Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 3


 

Marsilie est le nom flamand de la ville de Marseille. En fait la frontière des Maures au sud de la Gaule, depuis la Bidassoa-Marganice (cf. p. 19) jusqu'à Marseille-Marsilie. C'est ainsi que l'a compris le miniaturiste du Miroir historial de Vincent de Beauvais qui, au XVe siècle, peignit "de la mort du roi Marseille" (Musée Condé à Chantilly, figurant à la page 24 de la Chanson de Roland, par G. Moignet, édition Bordas).

"Le Sarrasin Margariz de Sibilie qui tient la terre jusqu'à Cazmarines" : pour étrange que cela puisse paraître, Cazmarine désigne la ville de Dax en Gaule du sud. Pfaffe Konrad, au verset 3734 nomme la Thaberiske erde, la terre d'Aquae Augustae ou Civitas Trabellicarum ou Taberta qui est le plus proche de l'adjectif Thaberiske. Il y eut un village Trabeten près de l'Ecluse et d'Aardenburg, non loin de Turhold en Flandre. Ce village fut submergé en l'an 1477. On ne s'explique pas ce toponyme en Flandre parce que l'histoire officielle n'a pas conservé le souvenir de la migration vers le nord de deux peuplades du sud de la Gaule: les Boïens de Blavutum-Blaye et des environs de Nevers, et les Ruthènes du Ruthenus ager ou Rouergue. Les Boïens originaires de Blavutum-Blaye étaient connus en Flandre sous le sobriquet de Blaevoeten. Je ne m'étendrai pas là-dessus parce qu'il n'existe pas de rapport immédiat à la Chanson de Roland.

Ganelo

Il fallait un traître, Genalo, plus exactement Chanelaus ; prononcez Ganelos. Aux premiers siècles de notre ère, Chanelaus était une presqu'île près d'Anvers, disparue depuis longtemps. Saint Amand y prêcha l'Evangile vers l'an 650.  

Il dut fuir devant les menaces. La Vita sancti Amandi relate la réticence de la population de l'endroit au christianisme. Chanelaus resta des siècles encore fidèle aux dieux de ses ancêtres. Sous la plume du moine, la fidélité aux dieux s'appela félonie et Ganelon serait ce félon.

Nous retrouvons Chanelaus à la laisse 2353: "des Canelius chevauchent..."; à la laisse 238, où Canabeus (cf. pp. 12 & 24) est le frère de l'émir; à la laisse 248 où il frappe le duc Naimme sur le heaume ébréché ; à la laisse 253: "Canabeus, votre frère est tué". Pfaffe Konrad le cite au verset 8130 : "des chuniges bruder Chanabeus".

Dès à présent nous devons admettre que notre épopée a été remaniée vers 1120. En effet, au début du règne du comte de Flandre Baudouin à la hache, soit entre 1111 et 1119, une bande de voleurs, sous la conduite du chevalier Heinric van Calloe - le toponyme Chanelaus avait évolué - semait la terreur sur la route reliant Bruges à Turhold où se tenait une foire.


 

On s'en plaignit au comte Baudouin qui se saisit du chevalier de Chanelaus et de ses comparses. Baudouin les fit pendre haut et court ; il présida même à leur exécution. Les méfaits du chevalier de Chanelaus-Calloe sont historiques. Il est possible que Chanelaus entra une seconde fois dans l'épopée vers 1120 lors d'un remaniement.

Un autre personnage a nom Blancandrain. Ce nom, décomposé, donne Blank end rein en flamand, soit blanc et pur en français. Le prêtre Konrad au XIIe siècle, le comprit ainsi lorsqu'il traduisit en latin d'abord, dit-il, puis en tudesque Blans-candiz, de candidus, pur. Blank end rein est donc flamand.

Blank end rein, Pinabeel et Thierry

Que signifie Pinabel en français? Absolument rien. Si l'auteur de notre épopée avait été de langue romane, il aurait écrit PinaBLE au lieu de PinaBEL.

Une pine est une pointe ou clou. Un abel, plutôt abeel - prononcez abéle - est un peuplier. Le mot est encore d'usage courant. Pline raconte comment les Francs taillaient une pointe, un clou de bois d'un arbre foudroyé et enfonçaient cette pointe au soir tombé, dans un peuplier, à hauteur d'un cavalier et à la croisée des chemins, afin d'obtenir des faveurs du dieu Tor. Dans certaines contrées, on avait coutume de creuser au préalable un trou dans le peuplier, d'y glisser des cheveux ou des ongles coupés et d'enfoncer ensuite la pointe de bois.

Les Francs thiois connaissaient donc le pinabeel ; il existe encore de nombreux lieux-dits "de Abeel" ou "de Vierabeel" en Flandre.

L'auteur de notre épopée a choisi ce nom pour le chevalier qui défend Ganelon contre Thierry : les Francs invoquaient le dieu Tor contre les maux de tête et c'est la tête que perdront Pinabeel et Ganelon.

Le Gentil, professeur à la Sorbonne, a clairement indiqué que "du combat qui oppose Pinabel à Thierry, Dieu sait quelle sera la fin". Pinabel, symbole paganisme, perdra la vie en duel et Thierry vaincra.

Thierry, en flamand Theoderik, ne signifie rien en français. Theos, dieu, en grec et rik ou riche, donc puissant, en flamand. Le theos des chrétiens vaincra le symbole du paganisme, Pinabel.

Dans la laisse 274, Pinabel est dit du château de Sorence. Sorence au lieu de Strazeele, actuellement dans le Nord. Il y eut en effet, un fief "de Pinabeel" à Strazeele. Après l'annexion d'une partie de la Flandre par Louis XIV, le nom du château Pinabeel fut traduit en "peuplier". La ferme qui en subsistait encore au début de ce siècle, était connue sous le nom du "peuplier".

 

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