Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 6


 

Maurienne, Moriane, Morinie, Les Moëres

"Charles était aux vallées de Moriane, quand Dieu lui manda par son ange qu'il te donnât, Deurendal à un comte capitaine ; alors le noble roi me la ceignit." La seule difficulté est que Moriene ne devait pas figurer à l'assonance en a...e. La Moriane ou Morinie est une contrée de Flandre, comprise dans la marche dont Roland était comte. Cette Moriane englobait les villes de Nieuport, Furnes et l'ancien Sint Winoksbergen, l'actuelle Bergues dans le Nord de la France actuelle.

Quand on sait que Roland était comte de la marche face aux Britanniques, on comprend que Charlemagne l'ait ceint sur place de Deurendal, en lui confiant la garde de cette marche. Rien de plus facile à croire. On peut reconstituer ce verset en thiois : "Karel was in tlant der Morienen" près de la mer du nord.

Les Morins, de Morienen en thiois, s'étaient révoltés contre le joug romain l'an 30 avant Jésus-Christ. Ils avaient comme voisins, les Ménapiens. Parmi eux vivaient d'autres petites peuplades tributaires, dont les Ruthènes, cités par Sandérus, qui sont à l'origine des toponymes en Ru, dans le département du Nord ; ainsi que les Boïens, originaires de la Teste de Buch près de Bordeaux, de Blavutum (Blaye) et qui semblent avoir apporté le manichéisme en Flandre.

C'était cela "les vals de Moriane" et non pas la Maurienne. De l'Espinoy cite cette Moriane dans "Antiquitez et Noblesse de Flandre" (cf. p. 6) imprimé à Douai en 1632.

C'est de la terre glaise de Moriane qu'est faite l'épée de Ganelon : "Sur les reliques de son épée Murgleis, il jura la trahison..." On sait bien qu'une épée n'est jamais faite de terre...; ce n'est, sans doute, qu'une image de mépris dont Turold a usé pour bien indiquer le peu de valeur de cette épée et du serment fait sur elle.

Nainme

Le duc Nainme est sage et de bon conseil; il occupe une place de choix dans l'entourage de Charlemagne. Naimme appartient à l'aristocratie.

Nous retrouvons le nom de Naimme sur un acte de Thierry d'Alsace, comte de Flandre, au sujet de la commune de Woesten en Flandre, acte dressé à Ypres le jour de la fête de saint Laurent, l'an 1161. L'existence en Flandre, d'un lignage Naimme est donc historiquement établie. C'est, du reste, en reconnaissance des grands services que le Naimme historique avait rendus à Charlemagne, que celui-ci l'investit d'un marquisat qui prit son nom, Namen en flamand, actuellement Namur. Galliot le mentionnait en 1788 dans son "Histoire générale de la province de Namur". Selon d'autres historiens liégeois, Naimme eut deux enfants Arnold, qui devint un des huit archidiacres de Liège sous l'évêque Gerbald ; son second fils, Theodoric, épousa Pentecoste, fille de Raduz d'Exprez troisième comte de Huy. Théodoric succéda à son père dans le marquisat de Namur ; surnommé Théodoric le Magnanime, il aurait bâti un château qui eut sa célébrité, sur la rive droite de la Meuse non loin de l'abbaye de Waulsort.


 

Que conclure de tout ceci ? Que Naimme n'a pas été créé à plaisir, mais qu'il était réellement contemporain de Charlemagne.

Gualter

Gualter était homme de Roland ; il le dit à la laisse 64 : "Je suis homme de Roland, je ne dois pas lui faire défaut". Il est chargé d'occuper les hauteurs et n'en redescendra pas. A la laisse 64 Gualter est donc "l'homme" ; à la laisse 65, un remanieur apparemment Normand, l'a rattaché au lignage "de l'Hum".

Ce qui rend son cas encore plus complexe, est qu'à la laisse l52 Gualter de l'Hum est redescendu des montagnes. Ses hommes sont morts, les païens les ont vaincus, écrit un copiste. Qu'il le veuille ou non, il s'enfuit vers les vallées et se fait reconnaître de Roland : "C'est moi, Gualter, qui conquit Maelgut".

Bédier trouve insolite cette réapparition tardive, sans explication. Il suppose que le manuscrit comporte une lacune. Vaillant ou fuyard? Le personnage est ambigu, dit-il.

L'attitude de Gualter ne peut se comprendre qu'en se référant au texte allemand du Pfaffe Konrad. Il apparaît de cette lecture que le Pfaffe Konrad a fait usage d'un texte plus archaïque et moins remanié. Au texte parallèle de la laisse 152 d'Oxford, correspond le verset 6531 de Konrad : "Er war Rolands Gefolgsmann" ou il était l'homme (de la suite) de Roland. Parlant de ses compagnons, Gualter dit au veraet 6544 : "Ach, alle sind sie tot". Ils ont tous succombé.

Au verset 6551 : "Wir haben ihnen tapfer standgehalten". Nous avons vaillamment tenu pied contre eux (les païens). "Die deinen sind tot. Aber wir haben die Heiden so geschlagen, dass auch von ihnen keiner mit dem Leben davonkam". Les tiens sont morts. Mais nous avons battu à tel point les païens qu'aucun d'eux non plus n'est sorti vivant de la mêlée. (vers 6557, 8 et 9)

Gualter et les siens ont donc combattu vaillamment. Gualter ne s'enfuit pas vers les vallées, il s'en fut, sans i, après avoir ("Ich bin über das Schlachtfeld geritten und habe nirgends einen Lebendigen mehr gefunden", vers 6569) parcouru à cheval le champ de bataille, et où il n'a plus trouvé âme qui vive "nirgends", nulle part.

Qu'il le veuille ou non, il n'avait plus à combattre ; il avait perdu jusqu'au dernier de ses hommes, mais il n'était resté aucun païen en vie contre qui continuer la lutte. Il s'en fut donc rejoindre Roland ; il ne s'enfuit pas.

Maelgut

N'est-ce pas la preuve d'une traduction fautive en français, lorsque je reconstitue à l'aide du tudesque ce que devait être le prototype thiois ? N'est-ce pas la preuve tout court d'une traduction ?

Il reste encore un vocable thiois dans la laisse 152 : "C'est moi, Gualter, celui qui conquit maelgut". Pour AEbischer, maelgut est le nom d'une épée ; pour Bédier un chef Breton ; pour Gaston Pâris un nom de femme ; pour Gautier un nom d'homme. Mettons tous ces lettrés d'accord : maelgut ou maelgoed est le vocable flamand

 

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