L'épopée devait donc être thioise ou flamande.
Einhard était abbé laïc de l'abbaye de Gand, soeur de l'abbaye de Turhold. On sait le nombre de copies existant de sa Vita Karoli ; on peut en déduire que cette Vita aura été déposée aussi, au moins à Gand où Turold s'il en était besoin, a pu en prendre connaissance. Mais même cela me semble superflu. Le nom de Roland, préfet en Flandre - et non pas en Armorique - était sur toutes les lèvres. On relève, en effet, plus de 380 fiefs et arrière-fiefs portant le nom de Roland ou celui de Roncesvaels en Flandre, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Et encore d'innombrables lieux-dits de Roland ou de Roncesvaels.
Après son voyage en Italie, vers 960, Turold se mit à écrire. En 962 c'est à Borgo san Donnino - voyez Dom Linus de Torhout - que s'est arrêté l'empereur Otto I se rendant à Rome. Giselmar y est vénéré comme un saint. Rembert de Torhout, évêque d'Hambourg-Brême, est le patron de Calenzano près de Prato, sur la route de Rome, suivie par Turold.
C'est de Julia Fidentia-Borgo san Donnino que Turold rapporta le toponyme Valfuria, et Julia(na), ainsi que le souvenir de la légion thébaine Jovia Felix.
Il puisa d'autres noms dans ce qui l'entourait : Tervagant, Chanelaus-Ganelo, Reginbald, Hamesburg, Wichman, Pinabeel, Naimme et tant d'autres.
Dans le texte-même, nous trouvons des preuves flamandes telles que Almacht, maelgut, deurendal, la bannière verte des Flamands, le gaudendart de Roland, Blaye-Blavutum-Blaevoeten, l'Alpha et l'Omega du sceau de Turold, le lion ornant l'écu d'or de Roland.
Rien, absolument rien n'indique que le prototype fût français.
Pour paraphraser Bédier : le premier chef-d'oeuvre de la langue française sans lequel il n'y aurait pas de littérature française, est une oeuvre flamande et rien que flamande. Le texte d'Oxford n'est que la traduction remaniée d'une épopée de ce poète de génie, Turold de Torhout en Flandre !