Que conclure de tout ceci ? Que Naimme n'a pas été créé à plaisir, mais qu'il était réellement contemporain de Charlemagne.
Gualter
Gualter était homme de Roland ; il le dit à la laisse 64 : "Je suis homme de Roland, je ne dois pas lui faire défaut". Il est chargé d'occuper les hauteurs et n'en redescendra pas. A la laisse 64 Gualter est donc "l'homme" ; à la laisse 65, un remanieur apparemment Normand, l'a rattaché au lignage "de l'Hum".
Ce qui rend son cas encore plus complexe, est qu'à la laisse l52 Gualter de l'Hum est redescendu des montagnes. Ses hommes sont morts, les païens les ont vaincus, écrit un copiste. Qu'il le veuille ou non, il s'enfuit vers les vallées et se fait reconnaître de Roland : "C'est moi, Gualter, qui conquit Maelgut".
Bédier trouve insolite cette réapparition tardive, sans explication. Il suppose que le manuscrit comporte une lacune. Vaillant ou fuyard? Le personnage est ambigu, dit-il.
L'attitude de Gualter ne peut se comprendre qu'en se référant au texte allemand du Pfaffe Konrad. Il apparaît de cette lecture que le Pfaffe Konrad a fait usage d'un texte plus archaïque et moins remanié. Au texte parallèle de la laisse 152 d'Oxford, correspond le verset 6531 de Konrad : "Er war Rolands Gefolgsmann" ou il était l'homme (de la suite) de Roland. Parlant de ses compagnons, Gualter dit au veraet 6544 : "Ach, alle sind sie tot". Ils ont tous succombé.
Au verset 6551 : "Wir haben ihnen tapfer standgehalten". Nous avons vaillamment tenu pied contre eux (les païens). "Die deinen sind tot. Aber wir haben die Heiden so geschlagen, dass auch von ihnen keiner mit dem Leben davonkam". Les tiens sont morts. Mais nous avons battu à tel point les païens qu'aucun d'eux non plus n'est sorti vivant de la mêlée. (vers 6557, 8 et 9)
Gualter et les siens ont donc combattu vaillamment. Gualter ne s'enfuit pas vers les vallées, il s'en fut, sans i, après avoir ("Ich bin über das Schlachtfeld geritten und habe nirgends einen Lebendigen mehr gefunden", vers 6569) parcouru à cheval le champ de bataille, et où il n'a plus trouvé âme qui vive "nirgends", nulle part.
Qu'il le veuille ou non, il n'avait plus à combattre ; il avait perdu jusqu'au dernier de ses hommes, mais il n'était resté aucun païen en vie contre qui continuer la lutte. Il s'en fut donc rejoindre Roland ; il ne s'enfuit pas.
Maelgut
N'est-ce pas la preuve d'une traduction fautive en français, lorsque je reconstitue à l'aide du tudesque ce que devait être le prototype thiois ? N'est-ce pas la preuve tout court d'une traduction ?
Il reste encore un vocable thiois dans la laisse 152 : "C'est moi, Gualter, celui qui conquit maelgut". Pour AEbischer, maelgut est le nom d'une épée ; pour Bédier un chef Breton ; pour Gaston Pâris un nom de femme ; pour Gautier un nom d'homme. Mettons tous ces lettrés d'accord : maelgut ou maelgoed est le vocable flamand