Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 13


 

A la laisse 280 "ils pendent à leurs cous leurs écus à quartiers". Cette laisse ne porte pas la marque d'origine AOt ; elle a été ajoutée vers 1120 lors d'un remaniement. On n'a jamais fait la remarque que je sache, que les "quartiers" renvoient le prototype de l'épopée à la fin du dixième siècle, soit à quatre générations plus tôt, si l'on veut parler de quartiers. Dans les laisses antérieures on ne cite que les "connoissances" ; dans la laisse 280, sans AOt, apparaît pour la première fois, le mot "quartier". Le lion sur champ d’or de Roland prouve que Roland était Flamand, comte de la marche face aux Britanniques et les "écus à quartiers" nous fournissent la date approximative de l'élaboration de l'épopée : 980.

L'épée de Turpin

a nom Almace. Ce nom est propre à l'épée du croisé de Dieu. Almace, ou plutôt Almacht en flamand, signifie "toute-puissance", omnipotentia.

Une preuve à ajouter aux nombreuses autres.

La couleur des bannières

Dans le texte d'Oxford nous lisons toujours que les bannières sont blanches, rouges ou bleues. Elles ne sont jamais vertes et pour cause.

La croix que les paumiers ou romieux de Flandre portaient sur leurs vêtements était de couleur verte. Cette couleur a été intentionnellement écartée du texte d'Oxford. La répétition de cet "oubli" volontaire ne peut que renforcer la conviction de l'origine flamande de l'épopée.

Aux vers 632, 7174 et 8177 de Konrad, les païens et les chrétiens observent de part et d'autre des bannières de soie verte, rouge et blanche. Le vert de la Flandre a été remplacé par le bleu de roi des Capétiens. Qui pourrait encore en douter ?

Konrad n'avait aucune raison d'omettre une couleur ; il s'est borné à traduire le texte et la couleur verte y était certainement citée.

La lance d'Antioche

A la laisse 183, sans AOt, un remanieur nomme la lance "dont Notre Seigneur fut blessé sur la croix; Charles en a la pointe, grâce à Dieu, il l'a fait enchâsser dans le pommeau d'or. C'est à cause de cet honneur et de cette grâce que le nom de Joyeuse fut donné à l'épée".

Ces vers auraient été utilisés par Gaston Pâris pour dater la composition de la Chanson de Roland. En juin 1108, suivant un "nouveau classique Larousse, La chanson de Roland, par Guillaume Picot, agrégé de l'Université", un prêtre provençal, Barthélemy, prétendit avoir retrouvé à Antioche, la pointe de la sainte lance. En faussant une date, il est plus aisé de placer la genèse de la Chanson de Roland aux environs de 1120, comme le fit Boissonnade.

Ce n'est pas en 1108, mais en juin 1098, que cette lance fut "découverte" à Antioche. Turold n'a pu parler de cette lance en 980 et c'est pourquoi la laisse n'est pas marquée AOt.

Ainsi que nous l'avons vu déjà, la geste a été remaniée entre 1119 et 1124 en l'abbaye de Saint-Denis. La laisse 183 dans laquelle il est question de la


 

lance, est un ajout. Cet ajout devait authentifier le nom de Joyeuse, le cri de guerre Monjoie et l'oriflamme de Saint-Denis que Suger fit passer alors pour la bannière de Charlemagne. L'ajout ne trompe plus personne. Le roi de France n'a pas participé à la première croisade de 1096 ; à cause de son concubinage, il avait été placé au ban de l'Eglise.

La lance n'ayant été retrouvée qu'en juin l098, Charlemagne ni aucun de ses descendants, n'a pu déposer cette lance à la Sainte-Chapelle à Paris ou autres lieux. Le fer qu'on y exhibe n'est donc qu'une quelconque ferraille.

Boissonnade suppose que la Chanson de Roland a été écrite vers 1120 ; il considère le remanieur de cette époque, comme l'auteur lui-même.

F. Lot à la page 270 de ses "Etudes sur les légendes épiques" ne prend nullement l'affirmation de Boissonnade au sérieux : "ce succès de la Chanson de Roland n'est pas moins inexplicable: ce succès fut rapide, foudroyant, car son poème, composé après 1120, selon Boissonnade, est célèbre en Europe dès 1124-1125. De nos jours, avec tout le concours d'une savante réclame, un poème pourrait difficilement arriver à une célébrité aussi universelle, en un espace de temps aussi court."

Les savants Menéndez Pidal, René Louis et Pierre Le Gentil estiment qu'au moins deux auteurs ont rédigé la Chanson de Roland: l'auteur initial, le génial moine flamand Turoldus de Turhold, nommé en fin de l'épopée et un remanieur des années 1119-1124.

Selon le professeur Horrent, de l'université de Liège, "le phénomène du remaniement ne sera jamais qu'entrevu. Par sa nature même, il est rebelle à tout schématisme géométrique".

Peut-être le professeur Horrent changera-t-il d'avis, après avoir lu cette étude. Mais il devra convenir au préalable que les lettres AOt marquent le prototype et proviennent du sceau de l'abbaye de Turhold.

Pourquoi Roland plutôt qu'un autre ?

Des savants français ont posé la question, pourquoi Roland plutôt qu'un autre est-il devenu le héros de l'épopée ?

Einhard, intime de Charlemagne et secrétaire de son fils Louis le Pieux, dans sa "Vita Karoli", écrite vers 830, nomme Eggihardus, Anselmus et Hruodlandus, ce dernier Britannici limitis praefectus. Il cite Roland le dernier et c'est pourtant à celui-ci que Turold donne la préférence. Pourquoi ?

N'est-ce pas parce que Roland avait été comte de la marche entre le Sincfal et la Somme, entre l'embouchure de l'Escaut et le fleuve formant frontière de ce pays qui s'est appelé depuis, la Flandre ?

Il est probable, même certain, que Roland était déjà populaire entre la côte de la mer du nord et Aix-la-Chapelle, donc en pays thiois, lorsque Turold eut l'idée de créer son épopée.

L'histoire nous apprend que les Francs chantaient le courage des combattants après chaque bataille. Ils chantaient aussi "de mauvaises chansons" sur ceux qui avaient manqué de courage ou qui n'avaient pas frappé assez fort.

 

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