Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 12


 

Ces laisses 61 et 62 ont été remaniées, elles ne portent pas la marque d'origine AOt. Konrad, dans son texte allemand, ne parle pas d'un arc, mais d'une "Fahne", d'une bannière. Sans doute faut-il lire "le gonfanon de Charles" au lieu d'un arc. Konrad se servait d'un texte plus archaïque, encore que parallèle à celui d'Oxford.

Le gaudendart ou "goedendag" de Roland

Il y a, à Roncesvalles en Navarre, plus exactement à la Puerta de Ibañeta, un monument à la mémoire de Roland. Nul ne sait quand cette pierre monumentale a été érigée. Elle porte le nom de Roland; une copie de son épée Duerendal y verticalement appendue et deux masses d'armes, des "goedendags", sont croisées devant l'épée.

Une de ces masses d'armes aurait appartenu à Roland.

Nous sommes ici en pleine affabulation. La masse d'armes, un boulet garni de pointes rattaché par une chaîne à un bâton ferré n'existait pas encore au temps de Charlemagne. Seules les milices communales flamandes en firent usage contre la chevalerie française et plus particulièrement à Courtrai en 1302, à la bataille dite des Eperons d'or.

Tout porte à croire que le monument d'Ibañeta a été érigé après cette fameuse bataille qui libérait la Flandre et à l'issue de laquelle les peuples du sud de la Gaule applaudirent.

Pour Bédier "rien de ce bric-à-brac épique n'offre de l'intérêt", parce qu'il ne connaissait pas l'origine du gaudendart, le goedendag (bonjour) flamand. Il est certain que Roland ne possédait pas cette masse d'arme ; qu'en aurait-il fait, alors que cavalier, il portait déjà sa lance et son épée ?

Le gaudendart ou goedendag était une arme pour fantassin.

En 1967 le monument fut rénové ; personne ne semble avoir pensé à ce qui précède.

Une preuve de plus de l'origine flamande de Roland et de son épopée?

Chernuble

Chernuble est fendu de part en part, "deur end al" par l'épée de Roland. Nous pouvons suivre la pensée du poète : en latin cernuus, qui culbute après avoir été frappé de l'épée. Jongleur aussi. Nubilus, qui apporte les sombres nuages. Nous obtenons ainsi cernu-(nu)bilus, opposé au dieu Tor qui apporte, lui, la pluie bienfaisante.

Cernunnos, Kernunnos était un dieu gaulois dont la tête était ornée de cornes. Turold place ainsi son Dieu ou la puissance de son peuple en regard des divinités païennes.


 

Une légende bretonne veut que le pape Cornelius avait fui Rome et, poursuivi par les soldats romains, il se serait arrêté à Carnac. Là, il se serait retourné et se voyant toujours poursuivi, il aurait invoqué le Seigneur qui changea les troupes romaines en autant de pierres qu'on appelle dolmen. De là, l'alignement de Cornelius-Carnac. Il est plus probable, dit-on à présent, que les missionnaires ont fait évoluer le nom du dieu Kernunnos vers Cornelius.

Vers 1119-1124, un remanieur de l'Ile de France fit de Chernubles, le dieu manichéen Czernobog, le dieu de la matière, de l'obscurité totale, le dieu noir, du slave Czrno, noir et bog pour dieu. Tout comme chez Czernobog, les cheveux de Chernubles flottent jusqu'à terre, le soleil ne luit pas dans son pays, le blé ne peut y croître, la pluie n'y tombe pas, la rosée ne s'y pose pas, il n'y a pas de pierre qui ne soit toute noire. "Certains disent que les diables y demeurent". C'est donc bien le dieu de la matière, le dieu noir que décrit le poète.

Chernuble est de "Munigre"; munja en serbo-croate signifie foudre ; igra équivaut au français amusement, divertissement. "Quand il s'amuse, dit l'auteur, il porte par jeu, un plus grand fardeau que ne font quatre mulets quand ils sont chargés". N'est-ce pas le dieu noir, des ténèbres ?

La Chanson de Roland servit une fois de plus à la croisade, mais cette fois contre les Cathares du sud de la Gaule.

Le lion sur l'écu d'or de Roland

Le lion sur l'écu d'or ne parait pas dans le texte d'Oxford; il en a été éliminé parce qu'il rappelait trop clairement aux Français des années 1120 que Roland était Flamand. Mais le lion sur l'écu d'or - l'écu des Flandres - apparaît dans le texte allemand du Pfaffe Konrad, aux versets 3995, 4121 et 5041.

Les coordonnées des deux textes nous ont appris que Konrad fit usage d'un texte plus archaïque de l'épopée. Ainsi au verset 3985 Konrad écrit que Roland portait un lion sur son écu d'or. L'or était la forma Dei, le métal de Dieu entourant un symbole de courage humain. Konrad le répète au vers 4121 : "Tous avaient les yeux tournés vers le lion" de Roland. Le vers 5041 nous donne la conclusion : "Seuls deux hommes étaient encore en vie, Margarice et Chernubles. Chernubles s'attaqua vigoureusement à Roland, brisa sa lance et frappa de son épée sur le lion de l'écu d'or. Là-dessus, Roland devint furieux..." et suit alors la scène de "deur end al" de l'épée qui traverse tout; du heaume jusqu'au sol. (Laisse d'Oxford n 78)

D'autres textes que celui d'Oxford ont sans aucun doute, conservé les versets où il est question du lion (noir) sur champ d'or flamand. En effet, les Grandes Chroniques et Conquêtes de Charlemagne, de 1456, sont enluminées de miniatures représentant l'écu au lion sur champ d'or de Roland. Ces Chroniques portent les numéros 9064 et 9068 à la Bibliothèque royale à Bruxelles. Une de ces miniatures est reproduite à la page 153 de "La Chanson de Roland" de P. Le Gentil.

 

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