Titre : Mythes & Histoire
 
images/protect.gif
images/menu_top.jpg
images/menu_bot.jpg
images/protect.gif
images/expose_top.gif

L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 17


 

J'ai déjà expliqué l'origine des lettres AOt en fin de laisse ou de vers : le sceau du monastère de Turhold. Elles indiquent le prototype dans le texte d'Oxford. J'en veux pour preuve nouvelle, la place donnée à AOt dans la laisse 59. "Droit empereur, dit Roland, donnez-moi l'arc que vous tenez au poing" dans la laisse 61 et dans la laisse 62 : "Donnez-lui l'arc que vous avez tendu", ce qui provoque l'étonnement de Moignet, de trouver un arc entre les mains de Charlemagne: au temps de la chevalerie, c'est une arme discréditée, dont ne se servent que les vilains utilisés comme soldats à pied, écrit Moignet dans la note en bas de page 77.

Si les critiques français avaient établi les coordonnées entre le texte d'Oxford et celui de Pfaffe Konrad, ainsi que je l'ai fait, ils auraient lu aux versets 3181 et 3207 que l'empereur tenait une bannière, un gonfanon, dans ses mains et non pas un arc.

Roland portait une lance, une épée Deurendal et un écu au côté : qu'eût-il fait d'un arc - ou d'un gaudendart - et comment s'en serait-il servi à cheval, lui qui était "chevalier" ?

Il en va de même de ces "goedendags" qui ornent le monument à Roncesvals et qui y ont été appendus par les Navarrais, après la bataille des Eperons d'or, du 11 juillet 1302, au cours de laquelle les communiers flamands, fantassins ceux-là, infligèrent une si cuisante défaite aux armées de Philippe le Bel qui y perdit la fleur de sa chevalerie.

Le gonfanon de Charlemagne a été modifié en arc par un remanieur français.

"Je suis homme de Roland" dit Gualter à la laisse 64. Un remanieur normand a transformé "son homme" en "de l'Hum", un lignage normand, à la laisse 65. Si nous nous référons au texte allemand du Pfaffe Konrad, verset 6531, nous remarquons que Gualter est tout simplement un homme de la suite de Roland, donc "son homme", son écuyer et non pas "de l'Hum".

Tout le reste n'est que pure fantaisie. Si Boissonnade avait su l'allemand, il se serait épargné bien des recherches en Normandie et en France du sud.

Dans la laisse 69, il y a une ville inconnue pour plusieurs, pour Moignet aussi : "depuis les ports d'Espagne jusqu'à Durestant." Durestant se trouve dans l'actuel département du Nord. Elle se trouvait sur la rivière Rhenus, d'où confusion avec le Rhin aux Pays-Bas. Il s'est fait un transfert de nom, tout comme Conques est à l'origine de Conches en Normandie, Corbie à Corvey, etc.

"Un almaçour de Moriane est là", dans la laisse 73. Cette fois, la Moriane n'est pas celle de Flandre, mais tout simplement le pays des Maurs.

Selon Moignet, Margaris de la laisse 77 viendrait du grec byzantin margaritès et signifierait l'infidèle, soit le pirate ou l'apostat. Le lecteur trouvera ci-dessous la preuve de ce que Margarice était le nom de la Bidasoa et n'a donc rien de grec byzantin, mais est d'origine basque. Ainsi que je l'ai déjà démontré, Margarice indique un point, Marseille l'autre point de la frontière Maure.

Pour Moignet, note en bas de la page 88, Cazmarine est peut-être Camarinas, au nord de Compostelle.


 

Pour moi, Cazmarine est la ville de Dax: "Margaris de Séville vint en courant: celui-là tient la terre jusqu'aux Cazmarines"

Au verset 3734 parallèle au verset 956 d'Oxford le Pfaffe Konrad nomme la Thaberiske erde. Dax est en latin Aquae Augustae ou Civitas Aquarum Trabellicarum ou Taberta; la terre de Taberta ou la Thaberiske erde.

Cazmarines est donc Dax et non pas Camarinas au nord de Compostelle, comme le suppose Moignet. Ceci pour la laisse 77.

Remarquons que la laisse 78 n'est pas marquée des lettres AOt. Elle a été remaniée et je le prouve. Elle a même servi après 1120 à rallier les catholiques français contre les Cathares du sud de la Gaule.

A première vue, Munigre ne signifie rien. Si, en serbo-croate, du moins.

Munja signifie foudre, éclair; igra, amusement, jeu, divertissement. Chernuble de Munigre "quand il s'amuse, il porte par jeu, un plus grand fardeau que ne font quatre mulets, quand ils sont chargés." Ce n'est donc pas au hasard que Chernuble est ici "de Munigre". Sans doute y avait-il à l'origine le dieu Kernunnos à cet endroit du poème. Le dieu Celte est devenu le dieu créateur de la matière, l'anti-dieu des Bogomiles. Ceci devient plus clair dans ce qui suit : "La terre dont il est, dit-il, le soleil n'y luit pas et le blé n'y peut croître la pluie n'y tombe pas, la rosée ne s'y pose pas ; il n'y a pas de pierre qui ne soit toute noire ; certains disent que les diables y demeurent".

Nous retrouvons ici la conception de la matière néfaste, de l'obscurité absolue, du noir qui n'est pas une couleur, mais l'antithèse de la lumière.

Chernuble dit : "J'ai ceint ma bonne épée à Roncevaux (cette épée, sans doute, toute noire aussi), je la teindrai en vermeil."

Pfaffe Konrad y ajoute que la terre de Chernuble est maudite. Ses cheveux flottent jusqu'à terre : il s'agit bien là d'un ajout des environs de 1120 lors de la croisade contre les Cathares. Il manque à cette laisse les lettres d'origine AOt.

A la laisse 79 nous retrouvons les gonfanons blancs, bleus et vermeils ; le bleu de roi des Capétiens, là où Konrad ne parle que des gonfanons blancs, VERTS et vermeils. Le vert était alors la couleur de la croix que les pèlerins flamands portaient sur leurs vêtements.

Dans cette même laisse 79, nous lisons que "l'on doit perdre et du cuir et du poil pour son seigneur". Ce n'est pas un hasard si l'on retrouve cette même locution telle quelle en flamand "huid en haar" pour cuir et poil. Un témoin de l'original flamand ?

Roland appelle Ganelon son parâtre dans la laisse 80 qui n'est pas marquée des lettres AOt ; nous devons en conclure que ce "parâtre" a été ajouté après l'invention de la légende de saint-Gilles.

En 1106 le pape bénit l'autel de l'église de Borgo san Donnino, l'actuelle Fidenza. En 1116, le même pape bénit l'autel de l'abbaye de Saint-Gilles de Provence. Cette dernière a été bâtie sur les plans de l'église de Borgo san Donnino ; leurs façades sont pareilles. Il y a une corrélation entre ces deux temples : la légende de saint Gilles a été appliquée à Borgo san Donnino qui tient son nom de Dom Lin de Turhold.

 

images/expose_bot.gif
Vers page précédentef  Vers le haut de la Page  Vers la page suivante