nom nous est révélé par la Vita Bavonis, rédigée afin d'élever Bavon de Gand parmi les saints. Le scribe chargé de copier la Vita Bavonis aux environs de 850, écrivit Domlinus en un seul mot, alors qu'il aurait dû écrire Dom Linus. Dom est depuis l'origine de l'ordre le titre des moines bénédictins; Linus ou Lin est le nom du premier pape après saint Pierre. Saint Lin était né à Volterra en Italie.

Peu avant l'an 960, un moine de Turhold, l'ancien Turoltum de 654, fit le voyage de Rome. Il reçut table et gîte à l'hospitium pour romieux thiois à Julia Fidentia, entre Parme et Plaisance. Il y parla évidemment de son monastère de Turhold, de Dom Linus, de Giselmar, compagnon d'Ansgar (Anschaire) au cours des missions de ce dernier auprès des Vikings de Scandinavie. Il retint aussi que Julia Fidentia avait été connue vers l'an 180 avant Jésus-Christ, sous le vocable de Val Furia.

Le nom Dom Linus, Domnino, Donnino, Domin fut attribué à des reliques vénérées à Julia Fidentia (cf. pp. 21 & 25); il entra ainsi de plain-pied dans les épopées. Sans aucun doute aussi dans la Chanson de Roland dont s'inspirèrent les auteurs d'Aiol, de l'Enfance Vivien, d'Aliscans, d'Aspremont, d'Ami et Amile, de la Chevalerie Ogier, etc. Ainsi que l'écrivait Bédier, "l'obscur patron de Borgo san Donnino (cf. p. 25) étant demeuré un inconnu pour tout le reste de la chrétienté, quelle surprise de le voir dans la Chanson


 

d'Aspremont..." (Lég. ép. II, p 210)

Mais tout comme la mandorle du Christ sur le drapeau qui avait appartenu au monastère de Turhold, donc de saint Pierre, drapeau qui avait pris en France le nouveau nom de Monjoie, Dom Linus fut écarté de la Chanson de Roland, sans doute parce qu'il en révélait l'origine thioise.

Giselmar, compagnon d'Anschaire, devint san Gislamerio à Julia Fidentia; l'ancienne appellation de cette cité, Val Furia, devint le Valferree du verset 1370 et Bramimonde recevra au baptême le nom de Juliane. Julia Fidentia sera désormais Borgo san Donnino. Ce ne sera plus à Julia Fidentia, mais à Borgo san Donnino que s'arrêtera en 962 l'empereur Otto I, en route pour se faire couronner à Rome.

Ce n'est donc pas sur les routes des pèlerinages qu'est née la Chanson de Roland, mais au monastère de Turhold, et sans doute, aux environs de l'an 980, à l'époque du Fragment de La Haye.

Thiois et tudesque

Ce n'est pas non plus en roman ni en latin que cette épopée fut écrite, mais en thiois ou moyen néerlandais. Lorsque, dans le nord, nous disons thiois, nous pensons au moyen néerlandais, un concept plus étroit que celui des Français de France qui ne font guère la distinction entre le tudesque parlé depuis le Rhin jusqu'en Autriche, et le thiois, une langue germanique avec d'autres caractères dont usaient les Francs du nord de la France actuelle, de la Belgique et des Pays-Bas, jusqu'aux environs d'Aix-la-Chapelle.

Ainsi Bédier, dans ses "Légendes épiques", t II, p 333, étonne les Néerlandais lorsqu'il écrit que "le moine de Saint-Gall connaissait sur Otkerus quelques chansons en langue tudesque, ce moine était Allemand et parlait thiois". D'un Parisien nous ne dirions pas qu'il est Français et qu'il parle catalan... Nous ne confondons pas le tudesque ou vieil allemand et le thiois, en fait le moyen néerlandais. Turoldus fit la distinction au verset 3795 : "Il y a beaucoup d'Allemands et de Thiois".

Où Turoldus a-t-il puisé ses noms ?

Turoldus, moine et prêtre, ne puise pas tous ses noms au calendrier des saints. Il affuble ses personnages peu brillants de noms de lieux ou de rivière. Margarice ou Marganice n'appartient pas au vocabulaire grec; c'était le nom du fleuve dans le nord de l'Espagne, la Bidassoa, au temps de César.

images/expose_bot.gif
Vers page précédentef  Vers le haut de la Page  Vers la page suivante