Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 5


 

En l'an 787, l'Anglo-saxon Willehad, établi à Brême près de Saint-Omer, avait fondé l'évêché de Brême en Allemagne. En 811 le prêtre Heridag de Hammaburg, l'actuel Hames-Boucres dans le Pas-de-Calais fit consacrer l'église d'Hambourg en Allemagne. En 823, Adalhard, neveu de Charlemagne, transfère le nom de son abbaye de Corbie à Corvey en Allemagne.

Ceci n'étonnera nullement le lecteur qui sait déjà que Conches en Normandie est un transfert de toponyme de Conques, opéré par Roger II de Tosny, lorsqu'il rapporta des reliques de sainte Foy de Conques.

Durestant est donc bien Dorestad en Flandre actuellement française et cette localisation n'a rien qui puisse surprendre. Adam de Brême, mort en 1076, écrit dans sa chronique. lib.I, cap.15 "propter infestationem barbaricam, ubi inter dum possit consistere" et au cap.19 : "Si quando etiam persecutione barbarorum impeditus est a studio praedicandi, apud Turholt se cum discipulis retinuit".

Ces citations se rapportent au monastère de Turhold, déjà cité à propos de Borgo san Donnino, de saint Domin-Dom Linus et "saint" Gislamerio.

Ansgar-Anschaire

Un diplôme de Louis le Pieux, daté du 15 mai 834, nous apprend qu'Anschaire, évêque d'Hambourg-Brême en Flandre, a obtenu le monastère de Turhold pour défrayer et soutenir sa mission d'Hambourg-Brême en Allemagne, auprès de Vikings de Scandinavie et des peuplades riveraines de la mer Baltique.

Anschaire rachetait des enfants normands, baltes, slaves et même orientaux pour les confier au monastère de Turhold en vue de la prêtrise et de l'oeuvre missionnaire auprès des peuples dont ils étaient issus. Ces peuples sont cités dans la Chanson de Roland ; leur identification a coûté tant de soucis à Boissonnade. Que ce mélange de races et de peuples imposât l'usage d'une seule langue, on l'admettra volontiers ; on parla donc latin dans le couvent, tout en perfectionnant la connaissance des différentes langues maternelles.

Rien de surprenant non plus à ce que Guillaume (le Conquérant) fît appel aux différents Turold du monastère de Turhold pour enseigner à Bayeux la langue norroise de ses ancêtres, oubliée des Normands continentaux. (Guillaume le Conquérant, de Paul Zumthor)

Après la signature du traité de Verdun, en 843, et le partage de l'empire, Charles le Chauve sécularisa le domaine du monastère de Turhold et en fit don à l'un de ses barons, Ragnar ou Renier. Celui-ci força les plus âgés parmi les étudiants à le servir comme valets d'armes et s'empara des revenus du monastère.


 

Ansgar vit ainsi fondre les ressources de sa mission d'Hambourg-Brême en Allemagne ; les dîmes de ses villages d'Hambourg-Brême en Flandre étaient dérisoires. Plusieurs moines missionnaires rentrèrent au couvent de Corbie.

Vers l'an 860, Charles le Chauve confisqua le monastère de Turhold et en fit don à Baudouin Ferreus comte de Flandre. Il attribua à Ragnar le pays des Ruthènes, un pagus minuscule près de la côte où s'étaient établis des immigrés du Ruthenae ager, Rouergue. La querelle au sujet de la propriété du monastère de Turhold se prolongea jusqu'à l'an 1050 environ, époque où les Turold abandonnèrent définitivement leur monastère et s'en furent porter l'Evangile en Normandie continentale.

C'est à partir de l'année du mariage de Mathilde, fille du comte de Flandre Baudouin V, avec Guillaume, le futur Conquérant, qu'on voit apparaître les nombreux Turold en Normandie. Leur nom n'est pas dérivé de Torwaldr ; il serait dans ce cas, déjà cité dès l'an 911. Turold est le toponyme de Torhout en Flandre.

L'auteur d'une vie de saint Rembert de Torhout, successeur d'Ansgar à l'évêché d'Hambourg-Brême, le professeur G. Meersseman, de l'université de Fribourg en Suisse, estime (p 50) qu'Adam de Brême n'a rien compris aux modalités et au but du don du monastère de Renaix en Flandre, à Heridag, pour s'y retirer en cas d'invasion, ni au don fait à Ansgar, afin qu'il puisse se retirer à Torhout près de Bruges, chaque fois qu'une invasion de barbares les empêchait d'aller prêcher. Ceci, conclut le savant professeur, n'est pas seulement historiquement faux, mais était pratiquement impossible, vu la grande distance entre le lieu de leurs occupations habituelles et leur refuge. La distance d'Hamme-Boucre - en France actuelle - et Torhout, peut être parcourue à cheval en un seul jour. Adam de Brême savait donc très bien ce qu'il écrivait et c'est le professeur Meersseman qui faisait erreur en ne voyant dans Hambourg que la ville du nord de l'Allemagne, au lieu d'Hames-Boucres près de Saint-Omer.

Tervagant ou Tor-vigant

Tervagant (cf. p. 12) est un toponyme, un bois ainsi dénommé encore en 1149, de Turhold, l'actuel Torhout près de Bruges. Citant Paulin Pâris, Boissonnade, dans "Du nouveau sur la Chanson de Roland", p 248, rappelle que cette trinité, Mahomet, Apollon, Tervagant pourrait s'inspirer du polythéisme grec, de la mythologie germanique, des croyances musulmanes mal interprétées. Tor-vigant ou Tor l'ennemi, ce nom évoque le dieu Tor adoré à Torhout.

Karel de Flou (1853-l931) a relevé Tervagant dans son oeuvre monumentale des Toponymes de Flandre en 18 volumes ; ainsi que l'a fait Roger Haelewyn, archiviste de la ville de Torhout, dans ses différents travaux sur l'origine de la ville.

 

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