Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 9


 

J'ai lu sur un dépliant touristique, édité en 1981, qu'Egidius fut blessé d'une flèche du roi Flavius Wamba. De quoi concilier les deux points de vue, celui du nord et celui du sud...

Charles fit donc appeler Egide-Gilles et pria le saint homme d'intercéder en sa faveur auprès de Dieu, afin de lui obtenir le pardon d'un péché qu'il n'osa avouer en confession. Son péché était si horrible qu'il n'osait même pas l'avouer à Gilles.

Le dimanche suivant, pendant la messe, alors que Gilles priait Dieu pour le roi, un ange du Seigneur déposa un parchemin sur l'autel, rappelant en détail le péché dont Charles s'était rendu coupable. A la fin, on pouvait lire que quiconque en appellerait à Gilles pour n'importe quel crime, en obtiendrait le pardon, à condition de ne pas retomber dans le péché. Après l'office, Gilles remit le parchemin au roi qui reconnut son péché et s'engagea à s'en abstenir à l'avenir.

Chargé d'honneurs et de cadeaux, Gilles s'en retourna à son abbaye, mais en cours de route, à Nîmes, il rappela encore un prince à la vie.

Il se rendit plus tard à Rome afin de placer son abbaye sous la juridiction du pape et de la soustraire ainsi à la convoitise des seigneurs laïques.

On conserve à la Bibliothèque municipale de Laon, un manuscrit 410 bis se rapportant à une relique de Gilles. Dans le trésor de la cathédrale, on conserve encore dans un vase en cristal argenté, un doigt de Gilles. En cette même cathédrale on célébrait précédemment une fête de saint Gilles: Procession à l'autel de saint Gilles (cet autel était derrière le choeur, côté nord) aux premières vêpres, à matines et à la messe du jour, avec encensement de l'autel ; on faisait alors les neuf lectures de la vie de saint Gilles. (Ordinaire d'Adam de Courlandon, écrit avant 1228, pour garder les coutumes anciennes. Cathédrale Notre-Dame de Laon, Bibliothèque municipale, manuscrit n° 221).

Quel était ce péché que Charlemagne n'osait avouer en confession ?

Charlemagne aurait eu des relations incestueuses avec sa soeur Gisèle, née en 757, Roland aurait été le fruit de ces amours incestueuses.

Nous connaissons approximativement l'époque de la copie, ou de la naissance, de la légende de saint Gilles : la fin du dixième ou le début du onzième siècle.

On peut présumer de l'âge de Roland au moment où lui fut attribuée la garde de la marche face aux Britanniques : au moins dix-huit ans. Certains auteurs ont voulu découvrir la présence de Roland à la cour de Charlemagne, aux environs de l'an 772, ce qui placerait sa naissance vers 754. Gisèle avait vu le jour en 757, soit trois ans après la naissance de Roland.

Cet inceste était donc impossible. Et pourtant, il se trouve des érudits qui bâtissent toute une théorie savante sur cet inceste et le plus étrange encore est


 

qu'ils croient à leurs propres élucubrations.

Pour étayer leur théorie, ils en appellent à des textes nettement apocryphes, Wettin, moine de Saint Gall, auteur d'une Vita de saint Gall, aurait eu une vision, le 3 novembre 824, veille de sa mort ; cette vision est relatée par l'abbé Heito. Wettin aurait reconnu le grand empereur dans les flammes du purgatoire où il expiait des péchés de chair. Le nom de l'empereur ne fut pas mentionné. (IXe siècle, abbaye de Saint Vincent, Bibliothèque municipale de Laon, Ms 281, f 48)

Walafrid Strabo qui aurait assisté au décès du moine visionnaire, écrivait, dit-on, entre 842 et 849 et, dans un acrostiche, nommait Carolus imperator.

Comment Wettin pouvait-il voir l'empereur en purgatoire en 824, alors que ce purgatoire ne fut imaginé que vers l'an 1050?

Au concile de Troyes, le 18 août 878, le pape Jean VIII, plaçait Gilles parmi les saints, autrement dit il le canonisa.

En 1978 se tint à Laon une exposition consacrée à Roland. La directrice de la Bibliothèque municipale de Laon, madame Martinet, eut l'amabilité de me procurer le catalogue. Je lus à la page 42, le Mariage de Gisèle et de Ganelon : "Alors que toutes les annales royales et les textes officiels passent sous silence le mariage de Gisèle, soeur de Charlemagne, avec Ganelon, l'abbé Merlette a trouvé la mention des deux noms de Gisèle et de Ganelon réunis à la date du 13 juillet, dans l'Obituaire de l'abbesse Théodrade d'Argenteuil, fille de Charlemagne et de Hildegarde, morte vers 844. On trouve mention au 13 juillet d'un obiit pour sa tante Gisèle et son oncle Ganelon, époux de Gisèle, mort le 13 juillet 813, puisque Gisèle était décédée à Chelles le 30 juillet 810."

Emporté par son zèle, l'abbé Merlette ne remarqua même pas qu'il se trouvait en présence d'une falsification de l'histoire.

Gisèle n'eut jamais Ganelon pour époux, puisqu'il est patent que Ganelo est dérivé du toponyme Chanelaus et que Chanelaus n'était pas une personne physique, mais une presqu'île dans l'Escaut à Anvers, choisie arbitrairement par Turoldus.

Il est historiquement établi que Gisèle entretenait des relations très suivies avec Alcuin, qui fut, plus tard, évêque de Tours. Gisèle eut un fils, Hruodulf, Rodulf ou Raoul, et une fille Rodtrud. L'auteur de la légende de saint Gilles a délibérément créé une confusion entre Rodulf et Roland en faisant passer ce dernier pour un fils de Gisèle et de Charlemagne.

Dans l'Histoire tout court où il est question de Gisèle et où son nom n'est pas accolé à celui de Roland, il n'est jamais question de son époux.

Gisèle était très intime avec Alcuìn. Dans une lettre conservée d'Alcuin celui-ci adresse "aux pieuses vierges, à ma soeur Gisèle et à ma fille Rodtrud", il les appelle "ma chère soeur et ma fille, leur humble frère et père Alcuin". Il leur adressa aussi un commentaire sur l'Evangile selon saint Jean, son chef-d'oeuvre d'exégèse.

 

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