lance, est un ajout. Cet ajout devait authentifier le nom de Joyeuse, le cri de guerre Monjoie et l'oriflamme de Saint-Denis que Suger fit passer alors pour la bannière de Charlemagne. L'ajout ne trompe plus personne. Le roi de France n'a pas participé à la première croisade de 1096 ; à cause de son concubinage, il avait été placé au ban de l'Eglise.
La lance n'ayant été retrouvée qu'en juin l098, Charlemagne ni aucun de ses descendants, n'a pu déposer cette lance à la Sainte-Chapelle à Paris ou autres lieux. Le fer qu'on y exhibe n'est donc qu'une quelconque ferraille.
Boissonnade suppose que la Chanson de Roland a été écrite vers 1120 ; il considère le remanieur de cette époque, comme l'auteur lui-même.
F. Lot à la page 270 de ses "Etudes sur les légendes épiques" ne prend nullement l'affirmation de Boissonnade au sérieux : "ce succès de la Chanson de Roland n'est pas moins inexplicable: ce succès fut rapide, foudroyant, car son poème, composé après 1120, selon Boissonnade, est célèbre en Europe dès 1124-1125. De nos jours, avec tout le concours d'une savante réclame, un poème pourrait difficilement arriver à une célébrité aussi universelle, en un espace de temps aussi court."
Les savants Menéndez Pidal, René Louis et Pierre Le Gentil estiment qu'au moins deux auteurs ont rédigé la Chanson de Roland: l'auteur initial, le génial moine flamand Turoldus de Turhold, nommé en fin de l'épopée et un remanieur des années 1119-1124.
Selon le professeur Horrent, de l'université de Liège, "le phénomène du remaniement ne sera jamais qu'entrevu. Par sa nature même, il est rebelle à tout schématisme géométrique".
Peut-être le professeur Horrent changera-t-il d'avis, après avoir lu cette étude. Mais il devra convenir au préalable que les lettres AOt marquent le prototype et proviennent du sceau de l'abbaye de Turhold.
Pourquoi Roland plutôt qu'un autre ?
Des savants français ont posé la question, pourquoi Roland plutôt qu'un autre est-il devenu le héros de l'épopée ?
Einhard, intime de Charlemagne et secrétaire de son fils Louis le Pieux, dans sa "Vita Karoli", écrite vers 830, nomme Eggihardus, Anselmus et Hruodlandus, ce dernier Britannici limitis praefectus. Il cite Roland le dernier et c'est pourtant à celui-ci que Turold donne la préférence. Pourquoi ?
N'est-ce pas parce que Roland avait été comte de la marche entre le Sincfal et la Somme, entre l'embouchure de l'Escaut et le fleuve formant frontière de ce pays qui s'est appelé depuis, la Flandre ?
Il est probable, même certain, que Roland était déjà populaire entre la côte de la mer du nord et Aix-la-Chapelle, donc en pays thiois, lorsque Turold eut l'idée de créer son épopée.
L'histoire nous apprend que les Francs chantaient le courage des combattants après chaque bataille. Ils chantaient aussi "de mauvaises chansons" sur ceux qui avaient manqué de courage ou qui n'avaient pas frappé assez fort.