Remarquons que la laisse 20 dans laquelle Roland dit "Ce sera Ganelon, mon parâtre" n'est pas marquée des lettres AOt ; elle a été remaniée, entre 1119 et 1124. La légende de la naissance incestueuse de Roland a déjà été commentée.
Au verset 287 Ganelon dit à Roland : "On sait bien que je suis ton parâtre".
On a l'impression de ce que le remanieur a voulu confirmer par cette phrase l'invention de la légende de saint Gilles du début du onzième siècle. De là cette répétition.
Dans les laisses 23 et 24, les lettres AOt ne se trouvent pas à la fin, mais dans le corps des laisses, d'où nous devons conclure que seule la première ligne de la laisse 23 provient du prototype. "J'ai pour femme votre soeur... j'en ai un fils, Baudouin..." doit être considéré comme ajouté.
"Je puis bien y aller, mais je n'aurai aucun garant" : le verset 330 parait superflu "ni Basile ni son frère n'en eurent", sans AOt.
Saint Basile fut un des maîtres de l'éloquence de chaire chrétienne ; il était né à Césarée l'an 330 et le voilà cité, comme par hasard, au verset 330. Par hasard ? Je ne le crois pas ; les reliques de saint Basile furent transférées à l'abbaye de Cluny en 1112 et la Chanson de Roland portait ainsi à la connaissance des fidèles qu'ils pouvaient vénérer ces reliques à Cluny.
Faut-il encore ajouter que Cluny qui "contrôlait" le chemin de Saint Jacques de Compostelle, avait inventé, longtemps avant nous, le support publicitaire, car c'en est un.
Ganelon ceint son épée, Murgleis. Cette épée faite de la glaise de Moriane, des Moeren de Flandre, une contrée jouxtant la mer du Nord et comprenant encore le village des Moëres en Flandre, près de la frontière française.
Son oncle Guinemer lui tenait l'étrier. L'ancienne prononciation était Gu-inemer ou Winemar en flamand. Winemaer fut le fondateur d'une chapelle près de Cassel, autour de laquelle se développa un village, Wemaerscappel.
Le nom Pinabel de la laisse 27 a déjà fait l'objet d'un commentaire.
"L'empereur était assis à l'ombre ; vint son neveu..." Le vocable neveu n'indique pas ici, un fils de sa soeur mais son cousin. Il n'y a pas longtemps la coutume des cours voulait que les rois s'appellent entre eux "mon cousin" ou "mon neveu".
Ce titre était donné par l'empereur, dans l'intimité de la cour, à tous ses pairs, grands du royaume.
Chez Moignet, la note en bas de page 51 : "on peut penser que la figure historique de Guillaume le Conquérant se dissimule sous les traits de l'empereur. De toute évidence, l'auteur de la Chanson, vraisemblablement le Normand Turold, a considérablement "normannisé" la légende de Charlemagne".
Comment peut-on parler du Guillaume le Conquérant de 1066, alors que la Chanson de Roland primitive date des environs de l'an 980 ? Le Normand Turold dont le nom dériverait de Torwaldr, alors que Turold était moine à Turhold en Flandre. Il n'y a pas lieu de faire "dériver" son nom du norrois, alors que Turold, le toponyme existait tel quel en Flandre.
Blancandrain, dérivé de Blank end rein, ou blanc et pur, a déjà été commenté.