Dans la laisse 151 Roland dit : "...quel malheur pour votre hardiesse! Jamais tu ne m'as fait mal, et moi, jamais je ne t'ai fait tort. Quand tu es mort, il m'est douloureux de vivre". Ces "vous" et ces "tu" pêle-mêle, n'est-ce pas la preuve d'une traduction ? Si le premier auteur de l'épopée avait été français, il aurait dès le début, choisi l'un ou l'autre vocable, il n'aurait pas mêlé les deux pronoms personnels.
Nous avons vu à la laisse 65 Gualter de l'Hum choisir mille hommes pour défendre les hauteurs. Et voilà que Gualter de l'Hum réapparaît à la laisse 152. Il est redescendu des montagnes, il s'est bien battu, ses hommes sont morts,
"sis unt païens vencut" ou les païens les ont vaincus. Qu'il le veuille ou non, il s'enfuit vers les vallées et se fait connaître à Roland : "C'est moi, Gautier celui qui conquit Maëlgut".
Il ne s'agit nullement d'un Gautier de l'Hum, mais, ainsi que le dit Konrad au vers 6528, Gautier est le Gefolgsmann ou l'homme (de la suite) de Roland, en d'autres termes son écuyer.
Mort sunt si hume, sis unt païens vencut : il y a ici une faute de copie. Il faudrait lire que ses hommes sont morts, si sont (également) les païens vaincus. En d'autres mots, ainsi que le dit clairement Konrad, tous ses hommes ont succombé jusqu'au dernier, mais tous les païens sont tombés aussi dans la lutte et voilà que Gautier seul survivant, s'en fut. Qu'il le veuille ou non, il dut s'en aller vers la vallée. Il n'a pas fui, n'ayant plus à combattre.
Il se fait connaître à Roland : "C'est moi, Gautier, celui qui conduit, non pas qui conquit (avec q) maelgut." Or maelgut est le trésor royal parmi le train des bagages que "conduit" Gautier.
Maelgut est le nom flamand du "trésor royal" ou, si l'on veut, du train des bagages.
Faut-il croire, malgré ce que certains en ont dit, que les textes français et allemand n'ont jamais été comparés avant nous, que les coordonnées n'ont jamais été établies ? Sinon la vérité serait apparue depuis longtemps !
Quand Turpin de Reims se sent abattu, il tire son épée Almace, à la laisse 155. Il saute aux yeux que l'épée de l'archevêque s'appelait, dans le texte original "Almacht", l'équivalent flamand de "toute-puissance".
"Ainsi le dit la Geste et celui qui fut au champ de bataille, le baron Gille, pour qui Dieu fait des miracles et qui fit la charte au monastère de Laon. Qui ne sait pas tout cela n'y entend rien". Cette laisse n'est pas marquée des lettres AOt, elle est donc ajoutée, ou à tout le moins remaniée, la légende de saint Gille datant du début du onzième siècle. Voyons ce que dit Moignet sur la légende de saint Gille, à la note de la page 161.
Roland dit, à la laisse 163 : "Olivier, vous étiez le fils du duc Reiner qui tenait la marche du val de Runers". Ce duc, en flamand herizog pour conducteur d'armée, semble être Ragnar qui fut duc des Rutheren, une petite tribu établie le long de la côte à présent en Flandre française. Sanderus cite ces Rutheren dans sa "Flandria illustrata".
La mort édifiante de l'archevêque Turpin est en contraste avec ses exhortations précédentes sur le champ de bataille.