On s'en plaignit au comte Baudouin qui se saisit du chevalier de Chanelaus et de ses comparses. Baudouin les fit pendre haut et court ; il présida même à leur exécution. Les méfaits du chevalier de Chanelaus-Calloe sont historiques. Il est possible que Chanelaus entra une seconde fois dans l'épopée vers 1120 lors d'un remaniement.
Un autre personnage a nom Blancandrain. Ce nom, décomposé, donne Blank end rein en flamand, soit blanc et pur en français. Le prêtre Konrad au XIIe siècle, le comprit ainsi lorsqu'il traduisit en latin d'abord, dit-il, puis en tudesque Blans-candiz, de candidus, pur. Blank end rein est donc flamand.
Blank end rein, Pinabeel et Thierry
Que signifie Pinabel en français? Absolument rien. Si l'auteur de notre épopée avait été de langue romane, il aurait écrit PinaBLE au lieu de PinaBEL.
Une pine est une pointe ou clou. Un abel, plutôt abeel - prononcez abéle - est un peuplier. Le mot est encore d'usage courant. Pline raconte comment les Francs taillaient une pointe, un clou de bois d'un arbre foudroyé et enfonçaient cette pointe au soir tombé, dans un peuplier, à hauteur d'un cavalier et à la croisée des chemins, afin d'obtenir des faveurs du dieu Tor. Dans certaines contrées, on avait coutume de creuser au préalable un trou dans le peuplier, d'y glisser des cheveux ou des ongles coupés et d'enfoncer ensuite la pointe de bois.
Les Francs thiois connaissaient donc le pinabeel ; il existe encore de nombreux lieux-dits "de Abeel" ou "de Vierabeel" en Flandre.
L'auteur de notre épopée a choisi ce nom pour le chevalier qui défend Ganelon contre Thierry : les Francs invoquaient le dieu Tor contre les maux de tête et c'est la tête que perdront Pinabeel et Ganelon.
Le Gentil, professeur à la Sorbonne, a clairement indiqué que "du combat qui oppose Pinabel à Thierry, Dieu sait quelle sera la fin". Pinabel, symbole paganisme, perdra la vie en duel et Thierry vaincra.
Thierry, en flamand Theoderik, ne signifie rien en français. Theos, dieu, en grec et rik ou riche, donc puissant, en flamand. Le theos des chrétiens vaincra le symbole du paganisme, Pinabel.
Dans la laisse 274, Pinabel est dit du château de Sorence. Sorence au lieu de Strazeele, actuellement dans le Nord. Il y eut en effet, un fief "de Pinabeel" à Strazeele. Après l'annexion d'une partie de la Flandre par Louis XIV, le nom du château Pinabeel fut traduit en "peuplier". La ferme qui en subsistait encore au début de ce siècle, était connue sous le nom du "peuplier".