Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 15


 

Analyse de la Chanson de Roland d'après le manuscrit d'Oxford, traduction, notes et commentaires par Gérard Moignet, professeur de linguistique française à l'université de Paris-Sorbonne, édition Bordas.

Pour établir les coordonnées entre ce texte et celui du Pfaffe Konrad, j'ai fait usage du texte allemand de Dieter Kartschoke, édité par la Fischer Bücherei ; ce qui me permet de répondre aux nombreux doutes émis par la critique française et de les lever.

J'ai dit que Marsilie est le nom flamand de la ville de Marseille. A la page 24 de l'édition Bordas figure une miniature du Miroir historial de Vincent de Beauvais, datant du XVe siècle, conservé au musée Condé à Chantilly. La légende dit "De la mort du roy Marseille et du trespas Rolland".

Au quinzième siècle, on savait donc encore que Marsilie se rapportait directement à Marseille ainsi aussi le nom de Marganice qui était celui de la Bidassoa aux premiers siècles de notre ère.

Dans la Chanson de Roland de Pierre Le Gentil, professeur à l'université de Paris, figure à la page 153 une miniature des Chroniques et Conquêtes de Charlemagne, datant de 1458, conservée à la Bibliothèque royale à Bruxelles, là, l'écusson d'or de Roland est orné du lion de Flandre, ainsi qu'en fait état le texte de Konrad, au vers 3985: "Le généreux Roland portait un lion en relief sur son écu d'or".

La première laisse du texte d'Oxford se termine sur les lettres AOt ; la seconde n'est pas marquée de ces lettres, la troisième l'est bien.

Moignet, à la page 31, fait observer que les trois lettres AOI qui reviennent 180 fois dans le texte du Roland, généralement en fin de laisse, ont suscité un très grand nombre d'hypothèses : refrain musical, vocalise, indication pour le jongleur, invitation à écouter, abréviation d'ainsi soit-il, abréviation du refrain halt sunt li pui, abréviation d'amen, lettres gnostiques, cri de bataille de l'ennemi, abréviation d'alleluia, exclamation d'encouragement et d'enthousiasme comme le refrain ahoi de certaines chansons de marche allemandes.

Aucune de ces hypothèses n'est pleinement convaincante. AOI garde tout son mystère, conclut Moignet.

Lorsque Francisque Michel découvrit le texte à Oxford, il en fit part dans l'exaltation du moment, à son ami le conseiller Monmerqué à Paris. Il lui écrivait : "... et chaque couplet se termine par AOi que vous m'expliquerez. Ne serait-ce pas le cri away, cri d'élan sur l'ennemi?"

Or Francisque Michel, dans sa hâte, a mal lu : il ne s'agit pas de AOi, mais de AOt. A plusieurs reprises, Moignet a reproduit dans son livre, une partie du texte original d'Oxford. Ainsi à la page 237 où nous voyons en fin de la cinquième ligne, les fameuses lettres AOt. Il suffit de comparer la t au t final de Baligant en première ligne, au t final d'espiet en quatrième ligne, au t initial de turnee en cinquième ligne pour être convaincu de l'exactitude de cette observation: il s'agit bien d'AOt et non pas d'AOi, qui n'aurait d'ailleurs aucun sens.

A(lpha) et O(mega) indiquent que la laisse ou partie de laisse provient du prototype de (t)urhold, Torhout en Flandre, Voir à ce sujet, le sceau du monastère de Turhold en fin du volume.

Selon Moignet à la page 32 "L'association des noms d'Olivier et de Roland remonte au début du XIe siècle, ce qui suppose l'existence d'un poème ancien célébrant les deux héros". Ce que je m'efforce à prouver, que le prototype, la genèse de la Chanson de Roland remonte aux années 980 au plus tard.

Note en bas de page 39, "L'archevêque Turpin... Un clerc du XIIe siècle a fabriqué sous son nom une chronique latine relatant l'histoire de Charlemagne et de Roland, dite le Pseudo-Turpin".


 

Cette chronique fut fabriquée entre 1110 et 1119 dans l'entourage de Gui de Bourgogne, archevêque de Vienne en France.

Il y eut environ trois cents manuscrits en circulation au cours du douzième et du treizième siècle. Suivant cette chronique, Roland aurait eu un frère du nom de Baudouin, prénom porté presque exclusivement par les comtes de Flandre. Il est dit aussi que Charlemagne aurait enseveli à Belin, avec d'autres héros de chansons de geste, Arastain, roi de Bretagne ; on savait donc au douzième siècle que Roland n'avait pas été comte de la marche de Bretagne. En effet, l'invention de ce roi exclut la possibilité de l'existence d'une marche et d'un comte de cette marche.

Vers 1150 cette chronique du pseudo-Turpin fut jointe au Guide des Pèlerins à Santiago de Compostelle ; mais au commencement du XVIIIe siècle les chanoines de Compostelle ont jugé la chronique du pseudo-Turpin indigne de rester dans le Codex, parce qu'apocryphe. Ils l'en ont séparée et fait relier vingt-neuf feuillets à part.

Gui de Bourgogne fut recommandé pour le Saint-Siège par le pape Gélase II qui avait fui Rome et s'était réfugié à l'abbaye de Cluny. Il fut élu pape en 1119 par deux cardinaux-archevêques seulement en l'abbaye de Cluny, conformément à un décret papal de 1059.

Il est historiquement établi que la chronique du pseudo-Turpin fut écrite dans l'entourage de Gui de Bourgogne ; elle date donc d'avant 1119 puisque Gui devint pape sous le nom de Calixte II en cette année, et qu'il quitta Vienne.

En 1119, Calixte II consacrait solennellement le monastère et l'église de Saint Antoine de Viennois, où siégeait dès lors un ordre célèbre. Le promoteur avait été Guy Didier ou Guion de Saint Antonie que nous retrouvons au verset 1624 d'une laisse sans AOt et d'une obscurité à décourager le plus patient des critiques.

Notons pour la petite histoire que Gui de Bourgogne avait une soeur, Clémence épouse du comte Robert II de Flandre, qui conduit la première croisade en 1096.

En 1120 Calixte II éleva Compostelle à la dignité de métropole.

Apparenté aux maisons royales de Castille et d'Aragon, il édicta en faveur des croisés d'Espagne, les mêmes indulgences qu'à ceux d'Orient, la rémission des péchés et le salut éternel.

Le neuvième concile général de Latran fut tenu en 1123 sous l'autorité du pape Calixte II.

A la laisse 14, nous lisons le toponyme Haltilie, qui deviendra plus tard Haltoie. Il s'agit de Houtave près de Turhold en Flandre, Haltava en latin.

Neimes, à la laisse 16, appartient à un lignage flamand. Un de ses descendants figure comme cosignataire d'un acte donné par Thierry d'Alsace, comte de Flandre, le jour de la Saint Laurent, l'an 1161.

Pour récompenser la fidélité de Naimes, l'empereur créa un marquisat qui prit le nom de son fondateur, Namen, actuellement Namur. Il avait pour mission de purger les rivières de pirates, les forêts de voleurs et de défendre les frontières contre les "barbares". Il s'acquitta avec honneur de cette triple mission et augmenta les fortifications de la ville et du château de Namen, peupla d'habitants les rivages de la Meuse, principalement vers Dave et Namèche et les encouragea à cultiver les terres. Naimes laissa deux enfants; l'un nommé Arnold, fut un des huit archidiacres de Liège, institués sous l'évêque Gerbald ; le second, Theodoric, épousa Pentecoste, fille de Raduz d'Exprez, troisième comte de Huy et succéda à son père dans le marquisat de Namen. On attribuait à Theodoric, surnommé le Magnanime, la fondation d'un château assez célèbre, Theodoricum castrum, qui s'élevait sur la rive droite de la Meuse, non loin de l'abbaye de Waulsort.

En 804, le pape assisté de l'évêque de Liège Gerbald, consacra l'église saint Pierre à Uccle près de Bruxelles. (Galliot, Histoire de la province de Namur, Liège 1788)

 

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