Une légende bretonne veut que le pape Cornelius avait fui Rome et, poursuivi par les soldats romains, il se serait arrêté à Carnac. Là, il se serait retourné et se voyant toujours poursuivi, il aurait invoqué le Seigneur qui changea les troupes romaines en autant de pierres qu'on appelle dolmen. De là, l'alignement de Cornelius-Carnac. Il est plus probable, dit-on à présent, que les missionnaires ont fait évoluer le nom du dieu Kernunnos vers Cornelius.
Vers 1119-1124, un remanieur de l'Ile de France fit de Chernubles, le dieu manichéen Czernobog, le dieu de la matière, de l'obscurité totale, le dieu noir, du slave Czrno, noir et bog pour dieu. Tout comme chez Czernobog, les cheveux de Chernubles flottent jusqu'à terre, le soleil ne luit pas dans son pays, le blé ne peut y croître, la pluie n'y tombe pas, la rosée ne s'y pose pas, il n'y a pas de pierre qui ne soit toute noire. "Certains disent que les diables y demeurent". C'est donc bien le dieu de la matière, le dieu noir que décrit le poète.
Chernuble est de "Munigre"; munja en serbo-croate signifie foudre ; igra équivaut au français amusement, divertissement. "Quand il s'amuse, dit l'auteur, il porte par jeu, un plus grand fardeau que ne font quatre mulets quand ils sont chargés". N'est-ce pas le dieu noir, des ténèbres ?
La Chanson de Roland servit une fois de plus à la croisade, mais cette fois contre les Cathares du sud de la Gaule.
Le lion sur l'écu d'or de Roland
Le lion sur l'écu d'or ne parait pas dans le texte d'Oxford; il en a été éliminé parce qu'il rappelait trop clairement aux Français des années 1120 que Roland était Flamand. Mais le lion sur l'écu d'or - l'écu des Flandres - apparaît dans le texte allemand du Pfaffe Konrad, aux versets 3995, 4121 et 5041.
Les coordonnées des deux textes nous ont appris que
Konrad fit usage d'un texte plus archaïque de l'épopée. Ainsi au verset 3985
Konrad écrit que Roland portait un lion sur son écu d'or. L'or était la forma
Dei, le métal de Dieu entourant un symbole de courage humain. Konrad le répète
au vers 4121 : "Tous avaient les yeux tournés vers le lion" de Roland. Le vers
5041 nous donne la conclusion : "Seuls deux hommes étaient encore en vie, Margarice et Chernubles. Chernubles s'attaqua vigoureusement à Roland, brisa sa lance et frappa de son épée sur le lion de l'écu d'or. Là-dessus, Roland devint furieux..." et suit alors la scène de "deur end al" de l'épée qui traverse tout; du heaume jusqu'au sol. (Laisse d'Oxford n 78)
D'autres textes que celui d'Oxford ont sans aucun doute, conservé les versets où il est question du lion (noir) sur champ d'or flamand. En effet, les Grandes Chroniques et Conquêtes de Charlemagne, de 1456, sont enluminées de miniatures représentant l'écu au lion sur champ d'or de Roland. Ces Chroniques portent les numéros 9064 et 9068 à la Bibliothèque royale à Bruxelles. Une de ces miniatures est reproduite à la page 153 de "La Chanson de Roland" de P. Le Gentil.