Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 16


 

Remarquons que la laisse 20 dans laquelle Roland dit "Ce sera Ganelon, mon parâtre" n'est pas marquée des lettres AOt ; elle a été remaniée, entre 1119 et 1124. La légende de la naissance incestueuse de Roland a déjà été commentée.

Au verset 287 Ganelon dit à Roland : "On sait bien que je suis ton parâtre".

On a l'impression de ce que le remanieur a voulu confirmer par cette phrase l'invention de la légende de saint Gilles du début du onzième siècle. De là cette répétition.

Dans les laisses 23 et 24, les lettres AOt ne se trouvent pas à la fin, mais dans le corps des laisses, d'où nous devons conclure que seule la première ligne de la laisse 23 provient du prototype. "J'ai pour femme votre soeur... j'en ai un fils, Baudouin..." doit être considéré comme ajouté.

"Je puis bien y aller, mais je n'aurai aucun garant" : le verset 330 parait superflu "ni Basile ni son frère n'en eurent", sans AOt.

Saint Basile fut un des maîtres de l'éloquence de chaire chrétienne ; il était né à Césarée l'an 330 et le voilà cité, comme par hasard, au verset 330. Par hasard ? Je ne le crois pas ; les reliques de saint Basile furent transférées à l'abbaye de Cluny en 1112 et la Chanson de Roland portait ainsi à la connaissance des fidèles qu'ils pouvaient vénérer ces reliques à Cluny.

Faut-il encore ajouter que Cluny qui "contrôlait" le chemin de Saint Jacques de Compostelle, avait inventé, longtemps avant nous, le support publicitaire, car c'en est un.

Ganelon ceint son épée, Murgleis. Cette épée faite de la glaise de Moriane, des Moeren de Flandre, une contrée jouxtant la mer du Nord et comprenant encore le village des Moëres en Flandre, près de la frontière française.

Son oncle Guinemer lui tenait l'étrier. L'ancienne prononciation était Gu-inemer ou Winemar en flamand. Winemaer fut le fondateur d'une chapelle près de Cassel, autour de laquelle se développa un village, Wemaerscappel.

Le nom Pinabel de la laisse 27 a déjà fait l'objet d'un commentaire.

"L'empereur était assis à l'ombre ; vint son neveu..." Le vocable neveu n'indique pas ici, un fils de sa soeur mais son cousin. Il n'y a pas longtemps la coutume des cours voulait que les rois s'appellent entre eux "mon cousin" ou "mon neveu".

Ce titre était donné par l'empereur, dans l'intimité de la cour, à tous ses pairs, grands du royaume.

Chez Moignet, la note en bas de page 51 : "on peut penser que la figure historique de Guillaume le Conquérant se dissimule sous les traits de l'empereur. De toute évidence, l'auteur de la Chanson, vraisemblablement le Normand Turold, a considérablement "normannisé" la légende de Charlemagne".

Comment peut-on parler du Guillaume le Conquérant de 1066, alors que la Chanson de Roland primitive date des environs de l'an 980 ? Le Normand Turold dont le nom dériverait de Torwaldr, alors que Turold était moine à Turhold en Flandre. Il n'y a pas lieu de faire "dériver" son nom du norrois, alors que Turold, le toponyme existait tel quel en Flandre.

Blancandrain, dérivé de Blank end rein, ou blanc et pur, a déjà été commenté.


 

Retenons de la laisse 33 que Ganelon porte au roi Marsile, les conditions de paix de Charlemagne : "il veut vous donner en fief la moitié de l'Espagne". A la laisse 260 c'est Marsile qui engage Charlemagne à devenir son vassal. Moignet a mal traduit "en fedeltet voeill rendre" par "je veux te réduire à la fidélité (?)" au lieu de : "je veux te rendre en fief" ce qui est confirmé par le vers 8475 du Pfaffe Konrad : "Je veux te donner l'Espagne en fief".

Des erreurs pareilles confirment ma thèse de la traduction.

Au verset 491 nous retrouvons Haltoie au lieu d'Haltilie, pour Haltava en Flandre.

La laisse 40 est un ajout, sans AOt et presque identique à la suivante, 41.

Nous retrouvons fréquemment l'expression "douce France" ; douce ne signifie rien d'autre en français que "civilisé" en opposition à barbare ; "chrétienne" aussi en opposition à païenne.

Les deux premières lignes de la laisse 46 sont inachevées : "Un conseil ne sert à rien si l'on en...". La pensée de Turold semble avoir été "Woorden zijn geen oorden" ou en français "paroles ne valent pas monnaie". "Vous me jurerez la trahison de Roland" dit Marsile, autant que "verba volant, scripta manent" Ganelon jure sur son épée de glaise de Moriane ; il n'accorde lui-même aucune valeur à son serment, ce qui jette une toute autre lumière sur l'attitude de Ganelon.

Marsile fait apporter un livre : la loi de Mahomet et de Tervagant y était, à la laisse 47. Tervagant était un toponyme près du monastère de Turhold, l'actuel Bulskampbos.

"Alors vint la reine Bramimonde" à la laisse 50. Konrad qui se servait d'un texte plus archaïque que celui d'Oxford, nomme cette reine Brechmund qui se rapproche du flamand Braakmond ou bouche qui vomit. Le discours qu'elle tient à Ganelon explique le choix de Turold.

Il y a une erreur de traduction dans cette laisse. Bramimonde dit : "J'enverrai deux colliers à votre femme...Ganelon les a PRIS, il les enfonce dans sa botte". Si nous avions ici une oeuvre originelle cette erreur n'aurait pas été possible : "j'enverrai, dit Bramimonde, et Ganelon les a pris et il les enfonce dans sa botte".

Menéndez Pidal le confirme dans la note en bas de page 71 : "l'oubli de tout dénouement dans le thème des otages contraste avec l'attention persistante qui leur est accordée au début du poème. C'est un surprenant détail de vérité historique, maintenu par hasard et par négligence. Il se comprend fort bien en imaginant les remaniements successifs et partiels du texte ; il est inconcevable en admettant une élaboration individuelle du poème. " Ce qu'il fallait démontrer !

Charlemagne a des visions aux laisses 56 et 57. Au verset 727 "un verrat cruel le mordit au bras droit". Verrat est une lecture fautive du copiste ; il eût fallu "uns ber" ainsi que le veut le texte de Konrad. Le vocable ber est la racine de barao, baron, mais aussi d'ours en francique.

Nous en trouvons la preuve dans la suite : un vautre tranche l'oreille droite au ber, à Ganelon. Trancher l'oreille droite était le supplice infligé aux traîtres ; ce qu'était Ganelon.

Charles demande, à la laisse 58, qui sera devant lui et Ganelon répond: Ogier de Danemark.

Ogier, ou plutôt Autchar était comte de l'Ardenne-marche. Ses prouesses ont été chantées dans une épopée francique perdue. En francien, on fit de la marche d'Ardenne, d'Ardenne-marche, le Danemark.

 

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