L'archevêque Turpin, à la laisse 89, a béni les combattants au nom de Dieu ; en pénitence, il leur commande de "frapper". Cette laisse 89 débute au vers 1124. Le remanieur des années 1119-1124 a daté ainsi son oeuvre.
Boissonnade avait vu presque juste en avançant cette date comme étant celle de la création de l'épopée
; c'était en fait l'époque du remaniement, celle où Louis le Gros fait allusion à la Descriptio dans son diplôme. (Bédier, Légendes épiques, IV, 125)
C'est aussi la première fois que l'archevêque commande de frapper. Nous le verrons encore répéter cette recommandation dans d'autres laisses sans AOt et nous retrouverons enfin Turpin au moment de sa mort édifiante, dans une laisse qui sera marquée cette fois des signes AOt de l'originel.
Dans la laisse 95, pour Turpin "il n'y a pas d'homme sous le ciel qu'il désire tant haïr". Cette haine d'un homme d'église n'est assurément pas sortie de la plume d'un autre homme d'église : la laisse n'est pas marquée AOt.
"Escremis de Valterne" à la laisse 100 ; le pape saint Lin était né à Volterra en Italie. Association d'idées ?
Il n'est resté que deux vivants, à la laisse 102, Chernuble et Margaris. Chernubles, Kernunnos, Cernunnos, le dieu des Celtes et Margaris qui tient son nom de la Bidassoa.
A la laisse 104, nous lisons la preuve irréfutable de l'origine flamande de notre épopée, lorsque Roland "tire Durendal, sa bonne épée et va frapper Chernubles, il lui brise le heaume, il lui tranche la coiffe et la chevelure il lui tranche les yeux, la figure, le haubert blanc et tout le corps jusqu'à l'enfourchure. A travers la selle, l'épée est arrêtée dans le cheval, dont il tranche l'échine et l'abat mort sur le pré".
L'épée de Roland frappe et traverse tout. Elle frappe "deur end al" en flamand. La locution est encore en usage en Flandre tant française que belge.
Ce n'est pas un Français qui aurait pu trouver ce nom-là pour l'épée de Roland.
A la laisse 107, Roland frappe un païen, Justin de Valferree. Pour Moignet, comme pour tous les critiques français, Val Ferree est un lieu inconnu.
Valferrée nous ramène à Julia Fidentia, Borgo san Donnino, Fidenza en Italie. C'était le nom de Julia Fidentia en l'an 185 avant le Christ. Le lecteur en trouve sur cette page (et pp. 25 ) la preuve, copiée de l'Enciclopedia diocesana Fidentina, soit de Borgo san Donnino devenu, depuis 1927, Fidenza.
Ganelon fut condamné à être pendu au procès d'Aix, cité à la laisse 109, marquée AOt. A la laisse 289 non marquée des lettres d'origine, Ganelon sera écartelé. Que faut-il en conclure ? Que le texte original de Turold est marqué des lettres Alpha et Oméga et du t de Turhold, et que les laisses sans ces marques sont des remaniements.