Il semble bien que Turold ait puisé à Strazeele le nom de Pinabeel. On lit dans la Vita sancti Ursmari, mort en 713, que lui et ses compagnons étaient arrivés dans un village près de Strazeele où quelques seigneurs étaient encore païens et si vindicatifs que personne ne parvenait à rétablir la paix entre eux.
C'était pour faire jurer la paix qu'Ursmar et ses compagnons s'étaient rendus en procession et avec des reliques sur cette route. Mais les prêtres durent se sauver devant la fureur populaire.
On chercherait en vain ce toponyme ailleurs. Au lieu d'enclouer le peuplier, on y pend de nos jours l'image de la Vierge Marie ou une chapelle minuscule.
Le cierge pascal a remplacé le peuplier encloué. En lui donnant une autre signification, l'Eglise romaine a voulu mettre fin à un usage païen. A la fête pascale, le prêtre enfonce cinq parcelles d'encens en forme de croix, dans le cierge béni. Ces cinq grains représentent les cinq plaies du Christ ou les différentes épices acquises par les saintes femmes pour embaumer le Christ.
L'origine de cette liturgie n'est pas clairement établie par l'Eglise catholique. Le symbole est autre, le geste est resté.
Pour Pinabeel de Strazeele, voir Archives de l'Etat à Gand, Conseil de Flandre, B, reg. 1447, f°159: in de prochie van Straeseele... appartenant à Jan Pinabeel, année 1452; et "Zegher Pinabeel, 1457" dans Lopere S. Nycl. Furnes, f° 12 v.
AOt
Les lettres AOt qui reviennent 180 fois dans le texte de Roland, généralement mais non pas toujours, en fin de laisse, ont suscité tant d'hypothèses. Il n'entre pas dans mes intentions de relever ici toutes les suppositions émises qui sont, à proprement parler, absurdes. Les lettres A et 0 se retrouvent sur d'innombrables manuscrits, ornent les crucifix des églises catholiques, elles sont puisées é l'Apocalypse : "Je suis l'Alpha et l'Omega".
Lorsque j'entrepris l'étude de la Chanson de Roland, je fus extrêmement surpris de ne pas lire, fût-ce même une seule fois, cette possibilité sous la plume des plus grands savants ou des érudits. Voulant faire oeuvre constructive et pleinement conscient de ce que je dois aux chercheurs qui m'ont précédé, je me bornerai à citer mes sources : les Archives du royaume de Belgique à Namur, qui conservent la charte numérotée 999, portant le sceau de Torhout (Turhold) de l369. Ce sceau est une copie très nette des précédents dont je possède également la reproduction. Il représente deux clefs dos à dos ; chaque clef est flanquée d'un arbre, un chêne d'une part un tilleul de l'autre. Les arbres sont arrachés de terre et ont conservé leurs racines. Les deux clefs sont des symboles abstraits, leur panneton est trop grand par rapport à l'anneau. Chaque panneton est dentelé en forme de A sanskrit. Il suffit, pour s'en assurer, de consulter au mot "sanskrit", un Larousse 2 Vol., p 732, dépôt légal 1949, n° 680. Les anneaux des deux clefs sont en fait deux losanges superposés, de façon à former une rune O, la rune de la fécondité ou un oméga minuscule. On peut donc lire l'Alpha dans les pannetons et l'Omega dans les anneaux. L'Alpha se lit quatre fois dans les pannetons, tournée vers les quatre points cardinaux.
C'est ainsi que priaient les chrétiens avant la première croisade de 1096. C'est aussi là une des preuves de ce que l'épopée existait déjà avant l'an 1096.
En effet, depuis le début du douzième siècle, les chrétiens prient, le visage tourné vers l'orient, vers Jérusalem.