En 966 c'est à un moine de l'abbaye de Saint-Bavon de Gand, abbaye-soeur de Turhold, qu'incombe la tâche de réformer les abbayes de Normandie ; ce moine, Meinhard, deviendra le premier abbé du Mont-Saint-Michel. Un Turold devient, vers 1035, précepteur du jeune Guillaume (le futur Conquérant) et d'autres Turold suivront à la tête des abbayes, sur les sièges épiscopaux, partout où ils peuvent user de leur influence éducatrice.
C'est ce qui permit à Adam de Brême d'écrire "Turholz monasterium est Flandriae nobilissimum insigne monachis..." en parlant des moines de Torhout, réformateurs en missionnaires en Normandie continentale.
La preuve que la Chanson de Roland a été écrite entre 963 et 980 se trouve dans la légende de saint Gilles (cf. pp. 10 & 20). Cette légende apparaît à la fin du dixième siècle ou au début du onzième.
Pourquoi cette légende ?
Le comte de Paris intriguait depuis longtemps pour s'emparer du trône et de l'empire de Charlemagne. En Flandre et dans tous les "gos" thiois, le moine Turold en appelle à la fidélité au dernier descendant de Charlemagne; Turold écrit la Geste Francor que nous connaissons comme la "Chanson de Roland".
Au lieu de laisser diviser l'empire et l'Europe, Turold prêche l'unité, la cohésion. A la décadence carolingienne, Turold oppose son chef-d'oeuvre puisé au glorieux passé. L'Islam menace l'Europe à l'est et au sud : Turold, de son couvent, en appelle à la croisade.
Qu'importe à Capet le reste de l'Europe, la menace de l'Islam ? Ce qu'il désire est le trône du duché d'abord, de l'empire ensuite.
Un trouvère à sa dévotion rédige la fameuse légende de saint Gilles.
Bédier estime que "c'est une singulière destinée posthume que celle de cet ermite de Septimanie, Egidius, de qui l'on ne sait rien d'authentique, sinon que vers l'an 573, il obtint du roi goth Wamba la concession d'une terre auprès d'Arles pour y bâtir une église".
Avant d'aborder l'histoire de saint Gilles, observons le texte d'Oxford : dans les versets où il est question de saint Gilles n'apparaissent pas les lettres AOt. Comme ces lettres marquent le prototype de l'épopée, conservé dans le texte d'Oxford, nous devons conclure logiquement que la légende de saint Gilles est née après la Chanson de Roland et même contre cette épopée déjà célèbre alors.
Les plus vieux manuscrits parlant de Saint Gilles nous sont parvenus du onzième siècle.
Egidius, Grec de naissance, serait né à Athènes. Un jour ou il se rendait à l'église, il aurait, tel saint Martin, donné son manteau à un mendiant malade. Dès que ce dernier eut jeté le manteau sur ses épaules, il aurait été guéri.
Egidius distribua ses biens aux pauvres, obtint