Que la Chanson de Roland fût très tôt connue et répandue en Provence et même en Espagne, n'a rien qui puisse surprendre. En effet, Winichilde, fille du premier comte de Flandre, Baudouin Ferreus, avait épousé Wytfrid, comte de Barcelonne. Ils fondèrent ensemble un couvent de moines en un lieu nommé Ripol où fut constitué premier abbé, Rudolf, leur fils aîné ; ils dotèrent le couvent de Montem Serratum, cum ecclesiis, ainsi que l'écrit Fra Francisco Diego de l'ordre des Frères prêcheurs, au livre deuxième de son Histoire des comtes de Barcelonne, fol. 67. Des relations ont toujours existé entre la Flandre, la Provence et la Catalogne. Il y eut même un comte de Flandre qui rimaillait en langue provençale.
Selon le professeur Pierre Le Gentil, la Chanson de Roland n'aurait pas été créée d'un seul coup; deux auteurs ou davantage ont pu y collaborer, vers 1100.
Ainsi que je l'ai démontré par ailleurs, notre épopée a été traduite vers l050 en franco-normand, pour être récitée aux noces de Mathilde, fille du comte Baudouin V de Flandre avec Guillaume de Normandie. Et une seconde fois en "île de France", entre 1120 et 1124 ; à cette époque un remanieur y ajouta la légende de saint Gilles, puisa à la chronique du pseudo-Turpin et emprunta aux récits des Croisés, notamment la découverte de la lance qui aurait percé le flanc du Christ. A cette époque-là, le gonfanon à la mandorle devint l'aurea flamma de Saint-Denis.
Les ajouts ont été, depuis la découverte du texte d'Oxford, le plus grave problème pour la datation de l'épopée.
Si l'on admet ma thèse de l'origine de la Chanson de Roland, le problème est résolu sans sollicitation de texte.
Horrent pense que le phénomène du remaniement ne sera jamais qu'entrevu. Par sa nature même, il est rebelle à tout schématisme géométrique, dit-il. Mais le remaniement est prouvé par les lettres Alpha et Omega du sceau de Turhold !
Menéndez Pidal trouve surprenant de ne pas rencontrer antérieurement à l'épisode de Baligant, les noms de Rabel et de Guineman, cités à la laisse 217 : Charles appelle Rabel et Guineman ; il leur commande d'être aux postes d'Olivier et de Roland. Que l'un porte l'épée et l'autre l'olifant. Dans le texte allemand du prêtre Konrad, ces deux compagnons ont nom Radbod et Wineman. Ce dernier devrait porter l'olifant de Roland. Or Wichman était comte du château de Gand au temps où Turold écrivit la Chanson de Roland. C'est dans le beffroi de Gand, bâti à la fin du onzième siècle qu'on appendit la première cloche Roland qui appelait les communiers flamands sous les armes. Une corrélation entre l'olifant de Roland et la cloche Roland?
Bédier cherche un sens caché au nom peu romanesque de Juliane, attribué à la reine Bramimonde à son baptême. Il n'y a pas de sens caché au nom de Juliane. Après avoir porté le nom de Valfuria (cf. p.20), ce lieu fut appelé Julia Fidentia, en l'honneur de Jules César, avant de prendre le nom, vers 962, de Borgo san Donnino. De son séjour à Julia Fidentia, Turold