Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 19


 

Dans la laisse 151 Roland dit : "...quel malheur pour votre hardiesse! Jamais tu ne m'as fait mal, et moi, jamais je ne t'ai fait tort. Quand tu es mort, il m'est douloureux de vivre". Ces "vous" et ces "tu" pêle-mêle, n'est-ce pas la preuve d'une traduction ? Si le premier auteur de l'épopée avait été français, il aurait dès le début, choisi l'un ou l'autre vocable, il n'aurait pas mêlé les deux pronoms personnels.

Nous avons vu à la laisse 65 Gualter de l'Hum choisir mille hommes pour défendre les hauteurs. Et voilà que Gualter de l'Hum réapparaît à la laisse 152. Il est redescendu des montagnes, il s'est bien battu, ses hommes sont morts, "sis unt païens vencut" ou les païens les ont vaincus. Qu'il le veuille ou non, il s'enfuit vers les vallées et se fait connaître à Roland : "C'est moi, Gautier celui qui conquit Maëlgut".

Il ne s'agit nullement d'un Gautier de l'Hum, mais, ainsi que le dit Konrad au vers 6528, Gautier est le Gefolgsmann ou l'homme (de la suite) de Roland, en d'autres termes son écuyer.

Mort sunt si hume, sis unt païens vencut : il y a ici une faute de copie. Il faudrait lire que ses hommes sont morts, si sont (également) les païens vaincus. En d'autres mots, ainsi que le dit clairement Konrad, tous ses hommes ont succombé jusqu'au dernier, mais tous les païens sont tombés aussi dans la lutte et voilà que Gautier seul survivant, s'en fut. Qu'il le veuille ou non, il dut s'en aller vers la vallée. Il n'a pas fui, n'ayant plus à combattre.

Il se fait connaître à Roland : "C'est moi, Gautier, celui qui conduit, non pas qui conquit (avec q) maelgut." Or maelgut est le trésor royal parmi le train des bagages que "conduit" Gautier.

Maelgut est le nom flamand du "trésor royal" ou, si l'on veut, du train des bagages.

Faut-il croire, malgré ce que certains en ont dit, que les textes français et allemand n'ont jamais été comparés avant nous, que les coordonnées n'ont jamais été établies ? Sinon la vérité serait apparue depuis longtemps !

Quand Turpin de Reims se sent abattu, il tire son épée Almace, à la laisse 155. Il saute aux yeux que l'épée de l'archevêque s'appelait, dans le texte original "Almacht", l'équivalent flamand de "toute-puissance".

"Ainsi le dit la Geste et celui qui fut au champ de bataille, le baron Gille, pour qui Dieu fait des miracles et qui fit la charte au monastère de Laon. Qui ne sait pas tout cela n'y entend rien". Cette laisse n'est pas marquée des lettres AOt, elle est donc ajoutée, ou à tout le moins remaniée, la légende de saint Gille datant du début du onzième siècle. Voyons ce que dit Moignet sur la légende de saint Gille, à la note de la page 161.

Roland dit, à la laisse 163 : "Olivier, vous étiez le fils du duc Reiner qui tenait la marche du val de Runers". Ce duc, en flamand herizog pour conducteur d'armée, semble être Ragnar qui fut duc des Rutheren, une petite tribu établie le long de la côte à présent en Flandre française. Sanderus cite ces Rutheren dans sa "Flandria illustrata".

La mort édifiante de l'archevêque Turpin est en contraste avec ses exhortations précédentes sur le champ de bataille.


 

Le lecteur remarquera que cette laisse relatant la mort de Turpin (166) est marquée des lettres AOt : quelle différence de style !

A la laisse 167, Roland prononce sur lui une grande plainte, selon la loi de sa terre. Il s'agit d'un "planctus" que les Francs prononçaient sur leurs défunts.

"Mon olifant en est fendu au gros bout, le cristal et l'or en sont tombés" dit Roland à la laisse 170, qui n'est pas marquée d'AOt.

L'auteur du remaniement des années 1119-1124 préparait ses auditeurs à retrouver à Saint Seurin de Bordeaux, cet olifant de Roland "fendu au gros bout" mais sans or ni cristal. On y montrait, en effet, cette soi-disant relique de Roland, aux pèlerins.

Charles était aux vals de Moriane quand Dieu lui manda par son ange de donner Deurendal à un comte capitaine et c'est là, aux vals de Moriane que Charles ceignit Roland de la fameuse épée, lit-on à la laisse 172.

Pfaffe Konrad, au verset 6862 fait de ce val "Moriana".

C'est arbitrairement que les critiques français font de ces vals de Moriane la Maurienne. Roland était comte de la marche face aux Britanniques, entre l'embouchure de l'Escaut et la Somme et c'est là, en Flandre, qu'il faut situer la Moriane. Cette contrée est connue actuellement sous le nom de Morinie. A cheval sur la frontière franco-belge existe encore le village des Moëres. Les critiques français ont été à la merci d'une ligne de texte oubliée et cette ligne plaide en faveur de l'origine flamande de Roland et de son épopée.

A l'aide de son épée Roland aurait conquis bien des pays, dont la Bretagne. C'est là un non-sens évident. Roland aurait été comte de la marche de Bretagne qui ne fut "française" que des siècles plus tard, et il aurait conquis le pays derrière cette marche ? Ce n'est pas cela qu'on attendait d'un comte d'une marche. Il aurait conquis aussi la Flandre ? Mais il se trouvait chez lui "en Flandre", il n'avait pas à la conquérir. Le Pfaffe Konrad ne fait pas mention de la Flandre aux versets 6830 et suivants, dans lesquels il est question des conquêtes de Roland.

Au lieu de Val Islonde, Konrad nomme l'Irlande au verset 6853.

N'oublions pas que nous avons affaire ici à un remaniement, la laisse n'étant pas marquée des lettres d'origine Alpha et Oméga.

Il y a du vêtement de sainte Marie dans le pommeau d'or de Deurendal, à la laisse 173. Le verset 2348 a été ajouté après la première croisade.

Il ne peut être question du vêtement de Notre-Dame exposé en la cathédrale de Chartres. Le linge est trop volumineux et n'aurait pu entrer dans un pommeau d'épée.

La légende du vêtement de sainte Marie a pris naissance après la première croisade. Robert II, comte de Flandre, avait obtenu des reliques de la Vierge au cours de cette croisade de 1097. Il les fit parvenir à sa femme pour qu'elle les offre à la nouvelle église de Watten sur l'Aa en Flandre. Le fait a été retenu par l'Histoire.

 

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