Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 10


 

Toutes les suppositions sont permises lorsqu'il s'agit d'une légende d'église ce qu'est en réalité la Vita de saint Gilles.

Je citais plus haut, le catalogue de l'exposition de Laon. On peut y lire à la page 3 : "Roland de Laon. Roland porte sur ses vêtements les armoiries de Laon, sa ville : les Merlettes". Ceci semble être puisé aux Grandes Chroniques de France reposant au British Museum de Londres, Ms royal, 16 G, f 178 v, chez Rita Lejeune et Stiennon : La Légende de Roland dans l'art du moyen âge, 1965, B.M. Laon 257/MHL, photocopie. Madame Rita Lejeune et J. Stiennon sont professeurs émérites de l'université de Liège.

Les vêtements de Roland auraient donc été ornés de Merlettes, les armoiries de Laon, sa ville. A l'époque de la bataille de Roncesvalles, il n'était pas encore question d'armoiries. Deux merlettes ornent également le sceau de Turhold, l'actuel Torhout ; ce sceau rappelle un monastère bénédictin, l'écu que cet ordre portait à l'origine et qu'il porte encore.

Lorsque Saint Benoît résidait à Rome, une jeune femme du lignage des Merula tenta de le séduire. Merula est en français "merle".

Si Laon porte à présent des merlettes dans ses armes, ce peut être l'effet et non pas la cause.

Suivant la légende locale, c'est à Laon qu'aurait eu lieu le duel entre Thierry et Pinabel. La Chanson de Roland, à la laisse 281, place ce duel à Aix. A Laon, le champ clos est entouré de peupliers, de "abelen". De tous temps ce champ aurait été enclos de peupliers. Or l'abele flamand "le Pin-abele" est le pendant du peuplier français. Ne serait-ce pas la confirmation de ce que j'ai avancé au sujet de "Pin-abele"?

Dans le passage qui mène à la crypte de l'église de Saint-Gilles de Provence, on peut lire ces lignes gravées dans la pierre : "Anno Domini MCXVI hoc templum sancti AEgidii aedificari cepit mense aprili feria II in octava pasche".

Il existait une abbaye à Saint-Gilles, avant l'an 1116 ; mais en cette année-là fut construite la nouvelle église que le pape vint inaugurer, comme il avait béni en 1106 l'église de san Donnino à Borgo san Donnino.

Au sujet des églises de Borgo san Donnino - le Saint Domin des épopées - et de Saint-Gilles de Provence, les "Tesori cristiana", fascicule 30 du 24 septembre l966, notait "una intima fusione tra decorazione ed organismo architettonico che richiama puntualmente il prospetto della cattedrale provenzale di Saint-Gille".

Pascal II, le pape qui consacra les deux églises, avait aussi fait planter la Crux Caroli, la croix de Charlemagne, à Roncesvalles en 1106.

Faut-il croire qu'il fit une corrélation entre san Donnino, la Croix de Charlemagne à Roncesvalles, l'église et la légende de saint Gilles ?

Ramón Menéndez Pidal, dans son oeuvre maîtresse "La Chanson de Roland et la tradition épique des Francs" cite à la page 245, trois lettres qu'Alcuin aurait adressées à Charlemagne. "Vers 793, Alcuin écrivait à Charlemagne, l'exaltant à la fois comme triomphateur par l'épée et comme propagateur de la foi catholique ; il l'assimilait à David le psalmiste, l'élu et l'aimé de Dieu, qui triomphait par les armes tout en prêchant aux peuples la loi divine. Dans une autre lettre de 796, Alcuin félicite le roi ; il lui annonce la gloire qu'il obtiendra de Dieu pour avoir soumis les peuples


 

idolâtres des Saxons et des Huns, les initiant à la connaissance du Christ. Au mois d'août 800, Alcuin congratule à nouveau le roi pour les triomphes qu'il a obtenus sur des peuples de la plus grande férocité, leur imposant le joug très doux de la foi chrétienne".

Alcuin eût-il écrit ces lettres si Charlemagne avait été le père de Roland, l'amant de sa soeur Gisèle? Que nous voilà bien loin des élucubrations de la légende de saint Gilles, écrite au onzième siècle !

Philippe Lauer a fait état, dans Romania LXVIII, 1944-45, de deux deniers portant l'inscription RODLAN. Il semble bien s'agir du héros de Roncesvalles ; ces deniers n'ont toutefois pu être créés dans un atelier de monnaie en Bretagne l'histoire n'ayant conservé aucun souvenir de pareil atelier.

Dans le même article, Lauer rappelle qu'un Rotholandus figurait parmi les fidèles appelés à juger un plaid à Herstal, entre 772 et 774. Si nous admettons que Roland avait à cette époque, une vingtaine d'années, nous devrions placer la date de sa naissance aux environs de l'an 752, alors que Gisèle, la soeur de Charlemagne, ne vit le jour qu'en 757.

De tout ce qui précède, il appert que la Chanson de Roland n'est pas née le long des routes de pèlerinages comme le supposait Bédier; que cette épopée ne s'est pas amplifiée des apports de poètes occasionnels mais qu'elle a été rédigée par un moine, Turoldus, au monastère de Turhold.

L'observation de Fawtier serait juste, lorsqu'il écrit que la Chanson de Roland paraît être un manifeste poétique en faveur de la dynastie déchue des Carolingiens, s'il avait placé la rédaction de l'épopée, non pas après la déchéance de cette dynastie, mais au moment des intrigues des Capet pour s'emparer du trône de la France.

Ce n'est pas à l'aide d'arguments que j'ai établi l'origine thioise, donc flamande, de notre épopée; j'en fournis ici les preuves.

La genèse, le prototype sont francs. On ne pourra plus en douter; les lettres Alpha et Omega établissent l'origine Turoldienne.

Les vers où il est question de la geste francor sont, ou bien un rappel à l'ancien texte dont Turold a pu faire usage et qui peut avoir été contemporain de Charlemagne ; ou bien le texte de Turold-même auquel le remanieur français de 1120-1124 se référait.

La thèse de l'origine méridionale du poème, chère à madame Rita Lejeune et à Boissonnade, est une erreur; faut-il rappeler que Roland était préfet ou comte de la marche britannique, donc en Flandre ? Que Chanabeus était une presqu'île à Anvers ; que Wineman était comte du château de Gand vers 960 ; que saint Domin s'identifie au moine Dom Linus du monastère de Turhold ; que saint Gislamerio de Borgo san Donnino n'est autre qu'un compagnon d'Anschaire, archevêque d'Hambourg-Brême, tirant ses ressources du domaine de Turhold ; que Pinabel n'est qu'un abéle encloué et que ce toponyme se retrouve à Strazeele en Flandre et non pas dans le lieu hypothétique de Sorence ; que Deurendal est une locution flamande pour "à travers tout" ; que Torvigant est un toponyme de Turhold ; que Moriane n'est nullement la Maurienne mais la Morinie, les Moëres dans l'ancien évêché de Térouanne en Flandre, ainsi que l'Espinoy la citait encore dans "Recherche des Antiquitez et Noblesse de Flandre", page 26, imprimé chez Marc Wyon à Douay en 1632 ; que les moines de Turhold ont suivi Meinhard, bénédictin de Gand et réformateur du Mont Saint Michel en 966, et ont porté les premiers en Normandie le nom de leur couvent Turold.

 

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