qu'ils croient à leurs propres élucubrations.
Pour étayer leur théorie, ils en appellent à des textes nettement apocryphes, Wettin, moine de Saint Gall, auteur d'une Vita de saint Gall, aurait eu une vision, le 3 novembre 824, veille de sa mort ; cette vision est relatée par l'abbé Heito. Wettin aurait reconnu le grand empereur dans les flammes du purgatoire où il expiait des péchés de chair. Le nom de l'empereur ne fut pas mentionné. (IXe siècle, abbaye de Saint Vincent, Bibliothèque municipale de Laon, Ms 281, f 48)
Walafrid Strabo qui aurait assisté au décès du moine visionnaire, écrivait, dit-on, entre 842 et 849 et, dans un acrostiche, nommait Carolus imperator.
Comment Wettin pouvait-il voir l'empereur en purgatoire en 824, alors que ce purgatoire ne fut imaginé que vers l'an 1050?
Au concile de Troyes, le 18 août 878, le pape Jean VIII, plaçait Gilles parmi les saints, autrement dit il le canonisa.
En 1978 se tint à Laon une exposition consacrée à Roland. La directrice de la Bibliothèque municipale de Laon, madame Martinet, eut l'amabilité de me procurer le catalogue. Je lus à la page 42, le Mariage de Gisèle et de Ganelon : "Alors que toutes les annales royales et les textes officiels passent sous silence le mariage de Gisèle, soeur de Charlemagne, avec Ganelon, l'abbé Merlette a trouvé la mention des deux noms de Gisèle et de Ganelon réunis à la date du 13 juillet, dans l'Obituaire de l'abbesse Théodrade d'Argenteuil, fille de Charlemagne et de Hildegarde, morte vers 844. On trouve mention au 13 juillet d'un obiit pour sa tante Gisèle et son oncle Ganelon, époux de Gisèle, mort le 13 juillet 813, puisque Gisèle était décédée à Chelles le 30 juillet 810."
Emporté par son zèle, l'abbé Merlette ne remarqua même pas qu'il se trouvait en présence d'une falsification de l'histoire.
Gisèle n'eut jamais Ganelon pour époux, puisqu'il est patent que Ganelo est dérivé du toponyme Chanelaus et que Chanelaus n'était pas une personne physique, mais une presqu'île dans l'Escaut à Anvers, choisie arbitrairement par Turoldus.
Il est historiquement établi que Gisèle entretenait des relations très suivies avec Alcuin, qui fut, plus tard, évêque de Tours. Gisèle eut un fils, Hruodulf, Rodulf ou Raoul, et une fille Rodtrud. L'auteur de la légende de saint Gilles a délibérément créé une confusion entre Rodulf et Roland en faisant passer ce dernier pour un fils de Gisèle et de Charlemagne.
Dans l'Histoire tout court où il est question de Gisèle et où son nom n'est pas accolé à celui de Roland, il n'est jamais question de son époux.
Gisèle était très intime avec Alcuìn. Dans une lettre conservée d'Alcuin celui-ci adresse "aux pieuses vierges, à ma soeur Gisèle et à ma fille Rodtrud", il les appelle "ma chère soeur et ma fille, leur humble frère et père Alcuin". Il leur adressa aussi un commentaire sur l'Evangile selon saint Jean, son chef-d'oeuvre d'exégèse.